Lettre à Madame Taubira, Garde des Sceaux

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Grenoble, le 17 novembre 2013

Le Cercle bernard Lazare - Grenoble

à

Madame Taubira, Ministre de la Justice, Garde des Sceaux

Madame la Ministre,

Nous avons été stupéfaits et profondément atteints par les attaques odieuses dont vous avez été l’objet. Nous ressentons comme particulièrement grave le fait qu’on vous porte atteinte, non seulement comme personne, mais aussi comme représentante de la République qui nous est si chère, car, Juifs, nous sommes attachés aux valeurs républicaines et laïques qui nous ont permis de devenir des citoyens à part entière et de lutter avec nos concitoyens, au fil du temps, pour le progrès.

Nous constatons que la parole et les actes racistes, bien que fermement condamnés par des consciences vigilantes, qui sont tout de même nombreuses dans notre pays, semblent s’exprimer plus violemment et plus librement ces dernières années. L’Ecole nous semble le rempart le plus efficace contre la haine, le racisme et l’antisémitisme. Puisse-t-elle disposer des moyens nécessaires pour remplir sa mission. Les lois progressent aussi et peuvent heureusement sanctionner ces conduites inacceptables.

Nous admirons le sang-froid dont vous avez fait preuve dans ces circonstances, et nous vous exprimons notre soutien le plus sincère.

Veuillez agréer, Madame la Ministre, nos très respectueuses salutations

Edith Aberdam, présidente du Cercle Bernard Lazare - Grenoble


Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.