News de La Paix Maintenant


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News de
"La paix maintenant"


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Bombes à sous-munitions (posté par aberdam le 24.11.2006)
Ha'aretz, 19 novembre 2006

Enquête de l'armée israélienne sur l'usage de bombes à sous-munitions pendant la guerre du Liban

Le chef d'état-major israélien Dan Haloutz est sur le point de nommer un général qui dirigera une enquête sur l'usage de bombes à sous-munitions pendant la guerre du Liban.

Haloutz avait ordonné à l'armée d'utiliser ces bombes avec une extrême prudence, et en aucun cas de les tirer sur des zones peuplées. Or, il y a eu des tirs sur des zones peuplées, à l'aide de batteries d'artillerie et de systèmes de lancement multiple de roquettes (MLRS).

Le procureur général de l'armée va lui aussi ouvrir une enquête sur cette question, pour déterminer si des officiers ont désobéi de manière flagrante aux ordres de l'état-major, et si le cas relève d'une procédure criminelle.

Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 14 août, au moins 22 civils, dont de nombreux enfants, ont été tués par les petites bombes qui n'avaient pas explosé.

Une roquette ou un obus peut contenir jusqu'à plusieurs centaines de petites bombes, qui se dispersent et couvrent une surface de plusieurs centaines de mètres, et qui explosent en touchant le sol.

D'après le témoignage d'un officier d'un MLRS publié par Ha'aretz (1), Israël a tiré au moins 1.800 bombes à sous-munitions, contenant plus 1,2 million de petites bombes, par des MLRS, capables de tirer jusqu'à 12 roquettes à la seconde. Les Nations Unies estiment que 3 millions de ces petites bombes ont été tirées au Liban pendant la guerre. Selon l'unité de déminage des Nations Unies, il pourrait y avoir au Liban Sud des centaines de milliers de petites bombes n'ayant pas encore explosé, ce qui menace la vie des agriculteurs et les empêche de cultiver leur terre.

Selon le témoignage de cet officier, il y a eu un usage intensif de roquettes tirées par des MLRS, malgré le fait qu'elles soient connues pour être très imprécises (leur déviation par rapport à leur cible atteint environ 1.200 m), et un nombre conséquent de ces bombes n'ont pas explosé et sont devenues des mines. Pour ces raisons, la plupart des experts considèrent les bombes à sous-munitions comme des "armes non discriminantes", dont l'usage est interdit dans un environnement civil.

D'après l'officier, pour compenser l'imprécision de ces roquettes, l'ordre a été donné d'"inonder" la zone. "Nous ne pouvions pas frapper une cible isolée, et les officiers [supérieurs] le savent très bien", a-t-il déclaré.
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Le discours de David Grossman (posté par aberdam le 06.11.2006)
Le discours de David Grossman lors de la cérémonie à la mémoire de Rabin

mis en ligne le lundi 6 novembre 2006
par David Grossman

depuis quelques années, les commémorations de l’assassinat de Rabin étaient consensuelles. Cette année, les proches de Rabin ne l’ont pas voulu ainsi. Ils n’ont pas voulu de politiciens à la tribune. David Grossman, orateur principal, est écrivain, mais son discours a été, lui, très très politique (les intertitres sont ceux de la version d’Ha’aretz en hébreu)

http://www.haaretz.com/hasen/spages...

Ha’aretz, 5 novembre 2006

Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant

Tous les ans, la cérémonie à la mémoire d’Itzhak Rabin est un moment où nous faisons une pause, où nous nous souvenons de Rabin, l’homme, le dirigeant, et aussi où nous regardons à l’intérieur de nous-mêmes, où nous regardons la société israélienne, ses dirigeants, l’humeur de la nation, l’état du processus de paix, et aussi notre place en tant qu’individus face aux grands événements de l’Histoire. Cette année, il n’est pas facile de nous regarder nous-mêmes. Il y a eu une guerre, Israël a fait jouer d’énormes muscles militaires, mais cette guerre a justement montré la fragilité d’Israël. Il nous a été démontré que la force militaire dont nous disposons ne peut, au bout du compte, garantir toute seule notre existence. Nous avons surtout découvert qu’Israël connaît une crise plus profonde que nous le craignions, dans presque tous les domaines.

Je m’exprime ici ce soir en tant qu’homme pour qui l’amour pour ce pays est difficile et complexe, mais en même temps sans aucune équivoque, et pour qui le pacte qu’il a toujours eu avec avec Israël est devenu, sur le plan personnel, un pacte de sang. Je suis un homme totalement laïque, et malgré cela, la création de l’Etat d’Israël est à mes yeux une sorte de miracle qui nous est arrivé en tant que peuple, un miracle politique, national et humain. Je ne l’oublie jamais, même un instant. Quand bien même de nombreuses choses me révoltent et me dépriment dans la situation que nous vivons, même quand le miracle devient routine et abandon, corruption et cynisme, même quand la réalité paraît une mauvaise parodie de ce miracle, je m’en souviens toujours. Je pars de ce sentiment-là pour vous parler ce soir.

"La mort de jeunes gens est un gâchis épouvantable, et elle hurle"

“Regarde la terre, car nous l’avons gâchée”, écrivait le poète Shaul Tchernikhovski à Tel-Aviv en 1938. Il voulait dire par là que dans le sol d’Israël, nous déposons sans cesse de jeunes gens dans la fleur de l’âge. La mort de jeunes gens est un gâchis épouvantable, et elle hurle. Mais pas moins terrible est le sentiment que depuis de nombreuses années, l’Etat d’Israël gâche non seulement les vies de ses fils, mais aussi le miracle qu’il a connu : cette occasion immense et rare que lui a donnée l’Histoire, l’occasion de créer ici un Etat juste, éclairé, démocratique, qui respecterait les valeurs juives et universelles. Un Etat qui serait un foyer national et un refuge, et pas seulement un refuge, mais un endroit qui donnerait un sens nouveau à l’existence juive. Un Etat où une partie essentielle de l’identité, de l’éthos juif, serait un rapport de pleine égalité et de respect à l’égard de ses citoyens non-juifs.

Et voyez ce qui est arrivé. Ce qui est arrivé à ce pays jeune, audacieux et plein d’enthousiasme, et comment, comme par un processus de vieillissement accéléré, il est passé directement de l’enfance et de l’adolescence au stade du vieillard acariâtre, mou et aigri.

Comment est-ce arrivé ? Quand avons-nous perdu même l’espérance d’une une vie différente, meilleure ? Plus encore, comment pouvons-nous continuer à contempler sans réagir, comme hypnotisés, la folie, la vulgarité, la violence et le racisme qui s’emparent de notre maison ? Et je vous pose la question : Comment un peuple aussi créatif et capable de renouvellement que le nôtre, un peuple qui a su à chaque fois se relever de ses cendres, se retrouve-t-il aujourd’hui, alors qu’il dispose d’une aussi grande force militaire, dans un tel état de faiblesse et d’impuissance, victime, mais cette fois victime avant tout de lui-même, de ses angoisses et de son aveuglement ?

“En ce moment, Israël n’a pas de roi [1]. Nos dirigeants sont creux”

L’un des sentiments les plus terribles qui nous ait taraudés pendant la dernière guerre a été que, ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël, que nos dirigeants sont creux. Nos dirigeants, militaires et politiques, sont creux. Je ne parle même pas des fautes évidentes commises dans la gestion de cette guerre, de l’abandon de l’arrière, et même pas de la corruption, petite et grande. Je parle du fait que les gens qui dirigent aujourd’hui le pays sont incapables de relier les Israéliens à leur identité. Encore moins à la partie saine, vivante et féconde de cette identité, à ces parties de notre identité, de notre mémoire et de nos valeurs qui nous donneraient l’espoir et la force, qui nous vaccineraient contre l’affaiblissement de la solidarité, de l’amour du pays, qui donneraient un sens quelconque à notre lutte usante et désespérante pour la survie.

L’essentiel dont usent les dirigeants d’Israël de ce qui leur reste de pouvoir, ce sont les angoisses et les peurs, la fascination pour la force, les combines et le galvaudage de tout ce qui nous est cher. En ce sens, ce ne sont pas de véritables dirigeants, et sûrement pas les dirigeants d’un pays qui se trouve dans une situation si difficile et qui cherche sa voie. Parfois, il semble que la chambre d’écho de leur pensée, de leur mémoire de l’Histoire, de leur vision, de ce qui les concerne vraiment, ne se trouve que dans l’espace minuscule qui sépare deux titres de journaux ou deux enquêtes commanditées par le procureur de l’Etat.

Contemplez ceux qui nous dirigent. Pas tous, bien sûr, mais ceux, trop nombreux, qui parmi eux agissent dans l’affolement, le soupçon et la crainte. Voyez leurs manières d’agir, procédurières et perfides. Combien il est ridicule d’attendre d’eux une sagesse, une vision ou ne serait-ce qu’une idée originale, vraiment créatrice ou audacieuse ! Quand, pour la dernière fois, un Premier ministre a-t-il imaginé ou fait un geste qui aurait pu ouvrir aux Israéliens un horizon nouveau, un avenir meilleur ? Quand, pour la dernière fois, a-t-il pris une initiative sociale, culturelle, ou qui ait trait aux valeurs, et quand n’a-t-il pas seulement réagi avec précipitation à des initiatives prises par d’autres ?

Monsieur le Premier ministre, je ne dis pas cela par colère ou par esprit de vengeance. J’ai assez attendu pour ne pas réagir sous l’impulsion de l’instant. Vous ne pourrez pas faire fi de mes paroles sous prétexte qu’un homme n’est pas responsable quand il est sous l’emprise du chagrin. Bien sûr, j’ai du chagrin, mais par-dessus tout, je suis en colère, et j’ai mal : j’ai mal à ce pays, et à ce que vous et vos collègues lui faites subir.

Croyez-moi, il m’importe que vous réussissiez, car notre avenir à tous dépend de notre capacité à nous lever et à agir. Itzhak Rabin a pris le chemin de la paix avec les Palestiniens, non par amour pour eux ou pour leur dirigeant. Alors aussi, souvenons-nous en, l’opinion générale était que nous n’avions pas de partenaire et que nous ne pouvions discuter de rien avec eux. Rabin a décidé d’agir, car il avait compris, avec une grande intelligence et bien avant beaucoup d’autres, que la société israélienne ne pourrait continuer à subsister sur le long terme dans une situation de conflit insoluble. Il avait compris que vivre dans un climat de violence, d’occupation, de terreur, d’angoisse et de manque d’espoir exige davantage que ce qu’Israël était capable de supporter. Ceci est aussi valable aujourd’hui, avec encore plus d’acuité. Je vais parler du partenaire que nous avons ou que nous n’avons pas, mais d’abord, regardons en nous-mêmes.

“Nous sommes nés dans la guerre et avons été élevés pour elle”

Depuis plus de 100 ans, nous vivons dans ce conflit. Nous, les citoyens de ce conflit, sommes nés dans la guerre et avons été élevés pour elle. En un certain sens, on pourrait dire que nous avons été programmés pour elle. Peut-être est-ce la raison pour laquelle nous pensons parfois que cette folie que nous vivons est la seule chose de réelle, la seule vie possible, et que nous n’avons pas le choix, ni même le droit, d’aspirer à une vie meilleure.

Par le glaive nous vivrons, par le glaive nous mourrons, et le glaive nous dévorera pour toujours. Peut-être cela explique-t-il l’indifférence avec laquelle nous acceptons l’échec total du processus de paix, échec qui dure depuis des années et fait de plus en plus de victimes. Cela explique peut-être aussi le manque de réaction de la plupart d’entre nous au coup porté à la démocratie causé par la nomination d’Avigdor Lieberman à un poste de ministre important, avec le soutien du Parti travailliste : un pyromane compulsif nommé chef des pompiers de la nation. Et tout cela est en partie la cause de cette dérive rapide d’Israël en direction d’un traitement brutal des pauvres et de ceux qui souffrent. Cette indifférence au sort de ceux qui ont faim, des personnes âgées, des malades et des handicapés, des faibles, cette équanimité de l’Etat d’Israël face au trafic d’êtres humains, ou aux conditions de travail insupportables de ses travailleurs étrangers, qui frisent l’esclavage, au racisme enraciné, institutionnalisé, à l’égard de la minorité arabe.

Quand cela se passe chez nous de manière si naturelle, sans provoquer ni choc ni protestation, comme si tout cela était évident, lorsqu’on a le sentiment de ne plus pouvoir inverser le sens dans lequel la roue tourne, quand tout cela se passe, je commence à craindre que même si la paix advenait demain, et même si nous arrivions jamais à revenir à une sorte de normalité, nous ayions perdu toute chance de guérir complètement.

"Toute personne sensée en Israël et en Palestine connaît exactement les contours d’une solution possible’

La calamité qui a frappé ma famille et moi-même avec la mort de notre fils Uri ne me donne aucun droit particulier à tenir un discours public, mais je crois que l’expérience de la mort et de la perte apporte avec elle la lucidité, et au moins la faculté de distinguer l’important de ce qui ne l’est pas, ce qui peut être atteint de ce qui ne le peut pas.

Toute personne sensée en Israël, et je dirais aussi en Palestine, connaît exactement les contours d’une solution possible au conflit entre nos deux peuples. Toute personne sensée, là-bas comme ici, connaît intimement la différence entre les rêves, les désirs de son coeur, et ce à quoi il est possible de parvenir par la négociation. Quiconque ne le sait pas, refuse de l’admettre, n’est déjà plus un partenaire, qu’il soit juif ou arabe. Il est pris au piège dans un fanatisme hermétique : il n’est donc plus un partenaire.

Jetons un coup d’oeil un instant à ceux qui sont destinés à être nos partenaires. Les Palestiniens ont élu le Hamas pour les diriger. Le Hamas qui refuse de négocier avec nous, qui refuse même de nous reconnaître. Que peut-on faire dans une telle situation ? Continuer à les étrangler encore et encore, continuer à tuer des centaines de Palestiniens à Gaza, la plupart civils innocents comme nous ? Les tuer et se faire tuer pour l’éternité ?

“Monsieur Olmert, adressez-vous aux Palestiniens par dessus la tête du Hamas”

Monsieur Olmert, adressez-vous aux Palestiniens, par dessus la tête du Hamas, à leurs modérés qui, comme vous et moi, s’opposent au Hamas et à ses actes. Adressez-vous au peuple palestinien, parlez de leurs chagrins et de leurs blessures, reconnaissez les souffrances qu’ils endurent.

Ni votre position, ni celle d’Israël, n’y perdraient dans de futures négociations. Nos coeurs s’ouvriraient un peu les uns aux autres, et cela, c’est une force considérable. La force de la simple compassion humaine, en particulier dans la situation de terreur et d’impasse où nous nous trouvons. Juste une fois, regardez-les, non pas à travers le viseur d’un fusil, ni de derrière un check point. Vous verrez un peuple pas moins torturé que nous. Un peuple opprimé, occupé, dénué d’espoir.

Bien sûr, les Palestiniens sont également responsables de cette impasse. Bien sûr, ils ont eu leur rôle dans l’échec du processus de paix. Mais regardez-les d’un autre angle, pas seulement les extrémistes en leur sein, qui partagent les mêmes intérêts que nos extrémistes à nous. Regardez l’immense majorité de ce peuple malheureux, dont le sort est lié au nôtre, que nous le voulions ou pas.

Monsieur Olmert, ne cherchez pas constamment des raisons pour ne pas leur parler. Vous avez retiré votre plan de retrait unilatéral de “convergence”, et c’est une bonne chose, mais ne laissez pas un vide, car il sera immédiatement rempli par la violence et la destruction. Parlez-leur, faites-leur une offre que leurs modérés puissent accepter. Ils discutent entre eux bien plus que ce que nous en montrent les médias. Faites-leur une offre pour les forcer à choisir entre l’accepter et demeurer otages de l’islamisme fanatique. Approchez-les avec le plan le plus courageux et le plus sérieux qu’Israël puisse offrir. Avec une offre dont tout Palestinien raisonnable et tout Israélien raisonnable sait qu’il constitue la limite entre leur refus et nos concessions.

Le temps presse. Si vous tardez, nous nous souviendrons avec nostalgie de l’amateurisme du terrorisme palestinien. Nous nous frapperons la tête contre le mur et hurlerons à la pensée que nous n’avons pas fait preuve de toute la souplesse possible, de toute la sincérité possible, pour faire sortir nos ennemis du piège qu’ils se sont tendu eux-mêmes. Ni eux ni nous n’avons le choix. Et il faut aborder une paix obligée avec la même détermination et la même créativité que celles avec lesquelles on aborde une guerre imposée. Et ceux qui pensent que nous avons le choix, ou que le temps joue pour nous, ne mesurent pas les dangers profonds des processus déjà en marche.

“Monsieur le Premier ministre, si un dirigeant arabe envoie un signal de paix, il faut lui répondre”

Peut-être, Monsieur le Premier Ministre, faut-il vous rappeler que si un dirigeant arabe envoie un signal de paix, aussi léger et hésitant soit-il, il faut lui répondre, il faut immédiatement éprouver sa sincérité et son sérieux. Vous n’avez aucun droit moral de ne pas réagir. Vous le devez à ceux dont demanderiez de risquer leur vie si une autre guerre éclatait. Donc, si le Président Assad déclare que la Syrie veut la paix, même si vous ne le croyez pas, même si nous sommes tous méfiants à son égard, vous devez lui proposer une rencontre, et le jour même. N’attendez pas, même un seul jour. Quand vous avez lancé la dernière guerre, vous n’avez pas même attendu une heure. Vous avez chargé avec toutes vos forces, votre arsenal complet, toute votre puissance de destruction. Alors, quand une lueur de paix apparaît, pourquoi devez-vous la rejeter immédiatement ? Qu’avez-vous à perdre ? Vous vous méfiez de lui ? Offrez-lui des conditions qui révéleraient sa fourberie. Offrez-lui un processus de paix qui s’étalerait sur plusieurs années, et où seulement lors de sa conclusion, à condition qu’il respecte conditions et restrictions, il récupérerait le plateau du Golan. Engagez-le dans un long processus, agissez de telle sorte que son peuple sache aussi que cette possibilité existe. Aidez les modérés qui, là-bas aussi, doivent exister. Essayez de changer le réel au lieu d’en être le serviteur. C’est ce pour quoi vous avez été élu.

Bien sûr, tout ne dépend pas de vos actes. De grandes puissances sont actrices dans notre région et dans le monde. Certaines, comme l’Iran et l’islam radical, souhaitent notre destruction. Et pourtant, tant de choses dépendent de ce que nous faisons, de ce que nous devenons.

Aujourd’hui, les désaccords entre droite et gauche ne sont pas si importants. La grande majorité des Israéliens le comprend déjà, et sait à quoi ressemblera la solution du conflit. Ainsi, la plupart d’entre nous comprennent que la terre doit être partagée et qu’un Etat palestinien doit être créé. Alors, pourquoi nous épuiser dans des querelles internes qui durent depuis 40 ans ? Pourquoi notre direction politique ne reflète-t-elle pas la position de la majorité des citoyens, mais celle des extrémistes ? Il vaut mieux parvenir à un consensus national avant que les circonstances ou, Dieu nous en préserve, une autre guerre, ne nous forcent à y parvenir. Nous nous épargnerions ainsi des années de déclin et d’errements, années où nous pleurerons encore et encore : “Regarde la terre, car nous l’avons gâchée.”

De là où je me trouve en cet instant, j’implore. J’appelle tous ceux qui écoutent, les jeunes qui sont revenus de la guerre et qui savent que ce seront eux qui seront appelés pour la prochaine guerre, les citoyens, juifs et arabes, les personnes de droite et de gauche, les religieux et les laïques : arrêtez-vous un moment et jetez un coup d’oeil à l’abîme. Pensez à combien nous sommes près de perdre tout ce que nous avons créé ici. Demandez-vous s’il n’est pas temps de prendre les choses en main, de sortir de cette paralysie, et de réclamer, enfin, la vie qui nous est dûe.

[1] Avant d’être baptisée (malheureusement) place Rabin, cette place où parle Grossman s’appelait “place des Rois d’Israël”.
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Itzhak, tes braises sont mortes depuis longtemps (posté par aberdam le 02.11.2006)
[mémoire et vigilance pour Itzhak Rabin]

Ha'aretz, 1er novembre 2006

Itzhak, tes braises sont mortes depuis longtemps
par Yossi Sarid

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

Demain, nous serons le 11 du mois de Heshvan dans le calendrier hébraïque, le jour où Israël pleure l'assassinat d'Itzhak Rabin. Après 11 ans, tout le monde le sait : non seulement Rabin a été assassiné, mais son héritage est enterré avec lui. Pour l'essentiel, cet héritage a consisté à rechercher
avec obstination toute brèche dans le mur d'hostilité qui entoure Israël et de s'y engouffrer, avec l'espoir de trouver, derrière ce mur, des signes d'acceptation de l'existence d'Israël.

Rabin était déterminé à ce que la force à la fois d'Israël et de son armée ne soit mise à l'épreuve que lorsque cela était absolument nécessaire. Général, expert en sécurité d'Israël, en uniforme comme en civil, il avait compris ce que Ehoud Olmert, Amir Peretz et Dan Haloutz (chef d'état-major) ne saisiront jamais : on ne part en guerre que si l'on n'a pas d'autre choix, et après avoir recherché et épuisé toutes les autres options.

Une fois, dans un moment de franchise, il m'a dit : "Yossi, même la meilleure armée du monde ne peut frapper au-delà de sa capacité. Même une nation forte ne peut bander ses muscles sans les relâcher, parce qu'à la longue, elle finira par s'épuiser." Rabin savait quelle responsabilité pesait sur ses épaules. Et il les avait larges, ses épaules, qui devaient porter tout le poids de l'avenir d'Israël. Ce sentiment de responsabilité l'a poursuivi sans cesse, et il ne s'est jamais soustrait à ses devoirs. Ainsi, il a été prêt à faire des choses qu'il n'a pas aimé faire, ou même exécré, parce qu'il se sentait obligé de les faire.

Demain, lors de la cérémonie officielle de l'Etat, les yeux de la nation seront tournés vers le Mont Hertzl [où il est enterré]. Olmert, Shimon Peres, Avigdor Lieberman et Benjamin Netanyahou siègeront solennellement au premier rang. A côté d'eux siègeront les gardiens des braises mourantes du parti de Rabin, le Parti travailliste, qu'il repose en paix (ou en guerre), de Peretz à Binyamin Ben-Eliezer et Isaac Herzog.

Belle brochette de travaillistes. Mais les braises de Rabin sont mortes depuis longtemps. Entre les oraisons funèbres, lorsque le silence des tombes et des cyprès ­ le silence de la mort ­ s'étendra momentanément sur la scène, il se pourrait bien qu'on entende Rabin se lamenter sur ses successeurs.

Vendredi dernier, le quotidien Yediot Aharonot rapportait qu'un tiers des Israéliens souhaitait que l'assassin de Rabin soit gracié, et que la moitié des Israéliens de la droite religieuse était en faveur de sa libération conditionnelle. Les yeux brûlent dans leurs orbites à la lecture de cette information, et l'on refuse de croire ce qu'on lit. Et pourtant, qu'y a-t-il de si surprenant ? Un esprit d'amnistie sez diffuse depuis les échelons supérieurs de la société israélienne vers ses échelons inférieurs. Les rabbins qui encouragé l'assassin, explicitement ou implicitement, ont été depuis longtemps pardonnés. Et ceux qui se trouvaient sur un balcon de la place de Sion à Jérusalem, cette nuit-là où le crime a été autorisé (1), ont hérité de la place de Rabin. On les a même déclarés ses successeurs idéologiques : les derniers "Mapaïniks" (2).

L'assassin a bien été appréhendé et mis en prison, car c'est lui qui avait tiré les trois balles. Mais ceux qui ont tracé une cible sur le dos de Rabin et qui lui ont dit que le premier ministre était une cible autorisée n'ont jamais eu (quelle idée !) à rendre compte de leurs actes.

C'est vrai, il est dégoûtant de se vautrer dans les draps souillés de l'assassin et de sa petite Tembovler (3). Qui voudrait réellement s'approcher du lit où ils ont fait l'amour ? Qui se préoccupe vraiment de savoir si un enfant naîtra de cette union ? Pourtant, nous sommes nombreux à penser que l'autorisation de "visite conjugale" qui leur a été accordée, dans une auberge meublée avec raffinement, fait partie d'un schéma de pardon qui mène inévitablement à la grâce.

C'est écrit sur le mur, même si le texte est caché par de la mousse.

"Un juif, même pécheur, ne cesse jamais d'être juif." Aujourd'hui, il faudrait ajouter : "un juif, même après avoir assassiné un premier ministre, ne cesse jamais d'être juif." Bien plus, il est important qu'il accomplisse ses mitzvot (commandements de la loi juive) et que ses droits soient protégés.

Notre Shin Bet est bien connu pour son hypersensibilité à l'égard du respect des droits de l'homme et du citoyen, en particulier ceux des terroristes. Nous ne devons jamais oublier que la liquidation ciblée de Rabin a été un acte de terrorisme et non un assassinat. Ni que le terrorisme juif qui a poussé en notre sein est beaucoup plus dangereux que le terrorisme perpétré par des agents extérieurs.

Il a été rapporté que le Shin Bet avait soumis au procureur de l'Etat une opinion d'expert où il est écrit que l'assassin victorieux "ne constitue plus une menace pour la sécurité."

On m'a dit que cette information avait mis très en colère le Shin Bet, qui a prétendu que les faits avaient été déformés. Pour éviter toute injustice supplémentaire envers nos "braves jeunes gars", j'ai téléphoné au bureau de Youval Diskin, chef du Shin Bet, pour demander le texte de cet avis d'expert. Dix jours ont passé, et je n'ai toujours pas reçu ce texte. Toutefois, une aimable porte-parole m'a bien appelé, et quand j'ai demandé le document, elle s'est contentée de me fournir des explications. Elle a promis de me rappeler le lendemain, mais depuis, je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles.

Je dois donc me fonder sur ce qui a été publié, car il semble que pour l'essentiel, tout se passe dans les coulisses.

L'assassin "ne représente plus une menace pour la sécurité" : le Shin Bet a parfaitement raison. Itzhak Rabin a déjà été assassiné, et l'on ne peut assassiner deux fois la même personne.

Ou peut-être que si.



(1) allusion à une manifestation de la droite contre les accords d'Oslo au cours de laquelle des slogans "Mort à Rabin", "Rabin traître" n'ont suscité aucune réaction de la part des organisateurs.

(2) Mapaï : acronyme de "mifleget poalei Israel", Parti des travailleurs d'Israël. Ancêtre du Parti travailliste. Le suffixe "nik" (hérité du russe), indique l'appartenance, comme "kibboutznik" signifie membre d'un kibboutz.

(3) Larissa Trembovler a épousé Ygal Amir en prison. La permission qui leur a été accordée de se marier, puis d'avoir des relations conjugales, a fait les titres des médias israéliens.
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Travaillistes : la mort de l'idéologie (posté par aberdam le 31.10.2006)
[ce soir (dimanche), le Parti travailliste va probablement décider de rester dans un gouvernement où siègera Avigdor Lieberman. En faisant cela, il signera peut-être sa fin]

Ha'aretz, 29 octobre 2006

Travaillistes : la mort de l'idéologie par Uzi Benziman

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

Dans le nouveau roman "Seeing" (1) de José Saramago, l'auteur décrit un Etat dont 80% des électeurs de la capitale votent blanc. Ainsi, cette société inventée par l'auteur portugais, lauréat du Prix Nobel, exprime sa protestation face à la conduite de ses gouvernants. Le message de Saramago s'applique à toute l'humanité et à Israël de fin 2006, le jour où le Comité central du Parti travailliste se réunit pour décider de l'avenir du parti dans le gouvernement Olmert, un gouvernement qui compterait dans ses rangs Avigdor Lieberman.

Le résultat attendu du vote du Comité central, qui permettrait aux travaillistes de rester dans le gouvernement Olmert, est encore une fois l'expression, plus flagrante que jamais, de la mort de l'idéologie dans la vie politique israélienne. Si Amir Peretz et Youli Tamir peuvent siéger dans un même gouvernement avec Avigdor Lierberman, c'est le signe, encore une fois, que les mots ne veulent plus rien dire. Et ce, non seulement parce que le leader travailliste avait déclaré [avant les élections] qu'il ne serait jamais d'accord pour être un partenaire de Lieberman dans a gestion des affaires de l'Etat, mais aussi parce que lui et son parti ont prétendu représenter une vision du monde totalement opposée à celle du fondateur d'Israel Beitenou [parti de Lieberman]. Lieberman offrait à l'électorat une option raciste, simpliste et autocratique, fondée sur la force. Les travaillistes leur proposaient une alternative de gauche, humaine, complexe et tolérante.

Ce soir, les membres du Comité central sont appelés par Peretz et le reste de la direction du parti à trahir leurs valeurs politiques et sociales et les promesses faites à leurs électeurs et à abandonner toutes leurs déclarations et intentions. On va demander à ces mêmes membres, non pas d'accepter une diversion tactique isolée et limitée, mais un abandon complet. Un parti qui appelait à une réconciliation avec le peuple palestinien, à une relation plus étroite entre les citoyens juifs et arabes d'Israël, à la fin de l'occupation, à concentrer les efforts de la nation à réduire les différences socio-économiques, est appelé aujourd'hui par sa direction à soutenir un programme politique qui cherche à intensifier la confrontation israélo-arabe, qui croit aux méthodes violentes et qui exige à ces fins la mobilisation des ressources du pays.

Le ministre Ofir Pines-Paz et le petit groupe de députés qui s'est joint à lui ([contre cette décision] n'ont probablement aucune chance, ce soir, de bloquer la motion de Peretz et des autres ministres acceptant l'entrée de Lieberman au gouvernement. Olmert a su appuyer sur les bons boutons et pousser Peretz, Ephraïm Sneh, Isaac Herzog, Benjamin Ben-Eliezer (tous ministres travaillistes) à accepter Israel Beitenou au gouvernement et à légitimer ainsi les opinions de ce parti.

La soumission a sa propre dynamique, et les dirigeants travaillistes en administrent une nouvelle fois la preuve : bien sûr, ils crient sur tous les toits leurs hésitations, mais ils se ruent en même temps avec certitude vers la ligne d'arrivée tracée par le premier ministre. Aucune originalité dans leurs prétextes : "nous influencerons de l'intérieur", "nous soulignerons la différence entre nous et la droite", "nous arrêterons le doigt sur la détente", etc. Ehoud Barak, lui aussi, avait sans sourciller promis un gouvernement laïque pour immédiatement après former un gouvernement avec les partis ultra-orthodoxes. Ariel Sharon n'a pas hésité à tourner le dos à son engagement envers les colonies israéliennes de la bande de Gaza. Et Olmert abandonne sans rougir son "plan de convergence".

Les politiciens israéliens ne saisissent pas le lien entre leur cynisme et l'indifférence qui envahit les électeurs. Ils ont été troublés quand la participation aux dernières élections n'a été que de 63,2% (contre 80% jusqu'en 2001). Mais ils ne comprennent pas que la facilité avec laquelle ils jettent leurs promesses aux orties affecte la confiance que l'opinion place en eux. Israël est aujourd'hui dirigé par Kadima, un parti de gouvernement qui n'est rien de plus qu'un emballage conçu par des publicitaires, et le Parti travailliste qui, ce soir, va se détruire de ses propres mains.


(1) Ce roman, non encore traduit en français, est la suite d'un précédent roman, l'Aveuglement.
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L'implosion (posté par aberdam le 31.10.2006)
[Sayed Kashua, journaliste et écrivain arabe, est bien "intégré" dans la société israélienne de Tel-Aviv où il vit. Mais il lui arrive de craquer. Là, c'est un lion qui va prendre. Mais cette histoire, cette allégorie, ne concerne-t-elle pas, au fond, tous les Israéliens, juifs comme arabes?]

Ha'aretz, 20 octobre 2006

L'implosion, par Sayed Kashua*

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

J'essaie très fort. En général, ça marche et je réussis à l'oublier, mais parfois, ça me revient en pleine figure, une sorte de sentiment de paralysie qui m'empêche de penser lucidement. Je n'arrive pas à le décrire par des mots, mais ce samedi matin, j'ai senti que j'allais avoir une grave attaque. Je suis incapable de rester dans ma chambre, ni devant l'ordinateur, il faut que je m'occupe, que je me distraie, autrement ça pourrait me submerger. Bien qu'ayant appris par expérience que ce sont des incidents passagers, malgré tout, à chaque fois, j'ai peur que cette attaque dure toujours, et qu'elle fiche complètement ma vie en l'air.

"On y va", me suis-je retrouvé à crier, pour cacher le tremblement de ma voix qui me prend en de pareilles circonstances. "Allons quelque part ­ au zoo. Hein ? Qu'est-ce que vous en dites ?"

Il est important de prendre une profonde respiration. Oui, le plus important, c'est de respirer. J'essaye de partager la joie des enfants, d'être vraiment là tout en les habillant, de me concentrer totalement sur la préparation des sandwiches. Il faut que j'oublie ce qui m'arrive, mes pensées ne doivent pas pénétrer la chose physique que je suis en train de faire. J'attache des lacets, ces lacets sont mon monde entier.

Je vais conduire lentement, ne me concentrer que sur la route. Je vais respirer profondément, peut-être fredonner sur une chanson gaie à la radio. Je vais serrer plus fort le volant, ainsi je vais contrôler mon tremblement. J'ai les paumes moites, mais j'arrive presque à les tenir immobiles. Je dois changer les images qui défilent dans ma tête pour d'autres. Ah oui, je me rappelle, le zoo. Les éléphants, les tigres et les lions.

"On va voir l'éléphant?", demandé-je au bébé. "Tu veux voir l'éléphant ?" L'éléphant, je dois me concentrer sur l'éléphant. "Oui, un gros éléphant avec des énormes oreilles ­ un éléphant avec une trompe. Dis : 'éléphant'.
Très bien. Un éléphant avec de jolies défenses blanches."

­ "Tu te sens bien ?"
­ "Très bien, pourquoi ? Je suis pâle ?"
­ "Non, je posais la question comme ça."
­ "Ca va. J'ai la tête un peu... Je n'ai pas très bien dormi. Je me sens un peu étourdi."

Les bruits des animaux (les cris des singes, je crois) me perturbent. Je sens que mon pouls, déjà rapide, bat des records et que les images floues défilent dans ma tête à un rythme étourdissant.

"Comme c'est triste", entends-je ma femme chuchoter près de la cage du lion pour que les enfants n'entendent pas. "Il est déprimé, ce lion."

"Et pourquoi es-tu déprimé, dis-moi ?", m'entends-je crier au lion. Les visiteurs me dévisagent. J'essaie de m'arrêter, je sais que je me conduis comme un fou, mais je n'y arrive pas, et ma voix ne fait que s'amplifier. "Tu fais semblant d'être déprimé ? Tu veux changer de place avec moi ? OK, allez, on change de place, espèce de pleurnicheur!"

"Qu'est-ce que tu fais ? Qu'est-ce qui t'arrive ?" dit ma femme qui se colle à moi, les larmes aux yeux.

Mais je grimpe sur la barrière en ciment face à la cage, je me tourne vers le lion, puis vers le public qui a commencé à s'amasser. "Quoi ? Quelque chose te fait mal, hein ? T'es si mal ici ? Avant, j'avais vraiment pitié des animaux enfermés au zoo, voilà pourquoi je n'y allais pas. Mais maintenant, je comprends qu'ils sont bien ici. Ils sont bien ici, tu m'entends, le lion ? Je suis comme toi. La liberté était pour moi une valeur essentielle, mais qu'est-ce que ça veut dire de circuler en pleine sauvagerie avec les membres de son espèce ? La liberté, mon cher lion, signifie aussi la jungle et ses lois. Alors, la cage ne vaut-elle pas mieux ? Au moins, ici, tu te sens en sécurité."

De plus en plus de gens commencent à se masser autour de la cage du lion. Très vite, la rumeur a circulé : il se passe quelque chose, et les parents se dépêchent de faire approcher leurs enfants qui s'ennuient, et poussent pour se faire une bonne place devant moi.

Et je crie au lion : "je voudrais bien me sentir comme toi en sécurité, sans parler des autres animaux de la jungle plus faibles que toi. Prends le zèbre, par exemple. Ici, une clôture vous sépare et, excuse-moi, mais vous avez tous deux l'air d'être satisfaits. Les zèbres et les autres animaux moins chanceux ne survivraient pas comme toi, mais toi aussi, tu dois
remercier ta bonne étoile. Même toi, si tu étais dehors, tu aurais à te battre contre d'autres lions pour ton territoire. Et même, un caïd de lion te pourrirait la vie et t'attaquerait. Tu n'es pas mieux, ici, dans ton espace protégé, sans guerres et avec une épouse qui t'est garantie pour le restant de tes jours?"

Le public applaudit. Je fais un léger signe de tête et je continue : "Tu penses à t'échapper, mais pour aller où ? De toute façon, que ferais-tu exactement dans un pays étranger? Il faut beaucoup d'argent pour émigrer
avec sa famille. Parfois, je pense que je suis trop vieux pour émigrer, je n'ai plus la force de m'intéresser à un nouveau pays, de comprendre sa culture. Si j'émigrais, je me sentirais sûrement comme ces Turcs qui refusent de parler allemand, pas par idéologie, mais par manque d'intérêt. Et si je déménageais à Londres, il est probable que ce serait la seule ville
que je serais capable de situer sur une carte d'Angleterre."

Ma femme pleure près de moi et me supplie : "S'il te plaît, arrête, s'il te plaît."

"Attends une minute", lui dis-je, et je me retourne vers le lion : "Ecoute une histoire. Ce matin, je me suis levé..." Et soudain, je me rappelle comment l'attaque a commencé.

"J'ai allumé mon ordinateur et qu'est-ce que j'ai vu ? Des musulmans et des chrétiens qui se battent au Nord, des victimes d'une guerre de gangs dans le Triangle de Galilée, la Police des frontières qui photographie des Arabes en train d'entrer dans un centre commercial à Kfar Saba, et une petite fille, le visage en sang, qui pleure dans un hôpital de Gaza. Qui sont-ils, chers animaux, pour être traités ainsi ? Qui sont-ils, des animaux, pour se traiter les uns les autres comme cela? Excusez-moi, je demande pardon à tous les animaux, ce n'est qu'une métaphore. Je n'avais aucune intention de vous
insulter."

Je vois que le lion accepte mes excuses en frémissant de la crinière, et qu'il me fait signe de continuer. "Ici, c'est mieux, c'est plus sûr. En fait, il est clair qu'un zoo en Angleterre serait préférable, mais tu comprends ce que je veux dire. Au moins, dans un zoo, il n'y a pas de hordes, pas de nations si tu préfères. Ici, l'important, c'est l'individu, chacun dans sa cage. Il peut penser ce qu'il veut et faire ce qu'il veut sans subir de pression de la société."

"C'est effrayant de faire partie d'une horde, c'est effrayant d'être une nation, c'est encore plus effrayant d'être une majorité dans une nation, et d'être dans un régime démocratique. La démocratie. Encore une valeur sur laquelle j'ai été élevé, et qui est devenue une grave menace. L'opinion majoritaire me fait peur. Avec le temps, j'ai compris qu'il était presque impossible pour une opinion de masse d'être morale. Une opinion majoritaire dictée par l'argent ou le gouvernement est d'abord motivée par la domination économique. Regarde-toi, regarde-nous. Le fait que les masses soient
convaincues de leur bon droit est la preuve absolue qu'elles ont tort. Une majorité a toujours tort. Demandez au lion."

Le public applaudit, des enfants me lancent des cacahuètes. Je les salue, puis je descends de la barrière en ciment.

"Rentrons à la maison", dit ma femme les yeux gonflés, en me serrant le bras. "Viens, je vais te conduire à l'hôpital."

Je proteste : "Pourquoi ? Qu'est-ce que j'ai fait ? J'ai eu raison. Tu as vu ? La majorité était d'accord avec moi."

* Sayed Kashua fait partie de la jeune génération des romanciers israéliens. Arabe et citoyen israélien, il est journaliste à Tel-Aviv et écrit en hébreu. Derniers livres publiés en français : "Les Arabes dansent aussi" (éd. Belfond) et "Et il y eut un matin" (éd. de l¹Olivier, février 2006). Autre article de Syad Kashua : "La piqûre" : http://www.lapaixmaintenant.org/article1310
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Savoir dire non aux Américains (posté par aberdam le 31.10.2006)
[Contrairement au souhait des Américains, Israël doit négocier avec Abbas et Assad. Il est clair qu'aujourd'hui, les intérêts israéliens et américains ne convergent pas forcément, vu la position de l'administration Bush]

Yediot Aharonot, 21 octobre 2006

"Savoir dire non aux Américains" par Uri Savir *

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

Les anciens gouvernements israéliens ont toujours fait savoir qu'ils ne plieraient pas devant les pressions américaines concernant le processus de paix au Moyen-Orient. L'hypothèse était alors que les administrations américaines feraient pression sur Israël pour qu'il fasse des concessions majeures en vue de parvenir à la paix.

Mais aujourd'hui, l'Amérique exerce un autre type de pression, destinée à empêcher Israël de faire les concessions qui permettraient de faire avancer la paix. Nous ne devons pas non plus nous soumettre à ce type de pression.

Concernant les Palestiniens, Washington insiste pour que soit appliquée pleinement la Feuille de route du Quartet. Mais quiconque est muni d'yeux se rend compte que la première phase de la Feuille de route est inapplicable dans une atmosphère d'équilibre des forces entre le Fatah et le Hamas. Mahmoud Abbas et ses hommes ne peuvent pas démanteler l'infrastructure terroriste du Hamas.

Si Israël recherche réellement un processus de paix, il doit se contenter d'un cessez-le-feu total et de la cessation des actions terroristes palestiniennes. Quand Ehoud Olmerf et Mahmoud Abbas se rencontreront, outre un échange de prisonniers et la libération du soldat Gilad Shalit, il leur suffira d'annoncer la reprise des négociations diplomatiques, sur la base des accords déjà signés. De toute façon, ces accords incluent la cessation du terrorisme, la reconnaissance d'Israël et la résolution des désaccords par la négociation et non par la violence.

Concernant la Syrie, le président Bush et la secrétaire d'Etat Condoleezza Rice s'opposent fortement à des négociations entre Israël et la Syrie. Mais notre propre intérêt stratégique est de démanteler le terrorisme en Iran, en Syrie, de lutter contre le Hezbollah et le Hamas. Or, cela peut être fait par le moyen de négociations diplomatiques avec les Syriens, ce qu'a proposé à plusieurs reprises le président syrien Assad.

Il est clair que, dans le cadre de toute préparation à des négociations, il nous incomberait d'exiger de la Syrie qu'elle mette fin à son soutien au Hezbollah et au Hamas. Il y va de l'intérêt vital d'Israël. Nous devons soigner les plaies suppurantes des Palestiniens et parvenir à un accord pour que deux Etats puissent vivre côte à côte dans la paix et la sécurité.

De plus, nous ferions bien d'entamer des négociations avec les Syrie. Cela créerait un levier pour parvenir à un accord global au Moyen-Orient, ce qui garantirait la sécurité d'Israël.

Il apparaît que la politique de l'administration Bush a pour objectif d'apporter au monde la démocratie et de le débarrasser du terrorisme, pour qu'ainsi, les pays du monde fassent partie d'un axe pro-occidental. A ces fins, elle exerce des pressions sur différents pays et tente de saper leur légitimité.

Mais les intérêts d'Israël sont différents, en particulier après la deuxième guerre du Liban, quand des accords diplomatiques sont devenus potentiellement le bouclier défensif d'Israël. Une fois encore, nous ne devons pas nous soumettre aux pressions américaines. Dans la situation d'aujourd'hui, nous devons montrer davantage de souplesse que celle que voudraient voir nos grands amis américains.

* Aujourd'hui président du Centre Peres pour la Paix, Uri Savir a été l'un des principaux artisans des accords d'Oslo, et directeur de cabinet du ministère israélien des Affaires étrangères
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la violence est-elle une "maladie palestinien (posté par aberdam le 31.10.2006)
Ha'aretz, 17 octobre 2006

Un haut responsable du Hamas : la violence est-elle une "maladie palestinienne" ?
Reuters

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

Ghazi Hamad, personnalité importante du Hamas et porte-parole du gouvernement, a publié mardi un article qui condamne la violence inter-palestinienne et se demande si elle est devenue une "maladie palestinienne". Hamad s'inquiète des clivages dans les territoires palestiniens, et des heurts sanglants qui se sont récemment produits entre mouvements politiques rivaux.

"La violence est-elle devenue une culture implantée dans nos corps, notre chair ?", se demande-t-il dans un article cinglant publié par le journal palestinien à grande diffusion al-Ayyam. "Nous nous y sommes soumis comme à un maître, auquel nous obéissons partout, à la maison, dans nos quartiers, nos familles, nos clans, nos familles, nos universités."

C'est la deuxième fois en quelques mois que Ghazi Hamad, qui habite Gaza, publie dans al-Ayyam une tribune critique sur les affrontements inter-palestiniens (1). En août, il critiquait les groupes palestiniens radicaux qui combattent Israël, en disant qu'ils ne contribuaient pas à la cause de l'indépendance palestinienne en lançant des attaques à des moments où des progrès semblaient s'accomplir.

Dans ce dernier article, publié mardi, Ghazi Hamad écrit que la présence d'hommes armés dans quasiment toutes les rues, et leur présence à toutes les manifestations, politiques ou non, crée une atmosphère d'armes et de violence qui nuit aux perspectives d'accalmie.

Il écrit également que les images du conflit israélo-palestinien à la télévision, partout dans le monde, montrent trop souvent des hommes en armes et des violences, qui reflètent une bien mauvaise image de la lutte palestinienne. Pour lui, la violence a "remplacé le langage de la fraternité par celui des armes... Elle nous a volé notre unité et nous a divisés en
deux camps, ou trois, ou dix."

"Ne devrions-nous pas avoir honte de ce comportement, qui ne nous fait aucun bien, ni aux yeux du monde, ni à ceux de notre peuple", se demande-t-il.

Cet article de Hamad suit une période d'affrontements internes intenses, avec quelques-unes des pires violences inter-palestiniennes depuis lacréation de l'Autorité palestinienne en 1994. Depuis le début du mois d'octobre, au moins 15 personnes ont été tuées et plus de 100 blessées dans les heurts entre les milices armées du Hamas et du Fatah. La crainte d'une guerre civile est partout. Hamad écrit que 175 Palestiniens ont été tués par des "tirs palestiniens" depuis le début de l'année.

Les pourparlers engagés pour créer un gouvernement d'union nationale ont pour le moment échoué.

"Sommes-nous responsables? Oui. Participons-nous tous à ce grand péché ? Oui. Tous, nous souhaitons ne pas voir d'armes dans les rues, en dehors de celles des policiers", écrit encore Ghazi Hamad.

"Nous voulons guérir de cette maladie, de ce cancer, qui a atteint nos cerveaux et paralysé nos coeurs. Ayez pitié de notre peuple. Marchons en paix, asseyons-nous en paix, ayons un dialogue en paix, et dormons dans le calme", ajoute-t-il.

(1) Voir notre article "Examens de conscience : en Palestine aussi" http://www.lapaixmaintenant.org/article1362
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Israël : le nouveau Monsieur Non (posté par aberdam le 31.10.2006)
[En 1967, les Etats arabes, réunis à Khartoum, proclamaient les fameux trois "non" : non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d'Israël, non à toute négociation avec Israël. Depuis, la situation a bien changé. Et aujourd'hui, c'est Israël qui apparaît comme celui qui dit : "Non". Et en posant des conditions préalables à la reprise de négociations, Israël doit comprendre qu'alors, elles devront être réciproques]

Jerusalem Post, 10 octobre 2006

Israël : le nouveau Monsieur Non, par Gershon Baskin *

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

Naguère, la politique de la main tendue pour la paix était une constante de tous les gouvernements israéliens. Les premiers ministres israéliens ont toujours souligné qu'Israël voulait la paix avec tous ses voisins, et était prêt à parler avec eux, n'importe quand et n'importe où. C'était une position confortable quand nous savions que de l'autre côté, nous nous heurtions à un refus. Il était confortable de nous présenter comme le bon qui veut la paix, alors que c'étaient nos voisins qui disaient "Non". Nous n'avions pas à poser de conditions préalables. Israël déclarait son souhait de parler de paix quand le "danger" de faire la paix était loin au-delà de l'horizon. Mais les choses ont changé.

Aujourd'hui, Israël pose à ses voisins toute une liste de conditions préalables avant d'accepter de s'asseoir avec eux à la table des négociations. Les Syriens doivent fermer les bureaux du Hamas et du Jihad islamique, ils doivent fermer hermétiquement leur frontière avec l'Irak et empêcher la livraison d'armes au Hezbollah. Le Hamas doit reconnaître
Israël, renoncer au terrorisme et accepter les accords passés déjà signés. Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas doit démontrer sa capacité à gouverner en affrontant le Hamas et il doit commencer à appliquer les mesures de la Feuille de route relatives à la sécurité, sinon, il n'est pas un partenaire.

Ces conditions préalables ne font que fermer la porte au dialogue et présenter Israël comme un pays qui ne souhaite pas véritablement la paix : c'est ainsi qu'Israël est perçu aujourd'hui presque partout dans le monde. Etrange situation où le monde arabe est perçu comme le côté qui recherche la paix, alors qu'Israël est perçu comme celui qui cherche à l'éviter. Même la Ligue arabe a pris l'initiative d'un débat au Conseil de sécurité des Nations Unies sur son plan de paix, alors qu'Israël et les Etats-Unis ont tenté d'empêcher ce débat. Des journaux israéliens ont parlé de l'offensive de paix de la Ligue arabe. Où est l'offensive de paix d'Israël?

Le comportement d'Israël pendant et après la guerre du Liban est perçu dans le monde comme une surévaluation de l'usage de la force et une sous-évaluation de l'usage de la diplomatie. La politique d'Israël, qui a continué sa politique d'expansion des colonies, rejetée par l'ensemble de la communauté internationale, ne contrevient pas seulement aux principes de la Feuille de route : elle est perçue par la communauté internationale comme un message qui affirme qu'Israël ne quittera jamais les territoires occupés.

D'autres politiques, comme les bouclages continuels de territoires palestiniens et des frontières, le non paiement des recettes fiscales et douanières qui appartiennent au peuple palestinien, contribuent elles aussi à l'image d'Israël, celle d'une brute régionale, dénuée non seulement de toute compassion humaine, mais aussi de toute sagesse politique.

La communauté internationale n'a aucune sympathie pour le Hamas, mais même les tristes événements qui se déroulent quotidiennement à Ramallah et à Gaza sont, pour une part, considérés dans le monde comme le résultat du rejet perpétuel par Israël d'une vraie paix avec les Palestiniens.

Les experts affirment que depuis au moins un an, le président syrien Bachar Assad supplie Israël de le laisser reprendre le Golan par le moyen de la négociation. Bien sûr, Assad nous a aussi menacés de faire la guerre si nous ne répondions pas à ses offres de paix. Mais souvenons-nous qu'Anouar Sadate a fait exactement la même chose en 1972 pour le Sinaï. Si nous avions alors réagi positivement, la guerre de Kippour aurait pu être évitée avec son cortège de plus de 2.400 morts israéliens.

Il semble qu'Israël hésite, ou ne souhaite pas, répondre, peut-être parce que la peur de la paix est plus forte que la peur de la guerre. Il est vrai que la paix a déçu Israël. La paix avec l'Egypte n'a jamais été une paix chaleureuse. Nous savons que les touristes israéliens ne sont pas vraiment les bienvenus ni même peut-être très en sécurité, aussi bien au Caire qu'à
Amman. Même pendant les "bonnes années" du processus de paix avec les Palestiniens, les Israéliens avaient peur de pénétrer dans les territoires palestiniens. Mais une paix froide vaut mieux qu'une guerre, même froide, et globalement, la situation d'Israël, stratégique et sécuritaire, à l'intérieur comme à l'extérieur, serait bien plus sûre dans une paix avec
ses voisins que dans un conflit perpétuel avec eux.

Il est possible que la paix ne soit pas possible immédiatement, ni avec les Palestiniens, ni avec la Syrie. Certains dirigeants palestiniens se mettent maintenant, eux aussi, à réclamer qu'Israël soit rayé de la carte, d'autres parlent de ne jamais faire la paix avec Israël. Mais ces déclarations sont rejetées par la plus grande partie de la communauté internationale, et Israël ne doit pas répondre dans le même style. Israël doit constamment déclarer son souhait d'accepter, par principe, toute initiative dont l'issue serait la fin des conflits israélo-arabes et qui assurerait la sécurité
d'Israël.

La seule condition préalable pour se parler doit être l'acceptation de l'autre côté de s'asseoir à la table des négociations sans tirer. Tout le reste est négociable. Il faut comprendre que, si conditions préalables il y a, elles sont réciproques. Si Israël exige la reconnaissance, il doit lui aussi accorder la reconnaissance. Même de hauts dirigeants du Hamas ont déclaré qu'ils seraient prêts à reconnaître Israël, mais qu'Israël devait d'abord préciser de quel Israël il s'agit (dans quelles frontières) et qu'Israël devait aussi reconnaître la Palestine.

Si Israël pose comme condition préalable la renonciation à la violence et la fin des agressions, alors, il doit se comporter de même. Beaucoup de monde, au sein de la communauté internationale, considère les assassinats ciblés comme du terrorisme d'Etat. Tuer des civils avec des bombes et des roquettes tirées par l'aviation israélienne ne paraît pas très différent, dans de nombreuses parties du monde, des explosions de bus dans les rues israéliennes. Le résultat est le même, même si les motivations sont différentes.

Il est de l'intérêt d'Israël de rechercher sincèrement la paix. Cela doit constituer sa première ligne directrice stratégique et politique. Et cette recherche de la paix doit se traduire par une politique qui envoie un message clair à nos voisins et au monde. Cette politique a le pouvoir de changer le cours de notre vie, de nous éloigner des conflits et de
l'insécurité, et de nous rapprocher de la paix, de la coopération régionale et de bien plus de sécurité.

* Gershon Baskin est le co-directeur israélien de l¹IPCRI, Israel/Palestine Center for Research and Information. www.ipcri.org
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Hamas : "Nous n'entrerons pas dans un gouvern (posté par aberdam le 25.09.2006)
[Devant l'ONU, Mahmoud Abbas a prononcé un véritable discours de paix. Mais le Hamas, son partenaire potentiel d'un gouvernement d'union nationale pour l’instant en suspens, ne lui rend pas la vie facile...]


http://www.haaretz.com/hasen/spages/766032.html

Ha'aretz, 22 septembre 2006

Hamas : "Nous n'entrerons pas dans un gouvernement qui nous demandera de reconnaître Israël"


Ismail Haniyeh : "je ne dirigerai pas un gouvernement qui reconnaîtra Israël."

Le Hamas ne se joindra pas à un gouvernement d'union nationale si la reconnaissance d'Israël est une condition, a affirmé vendredi un proche du premier ministre Ismail Haniyeh. Cette déclaration contredit celle du président Mahmoud Abbas, la veille devant les Nations Unies

Jeudi, Abbas avait déclaré devant l'Assemblée générale des Nations Unies que le gouvernement Hamas-Fatah en gestation reconnaîtrait Israël. Mais Ahmef Youssef, conseiller politique de Haniyeh, a dit que "il n'y aura pas de gouvernement d'union nationale si l'on demande au Hamas de reconnaître Israël."

Youssef a déclaré qu'au lieu de reconnaître Israël, le Hamas était prêt à conclure une "trêve à long terme, de 5 ou 10 ans, jusqu'à ce que l'occupation se retire. "A la question de savoir ce que le Hamas ferait au cas où les pourparlers en vue de former la coalition échoueraient, il n'a pas été très clair.

Youssef a également dit qu'une déclaration du Quartette, publiée plus tôt dans la journée, ouvrait la voie à un dialogue avec un gouvernement palestinien d'union nationale, à de nouvelles relations et à la levée du boycott économique de l'Autorité palestinienne.

Le Quartette, composé des Etats-Unis, de l'Union européenne, des Nations Unies et de la Russie, avait encouragé les efforts d'Abbas de constituer un gouvernement d'union avec le Hamas. Il affirmait espérer que le programme de ce gouvernement d'union "refléterait" les trois conditions : reconnaissance d'Israël, renoncement à la violence et respect des accords de paix provisoires déjà signés. Le Quartette exhortait également Israël à verser aux Palestiniens les recettes fiscales qu'il retient.

Jusqu'à présent, le gouvernement dirigé par le Hamas a refusé d'accepter ces conditions.

"Nous considérons que l'absence d'exigence par le Quartette que le nouveau gouvernement reconnaisse Israël constitue le signe d'une volonté d'assouplir sa position vis-à-vis des Palestiniens", a dit Youssef.

Le Fatah et le Hamas avaient annoncé la semaine dernière qu'ils allaient former un gouvernement, pour alléger les sanctions internationales imposées au gouvernement du Hamas. Ces sanctions avaient pour but de faire pression pour que le Hamas assouplisse son idéologie violemment anti-israélienne.

Un accord préliminaire stipulait que le nouveau gouvernement aurait pour objectif de créer un Etat palestinien aux côtés d'Israël, ce qui aurait constitué une reconnaissance implicite d'Israël;

Mais les négociations sont dans l'impasse, car l'Occident et Israël veulent que le Hamas déclare clairement son intention de reconnaître Israël, renonce à la violence et accepte les accords existants entre Israël et les Palestiniens.



Abbas: "Les accords antérieurs seront honorés"

Abbas a déclaré devant l'Assemblée générale de l'ONU que "tout futur gouvernement palestinien" honorerait tous les accords antérieurs auxquels sont engagés d'OLP et l'Autorité palestinienne.

Ces accords comprennent les lettres échangées entre les Palestiniens et Israël, dans lesquelles l'OLP accepte de reconnaître Israël, de renoncer à la violence et de s'engager dans la voie de la négociation pour créer un Etat palestinien indépendant aux côtés de l'Etat d'Israël, a-t-il précisé.

Abbas a également dit que si un gouvernement d'union menait à la reprise des pourparlers de paix, les négociations auraient lieu sous la houlette de l'OLP, qu'il préside. De plus, les résultats seraient soumis ou à référendum ou au Conseil National Palestinien.

"Tout futur gouvernement sera tenu d'imposer l'ordre et la sécurité, à mettre fin au phénomène des milices multiples, à l'indiscipline et au chaos, et à faire régner l'état de droit", a-t-il encore dit.

Ces engagements "devraient suffire à lever le siège injuste imposé à notre peuple, qui a infligé de terribles dommages à notre société, à son niveau de vie, à sa croissance et à son développement."

Mahmoud Abbas a rappelé l'appel lancé depuis la tribune de l'Assemblé générale il y a 32 ans par le président de l'OLP, Yasser Arafat, qui brandissait à la fois un fusil et un rameau d'olivier en disant : "Ne laissez pas le rameau d'olivier tomber de ma main."

Abbas : "Et me voici de nouveau à lancer le même appel : ne laissez pas le rameau d'olivier tomber de ma main, ne laissez pas le rameau d'olivier tomber de ma main."

/...

Former un gouvernement d'union promet de ne pas être simple. Les tensions entre le Fatah et le Hamas sont montées d'un cran ce week-end avec l'assassinat à Gaza d'un officier de renseignement loyal à Abbas par des hommes armés.

Saeb Erekat, négociateur de Mahmoud Abbas, a déclaré : "le peuple sait que nous sommes assiégés, et que nous devons être cohérents vis-à-vis de la communauté internationale. Nous avons des obligations." Erekat a ajouté que la "reconnaissance mutuelle" était l'un des premiers engagements pris dans le cadre des accords signés il y a plus de 10 ans.
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Uri Grossman, l'anti-Elifelet ou la fin de l'ère d (posté par aberdam le 20.09.2006)
[Deux oraisons funèbres en Israël, tous deux textes fondateurs, que 50 ans séparent. Entre Moshe Dayan (1956) et David Grossman pour son fils Uri (2006), la distance qui sépare l'ère de la jeunesse de l'innocence célébrée par "Elifelet", poème de Nathan Alterman, de celle de David Grossman, ou rien ne sera plus jamais simple]

Ha'aretz, 15 septembre 2006

Uri Grossman, l'anti-Elifelet ou la fin de l'ère de l'innocence
par Nissim Calderon*

Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

L'oraison funèbre de David Grossman pour son fils Uri (1) est un texte fondateur. Israéliens comme non-Israéliens la reliront pendant des années. Les étudiants l'étudieront. Les universitaires l'analyseront.

J'aimerais la comparer à une autre oraison funèbre fondatrice, lue par Moshe Dayan sur la tombe de Roï Rutenberg, le 19 avril 1956. "Ce n'est pas chez les Arabes de Gaza, mais en notre sein, qu'il nous faut chercher le sang de Roï", a dit Dayan à Nahal Oz. "Comment avons-nous pu fermer les yeux et refuser de regarder en face notre destin, et voir, dans toute sa brutalité, le destin de toute une génération? ... Le jeune Roï, qui avait quitté Tel-Aviv pour bâtir sa maison aux portes de Gaza, pour nous servir de mur, a été aveuglé par la lumière qui brillait dans son coeur. Et il n'a pas vu l'éclair de l'épée..."

Nous nous rappelons cette oraison funèbre de Dayan pour le courage qu'il y avait à porter un regard direct, dénué de sentimentalisme, sur la guerre entre les Juifs et les Arabes. Dayan n'appelait pas à venger le sang de Roï chez les Arabes, à cause de la conscience qu'il avait du fait qu'il s'agit d'une guerre entre deux côtés légitimes, et que c'est justement cela qui la rend brutale. Nombreux ont été ceux qui ont insisté sur ce point dans les propos de Dayan, et beaucoup a été écrit sur ce sujet. Mais j'aimerais insister sur un autre aspect.

La victime est décrite ici comme un "jeune", non seulement à cause de son jeune âge, mais aussi parce que "la lumière dans son coeur a aveuglé ses yeux." Cette phrase implique clairement que la victime ne savait pas ce que savait Dayan, et c'est la raison pour laquelle cette oraison funèbre a traversé les années et qu'elle est étudiée avec autant d'attention. La victime ne connaissait pas la nature globale, brutale, complexe aussi bien émotionnnellement que moralement, de cette guerre. Elle était innocente. Son coeur n'était que lumière. Et la lumière l'a aveuglée.

Les versions des victimes

Pour son époque, le texte de Dayan était vrai et incisif. Aujourd'hui, alors que nous pleurons la mort récente de S. Yizhar, le plus grand de nos écrivains de la guerre d'Indépendance, nous devons nous souvenir qu'il a écrit des choses similaires. Dans "Les Jours de Ziklog", son chef d'oeuvre sur cette guerre, il décrit minutieusement un petit groupe de soldats qui combattent avec un immense courage. Certains sont tués dans une action destinée à conquérir une lointaine colline du Néguev. Ils n'ont aucune image globale de la guerre. Pour eux aussi, la lumière et les ténèbres dans le coeur sont tout ce qu'ils ont. Ils sont l'innocence au coeur d'un événement qui les dépasse, qu'ils ne comprennent pas et dont ils ne sont pas responsables.

Ils sont bien sûr certains que la guerre est juste. Ils sont bien sûr certains qu'ils doivent se battre. Mais il y a une distance énorme entre la justesse d'une guerre dans sa dimension globale et l'individu qui la fait. Comme la distance qui sépare un point minuscule d'un cercle énorme tracé autour de lui. Cette réduction, cet isolement de l'individu qui combat, sont ce qui fait de lui un symbole. Il ressort précisément parce qu'il est séparé du tout. S'il dégage une innocence juvénile, c'est précisément parce qu'il ne veut pas, ni n'a besoin, de penser à la politique ou à l'idéologie ou à la société au sens large.

Tous les Israéliens connaissent pas coeur les multiples versions de la victime israélienne innocente, jeune, dont "les yeux sont aveuglés par la lumière du coeur.' Les symboles ont tendance à porter à l'exagération. Bien sûr, toutes les victimes n'étaient pas complètement innocentes. Bien
sûr, toutes les victimes n'ignoraient pas les complexités de la guerre. Mais les textes deviennent fondateurs parce qu'ils impriment des symboles dans nos consciences. ??David Grossman, lui aussi, s'est souvenu de ce symbole de naïveté quand il a dit que lui et sa femme craignaient que leur fils se conduise comme Elifelet, le héros du célèbre poème de Nathan Alterman. Dans ce poème évocateur, Elifelet est encore un adolescent dans toute son innocence, et précisément à cause de cette innocence, il court livrer des munitions à une position coupée de ses arrières, et il se fait tuer. On ne peut oublier les lignes si souvent répétées qui racontent comment Elifelet a fait tout cela "sans pourquoi ni comment, sans où ni comment ni pourquoi, sans où ni d'où, sans quand, sans où ni pourquoi."

A une époque où régnait le consensus sur la justesse du chemin, à une époque où régnait une confiance idéologique où tout était expliqué, justifié et totalisé, nous n'avions pas à concevoir de distance entre l'être humain isolé et son lourd bagage. Son innocence était la garantie qu'il n'était pas seulement une idéologie ambulante, mais de la chair. Son innocence était aussi une manière de dire que sa mort n'était pas la conséquence évidente d'une certaine voie, ou de circonstances, mais qu'elle contenait en elle-même une dimension importante de liberté, d'une âme qui délibère et qui décide.

Mais Uri Grossman, tel que le décrit David Grossman, n'était pas Elifelet. Il était le contraire d'Elifelet. Il se posait toutes les questions, demandait pourquoi, et comment, et où, et combien. Uri Grossman n'était pas un point d'innocence à l'intérieur d'un cercle géant dont il n'avait pas conscience, à part une idée générale et vague de justice.

Uri Grossman est né à une époque où, pas à pas, il a dû en arriver à prendre la décision pas évidente (en particulier pour ceux de sa génération) de demander à suivre les cours pour devenir officier de blindés, et même de combattre dans un tank. Et il a dû alors se clarifier dans sa tête comment cette décision s'accordait avec le fait qu'il était "le gauchiste de son bataillon". Et il a dû aussi relier ces décisions à celles qu'il prenait à un check point en Cisjordanie lorsqu'un enfant s'y présentait (il le mettait à l'aise en le faisant rire).

"Uri était très israélien", a écrit son père. Mais cette israélianité ne va plus de soi. Elle ne comprend pas son amour pour le théâtre, ni son dégoût des figues, ni son sens particulier de l'humour. Ceux de la génération d'Uri ne vivent pas, et n'ont pas à vivre, un théâtre qui soit entièrement israélien, ou un humour qui soit entièrement israélien. Ils doivent faire leur propre cuisine à partir de l'Israélien et de l'être humain qui sont en eux. Je veux dire que leur personnalité doit se colorer dans un espace qui, du temps des oraisons pour Roï et Elifelet, était totalement blanc. Entre les sphères personnelle et publique, entre le psychologique et l'idéologique, entre le commandant de tank et l'amoureux du théâtre, Uri a jeté un large filet de fils conducteurs, de décisions et de préférences.

Voilà pourquoi l'oraison de David Grossman était si détaillée, voilà pourquoi il a pris tant de soin à dessiner le portrait de toutes ses nuances, ses contradictions et ses dilemmes. Du temps de Dayan, personne n'aurait pensé à parler dans une oraison funèbre des plaisanteries que le défunt aimait raconter. Dans celle de Grossman, il y a des plaisanteries. Du temps d'Alterman, il n'était pas d'usage de mentionner les opinions politiques du défunt. Dans celle de Grossman, il y a des opinions politiques. Du temps de Dayan, une grande force tirait la victime du côté du symbole. Aujourd'hui, une grande force tire la victime du côté de sa biographie.

Une lourde pierre

Uri Grossman est mort jeune, désespérément jeune. Mais il n'est pas mort en "jeune". Tout ce qu'il n'a pas pu accomplir dans sa courte vie reposera comme une lourde pierre dans le coeur de ses parents et de sa famille. Mais Uri a rempli le vaste cercle du contexte dans lequel il vivait en faisant ce qu'on appelle tout simplement grandir. Voilà pourquoi les oraisons funèbres d'antan peignaient un "jeune" au moment où l'épée apparaissait devant lui, alors que celles d'aujourd'hui évoquent un processus, une biographie, une évolution. Voilà aussi pourquoi l'oraison de David Grossman est longue, qu'elle parle d'Uri à l'âge de neuf ans et demi, quand ses parents conduisaient et parlaient d'un livre, qu'elle parle aussi d'Uri qui a grandi auprès de son grand frère et de sa petite soeur, et enfin d'Uri officier qui devait décider s'il devait oui ou non punir l'un de ses soldats.

L'oraison funèbre de David Grossman est un texte fondateur parce qu'elle dépeint une personne qui n'a pas été tuée dans un climat et une culture du consensus, mais bien dans une culture de la controverse. Non pas dans dans une culture de certitudes idéologiques, mais dans une culture d'idéologies fragmentées, à partir desquelles chacun doit concevoir sa propre combinaison. Non pas une culture qui puisse se satisfaire de la jeunesse, mais une culture qui requiert de ses enfants de faire des choix et de prendre des décisions afin de grandir, et parfois aussi de décider de risquer leur vie dans ce même processus qui revient à grandir. Uri Grossman s'est engagé sur le chemin que sa génération doit parcourir, avec grâce, sans ostentation et sans se servir de ce qui n'est pas évident comme excuse pour échapper à ses responsabilités, à son humanité.

L'oraison funèbre de David Grossman est un texte fondateur parce que c'est ainsi que grandissent les jeunes gens et les jeunes files qui, comme Uri, appartiennent à cette génération. Il ne peuvent plus grandir comme Elifelet.

(1) http://www.lapaixmaintenant.org/article1354

* Nissim Calderon est professeur de littérature hébraïque à l’Université Ben Gourion de Beer Sheva.
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La fenêtre d'opportunité de septembre (posté par aberdam le 12.09.2006)
[la nouvelle initiative arabe représente une occasion unique pour Israël. Pour Beilin, une "coalition de la lucidité" entre Israéliens et Arabes est encore possible, mais pas pour longtemps. Rêvons un peu : Israël et les Etats arabes présentent conjointemenbt une proposition aux Nations Unies.
Utopique ? Probablement...]

http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3302327,00.html
Yediot Aharonot, 11 septembre 2006

La fenêtre d'opportunité de septembre par Yossi Beilin (1)
Trad. : Gérard pour La Paix maintenant

Les ministres arabes des affaires étrangères vont présenter l'initiative arabe, déjà proposée le 28 mars 2002, à l'approbation de l'Assemblée générale des Nations Unies et peut-être même à celle du Conseil de sécurité. Mais le réflexe conditionné pavlovien d'Israël sera de le rejeter par tous les moyens et d'exhorter ses partisans à s'y opposer.

Lors d'une conférence de presse commune avec Tony Blair, Ehoud Olmert a annoncé dimanche soir qu'il était prêt à reprendre les pourparlers avec le président palestinien Mahmoud Abbas sur la base de la Feuille de route, ce même plan que Palestiniens comme Israéliens déclarent accepter, pour la galerie, depuis plus de trois ans et demi, sans aucune intention de le réaliser.

Si c'est cela, la base de cette réunion, il vaudrait peut-être mieux qu'elle n'ait pas lieu.

D'un autre côté, une tentative d'organiser une réunion autour de l'initiative arabe peut redonner vie au processus diplomatique, gelé depuis six ans.

L'initiative arabe, acceptée le lendemain du terrible attentat contre le Park Hotel à Natanya le soir de Pessah, s'est évanouie dans la lourde atmosphère qui prévalait à cette époque, qui a précédé l'opération Rempart.

Dans d'autres circonstances, cette inititiative aurait provoqué un débat qui aurait pu mener à des développements autrement plus importants que cette Feuille de route agonisante, proposée aux parties un an plus tard. Un sondage publié par le quotidien Yediot Aharonot (quotidien le plus lu en Israël, ndt) le 29 mars 2002 indiquait que l'initiative arabe avait le soutien de 41% des Israéliens.


La surprise de septembre ?

C'est l'Arabie saoudite qui a eu l'initiative de ce plan, emmenée pae le prince héritier Abdallah Bin Abdul Aziz, qui entre temps est devenu roi. Le plan a été accepté par la Ligue arabe un mois plus tard.

En même temps qu'elle appelait Israël à se retirer sur les frontières de 1967 sur tous les fronts, cette initiative comportait l'engagement d'établir des relations normales entre les Etats arabes et Israël. Elle comportait également une déclaration sans précédent concernant les réfugiés : il devait s'agir d'une solution acceptée par les parties. En clair, si l'on discute d'une solution mutuellement acceptée, on ne peut pas exiger le droit au retour.

Cette initiative appelait Israël à l'accepter, afin d'assurer les chances de la paix, d'en finir avec les massacres, de permettre une vie paisible, de bonnes relations de voisinage et la sécurité, la stabilité et la prospérité pour les générations futures.

Le fait que les ministres arabes des affaires étrangères présentent de nouveau cette initiative après des années d'Intifada, après la victoire du Hamas et après la deuxième guerre du Liban, offre à Israël une occasion de faire avancer ses intérêts nationaux.

A un moment où augmente dans le monde le nombre de dirigeants qui contestent le droit d'Israël à exister, il est évident qu'une telle initiative politique pourrait re-légitimer le droit d'Israël de vivre dans son foyer national juif, donner à Jérusalem la reconnaissance de son statut de capitale et faire reconnaître nos frontières.

Et seule une pareille initiative peut mettre un terme au problème des réfugiés et garantir à Israël son existence en tant qu'Etat juif et démocratique.

Ainsi, Israël pourrait créer la surprise de septembre : il pourrait venir aux Nations Unies avec une proposition commune israélo-arabe qui permettrait de redonner vie au processus de paix, que ce soit par l'intermédiaire d'une deuxième conférence de Madrid, ou par tout autre moyen moins spectaculaire. Et au lieu de cela, Israël se contente de la méthode usée et frustrante de vains efforts diplomatiques.

Si les ministres arabes des affaires étrangères transformaient la décision de la Ligue arabe la plus positive de son histoire en une résolution de l'Assemblée générale des Nations Unies, cette résolution aurait la majorité, et seul un véto américain pourrait l'empêcher d'être adoptée.

Le mépris affiché à l'égard de cette initiative a été typique du mandat de Sharon. Aujourd'hui, nous en payons le prix. A la lumière de la folie du fondamentalisme qui nous menace, il est temps de constituer une coalition de la lucidité entre les Israéliens et les Arabes qui souhaitent vivre. Cela peut encore devenir une réalité en septembre 2006, mais cette fenêtre d'opportunité ne restera pas ouverte pour toujours.

(1) Yossi Beilin est ancien ministre et président du parti Meretz-Yakhad. Il est à l’origine, avec Yasser Abed Rabbo, de l’Initiative de Genève.
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Les regrets de Nasrallah (posté par aberdam le 04.09.2006)
[Les regrets de Nasrallah vont-ils être une bouée de sauvetage pour desdirigeants israéliens en plein désarroi ? Et d’abord, pourquoi cesdéclarations surprenantes ? Comme toujours, avec le Hezbollah, il fautchercher du côté de l’Iran.]

http://www.haaretz.com/hasen/spages/756818.html
Ha’aretz, 31 août 2003

Nasrallah va-t-il sauver Olmert ? par Danny Rubinstein
Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant

Le surprenant discours de Hassan Nasrallah prononcé dimanche va presque certainement sauver Ehoud Olmert d’une commission d’enquête gouvernementale. Le ministre de la défense, Amir Peretz, et le chef d’état-major Dan Haloutz peuvent eux aussi respirer. Car les déclarations de Nasrallah constituent un coup sévère donné aux mouvements de protestation, déjà en baisse.

L’explication est simple : les déclarations fracassantes du leader du Hezbollah ont été résumées en deux mots par la plupart des médias israéliens, palestiniens et étrangers : "Nasrallah regrette".Si Nasrallah regrette vraiment, et s’il admet qu’il a fait une erreur, il s’agit en pratique d’un aveu d’échec, car la guerre est en général un jeu à sommes nulles. Si un côté perd, la conclusion est que l’autre a gagné.

En d’autres termes, le gouvernement Olmert et l’armée commandée par Dan Haloutz ne s’en sortent pas si mal après le discours de Nasrallah. Et si cela est vrai, pourquoi une commission d’enquête sérieuse ? Mais cela peut aussi être un règlement de compte intra-libanais, une tentative de rejeter la critique selon laquelle le Hezbollah a été la cause de la destruction du Liban. Les dirigeants iraniens ont eux aussi, sans aucun doute, un rapport avec les déclarations de Nasrallah.

Dans une interview surprenante, de plus de deux heures, il y a eu un certain nombre de déclarations extraordinaires. Et avant tout, l’expression de regrets et l’aveu qu’une erreur a été commise. Les dirigeants politiques n’ont pas l’habitude de faire de telles déclarations. L’interview a surpris le correspondant convoqué sur le lieu où se cache Nasrallah.

Des journalistes palestiniens ont écrit hier que c’était la première fois depuis le début de la guerre que Nasrallah était interviewé par une chaîne de télévision libanaise non contrôlée par le Hezbollah. D’après les Palestiniens, les déclarations de Nasrallah n’étaient pas dictées par le désarroi, au contraire. Le fait qu’il ne craint pas l’autocritique est une preuve de sa crédibilité.

On pourrait relier le discours de Nasrallah à l’implication de l’Iran au Sud Liban et aux immenses bunkers qui viennent d’être découverts près de la frontière Nord d’Israël. "Une ville souterraine", disent les Israéliens, qui couvrait deux kilomètre carrés et comprenait des colonnes en béton, des lignes téléphoniques et autres équipements. Tout cela, qui devait servir à une campagne intensive, a été sans nul doute construit avec l’aide de l’Iran. La construction d’un système de ce type coûte une fortune et exige des compétences et des moyens.

Si l’Iran, qui a fourni 13.000 missiles au Hezbollah et l’a aidé à construire ces bunkers, ce n’était pas pour lui permettre d’enlever deux soldats et les échanger contre une poignée de prisonniers libanais détenus en Israël. Apparemment, l’Iran avait des plans plus ambitieux, comme l’initiative d’une guerre contre Israël au cas où les Américains (avec ou sans l’assistance d’Israël) attaqueraient l’Iran pour empêcher le développement de son arsenal nucléaire.

Dans ce contexte, certains Iraniens se sont fâchés avec le Hezbollah, celui-ci ayant permis que la guerre se développe sans raison. D’après un analyste palestinien, c’est la pression iranienne qui a empêché Nasrallah d’utiliser des missiles à longue portée Zelzal capables de frapper Tel-Aviv. D’après cette théorie, les déclarations relativement modérées de Nasrallah ont un rapport avec ce qu’a dit le président iranien Ahmadinejad dans un discours il y a deux jours. L’Iran n’est une menace pour personne, "pas même pour le régime sioniste qui est pourtant l’ennemi juré de tous les peuples de la région ", avait dit Ahmadinejad.

L’Iran essaie-t-il de gagner du temps pour continuer à bâtir sa capacité nucléaire ? Tout cela reste du domaine des hypothèses. Pour le moment, il est clair que Nasrallah, influencé d’une manière ou d’une autre par l’Iran, a aidé Olmert, Peretz et Haloutz à passer à travers les gouttes.
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Israël doit prendre des initiatives fortes (posté par aberdam le 23.08.2006)
Actualité

Entretien avec David Chemla, président en France de La Paix maintenant

Israël est tombé dans un piège. L’issue? Négocier au plus vite avec les Palestiniens.

“Israël doit prendre rapidement des initiatives fortes”


II y a deux ans, David Chemla publiait Bâtisseurs de paix, un Iivre d’entretiens avec des Palestiniens et des Israéliens décidés à dépasser leur propre vision du conflit pour y intégrer celle de l’autre. Un titre qui, aujourd’hui, peut sembler vain face aux images de violence qui nous parviennent du Liban et d’Israël. Pas pour David Chemla : le représentant en France de l’association La Paix maintenant, qui a fait la guerre du Kippour il y a trente-trois ans avec l’armée israélienne, revient sur les racines du conflit et sur les erreurs commises de part et d’autre. II appelle à une réouverture, le plus tôt possible, des négociations pour la création d’un Etat palestinien.

Télérama : Depuis des années, vous oeuvrez avec La Paix maintenant au dialogue entre Israéliens et Palestiniens. Aujourd’hui, ce sont les bombes qui parlent. Que ressentez-vous ?

David Chemla : Une grande lassitude. Ce conflit dure depuis cinquante-huit ans, on en a fait le tour. Tout le monde sait que les peuples israélien et palestinien sont désormais prêts à s’accorder, à quelques kilomètres près, sur le trace de la ligne verte (1). Mais on sait aussi que lorsqu’il y a une trêve au Moyen-Orient, si les dirigeants ne prennent pas immédiatement une initiative politique, les extrémistes des deux bords reprennent la main.



Télérama : C’est ce qui s’est passé ?

David Chemla : Pour comprendre la situation, il faut remonter au désengagement de Gaza il y a un an. Sharon avait compris que Ia majorité des Israéliens était prête à se séparer des Palestiniens, mais il n’a pas voulu entrer dans un processus de négociations qui l’aurait obligé à faire des concessions. Il a choisi le retrait unilatéral, et on en paie les conséquences, car beaucoup de Palestiniens ont perçu ce retrait comme une victoire militaire plutôt que comme le résultat d’un accord politique. Quant au nouveau Premier ministre israélien, Ehud Olmert il avait bien fait campagne sur la reprise des négociations avec les Palestiniens; mais, une fois élu, au lieu de se rendre à Ramallah pour relancer le processus avec le président Mahmoud Abbas, il n’a rien fait. Lorsque le Hamas, qui ne reconnaît pas les accords entre Israël et l’Autorité palestinienne, a repris les bombardements sur les villes israéliennes et kidnappé un soldat, on est rentré dans le processus de provocations et de représailles réciproques.

Télérama : Des échanges de prisonniers ont eu lieu dans Ie passé, sans passer par des bombardements massifs...

David Chemla : Le Hezbollah a lancé sa fameuse attaque (au cours de laquelle huit soldats israéliens ont été tués et deux autres enlevés) alors que les Egyptiens, qui étaient intervenus pour permettre un échange de prisonniers entre Israéliens et Palestiniens, semblaient sur le point d’aboutir... et surtout à quelques jours d’une réunion du G8 qui devait traiter du nucléaire iranien. N’oubliez pas que le Hezbollah est le bras armé de I’Iran dans la région. Je suis convaincu que c’était une stratégie bien préparée, et même un piège dans lequel les Israéliens sont tombés. Mais pouvaient-ils I’éviter?

Télérama : Ils avaient le choix entre différentes ripostes. Dans la forme et dans leur ampleur, les bombardements aériens étaient assurés de faire des centaines de victimes civiles...

David Chemla : L’usage des frappes aériennes pour neutraliser Ies tireurs de missiles du Hezbollah tient à deux raisons : d’une part, le chef d’état-major israélien, Dan Halutz, est un ancien de l’armée de l’air. II a imposé ses vues au Premier ministre et au ministre de la Défense, issus de la société civile. D’autre part, les frappes aériennes permettaient d’éviter une nouvelle occupation du Sud-Liban, à laquelle conduisait mécaniquement l’utilisation de forces terrestres.
Quelle que soit la raison, c’est de toutes Ies façons une erreur aux conséquences tragiques. Elle a fait beaucoup de victimes civiles et, alors que le Hezbollah était très contesté au Liban depuis l’assassinat de Rafic Hariri, le voila désormais assuré de l’adhésion d’une grande partie de la population.

Télérama : On a l’impression que la gauche israélienne est très discrète depuis Ie début du conflit ?

David Chemla : En Israël, il y a ceux qui pensent que Ie conflit est insoluble — selon eux Israël est condamné, tous les dix ou quinze ans, à faire une guerre contre un de ses voisins pour gagner quelques années de tranquillité... — et ceux qui pensent qu’il existe une solution, qu’un compromis est possible. Les « bâtisseurs de paix », ces Israéliens et Palestiniens qui tentent, depuis des années, de convaincre leurs camps respectifs de la légitimité de l’autre, appartiennent au second groupe. Dans leur grande majorité, ils comprennent, et acceptent, la guerre contre le Hezbollah comme une guerre de défense, pour protéger la population israélienne. En revanche, une partie d’entre eux conteste la façon dont cette guerre est menée, notamment les bombardements aériens et la destruction des infrastructures libanaises.

Télérama : Pourquoi, en effet, s’acharner
contre ces infrastructures ?

David Chemla : Je pense que le gouvernement israélien a voulu faire passer deux messages. D’abord avertir ses voisins : voilà ce qui vous attend si demain, depuis votre territoire, d’autres milices viennent nous bombarder. Le second message était destiné à la population libanaise : faites pression sur le Hezbollah pour qu’iI arrête ses bombardements. Encore une erreur d’appréciation : les Libanais ont fait front — qu’ils soient chrétiens, maronites ou chiites — avec Nasrallah, le leader du Hezbollah, et I’ensemble des populations du monde arabe a progressivement pris fait et cause pour lui. Alors même qu’il y a quelques semaines, fait suffisamment rare pour être souligné, l’Arabie saoudite et l’Egypte condamnaient les tirs du Hezbollah!

Télérama : Récemment, un collectif de cinéastes israéliens a condamné les raids aériens. Vous Ie rejoignez ?

David Chemla : Non, car si tragiques que soient ces bombardements, je ne peux pas nier Ie droit d’Israël à se défendre. II faut rappeler que c’est la première fois, depuis 1948, qu’Israël est attaqué et touché sur son sol (si l’on excepte les quelques missiles reçus pendant la guerre du Golfe). Et ajouter que le Hezbollah vise intentionnellement les populations civiles en Israël — des Juifs, des Druzes et des Arabes israéliens, nombreux à vivre en Galilée. En droit international, on appelle cela un crime de guerre. Les dirigeants israéliens ne pouvaient pas rester les bras croisés.

Télérama : Vous savez bien qu’on va comparer Ie nombre de morts de chaque côté...

David Chemla : C’est vrai, et les pertes civiles sont une tragédie. Mais le Hezbollah savait que Ia reaction israélienne provoquerait beaucoup de victimes civiles — il le savait d’autant plus que les lanceurs de missiles se cachent parmi elles. Si les Libanais ne sont pas en guerre contre Israël et si ces populations ne sont pas responsables, évidemment, des tirs du Hezbollah, les militants du Parti de Dieu ne sont pas des Martiens pour autant. Ils ont un passeport libanais ! Le fait que le gouvernement de Beyrouth ne parvienne pas à contrôler cette milice est peut-être un problème intra-libanais, mais, en attendant, les populations du nord d’Israël vivent dans la terreur.

Télérama : « Eradiquer le Hezbollah », comme le promettait il y a quelques semaines l’état-major israélien, c’est la solution ?

David Chemla : Dans une guerre asymétrique comme celle-ci, ce n’est jamais le plus fort qui gagne. Le Hezbollah sait bien qu’il ne rayera pas Israël de la carte, et les Israéliens auront beaucoup de mal à détruire le Hezbollah. Parler d’ « éradiquer » une milice qui représente un parti soutenu par 40 % de la population libanaise, c’est irresponsable. D’ailleurs I’état-major ne parle plus de l’éradiquer, mais de l’affaiblir.

Télérama : Avant l’arrivée d’une force d’interposition ?

David Chemla : Je ne vois pas d’autre solution. L’Etat libanais est trop faible pour désarmer le Hezbollah, et les Israéliens ne quitteront pas le territoire tant que le Hezbollah restera menaçant. Ca ne veut pas dire que l’on est revenu vingt ans en arrière, comme l’affirment certains. En 1982, Ariel Sharon avait voulu changer le pouvoir à Beyrouth et installer Gemayel, chrétien et pro-occidental. L’intention d’Olmert n’est pas de renverser le gouvernement libanais, mais bien d’affaiblir suffisamment le Hezbollah. Dès que les combats se seront calmés et que la force d’interposition sera installée, le Premier ministre israélien devra prendre des initiatives fortes et négocier avec les Palestiniens modérés pour qu’ils puissent se dissocier des extrémistes. Mais II faudra aller vite, beaucoup plus vite qu’on ne l‘a fait jusqu’ici.

Télérama : Pourquoi cette lenteur ?

David Chemla : Les dirigeants israéliens ne comprennent pas que le temps ne joue pas en leur faveur. Ils ne sentent pas toujours l’urgence, ils fonctionnent en suivant leur horloge interne — c’est aussi la lenteur du processus démocratique. Et puis il existe un certain paternalisme à l’égard des Arabes, et des Palestiniens en particulier : l’idée qu’on peut leur imposer ce qu’on veut, parce qu’on est les plus forts. Une partie du personnel politique israélien ne cache pas son mépris à l’égard de la classe politique arabe et palestinienne. Le processus de décolonisation des mentalités n’a pas encore abouti.• Propos recueillis par Olivier Pascal-Moussellard



(1) La frontière de 1967, avant la guerre des Six-Jours, entre la Cisjordanie et le territoire israélien.

Télérama n° 2953-16 août 2006


A Lire
Bâtisseurs de paix,
de David Chemla, éd. Liana Levi, 250 p., 15 €.
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le fils de David Grossman est mort au Liban (posté par Heyman le 14.08.2006)
Aujourd'hui dimanche 13 août, le fils de David Grossman, Uri, a trouvé la
mort au Liban,. C'est aujourd'hui que
la triste nouvelle nous est parvenue, l'armée ne publiant le nom des
victimes qu'une fois la famille prévenue.

L'appel des écrivains à stopper la guerre au Liban est paru jeudi dernier
dans le quotidien Ha'aretz, soit le lendemain de la décision du gouvernement
d'intensifier l'offensive terrestre. Il était signé de David, d'Amos Oz et
d'A.B. Yehoshua. Ces trois écrivains rappelaient qu'ils avaient été en
faveur d'une guerre défensive contre le Hezbollah, mais qu'au stade où elle
était, ils conjuraient le gouvernement israélien d'accepter le cessez-le-feu
dans les termes proposés par le Premier ministre libanais Fouad Siniora.

Enfin, il était imbécile d'écrire que nous présentions nos condoléances aux
victimes du conflit. Nous les présentons, bien entendu, à leurs proches.

Notre coeur est avec David, qui pleure à Mevasseret Tzion, près de
Jérusalem.
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Communiqué de presse de Shalom Arshav (La Paix Mai (posté par Heyman le 14.08.2006)
10 août 2006

Communiqué de presse de Shalom Arshav (La Paix Maintenant) ­ Israël

Manifestation contre la guerre au Liban et pour une solution politique


Pour la première fois, Shalom Arshav manifestera contre la guerre au Liban

A la suite de la décision du gouvernement, Shalom Arshav organise
aujourd¹hui (jeudi 10 août 2006) une manifestation qui exige du gouvernement
d¹explorer les options possibles pour trouver une solution politique au
conflit au Nord et de ne pas étendre la guerre plus profondément au Liban.

La manifestation aura lieu à 18 h face au ministère de la défense à
Tel-Aviv.

Depuis un mois, Shalom Arshav s¹est abstenu de condamner la guerre au Liban,
mais à la lumière de la décision du gouvernement [d'étendre les opérations
terrestres au Liban], notre mouvement a décidé de s¹engager et de protester.

Yariv Oppenheimer, secrétaire général : "Le gouvernement a perdu le contrôle
de la guerre et ignore les solutions politiques possibles. Le moment est
venu pour le gouvernement israélien de réagir positivement au plan du
premier ministre libanais Fouad Siniora qui consiste à envoyer des troupes
libanaises sur la frontière avec Israël."
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Déclarons-nous vainqueurs et commençons à parler (posté par Heyman le 30.07.2006)
Si Israël s’est vraiment embarqué dans une guerre pour forcer le gouvernement libanais à entamer une guerre civile au service d’Israël, c’est le signe que nous sommes gouvernés par une pensée encore plus primitive que celle qui a conduit Ariel Sharon jusqu’à Beyrouth, il y a un quart de siècle. Et nous sommes très mal”

Déclarons-nous vainqueurs et commençons à parler
Par Ze'ev Sternhell
Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant
haaretz 28 juillet 2006


On dit souvent qu’un Israélien qui retourne chez lui, même après une courte période d’absence, a l’impression d’arriver dans un pays étranger. En fait, c’est le contraire. Il retrouve la même situation, les mêmes problèmes, les mêmes schémas de pensée et, surtout, les mêmes solutions. Il semble que nous n’ayons rien appris de la première guerre du Liban ni de la défaite américaine en Irak. Si la définition de l’objectif stratégique d’Israël qu’a donnée le chef du renseignement militaire reflète la position du gouvernement, nous sommes très mal.

Si Israël s’est vraiment embarqué dans une guerre pour forcer le Liban à imposer son autorité au Sud, qui se trouve aux mains du Hezbollah, en d’autres termes, à forcer le gouvernement libanais à entamer une guerre civile au service d’Israël, c’est le signe que nous sommes gouvernés par une pensée encore plus primitive que celle qui a conduit Ariel Sharon jusqu’à Beyrouth, il y a un quart de siècle.

Mais cette fois, nous avons exacerbé le problème : au début de la troisième semaine de combats, malgré la détermination et le courage de nos soldats, la guerre paraît seulement commencer. C’est la raison pour laquelle il nous faut parvenir à un cessez-le-feu, avant que la campagne ne soit hors de contrôle, fasse des victimes inutiles et, à terme, ne se transforme même en échec stratégique. Dans un avenir plus lointain, nous devrons effectuer une réforme de structure fondamentale des procédures du gouvernement et examiner sa dépendance à l’égard de l’état-major militaire. Ce sont là des vérités qu’il ne fait pas bon de dire en ce moment, mais c’est la réalité, et nous devons l’affronter.

Considérant les moyens qu’emploie Tsahal et le rapport des forces sur le terrain, toute issue qui reviendrait à moins qu’à l’élimination du Hezbollah en tant que force combattante sera considérée comme un échec d’Israël et un grand succès pour l’ennemi. Mais, étant donné qu’il est impossible d’éradiquer le Hezbollah chez les chiites sans détruire la population elle-même, la sagesse doit nous dicter d’éviter de nous fixer des objectifs impossibles à atteindre.

L’incapacité d’une forte puissance à mettre un terme à une guérilla n’est pas nouvelle. Depuis Napoléon en Espagne, en passant par ses successeurs en Algérie, jusqu’aux Américains au Vietnam et maintenant en Irak, des armées bien organisées et équipées de la technologie la plus moderne ont toujours échoué face à des forces irrégulières. Celles-ci savent s’adapter à leur environnement, elles constituent une partie inséparable de la population aux besoins de laquelle elles répondent, que ces besoins soient matériels, religieux ou émotionnels.

Quand il y a combat, les organisations de guérilla veulent que la population tout entière soit touchée. Lorsque tout le monde est victime, la haine se dirigera contre l’ennemi, bien plus fortement. C’est la raison pour laquelle les bombardements de quartiers résidentiels, de centrales électriques, de ponts et d’autoroutes sont des actes de folie qui font le jeu du Hezbollah et servent ses intérêts stratégiques. Une attaque contre tout un tissu social produit un sentiment de sort partagé entre les combattants et ceux qui se tiennent en dehors des combats. En même temps, plus la population souffre, plus est grande son aliénation par rapport aux institutions (gouvernement, parlement, services de sécurité divers) incapables de les protéger.

Il est illusoire de croire que les 700.000 réfugiés libanais vont tourner leur colère contre leur gouvernement, ou que la population encore restée sur place va évincer le Hezbollah. Pour la population, Israël est entièrement responsable de cette catastrophe, et toute absence de coopération avec quiconque combat Israël sera considérée comme une trahison de la nation. Il était idiot de supposer que l’élite politique libanaise oserait affronter le Hezbollah et user de sa force contre lui. Et d’ailleurs, de quelle force parle-t-on ? De celle de l’armée libanaise, dont plusieurs bases ont elles aussi été bombardées ?

Il est donc de l’intérêt d’Israël d’isoler le Hezbollah, de frapper fort ses bases et ses camps militaires, mais d’éviter d’endommager les infrastructures qui sont au service de la population, même quand elles offrent un refuge aux hommes en armes. Ce n’est pas une question d’éthique, ce sont de froides considérations pratiques.

L’objectif de cette guerre est de restreindre le Hezbollah, car personne ne rêve plus à le détruire. Au mieux, semble-t-il, Israël devra se contenter de l’éloigner de la frontière. Là, derrière le dos d’une force internationale qui, aux yeux du monde arabe, sera de toute façon perçue comme une force de protection pour Israël, le Hezbollah pourra se réorganiser, s’entraîner, s’équiper d’armes encore plus modernes et se préparer pour le prochain round.

Cette situation n’a pas de solution militaire. Le chef d’état-major Dan Haloutz a déjà fait entendre que la solution était politique. Ehud Olmert, qui porte la responsabilité de façon générale, et qui devra rendre des comptes, ferait bien de ne pas rester à la traîne derrière celui qui, de toute façon, lui refilera la patate chaude.

Un mot du prix du soutien américain. Parfois, il semble que président Bush souhaite qu’Israël, à la fois détruise le Liban et subisse de lourdes pertes. Ainsi, Israël lui fournirait un excellent alibi pour la guerre en Irak : la guerre contre le terrorisme est mondiale, le prix du sang est le même, comme les