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L'ONU contre les droits de l'homme (posté par aberdam le 20.03.2008)
Point de vue

L'ONU contre les droits de l'homme

LE MONDE | 27.02.08 | 15h06

L'année 2008 verra-t-elle simultanément le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme par l'ONU et la destruction de ses principes par la même ONU ? Tout porte à le redouter, tant depuis un certain nombre d'années, par ses dérives, l'ONU s'est caricaturée.
A Durban, en Afrique du Sud, s'est tenue en 2001 la Conférence mondiale contre le racisme, à l'initiative des Nations unies, dans la ville même où Gandhi avait commencé à exercer son métier d'avocat. C'est au nom des droits des peuples que furent scandés des "mort à l'Amérique !" et "mort à Israël !" ; et c'est au nom du relativisme culturel qu'on fit silence sur les discriminations et violences commises contre les femmes.
Alarmée par les graves dysfonctionnements ainsi mis en lumière au sein de sa Commission des droits de l'homme, l'ONU inaugurait en juin 2006 un tout nouveau Conseil des droits de l'homme (CDH), censé remédier à de si préoccupantes dérives. Aujourd'hui, le constat est plus qu'amer : c'est à la consécration même de ces dérives que nous assistons dans la perspective du forum dit de Durban 2, qui se tiendra en 2009. Plus gravement encore, l'élaboration officielle de nouvelles normes marquera, si celles-ci sont gravées dans le marbre d'une nouvelle et très particulière "déclaration des droits de l'homme", la mise à mort de l'universalité des droits.
Par sa mécanique interne, les coalitions et les alliances qui s'y constituent, les discours qui s'y tiennent, les textes qui s'y négocient et la terminologie utilisée anéantissent la liberté d'expression, légitiment l'oppression des femmes et stigmatisent les démocraties occidentales.
Le CDH est devenu une machine de guerre idéologique à l'encontre de ses principes fondateurs. Ignorée des grands médias, jour après jour, session après session, résolution après résolution, une rhétorique politique est forgée pour légitimer les passages à l'acte et les violences de demain.
Une triple alliance composée de la Conférence des organisations islamiques (OCI), représentée jusqu'à ce jour par le Pakistan, du Mouvement des non-alignés, où Cuba, le Venezuela et l'Iran ont un rôle central, et de la Chine - avec la complaisance cynique de la Russie - oeuvre ainsi à la mise en place d'une véritable révolution prétendument "multiculturelle". Ainsi, le rapporteur spécial de l'ONU sur les formes contemporaines de racisme, Doudou Diène, déclare d'ores et déjà qu'énoncer une critique contre le port de la burqa constitue une agression raciste, que la laïcité est ancrée dans une culture esclavagiste et colonialiste et que la loi française contre le port des signes religieux à l'école participe du racisme antimusulman, renommé "islamophobie occidentale".
La confusion des esprits est à son comble quand est dénoncée comme une attitude raciste toute critique de la religion. C'est une menace radicale contre la liberté de penser qui est en train d'être cautionnée par l'ONU. En assimilant au racisme toute critique des dérives de ceux qui parlent au nom de l'islam, parce que supposée relever d'attitudes néocolonialistes, les porte-parole de cette nouvelle alliance serrent un peu plus le garrot qu'ils ont passé au cou de leurs propres peuples et sapent les fondements d'une civilité très chèrement acquise en Europe depuis les guerres de religion. En septembre 2007, la haut-commissaire aux droits de l'homme, Louise Arbour, participait à une conférence à Téhéran consacrée aux "droits de l'homme et (à) la diversité culturelle". Portant le voile, comme la loi de la République islamique l'exige, la haut-commissaire a été le témoin passif de l'énoncé des principes à venir, ainsi résumés : "offense aux valeurs religieuses considérée comme raciste".
Bien pire, dès le lendemain de cette visite, vingt et un Iraniens, dont plusieurs mineurs, furent pendus en public. C'est en sa présence que le président Ahmadinejad a renouvelé son appel à la destruction d'Israël, pays membre de l'ONU, créé par cette dernière. Interrogée sur son silence, la haut-commissaire a justifié sa passivité par le respect de la loi iranienne, auquel, en tant que juriste, elle s'estimait tenue, et par souci de "ne pas offenser ses hôtes". Charbonnier est maître chez soi... C'est le docteur Goebbels qui utilisait cet argument d'opportunité, à la tribune de la Société des nations en 1933, pour se soustraire à toute critique d'une institution internationale impuissante, mais dont les principes n'étaient au moins pas dévoyés comme ceux de l'ONU aujourd'hui.
Les grands crimes politiques ont toujours eu besoin de mots pour se légitimer. La parole annonce le passage à l'acte. De Mein Kampf à Radio Mille Collines, de Staline à Pol Pot, les exemples abondent pour confirmer la nécessaire extermination de l'ennemi du peuple au nom de la race, au nom de l'émancipation des masses laborieuses ou au nom d'un ordre supposé divin. Les idéologies totalitaires avaient remplacé les religions. Leurs crimes, les promesses non tenues "d'avenir radieux" ont ouvert grande la porte au retour de Dieu en politique. Le 11 septembre 2001, quelques jours après la fin de la conférence de Durban, c'est bien au nom de Dieu que le plus grand crime terroriste de l'histoire fut commis.
Face à cette stratégie, les démocraties, d'abord soucieuses de leur balance commerciale, font preuve d'une extraordinaire passivité. Que pèse le sort du peuple tibétain face aux enjeux des exportations vers la Chine ? Quel est le prix de la liberté pour Ayaan Hirsi Ali, ex-députée néerlandaise, menacée de mort, après l'assassinat en 2004 de son ami le réalisateur Théo Van Gogh, accusé d'avoir blasphémé l'islam dans le film Soumission ? Les exemples s'additionnent qui, de Taslima Nasreen à Salman Rushdie, de Robert Redeker à Mohamed Sifaoui, apportent la preuve que l'intégrisme islamiste impose sa loi par la terreur. Combien d'Algériens, de femmes au Maghreb, au Proche-Orient, en Turquie, au Pakistan ont déjà payé du prix de leur vie le refus de se soumettre à l'obscurantisme religieux ?
Si, par malheur, l'ONU devait consacrer l'imposition de tels critères, si le blasphème devait être assimilé à du racisme, si le droit à la critique de la religion devait être mis hors la loi, si la loi religieuse devait s'inscrire dans les normes internationales, ce serait une régression aux conséquences désastreuses, et une perversion radicale de toute notre tradition de lutte contre le racisme, qui n'a pu et ne peut se développer que dans la liberté de conscience la plus absolue.
L'Assemblée générale de décembre 2007 a déjà entériné des textes condamnant des formes d'expression considérées comme diffamatoires de l'islam. L'enjeu est clair, il est mondial : c'est de la défense des libertés de l'individu qu'il est question.
Soit les démocraties se ressaisissent, à l'exemple du Canada, qui vient d'annoncer son refus de participer à la conférence de Durban 2, estimant qu'elle risquait d'être "marquée par des expressions d'intolérance et d'antisémitisme", et cessent de s'abstenir ou de voter des résolutions contraires à l'idéal universel de 1948, soit l'obscurantisme religieux et son cortège de crimes politiques triompheront, sous les bons auspices des Nations unies. Et lorsque les paroles de haine seront transformées en actes, nul ne pourra dire : "Nous ne savions pas."
Premiers signataires : Elisabeth Badinter, Adrien Barrot, Patrice Billaud, Pascal Bruckner, Jean-Claude Buhrer, Chala Chafiq, Georges Charpak, Christian Charrière-Bournazel, Bernard Debré, Chahdortt Djavann, Jacques Dugowson, Frédéric Encel, Alain Finkielkraut, Elisabeth de Fontenay, Patrick Gaubert, Claude Goasguen, Thierry Jonquet, Liliane Kandel, Patrick Kessel, Catherine Kintzler, Claude Lanzmann, Michel Laval, Barbara Lefevbre, Corinne Lepage, Malka Marcovich, Albert Memmi, Jean-Philippe Moinet, Jean-Claude Pecker, Philippe Schmidt, Alain Seksig, Mohamed Sifaoui, Antoine Spire, Pierre-André Taguieff, Jacques Tarnero, Michèle Tribalat, Michèle Vianes,Elie Wiesel, Michel Zaoui.
Signatures de soutien à ce texte par e-mail à licra@licra.org. Liste complète des signataires sur www.licra.org.
Article paru dans l'édition du 28.02.08
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L'ONU contre les Droits de l'Homme ? (posté par aberdam le 20.03.2008)
L'ONU CONTRE LES DROITS DE L'HOMME?

Article de Jean-Claude Buhrer, Journaliste

Revue Politique Internationale - n°117 - automne 2007

Va-t-on en arriver à regretter la défunte Commission des droits de l'homme de l'ONU, qui avait sombré dans le discrédit après soixante années d'existence ? Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que le nouveau Conseil du même nom, qui lui a succédé depuis un peu plus d'un an et demi, est loin d'avoir répondu aux attentes placées en lui. À en juger par le déroulement chaotique de ses six premières sessions et compte tenu du laborieux accouchement de ses règles de fonctionnement, c'est à se demander si le remède n'est pas pire que le mal. La formule retenue le 15 mars 2006 lors de la création du nouvel organe par l'Assemblée générale de l'ONU était déjà en deçà du projet initial plus ambitieux de Kofi Annan, ce qui avait entraîné l'opposition des États-Unis - lesquels, d'ailleurs, s'en tiennent toujours à l'écart. Partant du constat que « la Commission des droits de l'homme est de moins en moins crédible et souffre de la baisse de son niveau de compétence professionnelle », le secrétaire général de l'époque avait insisté sur la nécessité de la « réformer entièrement » et de la remplacer par un Conseil des droits de l'homme (CDH) restreint aux structures plus solides.

Alors que la Commission dépendait du Conseil économique et social (Ecosoc), le Conseil, lui, a été promu au rang d'organe subsidiaire
de l'Assemblée générale - et non pas d'organe principal de l'ONU comme l'avait d'abord envisagé Kofi Annan. Contrairement à ce que ce dernier avait également souhaité, ses membres sont élus à la majorité absolue et non à celle des deux tiers, plus contraignante. En revanche, la majorité des deux tiers est requise pour suspendre un membre qui commettrait de « grossières et systématiques violations des droits de l'homme ». Par rapport à la Commission, le nombre des membres a été réduit de cinquante-trois à quarante-sept, et non à une trentaine comme initialement suggéré, ce qui aurait permis de gagner en efficacité. Autre innovation : les candidats devaient prendre l'engagement de promouvoir et protéger les droits de l'homme et étaient censés respecter « les normes les plus élevées en la matière ».

Les premières craintes pour l'avenir sont apparues dès l'élection, le 9 mai 2006, du nouveau Conseil par l'Assemblée générale. Conscient de la difficulté de l'entreprise, Kofi Annan avait affirmé, à la veille du scrutin, que « les pays membres détermineraient si le Conseil représente une amélioration ou s'il se contente de poursuivre les pratiques de la Commission sous un nouveau nom ». Il ne croyait pas si bien dire. À voir la composition du nouvel organe, l'impression prévalait que rien n'avait vraiment changé. Comme naguère, tractations et marchandages ont présidé à l'élection des membres du CDH tandis que les solidarités régionales, politiques et religieuses prenaient le pas sur les belles promesses des candidats. Le système des quotas régionaux et du vote bloqué (treize postulants pour treize sièges réservés à l'Afrique, par exemple) a ainsi permis à des pays parmi les plus répressifs de la planète de se faire élire : l'Algérie, l'Arabie saoudite, l'Azerbaïdjan, le Bangladesh, la Chine, Cuba, le Nigeria, le Pakistan, la Russie ou encore la Tunisie figuraient parmi les membres de la première fournée de l'organe de l'ONU chargé des droits de l'homme...

Une majorité automatique

Dans le nouveau Conseil (1), les groupes africain et asiatique se taillent la part du lion avec treize membres chacun : ensemble, ils possèdent la majorité absolue puisqu'il y a en tout quarante-sept membres. Quant à la part réservée aux démocraties occidentales, elle a été ramenée à sept sièges seulement. Les deux autres groupes - Amérique latine et Caraïbes, et Europe orientale - disposent respectivement de huit et six représentants. En exploitant habilement les affinités religieuses, l'Organisation de la conférence islamique (OCI) a réussi à placer dix-sept de ses affiliés, s'assurant un bon tiers des sièges, soit le minimum requis pour convoquer à sa convenance des sessions extraordinaires.

Comme en ont témoigné les votes qu'elle a provoqués, l'OCI est en mesure d'imposer ses vues par le jeu des alliances avec d'autres pays peu soucieux des droits fondamentaux. D'ailleurs, des ONG arabes se sont ouvertement inquiétées de voir six pays arabes, emmenés par l'Arabie saoudite et l'Algérie, « squatter le Conseil ». Ces ONG ont fait valoir que tous les États arabes violent les libertés élémentaires à des degrés divers. « C'est comme si l'on faisait appel à des criminels notoires pour faire la police dans le monde », a déploré Mohamed Zitout, de l'ONG pan-arabe Al-Karama, basée à Londres.

Rappelons qu'en 1948 l'Arabie saoudite s'était refusée à signer la Déclaration universelle, sous prétexte qu'elle n'était pas conforme à la charia, et s'en tient toujours à cette position.

De nos jours, le royaume saoudien continue impunément de discriminer les femmes et de recourir aux châtiments corporels, malgré son adhésion aux conventions sur les femmes et contre la torture. De son côté, le gouvernement algérien a promulgué des lois d'amnistie qui lui permettent de faire l'impasse sur les graves atteintes aux droits de l'homme commises lors du conflit interne des années 1990, au cours duquel environ 200 000 personnes ont trouvé la mort. Autre ombre au tableau : près de 90 % des exécutions capitales enregistrées en 2005 dans le monde l'ont été dans des pays faisant partie du nouveau Conseil (la Chine se trouve nettement en tête de ce sinistre palmarès). De plus, nombre de ces pays n'ont même pas signé les principales conventions qu'ils sont supposés mettre en oeuvre ! Tout aussi préoccupant, selon le haut commissaire aux droits de l'homme, Louise Arbour, est le cas de certains États qui ont adhéré à ces conventions et qui ne les respectent pas.

D'emblée, le ton avait été donné lors de la première session du CDH, tenue du 19 au 30 juin 2006 à Genève. Échaudé par les mauvaises expériences du passé, Kofi Annan avait pourtant « supplié » l'Assemblée de ne pas gâcher l'occasion de reprendre la lutte pour les droits de l'homme avec une vigueur renouvelée : « Ne permettez jamais au Conseil de s'embarquer dans des pugilats politiques ou de recourir à de basses manoeuvres. » Il savait de quoi il parlait : à peine avait-il tourné les talons que le naturel revenait au galop. Cuba, qui partage avec la Chine le douteux privilège d'être la plus grande prison du monde pour les journalistes, devait se distinguer par l'agressivité et les outrances verbales de son ministre des Affaires étrangères, Felipe Perez Roque. Selon lui, il n'existe aucune contradiction entre la participation de son pays au CDH et le fait que La Havane n'ait pas adhéré aux principales conventions relatives aux droits de l'homme et ne respecte pas les principes que le Conseil est chargé de promouvoir. « Les 135 pays qui ont élu Cuba ne s'en sont pas offusqués et ont reconnu sa légitimité au sein du Conseil », a-t-il souligné. La Havane n'entend pas changer d'attitude pour autant : « Nous n'adopterons pas de nouveaux instruments en la matière tant que ne cessera pas la manipulation des droits de l'homme contre Cuba par les États-Unis et leurs amis européens », a-t-il précisé.

L'Iran, qui participe en tant qu'observateur aux délibérations ouvertes à tous les membres de l'ONU, a poussé la provocation encore plus loin en incluant dans sa délégation un magistrat soupçonné d'être un tortionnaire. Procureur général de Téhéran et surnommé le « boucher de la presse », Saïd Mortazavi est impliqué dans les sévères restrictions imposées aux médias iraniens et dans la mise sous les verrous de plusieurs dizaines de journalistes. À l'origine de l'arrestation de la photo-journaliste irano-canadienne Zahra Kazemi, il est accusé d'avoir directement participé aux interrogatoires qui ont provoqué sa mort le 11 juillet 2003. Indigné par cette présence significative, le Canada a vivement réagi, alors que Kofi Annan admettait son impuissance à peser sur le choix des émissaires des États. À croire qu'on en était simplement revenu aux hypocrisies routinières qui avaient coulé la Commission...

Fixation sur le Proche-Orient

À peine l'indésirable procureur s'était-il éclipsé que l'Iran s'est activé à remettre sur le tapis son principal cheval de bataille : le respect des religions. Un thème particulièrement porteur après l'affaire des caricatures de Mahomet. Dès la première séance plénière, le 22 juin 2006, le ministre iranien des Affaires étrangères, Manouchehr Mottaki, a pressé le Conseil de fixer parmi ses priorités le rejet de la « diffamation des religions, particulièrement du message divin de l'islam, et de faire cesser son dénigrement ». Même la Chine a volé au secours de l'OCI, sans oublier Cuba ni la Russie. La tournure prise par cette intrusion de l'« islamophobie » et du « dénigrement de l'islam » dans les préoccupations du CDH n'a pas manqué de susciter l'inquiétude de certaines ONG : la liberté d'expression, que la Déclaration universelle garantit sans aucune ambiguïté, est en danger. L'autre cheval de Troie de l'OCI aura été, une fois de plus, le Proche- Orient. La réunion spéciale sur ce sujet convoquée à la demande de la Tunisie dans la foulée de la première session aura été une copie conforme de celles qu'organisait régulièrement la défunte Commission...

Si des doutes subsistaient, ils ont été levés dans la confusion qui a marqué la séance de clôture. Alors que le président mexicain Luis de Alba avait préparé une déclaration équilibrée évoquant cinq sujets d'actualité (Darfour, migrants, défenseurs des droits de l'homme, Proche-Orient ainsi que racisme et intolérance religieuse), les pays arabes et islamiques ont battu le rappel de leurs alliés pour faire capoter le consensus et demandé des votes séparés portant uniquement sur les deux dernières questions. Autant dire que le Conseil s'est à son tour laissé prendre en otage par le Proche-Orient et que l'on a assisté à un mauvais remake des interminables marchandages qui avaient jeté l'opprobre sur l'ancienne Commission.

Deux résolutions présentées par l'OCI ont finalement été adoptées in extremis, l'une sur la Palestine (vingt-neuf voix contre douze, cinq abstentions et un absent), l'autre sur « la tendance croissante à la diffamation des religions » (trente-trois voix contre douze, une abstention et un absent), tandis que les pays arabes obtenaient une séance spéciale sur le Proche-Orient. Aux oubliettes toutes les atteintes aux droits de l'homme ailleurs à travers le monde et, spécialement, le drame du Darfour ! Malgré les appels réitérés de Kofi Annan, l'ONU restait impassible devant les « massacres à grande échelle » commis dans cette région de l'ouest du Soudan - une formule employée dans un rapport accablant présenté quelques jours plus tôt au Conseil de sécurité par le procureur de la Cour pénale internationale. Depuis que le gouvernement de Khartoum a lancé, en 2003, des milices arabes contre la rébellion des populations noires du Darfour, plus de 200 000 civils sont morts et 2,5 millions de personnes ont été déplacées, selon l'ONU.

Le nouveau CDH n'a rien voulu entendre, contrairement à la feue Commission qui, l'année précédente, avait tout de même adopté une résolution préconisant le déploiement d'observateurs des droits de l'homme dans la zone. Pas un mot, non plus, sur ce qui se passe en Chine, à Cuba, en Arabie saoudite ou encore en Corée du Nord, en Iran, en Biélorussie et en Somalie, sans parler de la Tchétchénie ou du Tibet (2). Rien non plus sur la Birmanie, alors que le jour même de l'inauguration de la nouvelle instance, Aung San Suu Kyi passait son 61e anniversaire toujours en résidence surveillée : autant d'indices qui laissaient augurer un avenir pas forcément radieux pour le CDH.

Avec la nouvelle institution, les pays liberticides ont obtenu ce qu'ils voulaient : ne plus être nommément mis en cause. En revanche, Israël se retrouve comme naguère seul au banc des accusés. Rappelons que l'instrumentalisation de la Commission par le biais de la question du Proche-Orient avait largement contribué à précipiter sa débâcle, sans faire avancer d'un iota la recherche d'une solution politique au conflit israélo-arabe. Désabusé, un diplomate constatait qu'un « système des droits de l'homme à deux vitesses était en train de se mettre en place ».

Instrumentalisation et dysfonctionnements

Après ce galop d'essai, les cinq autres sessions du CDH se sont déroulées à l'avenant, de même que les quatre séances extraordinaires qu'il a convoquées (3). Durant sa première année d'activité, le CDH se sera distingué en consacrant trois sessions spéciales sur quatre au Proche-Orient et en stigmatisant à onze reprises Israël, sans jamais mettre en cause aucun autre pays ! Résultat de ses travaux : plusieurs résolutions unilatérales aux scores plus ou moins identiques, imposées par une majorité automatique et de blocage, mais restées sans lendemain et sans prise sur la réalité, faute de mesures contraignantes pour les appliquer. Tout au plus ces gesticulations auront-elles permis aux pays de l'OCI de rivaliser dans la surenchère stérile et de détourner l'attention de leurs propres manquements au respect des droits de l'homme.

Les dysfonctionnements du CDH ont été manifestes lors de la réunion spéciale du 11 août 2006 sur le Liban. Alors que les hostilités entre le Hezbollah et Israël faisaient rage depuis un mois, les pays musulmans avaient attendu le feu vert de l'OCI, convoquée à la hâte en Malaisie, pour réclamer une session extraordinaire consacrée au Liban. Pourtant organe subsidiaire de l'Assemblée générale, le CDH s'était réuni le jour même où le Conseil de sécurité était lui-même saisi de la question et devait adopter la résolution 1701 appelant à la cessation des hostilités. En l'occurrence, il s'agissait d'une violation flagrante de l'article 12 de la Charte de l'ONU, qui stipule expressément : « Tant que le Conseil de sécurité remplit, à l'égard d'un différend ou d'une situation quelconque, les fonctions qui lui sont attribuées par la présente Charte, l'Assemblée générale ne doit faire aucune recommandation sur ce différend ou cette situation. »

Le résultat était couru d'avance : la résolution présentée par le groupe islamique et rejetant tous les torts sur Israël fut adoptée par vingt-sept voix contre onze et huit abstentions. N'acceptant pas le moindre débat sur un sujet aussi grave et refusant de discuter d'éventuels amendements, les promoteurs de la résolution avaient réduit cette séance spéciale à une suite de monologues en vase clos. Placés devant le fait accompli, les représentants de l'Union européenne ont déploré que le texte « ne traite que des inquiétudes causées par une seule des parties ».

De son côté, la France a regretté que le débat n'ait pas été possible : « Nous avons souhaité que la création du Conseil soit un nouveau départ pour le traitement des questions des droits de l'homme, et nous n'acceptons pas que les textes présentés soient à prendre ou à laisser. » Pour leur part, le Canada et les États-Unis - ces derniers venus en observateurs - ont rejeté d'emblée des débats « inutiles et contre-productifs » venant contrecarrer les efforts du Conseil de sécurité. Notons, enfin, que quatre pays africains (Cameroun, Gabon, Ghana et Nigeria) s'étaient abstenus, le Conseil ne portant pas la même sollicitude aux drames récurrents que connaît l'Afrique.

Le Darfour sacrifié

Illustration de cette indignation sélective : il aura fallu attendre la fin de l'année 2006 pour que le CDH daigne enfin se pencher sur le drame du Darfour. Et cette quatrième session extraordinaire, après les trois premières consacrées au Proche-Orient, n'aurait sans doute pas eu lieu sans la force de persuasion du secrétaire général sortant. Depuis le début des hostilités dans l'ouest du Soudan en 2003, Kofi Annan n'avait pas économisé ses efforts et n'avait cessé de tirer la sonnette d'alarme pour mettre l'ONU devant ses responsabilités. Mais ses mises en garde ont été systématiquement torpillées par les alliés de Khartoum (la Chine, la Russie, le Pakistan et l'Algérie en tête). À l'ouverture de la troisième session ordinaire du CDH, le 29 novembre, il avait enjoint le Conseil de « ne pas concentrer toute son attention sur le conflit israélo-palestinien au détriment d'autres situations tout aussi graves comme le Darfour ». Quelques jours plus tard, le 10 décembre, à l'occasion de la Journée internationale des droits de l'homme, le secrétaire général avait appelé la communauté internationale à agir au Darfour « avant qu'il y ait effectivement un génocide ». Dans un discours aux accents de testament politique prononcé à la veille de son départ après dix ans à la barre de l'organisation, Kofi Annan a reconnu que « l'ONU n'a pas toujours été à la hauteur de ses responsabilités dans la promotion du respect des droits de l'homme dans le monde entier ».

Estimant que « les premiers actes du Conseil des droits de l'homme ne sont guère encourageants », il a insisté sur la nécessité de « donner un sens véritable à la notion de "responsabilité de protéger" » consacrée dans le document final du Sommet mondial de 2005 sur la réforme des Nations unies. « Le respect de la souveraineté nationale - a-t-il précisé - ne peut plus servir d'excuse à l'inaction face au génocide, aux crimes de guerre, au nettoyage ethnique et à d'autres crimes contre l'humanité. » Et d'ajouter : « Un an plus tard, pourtant, il semble, à en juger par ce qui se passe au Darfour, que nous n'avons pas beaucoup progressé depuis les désastres de la Bosnie et du Rwanda. Soixante ans après la libération des camps de la mort nazis et trente ans après les massacres au Cambodge, la promesse du "Plus jamais ça" sonne bien creux. » « La tragédie du Darfour sévit depuis plus de trois ans maintenant et des récits de centaines de villages détruits et de traitement brutal des civils jusque dans les pays voisins ne cessent de nous arriver. Comment une communauté internationale qui prétend faire respecter les droits de l'homme peut- elle tolérer que ces horreurs continuent ? », a lancé, en guise de conclusion, le secrétaire général.

Alors que Khartoum et ses soutiens s'étaient employés à tergiverser pour gagner du temps, le CDH a finalement décidé par consensus de dépêcher sur place une mission d'enquête de « cinq personnes hautement qualifiées ». À peine cette délégation était-elle constituée que le gouvernement soudanais trouvait un prétexte pour ne pas la recevoir. Technique employée : l'un de ses membres fut déclaré persona non grata. Empêchée d'accéder au Darfour, la mission s'est rendue au siège de l'Union africaine à Addis-Abeba, puis dans des camps de réfugiés au Tchad, si bien que Khartoum s'est empressé de lui reprocher de se référer à « des informations de seconde main ».

Les clivages traditionnels ont resurgi lors du débat tenu à la mi- mars 2007 suite à la présentation du rapport de Jody Williams, qui avait conduit la mission d'enquête. Se fondant sur des faits largement documentés, le rapport de cette Américaine, prix Nobel de la paix pour son combat contre les mines antipersonnel, accuse le gouvernement soudanais d'avoir « orchestré des crimes de guerre et contre l'humanité ». Aussi Jody Williams a-t-elle exhorté la communauté internationale à prendre des mesures urgentes pour protéger les populations du Darfour. Battant le rappel de ses amis arabes et musulmans ainsi que de Cuba, de la Russie et de la Chine (son principal client et pourvoyeur d'armes), Khartoum a aussitôt contesté la légitimité de ce rapport et demandé au Conseil de ne pas s'en saisir. Conséquence : dans une résolution adoptée par consensus, le CDH s'est contenté d'exprimer sa « vive préoccupation », mais sans critiquer ouvertement le Soudan ni avaliser le rapport accablant de la mission d'enquête.

Pour faire diversion, Khartoum et ses acolytes ont accepté qu'un nouveau groupe de sept experts soit chargé d'examiner les 115 recommandations déjà émises par l'ONU sur le Darfour et de présenter un rapport en juin. Un nouvelle résolution adoptée à cette échéance a prolongé le mandat de ces experts de six mois afin de leur permettre de rédiger deux rapports supplémentaires en 2007. Pendant ce temps, les victimes peuvent toujours attendre ! Se faisant l'écho des préoccupations d'autres délégations africaines, le représentant de la Zambie avait ouvertement déploré ces tergiversations destinées à noyer le poisson : « Des discussions procédurales dans un contexte aussi urgent ne sont que des manoeuvres dilatoires visant à empêcher le Conseil d'agir comme il le doit. Il en va de sa crédibilité. »

« La diffamation des religions »

Par son indifférence aux événements du Darfour et à d'autres violations massives, le CDH a montré ses limites. Il est allé jusqu'à rayer de son ordre du jour l'examen des atteintes aux droits fondamentaux en Iran et en Ouzbékistan - un examen proposé en vertu d'une procédure confidentielle qui permet à des victimes de déposer des plaintes individuelles. La décision consistant à ne pas examiner ces accusations a été prise sur recommandation d'une commission de cinq membres comprenant le Zimbabwe, le Bangladesh et l'Azerbaïdjan aux côtés de la France et de l'Argentine, ces deux dernières ayant été réduites à une minorité impuissante. Dans la foulée de ses dénonciations systématiques et inopérantes d'Israël, l'OCI est repartie à la charge contre la « discrimination de l'islam » et a fait adopter une nouvelle résolution anti-blasphème, avec pour corollaire la restriction des droits individuels.

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Voir notre bulletin n°2034 du 17 février 2006

57 pays musulmans veulent faire adopter par l'ONU un texte condamnant "la diffamation des prophètes"

http://fr.groups.yahoo.com/group/CID-DemocratieMoyenOrient/message/2034
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L'objectif de l'OCI, a expliqué en son nom le Pakistan, est de combler le vide juridique sur les religions au sein des Nations unies. Depuis les débordements qui avaient souillé en 2001 la conférence contre le racisme de Durban, le groupe islamique s'est employé à promouvoir le néologisme « islamophobie », nouveau fer de lance de son combat. Mis en vedette après les attentats du 11 septembre, le thème a été réactivé avec l'affaire dite des caricatures de Mahomet. Dès 2003, le rapporteur spécial sur le racisme, le Sénégalais Doudou Diène, avait été également chargé par la CDH de préparer un autre rapport annuel plus particulièrement consacré à la « situation des populations musulmanes et arabes dans différentes parties du monde ».

Dans ses textes, le rapporteur se garde bien de s'appesantir sur les crimes commis au nom de la charia et réserve ses flèches à des journalistes et intellectuels, pour la plupart français, la presse hexagonale constituant sa principale source d'inspiration. L'affaire des caricatures danoises lui paraît d'autant plus condamnable qu'elle est « révélatrice de la banalisation de la diffamation des religions », tandis que le principe de la laïcité en France et la « menace de l'interdiction de la burka dans les lieux publics » en Grande-Bretagne relèvent à ses yeux du racisme et de l'intolérance.

En tout cas, Doudou Diène se montre plus accommodant avec l'OCI que son prédécesseur à la même fonction, le juge béninois Maurice Glélé- Ahanhanzo, accusé par l'OCI de « blasphème envers l'islam » pour avoir osé écrire que « les extrémistes musulmans se tournent de plus en plus vers leurs propres sources religieuses, principalement le Coran, comme source d'inspiration anti-juive ». Les prises de position de l'actuel rapporteur rejoignent les efforts du groupe islamique en vue d'élaborer de nouvelles normes contre le racisme, destinées à condamner « la diffamation des religions », en particulier de l'islam (4).

Cette offensive contre la laïcité et l'universalité des droits de l'homme ne manque pas d'inquiéter, notamment en raison des menaces qu'elle fait peser sur la liberté d'expression. Des juristes font valoir que les droits de l'homme s'appliquent aux individus et non aux religions. Dans son intervention devant le CDH, en mars 2007, Azouz Begag, alors ministre français de la Promotion de l'égalité des chances, avait rappelé sans ambages la position de Paris : « La défense de la liberté de religion ou de conviction - qui comprend la liberté de choisir sa religion, d'en changer, de croire ou de ne pas croire - mérite que la question de la discrimination religieuse soit dissociée de celle de la discrimination raciale. »

Le système en question

Les tiraillements apparus dans la mise en place du fragile cadre institutionnel du nouvel organe donnent la mesure des obstacles à surmonter. C'est in extremis, à l'ultime minute de l'échéance fatidique du 18 juin 2007 à minuit fixée par l'Assemblée générale de l'ONU, que le président sortant, l'ambassadeur mexicain Luis Alfonso de Alba, s'était présenté devant le Conseil pour faire passer en force son projet de règles de fonctionnement, au terme d'une journée- marathon de conciliabules et de marchandages. Sous les applaudissements, M. de Alba a proposé d'accepter son texte comme un compromis pour aussitôt lever la séance, alors que la plupart des délégués n'en avaient même pas pris connaissance.

C'est en vain que le Canada a tenté, le lendemain, de contester ce procédé cavalier en réclamant l'ouverture d'un débat lors de la première réunion du Conseil renouvelé d'un tiers de ses membres et qui a porté à sa présidence l'ambassadeur roumain Doru Romulu Costea. Dans son intervention, le représentant d'Ottawa a, en particulier, déploré la suppression par le CDH des mandats de deux experts chargés d'enquêter sur Cuba et la Biélorussie, ce qui ouvre la voie à l'abandon pur et simple des rapports par pays - une suppression qu'avaient exigée les intéressés avec le soutien actif de l'Iran, de la Chine et d'autres pays liberticides. Le Canada a également critiqué l'inscription parmi les onze points de l'ordre du jour d'un point 7 concernant « la situation des droits de l'homme en Palestine et dans d'autres territoires arabes occupés », alors qu'aucune autre région du monde ne figurait au programme.

Après les atermoiements qui ont caractérisé la première année d'existence du Conseil, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, s'est déclaré « déçu » par la mention spécifique d'un seul pays, Israël, au moment même où étaient abandonnés les rapporteurs spéciaux sur Cuba et la Biélorussie, et « compte tenu de l'étendue et de la gravité des allégations de violations des droits de l'homme de par le monde ». Cette remarque lui a valu une vive réplique du Pakistan, au nom de l'OCI. Dans un message adressé au Conseil de sécurité, Islamabad a affirmé que le secrétaire général devrait s'abstenir de critiquer le Conseil des droits de l'homme.

Alors que l'ancienne Commission tenait une session annuelle de six semaines, le nouveau Conseil était censé gagner en efficacité en se réunissant régulièrement pour au moins dix semaines tout au long de l'année et en tenant au besoin des sessions extraordinaires : au vu des maigres résultats enregistrés, on peut conclure que ces exercices répétés en vase clos n'ont guère de sens sans réelle volonté politique. L'autre innovation majeure destinée à empêcher la nouvelle instance de retomber dans les errements du passé était la procédure dite d'« examen périodique universel », un mécanisme visant à contrôler, à intervalles réguliers, le respect des droits de l'homme dans tous les États. Mais des pays peu respectueux de ces droits mettent des bâtons dans les roues et vont même plus loin en cherchant à amoindrir le statut des ONG en rognant sur leurs prérogatives.

Au demeurant, le CDH semble se perdre dans les arguties technocratiques et les méandres de la procédure. Par exemple, les trois premières semaines de sa sixième session, en septembre 2007, ont été consacrées à examiner des modalités d'application de l'accord boiteux adopté trois mois plus tôt - ou plutôt à « parachever son processus d'édification institutionnelle », selon le jargon à l'honneur dans l'enceinte onusienne. Au nom de l'OCI, le Pakistan avait d'emblée demandé à l'assemblée de « ne pas se précipiter ». Il était plus urgent, pour le groupe islamique, de condamner la publication d'un dessin « offensant et blasphématoire » du Prophète par un journal suédois ! « De tels blasphèmes ne sauraient se multiplier au nom de la liberté d'expression », a expliqué le représentant pakistanais.

L'acharnement à détourner le Conseil de ses objectifs est tel qu'il devient nécessaire de s'interroger sur l'avenir de cet organe qui est en train de vider de leur substance les principes qu'il est censé promouvoir et défendre (5). D'entrée de jeu, Cuba avait répété sa vieille antienne d'après laquelle le temps était venu d'un « grand nettoyage » tandis que la Chine insistait pour « faire table rase du passé afin de repartir d'un bon pied ». Plus explicite encore, les pays musulmans réclament un réexamen des normes existantes afin de les adapter à la « spécificité religieuse », c'est-à-dire à la charia (6). Au-delà de cette remise en cause du principe de l'universalité se profile une tentative à peine dissimulée visant à démanteler le système onusien des droits de l'homme patiemment mis en place depuis la création des Nations unies en 1945.

Après la faillite de la Société des nations et au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les alliés vainqueurs du nazisme et du fascisme ont entrepris de réaménager les relations internationales sur des bases nouvelles. D'où la place centrale accordée par la Charte de l'ONU aux droits de l'homme, en complément du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, afin de mieux assurer son objectif premier : le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Dès 1946, la Commission des droits de l'homme voit le jour. Sa première tâche sera d'élaborer la Déclaration universelle, adoptée en 1948 à Paris. Depuis lors, la Commission s'est attachée à codifier ses principes dans des conventions et autres normes, puis à mettre sur pied des mécanismes de protection et toute une série de procédures, par thèmes ou par pays, destinés à veiller à la protection et à la promotion de ces droits. Dans l'esprit de ses promoteurs, les droits de l'homme ne pouvaient plus être laissés à la seule discrétion des États, soucieux uniquement de leurs intérêts immédiats sans avoir de comptes à rendre à quiconque.

Alors qu'il était d'usage de ne pas citer nommément un pays pour ses abus, une avancée a été enregistrée en 1979 avec la désignation d'un premier rapporteur spécial pour le Chili sous la dictature du général Pinochet. Cette procédure a été ensuite étendue à d'autres régimes répressifs, mais elle devait se heurter à de farouches résistances des gouvernements mis en cause qui ont resserré les rangs pour tenter de se soustraire à toute critique. Ainsi, la Chine, la Russie, le Pakistan et l'Algérie, sans oublier l'Arabie saoudite, pour n'en citer que quelques-uns, ont régulièrement réussi à tirer leur épingle du jeu, consacrant du même coup le règne du « deux poids, deux mesures ».

Avec la fin de la guerre froide et de l'apartheid en Afrique du Sud, on aurait pu s'attendre à une nouvelle impulsion en faveur des droits de l'homme. Or il a vite fallu déchanter, comme l'a montré la conférence de Vienne chargée de faire le point sur l'évolution du système en 1993. Emmenés par la Chine, plusieurs pays pas forcément très démocratiques ont pris prétexte de leurs traditions, mais surtout du principe de souveraineté des États, pour s'opposer au concept d'universalité. La grand-messe de Vienne aura finalement signifié un coup d'arrêt, voire une remise en cause des acquis et de la notion même des droits de l'homme. Afin de sauver la face, les participants en ont été réduits à se contenter d'un accord minimum. Illustration de ce dialogue de sourds : dans son intervention, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud al-Faisal, s'était montré parmi les plus intraitables. « Les droits de l'homme en islam ont pour source le Créateur ; la charia détermine la constitution de l'État ; la communauté internationale ne devrait pas invoquer les droits de l'homme pour s'ingérer sans raison dans les affaires d'autrui », avait-il martelé.

La création à Vienne d'un poste de Haut commissaire aux droits de l'homme, secondé par un secrétariat permanent à Genève, ne suffira pas à faire illusion. Depuis, les clivages n'ont cessé de se creuser et les antagonismes de s'exacerber, tandis que l'universalité cédait le pas aux particularismes nationaux, régionaux et religieux. La crise devait éclater au grand jour lors de la conférence mondiale contre le racisme à Durban début septembre 2001. Détourné de son objectif par un groupe d'activistes et de pays qui l'avaient véritablement « kidnappé » pour relancer les querelles partisanes sur le seul Proche-Orient au détriment de tous les autres problèmes, ce rendez-vous mal préparé allait annoncer le crépuscule de la Commission. À peine achevée dans la confusion, la rencontre de Durban (7) était occultée par le fracas des attentats du 11 septembre aux États-Unis.

Conséquence de ce fiasco, le Haut commissaire aux droits de l'homme, Mary Robinson, jetait l'éponge six mois plus tard. Comme pour mieux enfoncer le clou du discrédit, la Libye du colonel Kadhafi accédait en 2003 à la tête de la Commission. Avant de se retirer, Mme Robinson avait averti : « Les droits de l'homme sont en danger. » Son successeur, le Brésilien Sergio Vieira de Mello, eut à peine le temps de constater à son tour que « la Commission va mal », tout en déplorant son « instrumentalisation à des fins politiques ». Dépêché temporairement à Bagdad en juin 2003 par Kofi Annan, il trouva la mort le 19 août suivant, avec vingt et un de ses collaborateurs, dans l'attentat contre le siège des Nations unies. Avec sa disparition, non seulement l'Irak s'enfonçait de plus en plus dans la violence mais le Haut commissariat était décapité, ce qui allait du même coup précipiter la chute de la Commission.

La gageure de la réforme

En mettant en évidence à la fois les failles du dispositif de défense des droits de l'homme et les limites du système de sécurité collective, la guerre en Irak a relancé le débat sur la réforme de l'ONU. Si personne ne conteste vraiment la nécessité d'un aggiornamento, de sérieuses divergences sont apparues sur les remèdes à apporter - qu'il s'agisse de l'élargissement du Conseil de sécurité, de la rationalisation des travaux de l'Assemblée générale et de l'administration ou de la définition des nouvelles menaces. En attendant, la création d'une « commission de consolidation de la paix » (afin d'aider les pays qui sortent d'une guerre à ne pas retomber dans la violence), ainsi que la réforme du système des droits de l'homme apparaissaient comme de premières innovations plus consensuelles. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, le remplacement de la Commission par un Conseil du même nom n'a pas produit de miracle. Ses débuts erratiques ont donné la mesure des obstacles à franchir comme des incertitudes qui pèsent sur son avenir, alors que l'ONU s'apprête à célébrer en 2008 le soixantième anniversaire de la Déclaration universelle. Et quand les droits de l'homme vont mal (8), c'est tout le système des Nations unies qui s'en ressent.

Sergio Vieira de Mello, qui a servi l'ONU sur presque tous les fronts pendant une trentaine d'années, était conscient des carences de la Commission, mais aussi des risques d'une réforme précipitée. Pour lui, le problème résidait moins dans la Commission elle-même que dans l'absence de volonté d'appliquer l'impressionnant cadre normatif élaboré depuis sa création. « Les conditions de sa mise en place étaient exceptionnelles, elles ne se répéteront pas de sitôt », expliquait-il (9). Et il ajoutait : « Il est difficile de réformer, il faut d'abord préserver ce que nous avons afin de faire vivre tous ces textes et de veiller à leur application. Mettre le doigt dans l'engrenage de la réforme, c'est faire le jeu de ceux qui veulent casser le système. » Les faits semblent lui donner raison. Comme si ses assassins avaient visé, justement, le symbole des droits de l'homme qu'il personnifiait...

Notes :

(1) Pour sa première année d'existence, le Conseil était composé des 47 membres suivants, répartis en cinq groupes régionaux :

Afrique : Afrique du Sud, Algérie, Cameroun, Djibouti, Gabon, Ghana, Mali, Maroc, Île Maurice, Nigeria, Sénégal, Tunisie et Gambie.

Asie : Arabie saoudite, Bahreïn, Bangladesh, Chine, Inde, Indonésie, Japon, Jordanie, Malaisie, Pakistan, Philippines, République de Corée et Sri Lanka.

Amérique latine et Caraïbes : Argentine, Brésil, Cuba, Équateur, Guatemala, Mexique, Pérou et Uruguay.

Europe orientale : Azerbaïdjan, Russie, Pologne, République tchèque, Roumanie et Ukraine.

Europe occidentale et autres États : Allemagne, Canada, Finlande, France, Pays-Bas, Royaume-Uni et Suisse.

Les mandats de quatorze membres ayant expiré le 19 juin 2007, un renouvellement partiel a fait entrer neuf nouveaux pays au Conseil :

Afrique : l'Angola, l'Égypte et Madagascar en remplacement de l'Algérie, du Maroc et de la Tunisie.

Asie : le Qatar au lieu de Bahreïn.

Amérique latine et Caraïbes : la Bolivie et le Nicaragua pour l'Argentine et l'Équateur.

Europe orientale : la Bosnie-Herzégovine et la Slovénie à la place de la Pologne et de la République tchèque.

Europe occidentale et autres États : l'Italie pour la Finlande.

(2) Sous la pression de la Chine, la question du Tibet est devenue un sujet tabou à l'ONU. Ainsi, lors de sa première conférence de presse, le 2 juillet 2007, au palais des Nations à Genève, le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a été empêché par sa porte-parole de répondre à une question sur l'application des résolutions de l'ONU concernant le droit à l'autodétermination du peuple tibétain. Tout en détournant le regard de ce qui se passe sur le toit du monde, l'ONU s'active en faveur de l'indépendance du Kosovo tandis que son comité de décolonisation s'occupe du droit à l'autodétermination de... Tokelau, trois îlots du Pacifique d'une superficie de dix kilomètres carrés pour une population d'à peine 2 000 habitants.

(3) À l'initiative de l'Union européenne, une cinquième session extraordinaire, consacrée cette fois à la Birmanie, a été convoquée le 2 octobre 2007 à la suite de la sanglante répression par la junte militaire au pouvoir des manifestations pacifiques emmenées par des moines en signe de protestation contre la détérioration constante des conditions d'existence, encore aggravée par la hausse vertigineuse du prix des carburants. La Chine et la Russie s'étant opposées à la condamnation du régime birman, la résolution édulcorée finalement adoptée par consensus se contente de « déplorer » sans condamner la répression. Comme du temps de la Commission qui, depuis la révolte populaire de 1988, pointait régulièrement du doigt la junte birmane pour ses atteintes aux droits de l'homme, le CDH s'est entendu sur le plus petit dénominateur commun afin d'éviter un vote.

(4) Dans son dernier rapport sur le racisme du 21 août 2007, Doudou Diène se concentre une fois de plus sur le « phénomène de l'islamophobie », présenté comme « la forme la plus grave de diffamation des religions ». Une manière de détourner le sens du combat contre le racisme, de légitimer des pratiques de discrimination - en particulier envers les femmes - et de remettre en cause la laïcité et l'universalité de la Déclaration des droits de l'homme.

(5) Un nouvel exemple de cette dérive a été la nomination par le Conseil de la Libye à la présidence du comité préparatoire d'une nouvelle conférence mondiale de l'ONU contre le racisme en 2009, alors que le régime du colonel Kadhafi est régulièrement pointé du doigt pour les mauvais traitements infligés aux migrants d'Afrique noire. Parmi les vingt membres de ce comité figure également l'Iran, qui foule aux pieds les droits des femmes et des minorités. En septembre 2007, à l'occasion d'une réunion du Mouvement des non-alignés à Téhéran, le Haut commissaire Louise Arbour avait dû porter le voile pour se conformer à la loi islamique. Au lendemain d'une conférence sur « les droits de l'homme et la diversité culturelle », à laquelle Mme Arbour avait assisté, la presse iranienne avait publié des photos la montrant aux côtés d'un mollah et du président Ahmadinejad, ainsi que des clichés de vingt et un condamnés à mort pendus en public.

(6) La remise en cause des principes fondamentaux des droits de l'homme s'est accentuée depuis l'avènement du régime khomeiniste en Iran. En 1981, lors de l'Assemblée générale de l'ONU à New York, le représentant de la République islamique s'en était vivement pris à la Déclaration universelle, qualifiée de « concept occidental d'inspiration judéo-chrétienne, incompatible avec la sainte charia islamique ». En 1990, la conférence islamique des ministres des Affaires étrangères, réunie au Caire, adoptait une « Déclaration islamique des droits de l'homme » qui réaffirmait la primauté du Coran. En 1994, la Charte arabe des droits de l'homme prenait le contre-pied de la Déclaration universelle en se réclamant des « principes éternels définis par le droit musulman ». La Commission internationale de juristes avait pourtant tiré la sonnette d'alarme. Par la voix de son secrétaire général, le juriste sénégalais Adama Dieng, elle a reproché à ses auteurs de « remettre gravement en cause le consensus interculturel sur lequel se fondent les instruments juridiques internationaux, d'introduire une discrimination intolérable à la fois des non musulmans et des femmes, et d'entériner, sous couvert de charia islamique, la légitimité de pratiques tels que les châtiments corporels ».

(7) Malka Marcovich, « ONU 2001/2007 : Durban ou l'éternel retour », Les Temps modernes, avril/juillet 2007.

(8) À l'issue de la sixième session du CDH fin septembre 2007, son président Doru Costea s'est déclaré favorable à une réforme de la nouvelle institution, reconnaissant que « le Conseil avait notamment échoué sur la question du conflit israélo-arabe. »

(9) Entretien avec l'auteur, in Sergio Vieira de Mello, un espoir foudroyé, Mille et Une nuits, 2004.
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Paysage de l'après-Ardisson (posté par aberdam le 20.12.2006)
Chroniques Médiatique
Paysage de l'après-Ardisson
Par Daniel SCHNEIDERMANN
Libération
Vendredi 29 septembre 2006 - 06:00

Mieux vaut tard que jamais. Ardisson éjecté de son trône de meilleur vendeur de livres de la télé française, les éditeurs s'enhardissent, et voici, ô miracle, qu'ils osent faire leur travail : publier des livres égratignant l'homme en noir. Car Ardisson, jusqu'en juin dernier, était l'Intouchable. Philosophes, ministres, anciens ministres, candidats aux candidatures, sociologues, pamphlétaires, investigateurs, comploteurs, découvreurs de complots, directeurs de rédaction : pour tout auteur, un passage chez Ardisson faisait miroiter la promesse des plus étincelants succès. Donc, on ne critiquait pas Ardisson. Pas question de s'attaquer aux mots d'Ardisson, au pouvoir d'Ardisson, à l'évidence Ardisson, et plus précisément à la longue influence d'Ardisson sur le débat public.

La page est donc tournée, et autour de Gulliver enchaîné, quel grouillement soudain ! Ainsi, Stock publie ces jours-ci un passionnant "la Face visible de l'homme en noir" (1). Oui, face visible, et non pas cachée. Car le plus fascinant, chez l'animateur-producteur de "Tout le monde en parle", fut cet art de «se cacher dans la lumière», selon la formule de l'auteur du premier pamphlet anti-Ardisson, Jean Robin (2). C'est-à-dire, de se surexposer, pour mieux se dissimuler. A cet égard, "Tout le monde en parle", émission chatoyante, multifacettes, polysémique, avec son lot d'inventions, de fulgurances, de malaise et de perversité, est bien une oeuvre audiovisuelle majeure de la décennie écoulée, et mérite d'être analysée comme telle.

Tout aussi fascinant fut cet art provocant d'Ardisson de faire passer sa propre personnalité, son propre machisme, son propre nihilisme, pour des évidences universelles. Surgi d'on ne sait où, son ricanement personnel recouvrit comme une chape l'époque et ses acteurs. L'éloge de la partouze et de la coke, ou la constatation navrée de la corruption universelle, devinrent ainsi, semaine après semaine, des axiomes indiscutables. Pour ne rien dire du thème majeur de l'ardissonisme : l'obsession du déterminisme ethnique, et un encouragement de supporter, semaine après semaine, au morcellement communautaire. Les citations collectées par Birnbaum et Chevènement permettent d'évaluer, non sans vertige, combien Ardisson contribua à la crispation communautaire de la société française. Dans quelle mesure il a surreprésenté l'excroissance française de l'affrontement du Proche-Orient. A force d'inviter systématiquement sur ses plateaux le Juif, le Musulman et le Black de service, si possible face à face, et si possible en les amenant à se jeter des verres d'eau à la figure, Ardisson a peut-être enjoint à une société française qui n'y aurait pas forcément pensé toute seule, de reproduire en son sein les mêmes tensions. Pour ne prendre que l'exemple Dieudonné, la relecture de toutes ses interviews par Ardisson donne le même vertige : en contribuant, émission après émission, à durcir les positions du comique, Ardisson ne fut-il pas son pousse-au-crime ?

Dans les vapeurs de l'après-Ardisson, se dégagent aujourd'hui d'autres tonalités possibles, apparaissent d'autres tentatives, d'autres contours, encore incertains. On ne parle pas, bien entendu, de Bern et de Ruquier, qui semblent bien partis pour perpétuer la dictature du calembour et du combat de catch. Mais dans la toute nouvelle émission quotidienne de Frédéric Taddeï, sur France 3, sur laquelle reposent tous les espoirs culturels du service public, on remarque d'abord, par opposition au modèle tombé, toutes les absences. Absence de ricanements sexistes et de grivoiserie. Absence de chroniqueur impertinent se faisant mousser sur le dos des invités. Absence d'interruptions impertinentes de l'animateur (Presque trop peu, d'ailleurs. On frôle parfois l'excès inverse). Absence de SMS aussi intrusifs qu'illisibles. Absence de rires enregistrés ou suscités, même si l'on ne peut s'empêcher de s'interroger sur le profond silence des silhouettes de figurants-consommateurs de l'arrière-plan. Qui sont-ils, ces fantômes ? De qui portent-ils ainsi le deuil ? Mystères.

En un mot, c'est un étrange soulagement qui prédomine : aucune obligation syndicale d'impertinence. Redeviendrait-il possible, interrogeant des écrivains, des réalisateurs, des comédiens, de s'étonner, de s'émerveiller, de dialoguer simplement ? Pour autant, la révérence ne règne pas. Ainsi, le premier soir, Taddeï orchestra un étrange combat de divas, entre Jorge Semprun et Claude Lanzmann, pour savoir lequel des deux avait le mieux compris les Bienveillantes, best-seller surprise de la rentrée, de Jonathan Littell. S'amorça, entre les deux monstres sacrés, l'homme de Shoah et l'ancien déporté, une affligeante compétition. Moi, j'étais à Buchenwald, Monsieur. Et moi, Monsieur, je me suis battu pour la France. Et, tout d'un coup, voilà le jeunot Taddeï qui les plante là, les anciens combattants : bon, vous n'avez qu'à continuer sans moi, je vais voir ailleurs. Et il part, la caméra à ses trousses. C'eût pu être violent, insupportable, arrogant. Ça ne le fut pas. A ce moment-là, on était plutôt du côté de Taddeï que de cette confrontation d'ego. Et on avait même tendance à oublier que c'était Taddeï lui-même qui avait organisé l'affrontement.

(1) Par Jean Birnbaum et Raphaël Chevènement.
(2) Ils ont tué la télé publique, éditions du Journalisme continu.
© Libération
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Une sixième guerre israélo-arabe (posté par heyman le 25.07.2006)
Une sixième guerre israélo-arabe

La chronique d'Alexandre Adler.
Le Figaro
20 juillet 2006
Rubrique Opinions


Le déclenchement de la sixième guerre israélo-arabe (après celles de 1948, 1956, 1967, 1973 et 1982) donne lieu à des prises de parti émotionnelles qui dégagent davantage de chaleur que de lumière. Nous voudrions ici donner une série d'analyses, toutes à l'exception de deux d'entre elles, provenant de sources écrites et connues, afin de favoriser un jugement qui restera libre, mais informé. C'est au début des années 1980 que le Hezbollah, bras armé du nouveau pouvoir islamiste iranien, invente l'attentat-suicide, puis la guérilla de harcèlement, face aux occupants français et américains à Beyrouth, puis face à l'armée israélienne.

Le retrait unilatéral des Israéliens du Liban en 2000 dans le cadre de la négociation que l'on espérait globale et finale avec l'Autorité palestinienne, est interprété par les forces islamistes de la région comme une défaite israélienne. Ce modèle du Hezbollah est discuté dans les rangs palestiniens à la veille de la négociation de Camp David de l'été 2000, et elle aboutit à la décision de Yasser Arafat de se retirer des négociations de paix avec Israël et d'y substituer la stratégie du harcèlement chère au
Hezbollah. Ce tournant s'accompagne de la marginalisation des «colombes» palestiniennes au profit d'une nouvelle organisation clandestine du Fatah, le Tanzim, et de son bras armé, les brigades al-Aqsa. La nouvelle orientation s'accompagne d'une pleine réconciliation avec le Hamas qui dispose d'un double soutien saoudien et irano-syrien.

L'affaire du cargo Karin B nous renseigne sur la coalition que l'intifada des mosquées avait mise en place : ce bateau affrété par les services secrets iraniens devait livrer des armes au Hamas et aux brigades al-Aqsa à Gaza, puis finir sa distribution au Liban, au profit du Hezbollah. Le point le plus étonnant de l'affaire concernait l'Égypte : le cargo devait débarquer sa cargaison dans le canal de Suez et la confier à de petites embarcations qui tenteraient de forcer la surveillance israélienne. Une telle opération, avortée par l'interception du cargo par des commandos israéliens, impliquait l'Autorité palestinienne et l'État iranien, sous la bienveillante complicité des services secrets égyptiens. Peut-on transférer ce modèle sur la situation présente ? Deux facteurs ont changé : l'Égypte, qui craint comme la peste la
contagion des élections palestiniennes favorables aux islamistes dans sa propre vie politique, a tenté de remettre en selle les modérés palestiniens d'Abou Mazen et de provoquer une réorientation modérée du gouvernement du Hamas.

Au moment où cette manoeuvre allait réussir, les extrémistes du Hamas ont organisé l'attaque contre Israël de manière à faire rebondir la crise. Seconde différence, moins évidente mais plus fondamentale encore dans l'équation : dans le débat interne qui traverse les élites iraniennes, les modérés du président Khatami, alliés ici au pragmatisme de l'ancien président Rafsandajani, avaient encore le dessus, à telle enseigne qu'ils demandèrent une commission d'enquêtes parlementaires au Majlis de Téhéran pour désavouer ceux qui avaient monté le coup du Karin B. Aujourd'hui, les ultras ont repris le dessus et avouent le soutien qu'ils apportent à la tendance militaire du Hamas. Les déclarations antisémites du président Ahmadinejad lui ont d'ailleurs valu les félicitations du chef égyptien de la confrérie des Frères musulmans. C'est l'orientation imposée par Ahmadinejad qui a imposé un renversement à 180 degrés de la politique iranienne : voici un an, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, saluait le gouvernement Jaafari à Bagdad, protégé par les Américains, refusait à l'aile dure de l'armée syrienne le concours de ses milices pour se maintenir au Liban ; mieux même, il acceptait de participer au gouvernement d'unité nationale que Rafic Hariri était en train de mettre en place.

Avec le tournant iranien, le Hezbollah change d'approche : il revient à la lutte armée sous forme de harcèlement d'Israël, il coordonne son offensive à celle du Hamas commandé depuis Damas par Khaled Meshaal en étroite corrélation avec cette même aile dure du régime syrien, à laquelle Nasrallah avait, voici un an, claqué la porte. Tirons donc les conclusions de cette première phase de la guerre : la main de Téhéran est partout dans cette crise qui est donc indissociable du double débat qui traverse la haute hiérarchie
chiite, passage en force vers le nucléaire ou solidarité accrue avec les chiites d'Irak au risque d'une entente tacite avec Washington.

La résolution d'Ahmadinejad ne démontre pas à ce jour sa maîtrise de la stratégie ultime de Téhéran. Mais un échec militaire du Hezbollah signifierait non seulement la première défaite stratégique de ce mouvement depuis l'évacuation du Liban-Sud en l'an 2000, mais aussi un sérieux renfort pour l'axe pragmatique et modéré qui passe par le gouvernement national libanais, les réformateurs syriens groupés autour du président Bachar el-Assad et, enfin, de tous les opposants intérieurs iraniens. Ajoutons enfin qu'à Moscou, ceux qui souhaitent réimplanter l'influence russe dans la région ont partie liée à Bachar el-Assad et à Rafsandjani, ce qui explique la nouvelle mansuétude de Poutine à l'égard d'Israël. La peur serait-elle en train de changer de camp ?
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Une guerre légitime, une bataille problématique (posté par aberdam le 18.07.2006)
Rebonds Libération Lundi 17 juillet 2006 - 06:00

Israël ne mène pas la même guerre contre le Hezbollah et les Palestiniens.

Une guerre légitime, une bataille problématique


Par David GROSSMAN
David Grossman écrivain israélien.

L'attaque surprise massive du Hezbollah sur la Galilée, au nord d'Israël, prouve -­ pour autant que quelqu'un ait un doute ­- à quel point toute cette région du monde est sensible et explosive et à quel point il en faut peu pour l'amener au bord de la guerre.

Israël a répliqué, avec un plein droit à le faire. Cette offensive violente et ample du Hezbollah, depuis le territoire libanais, sur des dizaines de paisibles agglomérations israéliennes, n'a aucune justification. Aucun Etat au monde ne peut demeurer les bras croisés et abandonner ses citoyens à leur sort, à l'heure où son voisin l'attaque sans qu'il l'ait en rien provoqué.

Il y a six ans, Israël s'est retiré jusqu'à la frontière internationale de tous les territoires du Liban qu'il avait conquis en 1982. L'ONU avait alors approuvé cette initiative et avait entériné la fin de l'occupation israélienne et l'établissement d'une démarcation entre les deux Etats. Aussitôt après le retrait israélien, le Hezbollah a commencé à violer les décisions de l'ONU, à prendre position le long de la frontière, à contester la validité du tracé international (au lieu-dit fermes de Chabaa) et à se renforcer militairement avec l'aide de la Syrie et de l'Iran.

Pendant des années, le gouvernement libanais a évité d'affronter le Hezbollah, qui a établi, dans le sud du pays, un réseau de bunkers et accumulé des arsenaux colossaux, dont des missiles à longue portée menaçant le coeur même d'Israël. De son côté, Israël s'est refusé à «rallumer» le front et s'est abstenu d'actions militaires contre le Hezbollah. C'est ainsi qu'une situation intolérable s'est instaurée sur le territoire du Liban souverain, qui n'a aucun conflit avec Israël, où une organisation déclarée terroriste par les Nations unies agit à sa guise et agresse Israël.

Aujourd'hui, Israël attaque le Liban parce que ce pays est l'allié officiel du Hezbollah et parce que c'est depuis son territoire qu'Israël est bombardé. Des hommes du Hezbollah sont membres du gouvernement libanais et sont associés à sa politique. A l'heure où j'écris, des millions de citoyens innocents, israéliens comme libanais, se trouvent sous le feu. A Beyrouth et à Haïfa, dans la Bekaa libanaise comme dans la Galilée israélienne, adultes et enfants sont menacés d'une guerre prolongée. Israël et le Liban doivent tout faire pour épargner des vies innocentes. Mais quiconque désire la fin immédiate des hostilités et l'ouverture d'une négociation doit reconnaître que le Hezbollah, de manière cynique et délibérée, a créé une situation dans laquelle Israël se voit obligé de riposter à cette agression.

L'embrasement récent met en relief une attitude parallèle, et problématique, dans la position du gouvernement libanais et de l'Autorité palestinienne à l'égard d'Israël. Chacun des deux a deux «têtes» qui se contredisent l'une l'autre : l'une agit de manière «étatique» à travers des canaux politiques, et avec une relative modération, tandis que la seconde se déclare libre d'agir comme bon lui semble, se sert du terrorisme contre des citoyens avec une rhétorique raciste et appelle publiquement à la destruction d'Israël. Cette confusion représente, aux yeux d'Israël, l'une des difficultés majeures pour parvenir à un accord stable avec ses voisins. C'est aussi la raison principale pour laquelle la majorité de l'opinion israélienne -­ y compris de nombreux partisans de la paix -­ a perdu toute confiance à l'endroit des modérés du camp arabe. Une autre complication naît d'une confusion identique entretenue par Israël quant à ses intentions à l'égard des Palestiniens - moins extrémiste cependant et sans volonté exterminatrice.

Les scénarios prévisibles ne sont pas optimistes : on le sait, Israël n'a pas comme seule intention de répondre à l'agression du Hezbollah. Il opère afin de façonner une nouvelle fois la situation à sa frontière nord avec le Liban, selon la résolution 1559 de l'ONU, et afin d'obliger le gouvernement libanais à en éloigner le Hezbollah. Cet objectif est rationnel et juste, mais la manière agressive avec laquelle Israël mène sa campagne recèle des dangers. Le régime libanais est faible et risque de s'écrouler, laissant la place à une nouvelle guerre civile ; ce conflit local peut très bien s'élargir à toute la région, avec des conséquences incalculables ; enfin, au cours des dernières décennies, Israël s'est «embourbé» à chaque fois au Liban et n'a jamais pu y concrétiser ses buts de guerre. Dans le passé, comme on sait, la volonté israélienne de «façonner la réalité arabe» a échoué (et, aujourd'hui, le président Bush peut témoigner du succès relatif de telles ambitions...). Proclamé par de hauts gradés et des hommes politiques, l'autre objectif, briser la puissance et l'influence du Hezbollah, est vain et rappelle la myopie des dirigeants du pays, quand ils affirmaient, en 1982, vouloir détruire l'OLP... Même si les moyens militaires sont clairement en faveur d'Israël, le Hezbollah jouit d'une solide «couverture» en Iran, en Syrie et dans le monde arabe, et il faut être naïf pour croire à une victoire israélienne par KO.

S'il existe une ressemblance flagrante entre Palestiniens et Libanais à l'égard d'Israël, il existe aussi une différence essentielle entre ces deux fronts : le Hezbollah ­- au vu et au su de tous ­- est un satellite de l'Iran au Proche-Orient et la tête de pont de ses intentions meurtrières à l'encontre d'Israël. On ne peut mettre en doute son souci des Palestiniens, mais ses aspirations excluent un juste accord entre Palestiniens et Israël. A en juger par ses principes et sa manière d'opérer, même si Israéliens et Palestiniens parviennent à l'avenir à un accord, le Hezbollah s'opposera à tout compromis, continuera d'agir contre Israël et de menacer l'équilibre fragile ainsi obtenu.

Les relations entre Israël et les Palestiniens sont d'une nature totalement différente : ces deux peuples sont obligés de parvenir à un accord de paix s'ils veulent continuer d'exister dans cette région. Leurs sorts sont étroitement mêlés ; tous deux ont un intérêt suprême à parvenir à un accord et, pour cela, à renoncer à certaines de leurs revendications les plus profondes. Tous deux savent qu'en fin de compte il n'y a pas de solution violente à ce conflit.

Néanmoins, l'agression du Hezbollah incite de nombreux Israéliens à opérer un amalgame intellectuel entre les deux fronts où combat leur pays et à éprouver un profond sentiment de menace existentielle. Même si celui-ci n'est pas justifié, la disproportion des moyens militaires étant ce qu'elle est, il peut entraîner une réponse exagérée contre le Liban et conduire à un recul sine die de la solution du conflit israélo-palestinien.

En Israël et dans un certain Beyrouth prospère, si occidental par certains côtés, beaucoup ont voulu croire qu'ils n'appartiennent plus au conflit proche-oriental. Déçus par l'aspect sanguinaire, fondamentaliste et désespéré de ce conflit, ils se sont construit une bulle confortable, de commodités et d'indifférence. En Israël, beaucoup ont aussi réussi à refouler le conflit sanglant en cours à Gaza, les roquettes Qassam tirées sur le sud d'Israël et les souffrances des Palestiniens sous la riposte israélienne. Les derniers événements ébranlent tout le monde, apportent la guerre jusqu'au seuil des maisons et rappellent la réalité fondamentale de nos vies dans cette région. Il semble que, pour en transmuer la nature, il faille plus que de la sagacité diplomatique, mais bien des dons d'alchimiste.

(Traduit de l'hébreu par Jean-Luc Allouche)

Dernier roman paru en français : J'écoute avec mon corps, Seuil, 2005, 283 pp

© Libération
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Simon Deng : noir, chrétien et esclave au Soudan (posté par aberdam le 13.07.2006)
Darfour - Témoignage

Simon Deng : noir, chrétien et esclave au Soudan

Urgence Darfour
Par Charlie hebdo - Prochoix - Caroline Fourest le 10 juillet 2006

Urgence Darfour

A l’heure où l’histoire de l’esclavage subit les réécritures les plus indignes, où l’on s’écharpe pour savoir quelle date sera la plus appropriée pour commémorer le passé, il n’est pas inutile de rappeler que l’esclavage continue d’être pratiqué dans des pays comme la Mauritanie ou le Soudan, souvent au nom de l’islam.
« Les djihadistes de Khartoum ont voulu imposer une culture arabe dans un pays majoritairement peuplé de noirs »

Le 18 avril dernier, alors que la Commission des droits de l’Homme de l’ONU s’apprêtait une fois de plus à rejeter une résolution condamnant les actions au Soudan sur pressions des pays islamiques, trois ONG (International Humanist and Ethical Union, Association for World Education et Association of World Citizens) organisaient un colloque en marge de la commission sur les « victimes du djihad ». Devant une salle émue aux larmes, Simon Deng a raconté comment il avait été réduit en esclavage - parce que noir et chrétien - par le régime arabe islamiste de Khartoum. Extraits.

"Mon nom est Simon Aban Deng. Je suis soudanais, shiluk de par la tribu, chrétien de par la religion. Mon peuple a été soumis au meurtre de masse, à l’esclavage, au viol systématique, à la persécution religieuse, à la famine imposée, à la dislocation, à l’exil. Nous sommes victimes d’un génocide, physique et culturel. Nous avons été annihilés en tant qu’êtres humains parce que appartenant à une culture différente. Tout cela ne nous est pas tombé dessus par hasard : nous avons été et restons les victimes du régime djihadiste de Khartoum.

Durant les deux génocides commis par les islamistes, nos pertes ont été énormes. De 1955 à l’indépendance de 1973, 1,5 million de Soudanais chrétiens ont été éliminés par le gouvernement pro-arabe de Khartoum. De 1983 jusqu’au récent traité de paix, 2 millions d’êtres humains du Sud-Soudan ont perdu la vie dans ce que le régime de Khartoum a appelé "une guerre sainte contre les infidèles". Oui, je suis un infidèle selon leur définition. Je pense que bon nombre d’entre vous le sont aussi. Nous, les Noirs "infidèles" du Sud, chrétiens et autres non-musulmans, nous avons refusé d’obéir aux lois islamiques, nous avons refusé d’être arabisés.
« J’ai été enlevé et donné à une famille arabe comme "cadeau". »

Pour cette raison, mesdames et messieurs, j’ai été une victime de l’esclavage arabe au Soudan. A neuf ans, mon village a été pillé par les troupes arabes payées par Khartoum. Alors que je courais me réfugier dans la savane pour échapper au massacre, j’ai vu mes amis d’enfance se faire abattre. Les vieux et les malades étaient brûlés vifs dans leur hutte. Les troupes arabes ont fini par me trouver. J’ai été enlevé et donné à une famille arabe comme "cadeau". Quand vous me regardez, mesdames et messieurs, voyez-vous un cadeau ? Est ce que je ressemble à un objet ou à un produit ?
« Maintenant, s’est au tour du Darfour. »

J’ai été un enfant esclave pendant plusieurs années. J’ai été battu à maintes reprises pour un oui ou pour un non. Parfois même par caprice des enfants de mon "maître". Je travaillais durement et j’ai dû subir de nombreuses humiliations. Alors que j’avais été un enfant adoré dans ma famille, j’ai dû m’habituer à dormir avec les animaux et à nettoyer la terre où je dormais. Je ne mangeais que les restes dans les plats de mon "maître". Je me levais le premier et me couchais le dernier, après avoir accompli toutes les tâches domestiques. La vie d’un esclave est comme l’enfer, mais il n’y a aucune honte à avoir été un esclave : ce n’est pas un choix. Celui qui devrait avoir honte, c’est celui qui s’est proclamé le "maître". Si quelqu’un doit ressentir de la honte, ce sont les intégristes musulmans du régime de Khartoum et leurs alliés dans le monde musulman. Il est important de ne jamais oublier que les chrétiens africains du Soudan méridional sont victimes de l’islamisme. La guerre contre nous a été et reste conduite au nom du djihad.

Il y a 2 ou 3 millions de réfugiés du Sud-Soudan. Ils sont traités comme des chiens. Ils ne sont pas même considérés comme des citoyens, parce qu’au Soudan la citoyenneté est basée sur la religion et que seuls les musulmans y ont droit. Les Africains "infidèles" de cette nation ne sont pas considérés comme étant de pleins citoyens, bien que presque 90 % de la population soit noire.

C’est le grand défi des djihadistes de Khartoum : Arabes et Soudanais, ils ont voulu imposer une culture arabe dans un pays majoritairement peuplé de Noirs. Ils ont effectué leur travail avec une grande efficacité grâce aaux armes fournies par leurs amis dans le monde arabe. Quand ils commenttaient leur génocide contre nous dans le Sud, le monde a simplement regardé ailleurs. Quand des millions de Noirs africains étaient abattus et des centaines de milliers d’enfants soudanais étaient asservis, le monde était indifférent. Même l’ONU a tourné le dos. Maintenant, c’est au tour du Darfour. Certains observent, mais la plupart sont habitués à ne plus regarder...
« Combien de temps le monde laissera les "infidèles" être abattus et asservis au nom du djihad ? »

Mesdames et messieurs, je pose cette question en tant que vicitme de l’esclavage au Soudan : combien de temps le meurtre, l’esclavage, la persécution religieuse, le viol systématique, la famine imposée et "le nettoyage ethnique et religieux" vont-ils continuer ? Quand ceux qui ont le pouvoir d’agir et d’arrêter ces crimes vont-ils le faire ?

Je le demande pour mes compagnons chrétiens et animistes du Sud Soudan. Ma voix est leur voix. Combien de temps le monde laissera les "infidèles" être abattus et asservis au nom du djihad ? Combien de temps le monde se taira pour ne pas offenser les meurtriers et les défenseurs de l’esclavage ? »

Témoignage receuilli par Caroline Fourest - initialement paru dans Charlie Hebdo le 1er juin 2005

Post-Scriptum

LE DJIHAD MODÉRÉ

Encadré par la Libye, l’Egypte et l’Ethiopie, le Soudan est le plus vaste pays d’Afrique. Indépendant depuis 1956, après avoir été un condominium anglo-égyptien, il a connu plusieurs coups d’État.

En 1983, un régime arabe, prônant le retour à la charia, déclenche la guerre civile contre les tribus noires animistes et chrétiennes du sud, qui refusent de se soumettre à la charia.

En 1989, un coup d’État des Frères musulmans permet au général Umar Hasan al-Bachir d’instaurer une dictature islamiste et militaire.

Son éminence grise (aujourd’hui plus ou moins en disgrâce), Hassan al-Tourabi, a fait ses études en France. Au milieu des années 1990, au sommet de sa puissance, il déclarait : « Tariq Ramadan, c’est l’avenir de l’islam ! » Au même moment, de retour d’un voyage au Soudan, le prédicateur suisse lui renvoyait l’ascenseur et rassurait la presse française : « Tourabi est un modéré. »

Depuis, Ramadan tente de faire oublier cette approbation du régime de Khartoum en clamant qu’il a toujours été critique envers le manque de liberté accordé à la presse soudanaise... C.F.
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Arrêter les massacres au Darfour ! (posté par aberdam le 22.05.2006)
COMMUNIQUE DE PRESSE du COLLECTIF URGENCE DARFOUR

Arrêter les massacres au Darfour !

Le Collectif Urgence Darfour s'élève contre l'inaction du Conseil de sécurité de l'ONU face au drame des populations du Darfour.

En trois ans :

- 300 000 habitants de Darfour, sont morts, tous membres des ethnies noires de cultivateurs.

- plus de 2 millions de personnes ont été chassées de leurs terres et 80 % des villages on été détruits.

Ces attaques se sont mêmes étendues au Tchad où sont réfugiés plus de 220 000 habitants du Darfour.

Dans les camps et les villages, les milices Janjawid appuyées par les forces soudanaises poursuivent attaques contre les civils, viols et assassinats. Des centaines de milliers de personnes restent sans nourriture, sans eau et sans protection.

Il s'agit de crimes contre l'humanité, il s'agit de l'épuration ethnique des tribus africaines "non arabes" du Darfour, il s'agit d'un génocide dont on tait le nom !

La force de 7000 hommes de l'Union Africaine, très insuffisante dans ce territoire grand comme la France, se heurte à l'obstruction systématique du gouvernement soudanais. Sous la pression, l'Union Africaine recule et soumet l'arrivée des casques bleus à l'autorisation soudanaise.

L'ONU constate la gravité de la crise mais reste paralysée.

En dépit de l'appel lancé par "Human Rights Watch" et 14 organisations arabes de défense des droits de l'homme, le Sommet de la Ligue Arabe vient de s'aligner sur le gouvernement de Khartoum pour refuser toute intervention de l'ONU.

La prévention du génocide est de la responsabilité de la communauté internationale !

A quelques jours des commémorations du génocide des Tutsis du Rwanda, nous refusons d'être complices de la destruction des populations noires du Darfour.

Le collectif Urgence Darfour France exige :

- le renfort des troupes de l'Union Africaine par les casques bleus de l'ONU

- le désarmement des Janjawid et l'arrêt immédiat des exactions, crimes et massacres racistes

- l'arrestation et le jugement des responsables des crimes de guerre et crimes contre l'humanité

- la liberté d'accès des humanitaires et journalistes.

Paris, le 4 avril 2006
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Dossier rwandais & Pierre Péan (posté par aberdam le 22.05.2006)
International : Un juge rouvre le dossier français au Rwanda

Patrick de Saint-Exupéry

Le Figaro [23 novembre 2005]

LA BOÎTE DE PANDORE rwandaise va-t-elle se rouvrir ? Ou, au contraire, se refermer sous la pression de ceux qui voudraient que l'on n'y regarde guère ? La réponse repose, en grande partie, entre les mains de Brigitte Raynaud. La juge d'instruction au Tribunal des armées de Paris (TAP) a été saisie le 16 février d'une plainte contre X pour «complicité de génocide et/ou complicité de crime contre l'humanité» portée par six rescapés rwandais qui mettent en cause le rôle de l'armée française durant l'opération «Turquoise». Cette opération «militaro-humanitaire», voulue par François Mitterrand, fut lancée en juin 1994, trois mois après le début du génocide des Tutsis du Rwanda.

Arrivée lundi à Kigali, Brigitte Raynaud a commencé dès hier l'audition des premiers plaignants. Son déplacement, motivé par le refus du procureur d'ouvrir une information judiciaire tant que la plainte n'était pas plus étayée, a déjà été l'occasion d'un premier affrontement feutré. Dans un courrier, le ministère de la Défense a tenu à attirer «l'attention» de la juge sur le fait que Paris ne disposait pas au Rwanda de «moyens de protection». A cet
avertissement était jointe une note blanche des services de renseignements militaires jugeant «inopportun» un éventuel déplacement compte tenu de possibles «menaces».

«Affaire hors norme»

Pour lever l'obstruction venue de la Rue Saint-Dominique, il fallut que le Quai d'Orsay intervienne et l'ambassadeur de France au Rwanda, Dominique Decherf, accepta de donner sa garantie personnelle quant au manque de fondement des «menaces» alléguées. Au rappel de cet épisode, Brigitte Raynaud, qui se refuse à toute déclaration, se contentait hier de répliquer sur le ton de l'ironie : «J'ai une grande habitude des voyages.»

Pour l'avocat des plaignants, Me Antoine Comte, également présent à Kigali, un premier obstacle a simplement été levé : «Il s'agit d'une affaire hors norme, assure-t-il. C'est la première fois qu'une plainte pour «complicité» sur des événements aussi graves et visant une opération extérieure est portée au Tribunal des armées de Paris. C'est aussi la première fois qu'un juge d'instruction se déplace dans un cadre très restreint voulu par le parquet, mais qui va, à mon avis, révéler toute la justesse de la plainte et l'étendue du préjudice.» Pour le défenseur des parties civiles, la première journée d'audition a été décisive : «Le transport du juge à Kigali, affirme Me Comte, lui a donné la mesure de ce qui s'est passé à compter d'avril 1994 et aussi de l'implication des militaires français depuis 1990 dans les affaires rwandaises.»

Paradoxalement, les auditions se déroulent - pour des questions de procédure - dans les locaux mêmes de l'ambassade de France au Rwanda. Un lieu chargé de mémoire comme le souligna en avril 2005 l'ambassadeur de France à Kigali qui, inaugurant une plaque commémorative en mémoire des employés rwandais tués lors du génocide, réaffirma dans un discours approuvé par Paris la nécessité d'identifier «nos dysfonctionnements, nos erreurs, nos faiblesses, nos insuffisances».

Une présence à la limite de l'engagement direct

La plainte déposée par les six parties civiles vise tant l'opération «Turquoise» que les années antérieures, années durant lesquelles «la présence française est à la limite de l'engagement direct», constatera la mission d'information sur le Rwanda de l'Assemblée nationale. Elle n'épargne pas pour autant les
responsables au plus haut niveau de l'Etat français. Une note datant du 28 avril 1994 émanant du conseiller à l'Elysée Bruno Delaye et destinée à François Mitterrand est ainsi citée. Tout comme une autre note du général Quesnot, alors chef de l'état-major particulier (EMP) du président de la République. Celle-ci date du 6 mai, soit un mois après le début du génocide. Après un point de situation, le général Quesnot livre son analyse : un «Tutsiland», écrit-il, est en passe de se constituer «avec l'aide anglo-saxonne et la complicité objective de nos faux intellectuels, remarquables relais d'un lobby tutsi auquel est également sensible une partie de notre appareil d'Etat... Est-ce vraiment ce que nous voulons ?»
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Péan, un libelle sur le Rwanda

La bibliothèque des essais

Patrick de Saint-Exupéry

Le Figaro [07 décembre 2005]

En quelque 500 pages, Pierre Péan entend démonter dans Noires fureurs, blancs menteurs, un ouvrage consacré à la tragédie traversée par le Rwanda en 1994, les deux points nodaux de ce qui serait, selon lui, une immense «manipulation». L'histoire, affirme-t-il, aurait été «truquée». Le voici donc lancé à l'assaut de la question du génocide des Tutsis du Rwanda. A le lire, l'auteur cherche visiblement à établir que rien n'est simple, ce que nul ne conteste. Partant de ce postulat, Pierre Péan parcourt un chemin bien périlleux puisqu'il l'amène à formuler des propos outranciers.

L'ancien chef de la rébellion, Paul Kagamé, aujourd'hui président du Rwanda, serait ainsi « un Führer (...) devenu directeur de Yad Vachem, le musée de la Shoah ». Quant aux Tutsis,victimes de ce génocide, les voici campés au rang d'une «race» dont un trait de caractère serait l'immémoriale «culture du mensonge» et dont l'objectif «final» serait de réduire au rang «d'Untermenschen» (sous-hommes) une communauté hutue, touchée elle aussi par latragédie de 1994.

Ces principes posés, Pierre Péan poursuit son chemin pour en arriver à la question du rôle de la France, un rôle contesté et discuté puisqu'il fut objet de nombreuses enquêtes et d'une mission d'information (qui dura plusieurs mois) de l'Assemblée nationale.

Au terme d'innombrables philippiques, Péan assure démonter tout cela de manière définitive. Il n'y aurait là que faux procès et malsaines insinuations alimentés par une cinquième colonne entrée sous influence d'un «lobby tutsi» qui aurait su diriger ses «très belles femmes» vers «les lits appropriés». Voilà le complot.

Arrivé à ce point, le lecteur est saisi. Mais Péan enchaîne. Dans ce qui ressemble à un dérapage incontrôlé, il fait feu de tout bois : Juifs, francs-maçons belges, protestants français seraient ligués dans ce complot et bénéficieraient de l'appui de journalistes (dont l'auteur de ces lignes, accusé de s'être «prêté à une grave manipulation»), organisations humanitaires et défenseurs des droits de l'homme, tous ralliés, tous aveugles. Que dire alors ? Se taire, juste se taire. Le laisser, seul, assumer ses propos.

Noires fureurs, blancs menteurs, de Pierre Péan, Mille et une nuits, 550 pages, 22 ?
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Appel de l'ONU en faveur du Darfour (posté par aberdam le 10.04.2006)
SOUDAN

Appel de l'ONU en faveur du Darfour

NOUVELOBS.COM | 06.04.06 | 08:53

Les Nations unies appellent la communauté internationale à faire "pression" sur le Soudan pour qu'il laisse les ONG "travailler librement" au Darfour.

Quelques jours après l'ordre des autorités soudanaises, donné à une ONG norvégienne, de cesser toutes ses activités au Darfour, notamment dans le plus grand camp de réfugiés de la région, le
secrétaire général adjoint des Nations unies chargé des Affaires humanitaires, Jan Egeland, a appelé mercredi 5 avril la communauté internationale à faire "pression" sur le Soudan pour qu'il laisse les ONG "travailler librement".

"Nous ne pouvons pas tenir tête à des gouvernements qui nous chassent ou qui attaquent des civils dont nous nous occupons", a déclaré à Paris Jan Egeland, qui avait accusé la veille les autorités soudanaises de l'empêcher de se rendre au Darfour (ouest du Soudan).

"C'est pourquoi nous avons besoin d'un soutien politique plus fort des dirigeants du monde et de davantage de pression (sur le Soudan) de la part des pays africains, arabes, européens, nord - américains, asiatiques", a-t-il ajouté lors d'un entretien au téléphone.

L'ONG norvégienne Conseil national pour les Réfugiés (NRC) "est en train de partir du Darfour au moment où je vous parle", a dit Jan Egeland, en soulignant que "tout le monde doit maintenant comprendre que l'heure de vérité a sonné pour le Darfour".

Des responsables soudanais ont signifié à des représentants du NRC l'ordre de mettre fin immédiatement à toutes les activités de l'ONG dans la région déchirée par une guerre civile depuis trois ans.

Outre la gestion du camp Kalma, le NRC assurait localement la distribution de nourriture auprès d'environ 50.000 personnes déplacées et fournissait un enseignement à 16.000 enfants.

Défendre le libre accès des ONG

Pour Jan Egeland, "ce qui est désormais en jeu, c'est le libre accès des organisations humanitaires aux populations en zone de conflit conformément au droit humanitaire" international.

"Nous voyons de plus en plus de signes (montrant) que nos partenaires sur le terrain ne sont pas en mesure de travailler librement pour les déplacés et la population civile", a souligné Jan
Egeland, en précisant que NRC avait sous sa responsabilité "une opération de grande envergure".

Jan Egeland, qui a participé mercredi à Paris à une réunion des ministres du Développement des pays donateurs de l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE, 30 pays parmi les plus riches), les a appelés à respecter leurs engagements concernant l'aide au Darfour.

"J'ai rappelé que nous avions bénéficié d'une aide suffisante au Soudan l'année dernière : elle n'est pas suffisante cette année", a-t-il dit.

Déjà 300.000 morts

Jan Egeland, qui s'était vu refuser lundi l'accès à Khartoum et au Darfour par les autorités soudanaises, est attendu au Kenya jeudi où il lancera un appel pour les pays d'Afrique de l'Est frappés par la sécheresse.

La guerre au Darfour, qui a commencé il y a trois ans, oppose des milices appuyées par les forces de Khartoum à des rebelles qui demandent une distribution plus équitable des richesses. Ce conflit, qui s'accompagne d'une grave crise humanitaire, a fait près de 300.000 morts et 2,4 millions de déplacés et réfugiés, selon des estimations internationales.

Adoption d'un projet de loi aux USA

La Chambre des représentants américaine a adopté mercredi 5 avril un projet de loi demandant à l'administration Bush de nommer un envoyé spécial pour le Soudan et le Darfour, de soutenir l'intervention des forces de l'Union africaine (UA), en lui permettant d'imposer des sanctions. Dans ce texte adopté à une écrasante majorité de 416 voix contre 3, la Chambre estime que "la communauté internationale, y compris l'Onu, l'Otan, l'Union européenne et les Etats-Unis doivent
mobiliser immédiatement assez de ressources politiques, militaires et financières pour appuyer l'expansion de la mission de l'UA" visant à enrayer le "génocide" au Darfour. Le texte demande
également de supprimer toute aide américaine aux pays violant l'embargo sur les armes à destination du Soudan, et renforce le régime de sanctions déjà en place. Le Congrès est déjà intervenu à plusieurs reprises en faveur du Soudan ces derniers mois, et la Chambre avait décidé il y a trois semaines d'augmenter de 50 millions de dollars les fonds de soutien aux opérations de maintien de la paix au Darfour.

Le Sénat a pour sa part plaidé dans une résolution adoptée il y a un mois pour l'envoi de troupes de l'Otan au Darfour.

© Le Nouvel Observateur
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une manipulation des «Frères musulmans » (posté par aberdam le 03.02.2006)
Islam/caricatures de Mahomet : une manipulation des «Frères musulmans »

European Strategic intelligence and Security Center - www.esisc.org
2 Février 2006

Certains observateurs et analystes s'interrogent sur le laps de temps qui s'est écoulé entre la publication des caricatures litigieuses par un quotidien danois, le 30 septembre dernier et le déclenchement de la crise qui se développe aujourd'hui et qui tend à se mondialiser.

Il serait certes excessif de dire que cette publication n'avait provoqué aucune réaction. Le 14 octobre, 5 000 musulmans en colère avaient manifesté (pacifiquement) à Copenhague et, deux semaines plus tard, les pays musulmans avaient commencé à protester. D'abord l'Egypte (le 2 novembre) puis l'ensemble des pays membres de la Conférence Islamique, quelques jours plus tard. Puis, les choses s'étaient calmées. D'après nos renseignements, ce calme n'était qu'apparent.

Ces quelques semaines de répit ont, en effet, été utilisées par l'organisation des Frères musulmans afin de mobiliser leurs réseaux partout dans le monde et d'organiser la protestation mondiale qui a éclaté il y a quelques jours et qui a « forcé » nombre de pays musulmans, y compris très modérés à s'en prendre au Danemark et à la Norvège puis à l'Europe. La crise est aujourd'hui ouverte et de grande ampleur, et c'est exactement ce que souhaitaient les « Frères » : ils font ainsi d'une pierre plusieurs coups.

En Europe ils veulent,entre autres, faire progresser le dossier de la loi contre le blasphème qui a été évoquée à plusieurs reprises l'année dernière, mais aussi et surtout asseoir leur position en pénétrant mieux les organisations musulmanes traditionnelles. De plus, en utilisant la rue pour faire pression sur les gouvernements arabo-musulmans et les forcer à réagir, ils creusent davantage le clivage existant entre Orient et Occident ce qui ne peut que servir leur desseins.
Dans ce contexte, la crise devrait continuer à s'aggraver dans les jours à venir et des « dérapages » de type terroristes (comme on en a connu à l'époque de l'affaire des versets sataniques avec l'assassinat de traducteurs ou d'éditeurs) ou, plus récemment avec l'assassinat de Théo Van Gogh sont à craindre.

Pour les Frères Musulmans qui visent à installer en Europe un modèle communautariste de séparation, c'est tout bénéfice et cela correspond à un plan conçu de longue date : déjà, en novembre 2001, en perquisitionnant la villa du financier Youssef Nada, qui a reconnu depuis avoir été l'un des principaux responsables des « Frères Musulmans » en Europe, la police suisse avait découvert des documents qui en disaient long sur les techniques d'entrisme et de noyautage
de l'organisation qui ne vise qu'à radicaliser davantage encore les secteurs « sensibles » de l'immigration, en particulier la jeunesse et les étudiants.
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L'assassin de Theo Van Gogh justifie l'usage de la (posté par aberdam le 03.02.2006)
L'assassin de Theo Van Gogh justifie l'usage de la violence

2 février 2006

Berne (ats) - Mohammed Bouyeri, l'assassin du cinéaste Theo Van Gogh et accusé d'être un des leaders du groupe terroriste Hofstad, a
prononcé son plaidoyer. Il a évoqué le Coran et la théologie pour tenter de justifier l'usage de la violence par les Musulmans.

"Est-ce que le Prophète était un pacifiste ? Celui qui croit cela est un ignorant ou un menteur. Il a utilisé la violence et l'a prêchée", a déclaré l'accusé.

"La question est de savoir s'il y avait un traité" impliquant la paix entre les Musulmans et leurs voisins. Citant des textes religieux, il a affirmé "qu'il faut combattre les chefs de ceux qui ont violé le traité" en insultant l'Islam.

Mohammed Bouyeri, 27 ans, est accusé, avec treize autres suspects, de participation à une organisation criminelle, le groupe islamiste Hofstad, ayant des objectifs terroristes. Il y occupait des fonctions dirigeantes, selon le procureur.

En marge de l'audience, l'islamologue de l'Université d'Amsterdam Ruud Peters a estimé que Mohammed Bouyeri voulait "probablement
indiquer que le contrat entre lui et la société néerlandaise était rompu, justifiant l'exercice de la terreur". Le tribunal avait appelé cet expert comme témoin pour commenter les questions religieuses soulevées lors du procès.

"Il connaît bien le Coran, mais il reste très superficiel en théologie. Il ne connaît pas les citations par coeur et les lit en donnant les références des ouvrages, datés, qui proviennent probablement de la bibliothèque de la prison", a expliqué l'islamologue.

Mohammed Bouyeri a entamé son plaidoyer en reprochant au procureur de lui faire trop d'honneur en le comparant à Oussama ben Laden. Il
s'est livré, en arabe, à une profession de foi de plusieurs minutes, où il a évoqué "Dieu tout puissant (...) qui frappera les infidèles de sa punition".

L'accusation a requis de 15 mois à 20 ans de prison contre les membres présumés du groupe. Dans le cas de Mohammed Bouyeri, qui a
déjà été condamné à la prison à vie en juillet 2005 pour le meurtre de Theo Van Gogh, il n'a requis qu'une reconnaissance de sa
culpabilité (donc sans peine assortie) pour illustrer son rôle au sein du groupe.

La loi ne permet pas de requérir une peine supplémentaire. Le jugement devrait être rendu le 10 mars.

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Plusieurs journaux européens publient les caricatu (posté par aberdam le 03.02.2006)
Plusieurs journaux européens publient les caricatures de Mahomet

PARIS, 1 fév 2006 (AFP) - Plusieurs journaux européens ont décidé de publier à leur tour, au nom de la liberté de la presse, les caricatures de Mahomet, qui valent déjà au journal danois Jyllands-Posten les foudres du monde musulman.

En France, le quotidien populaire France Soir est pour le moment le seul à publier mercredi les 12 caricatures du prophète avec en titre de "Une": "Oui, on a le droit de caricaturer Dieu".

L'éditorial précise qu'"il n'y a dans les dessins incriminés aucune intention raciste, aucune volonté de dénigrement d'une communauté en tant que telle".

En Espagne, le quotidien national ABC (droite) et le quotidien catalan El Periodico (gauche) ont reproduit les dessins satiriques.

El Periodico assortit la publication d'un commentaire: "Il est logique que les caricatures irritent certains musulmans. Mais il n'est pas logique que, au nom d'une lecture littérale et inhumaine du Coran, on essaie d'éliminer aussi à l'étranger les critiques ou qu'on menace ceux qui (...) exercent la satire".

La presse britannique n'a pas publié les caricatures.

En Italie, "La Stampa" illustre un article factuel sur le sujet avec un des dessins les plus polémiques, montrant Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe à la mèche allumée. Toutefois, le journal n'invoque pas la liberté d'expression. Il Messaggero se contente d'un article, sans caricature.

En revanche, le quotidien à plus fort tirage d'Italie, Il Corriere della Sera, a publié deux dessins lundi, dont celui du prophète accueillant des kamikazes au paradis en déplorant une rupture de stock des jeunes vierges.

Ils sont assortis d'une longue chronique de Magdi Allam, éditorialiste musulman, qui juge les caricatures "certainement discutables", mais n'en défend pas moins la liberté d'expression. "Qu'attend l'Occident pour intervenir? Adoptera-t-il la politique de l'autruche jusqu'à ce qu'un autre Theo van Gogh soit assassiné (NDLR: cinéaste néerlandais assassiné en novembre 2004 par un islamiste maroco-néerlandais), à Copenhague ou à Oslo?", demande-t-il.

En Suisse, le quotidien populaire Blick a publié mardi deux des dessins incriminés et La Tribune de Genève compte publier les caricatures dans son édition de jeudi, afin, selon le rédacteur en chef du quotidien, "d'alimenter le débat en montrant l'objet du délit".

"Cette affaire est une illustration du choc entre une culture très sécularisée comme la nôtre et une autre culture où la religion est centrale", explique Dominique von Burg. "On peut comprendre les sentiments des musulmans, mais nous sommes dans un Etat pluraliste, on a le droit de faire ça".

Aux Pays-Bas, De Volkskrant (progressiste), De Telegraaf (populaire), NRC Handelsblad publient un ou plusieurs dessins ou la reproduction de la page incriminée de Jyllands-Posten.

Les autres journaux ont opté pour des photos de manifestants devant les ambassades danoises ou des dessins de leurs propres caricaturistes.

A Prague, le quotidien tchèque Dnes publie une petite reproduction des caricatures pour accompagner un article sur le sujet.

En Hongrie, le sujet est évoqué mais sans illustrations.

En Allemagne, Hendrik Zörner, porte-parole de la Fédération des journalistes allemands (DJV), s'est dit hostile à la publication des caricatures. Le code de déontologie de la presse allemande, a-t-il rappelé, proscrit les articles ou images susceptibles de porter une grave atteinte "aux sentiments religieux ou moraux d'un groupe de personnes".

Le quotidien Die Welt (conservateur) est le seul grand journal à reproduire en "Une" une des caricatures danoises (Mahomet coiffé d'un turban en forme de bombe). Quatre autres dessins sont publiés en pages intérieures.

Dans son éditorial, le journal écrit: "On prendrait les protestations musulmanes plus au sérieux si elles étaient moins hypocrites. Quand la télévision syrienne a diffusé en prime-time des drames documentaires montrant des rabbins en cannibales, les imams se sont tus", écrit Die Welt.
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Caricatures de Mahomet: la crise prend une dimension euro-arabe

02/02/2006 - 17h46

PARIS (Reuters) - La querelle internationale née de la parution dans
la presse de caricatures du prophète Mahomet a pris de l'ampleur, de
nouveaux quotidiens européens reproduisant ces dessins et les
musulmans laissant éclater leur colère.

L'affaire est partie du Danemark, où le quotidien Jyllands-Posten a
publié pour la première fois ces caricatures en septembre. Le
Premier ministre danois, Anders Fogh Rasmussen, estime que l'on est
déjà bien au-delà d'une crise entre Copenhague et le monde musulman
et que les enjeux sont désormais la liberté d'expression en Occident
et les tabous de l'islam, la deuxième religion dans de nombreux pays
européens.

Rasmussen et son ministre des Affaires étrangères Per Stig Moeller
ont convoqué les ambassadeurs en poste à Copenhague à une réunion,
vendredi, pour discuter de la crise.

"Lors de la réunion, le Premier ministre et le ministre des Affaires
étrangères feront le point de l'état des réactions internationales
aux publications des dessins (...), y compris des positions et les
mesures du gouvernement dans cette affaire", a fait savoir le
cabinet du Premier ministre danois.

"Il s'agit d'une affaire d'une importance fondamentale concernant la
façon dont fonctionnent les démocraties", a déclaré Rasmussen au
quotidien danois Politiken.

Dans une autre interview, accordée à la chaîne Al Arabia, il s'est
voulu conciliant: "Nous ne pouvons pas contrôler ce qui est publié
dans les médias. Le gouvernement et la population du Danemark ne
peuvent être tenus responsables de ce qui est publié dans la presse".

"Bien sûr, nous avons tous la responsabilité de ne pas laisser cette
affaire connaître une escalade. Nous avons aussi des responsabilités
envers les sentiments religieux. Nous avons une importante
communauté musulmane au Danemark", a-t-il expliqué.

En France, où le quotidien France Soir est au nombre des journaux
européens qui ont reproduit des caricatures du Jyllands-Posten,
l'ambassadeur du Danemark a rencontré des musulmans français, a
remis une lettre de regrets de Rasmussen, écrite en arabe, et les
excuses du directeur du Jyllands-Posten.

Le grand rabbin de France, Joseph Sitruk, a déclaré partager
l'émotion des musulmans. "La liberté d'expression connaît des
limites qui sont très souvent dépassées", a-t-il dit. Du côté
catholique, l'archevêque de Lyon, le cardinal Philippe Barbarin, a
approuvé la réaction des musulmans qui dénoncent de telles
caricatures.

LOCAUX DE L'UE BRIEVEMENT ENCERCLES A GAZA

En visite en Turquie, le ministre français des Affaires étrangères,
Philippe Douste-Blazy, a défendu la liberté de la presse: "Nous
pensons que le principe de la liberté de la presse, que les
autorités françaises défendent partout dans le monde, ne peut pas
être mis en cause".

"Cependant, il faut que ce principe de liberté s'exerce dans un
esprit de tolérance, de respect des croyances, de respect des
religions qui est à la base même du principe de laïcité en vigueur
dans notre pays", a-t-il nuancé.

Au plan européen, la commissaire aux Relations extérieures, Benita
Ferrero-Waldener, a lancé un appel à la retenue après avoir eu un
entretien jeudi à Bruxelles avec le secrétaire général du CCG
(Conseil de coopération du Golfe), Abdoul-Rahman a