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| Le non-sens d'un boycottage, par David Chemla (posté par aberdam le 20.03.2008) |
| Israël au Salon du livre, le non-sens d'un boycottage, par David Chemla Le Monde, 10 mars 2008 Dans ces colonnes (Le Monde du 28 février), Tariq Ramadan prétend ne pas nier l'existence de l'Etat d'Israël et ne pas appeler à sa destruction. Certes, ce n'est pas la présence d'un stand israélien au Salon du Bourget, où chaque année se pressent acheteurs d'armes de tous pays, y compris arabes, qu'il condamne, mais la présence de l'Etat hébreu, en tant qu'invité d'honneur cette année, celle de ses soixante ans d'existence, au Salon du livre de Paris. Il est vrai que le livre est une arme bien plus redoutable pour garantir la sécurité d'un pays que ses avions et ses tanks. Effectivement, M. Ramadan n'écrit nulle part qu'il condamne l'existence d'Israël. Il se contente de "rappeler les soixante années de colonisation" qui accompagnent son histoire. Si c'est, selon lui, depuis soixante ans et non pas quarante qu'Israël occupe un territoire et colonise un peuple, n'est-ce pas là une remise en question fondamentale de son droit à l'existence ? Sur quel territoire lui reconnaît-il aujourd'hui le droit à exister ? LES MEILLEURS AVOCATS En joignant sa voix à la voix de ceux qui, à Turin, appellent au boycottage d'Israël, ou qui, à Paris, en critiquent la présence au Salon, c'est bien à la culture de ce pays que s'attaque M. Ramadan, contrairement à ce qu'il prétend. Que véhicule en effet un livre, sinon une langue et une identité ? Une langue, d'abord, celle dans laquelle doivent écrire, conformément aux critères de sélection retenus par le Centre national du livre, les écrivains invités à représenter Israël. Contrairement d'ailleurs à ce que prétendent M. Ramadan et ceux qu'il soutient, n'en sont pas exclus des écrivains arabes israéliens, comme l'atteste la présence de Sayed Kashua et de Naim Araidi au sein de cette délégation. Une identité multiple, enfin, à l'image de ce pays, et qui ne se définit en aucun cas comme la négation de l'autre, celle du Palestinien, ce dont témoignent la majorité des écrits des auteurs invités. Et là se situe sans doute le paradoxe étonnant de la position défendue par M. Ramadan : la plupart de ces écrivains se trouvent être les meilleurs avocats de la cause palestinienne au sein de la société israélienne. Beaucoup d'entre eux sont les porte-parole de ceux qui, depuis des années, se battent pour la fin de l'occupation et la création d'un Etat palestinien à côté d'Israël, certains appelant à négocier avec le Hamas pour mettre fin à la tragédie qui ensanglante actuellement les rues de Gaza et de Sdérot. Mais, comme me l'ont souvent dit mes amis palestiniens, il arrive fréquemment que certains défenseurs de la cause palestinienne à l'étranger soient plus maximalistes que ne le sont les Palestiniens eux-mêmes. M. Ramadan ne nie donc pas à Israël le droit à l'existence, il se limite à lui contester le droit à un territoire, le droit à une langue et à une identité ! David Chemla est président de l'association La Paix Maintenant. |
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| Mon boycott français, par Sayed Kashua (posté par aberdam le 20.03.2008) |
| [Sayed Kashua, les Arabes et les Juifs en Israël, l’écriture et le boycott éventuel d’Israël au prochain Salon du Livre à Paris. Sur le mode de l’absurde et de l’ironie, comme souvent chez Kashua.] Ha’aretz, 7 février 2008 http://www.haaretz.com/hasen/spages/952263.html Mon boycott français, par Sayed Kashua Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant Quelque chose a mal tourné. Je n’arrive pas à mettre exactement le doigt dessus, mais j’ai l’absolue certitude que quelque chose ne va pas. Je me sens plus stressé et plus hésitant que jamais. Maintenant, assis devant mon ordinateur pour écrire après avoir remis toujours au lendemain, je suis pris d’angoisse et du sentiment oppressant que je dois faire attention et bien peser mes mots. « Quel est votre public cible ? » est la question qu’on me pose toujours. Là-dessous, il y a l’hypothèse que le public cible influencerait mon style d’écriture. Mais est-ce vrai ? Un écrivain pense-t-il vraiment à son public, à le définir, se le représenter, et alors seulement, s’adresser à lui en conséquence ? D’ailleurs, comment fait-on pour définir un public ? Je n’ai pas fait l’armée, et n’ai jamais eu ni cibles ni objectifs. Ou bien, en ce qui me concerne, les gens qui posent cette question ne font-ils qu’en poser une autre, moins politiquement correcte : « Alors, vous écrivez pour les Arabes ou pour les Juifs ? » Alors, pour qui écris-je ? Le fait que l’hébreu et moi nous soyons mutuellement choisis atteste-t-il automatiquement un certain public cible ? Qu’écrit-on pour les Juifs ? Suis-je censé être le département des relations publiques chargé des affaires de la minorité arabe d’Israël, ou bien me montrer agressif et menaçant, faire honte à mon public cible et modifier sa façon de penser ? Et qu’écrit-on pour les Arabes ? Des condoléances, des mots qui renforceront leur sentiment d’être des victimes, ou des promesses d’un avenir radieux ? Quoi qu’il en soit, je me retrouve ces derniers temps à devoir terminer des tâches trop lourdes, dont je ne suis pas persuadé qu’elles ont quelque choseà voir avec l’écriture. Déjà, cela dépasse le sentiment de persécution que j’éprouve depuis toujours. C’est un fait : ils sont après moi. En ce moment même, alors que j’essaie de choisir soigneusement mes mots, je tente en même temps de faire plaisir aux deux types à lunettes noires qui me surveillent par la fenêtre, et aux deux autres types armés de revolvers qui croient que je ne les ai pas remarqués, cachés derrière la porte de mon studio. Où passe exactement la frontière entre l’écriture et l’opinion politique ? Où est exactement la frontière entre la Palestine et Israël ? Où finit exactement le Palestinien et où commence l’Israélien ? Excusez-moi une seconde, j’ai un appel. Je dois le prendre, c’est un numéro de l’étranger avec plein de zéros. « L’étranger », cela éveille l’espoir, là-bas, loin des frontières floues, il doit y avoir un refuge prometteur pour la liberté de pensée. "Bonjour. Monsieur Kashua ?"* demande la voix lointaine. « Lui-même », réponds-je, empli de joie. La France. J’adore la France. Ils accordent immédiatement le droit de séjour aux artistes, ils ne font aucune difficulté. J’ai vérifié. « Bonjour ». La voix passe à un anglais à fort accent français. « Je voulais vous demander si vous veniez au Salon du Livre de Paris cette année ? » « Bien sûr », répondis-je joyeusement. J’ai été invité pour des lectures et des interviews. C’est pour moi une magnifique occasion de me faire mieux connaître en France, et je voudrais vraiment remercier mon éditeur en France, et le ministère français de la culture » Je me lançai dans un discours, interrompu par une autre question. « Saviez-vous que plusieurs écrivains boycottent le salon parce qu’Israël fait partie des pays invités ? » « Non, je ne savais pas. » Je commençai à transpirer. « Oui », dit le journaliste français. « Et je voulais vous demander : que pensez-vous du boycott ? » « Le boycott est très bien. Pourvu qu’il y ait encore plus de boycotts de l’entité sioniste. En fait, je pense qu’on devrait enfermer tous les écrivains israéliens dans un hôtel, les mettre sous couvre-feu, boucler leurs oeuvres. Mettez-les dans la pire aile de l’hôtel le plus miteux de Paris, empêchez-les de sortir de leur chambre. Et puis, coupez-leur l’électricité. Comme ça, ils auront une petite idée de ce qui se passe à Gaza. » « Mais vous venez, non ? C’est ce que vous avez dit. » « Sûrement pas. Je ne savais pas qu’il y avait un boycott. J’adore le boycott. Demandez à mes enfants. Je fonce dans ces cas-là. Si vous me dites qu’il y a un boycott, je m’associe immédiatement, peu importe sur quoi est le boycott, et si c’est un boycott littéraire, raison de plus. » « Je vois, » dit le Français. « Donc, vous ne pensez pas qu’un événement comme celui-là pourrait représenter une bonne tribune pour parler des problèmes du Moyen-Orient, et que ces rencontres pourraient contribuer à promouvoir la coopération dans la région ? » « Si, si, vous avez absolument raison », dis-je avec un parfait accent français. « Surtout les auteurs et les écrivains des deux peuples, qui peuvent avoir une influence sur leurs citoyens et lecteurs, chez eux. Le dialogue entre écrivains vaut mieux que le dialogue entre politiciens. Bien sûr, là, j’essaie d’être optimiste, mais ces rencontres sont importantes, absolument. » « Attendez, je ne suis pas certain de comprendre. » Je pouvais entendre le Français se gratter la tête. « Alors, vous venez ? » « Bien sûr. » « Mais vous me disiez il y a une minute que le boycott des écrivains était important ? » « Oui. Boycotter ces tarés qui ne font que souffler sur les braises du racisme et du nationalisme dans leur pays. Le Salon du Livre en France est une occasion en or pour les intellectuels éclairés de montrer leur mépris pour l’apartheid israélien. » "Merci, monsieur."* « De rien. » * En français dans le texte. Sayed Kashua fait partie de la jeune génération des écrivains israéliens. Arabe et citoyen israélien, il est journaliste, habite Jérusalem et écrit en hébreu. Derniers livres publiés en français : "Les Arabes dansent aussi" (Belfond) et "Et il y eut un matin" (l’Olivier, février 2006). |
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| Laissons les enfants en paix (posté par aberdam le 20.03.2008) |
| Communiqué de La Paix Maintenant 16 février 2008 Laissons les enfants en paix Après avoir chassé en terre chrétienne (discours de Latran), puis musulmane (discours de Riyad), le Président de la République française chasse maintenant en terre juive (discours lors du dîner annuel organisé par le Crif). C'est logique. A chaque fois, il a exposé sa même vision du rôle des religions, en particulier à l'école. Sur cet aspect des choses, nous ne pouvons que renvoyer à notre communiqué « Le chanoine et la République » (http://www.lapaixmaintenant.org/communique1737). Tout aussi préoccupant : en terminant son allocution lors de ce dîner, le Président de la République a demandé au gouvernement, et plus particulièrement au ministre de l'Éducation nationale, Xavier Darcos, "de faire en sorte que, désormais, chaque année, à partir de la rentrée scolaire 2008, tous les enfants de CM2 se voient confier la mémoire d'un des 11 000 enfants français victimes de la Shoah". Nous joignons notre voix aux nombreuses protestations qui se sont déjà exprimées. En premier lieu, mieux vaudrait, quand on tente d'imposer un devoir de mémoire, disposer de connaissances en histoire : rappelons que ces quelque 11 000 enfants juifs déportés de France n'avaient pas tous la nationalité française, et pour cause (faut-il rappeler les lois anti-juives de Vichy ?). Nous savons aussi que l'histoire et l'émotion font souvent mauvais ménage. Jouer sur le registre de l'émotion, pour ce sujet comme sur d'autres, c'est jouer avec le feu, en particulier à l'école. Enfin, nous pensons que, si la mémoire de tous les enfants victimes de la Shoah, prise dans son ensemble, appartient à l'humanité tout entière, celle de chacun d'entre eux est singulière et n'appartient à personne en particulier. De quel droit propose-t-on de "confier" cette mémoire, et qui plus est, à des enfants de 10 ans ? Les enfants ne sont pas, ne doivent jamais être, des objets qu'on manipule. Ni les morts, ni les vivants. La Paix Maintenant |
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| Le chanoine et la République (posté par aberdam le 23.12.2007) |
| 22 décembre 2007 Le chanoine et la République Communiqué de La Paix Maintenant Jeudi 20 décembre 2007, à Rome, en réponse au discours de l'archevêque qui venait, selon la tradition, de le faire chanoine d’honneur de l'église Saint-Jean de Latran, un Président de la République française « décomplexé » (l’un de ses mots favoris) a livré une vision de la France tout aussi décomplexée. Bien qu’en cette occasion, il s’adresse spécifiquement aux chrétiens, il reprend dans son discours une version communautariste de la France déjà annoncée dans un livre d’entretiens publié le 28 octobre 2006, soit bien avant les élections. En substance : aux chrétiens leurs curés ou pasteurs, aux musulmans leurs imams, aux juifs leurs rabbins, et les Français seront bien gardés. Ce qui donne, dans le discours de Latran : « La désaffection progressive des paroisses rurales, le désert spirituel des banlieues, la disparition des patronages, la pénurie de prêtres n’ont pas rendu les Français plus heureux. C’est une évidence. ») Ah, la disparition des patronages... Voilà donc la cause de nos maux. Chaque passage du discours de M. Sarkozy serait à reprendre. Fort heureusement, les répliques et les analyses ne se sont pas fait attendre. Nous nous en tiendrons ici à un seul point : l’école républicaine. M. Sarkozy a notamment déclaré : « Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, même s’il est important qu’il s’en approche, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance.» La Paix Maintenant tient à rappeler qu’elle est attachée aux valeurs de la République. Et la laïcité est l’une des valeurs principales, comme le rappelaient, il y a peu encore, la Commission présidée par Bernard Stasi et le rapport remis en 2004 au Conseil d’Etat. M. Sarkozy n'hésitant pas à gommer en quelques phrases plus d'un siècle d’histoire de la République, nous lui répondrons par quelques autres phrases, prononcées en 1903 par le radical Ferdinand Buisson (1841-1932), qui fut directeur de l’enseignement primaire, président de la Ligue des droits de l’homme et lauréat, en 1926, du prix Nobel de la paix. C'est lors d'un discours au congrès radical que Ferdinand Buisson (1) prononça ces quelques phrases qu'il est bon de rappeler aujourd'hui. Affirmant qu’« on ne fait pas un républicain comme on fait un catholique », il expliquait : « Pour faire un républicain, il faut prendre l’être humain si petit et si humble qu’il soit […] et lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même, qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite. […] Croire, c’est ce qu’il y a de plus facile, et penser, ce qu’il y a de plus difficile au monde […] il ne s’agit de rien moins que de faire un être libre […]. » (1) M. Sarkozy, dernier extrait ici : « Bien sûr, ceux qui ne croient pas doivent être protégés de toute forme d’intolérance et de prosélytisme. Mais un homme qui croit, c’est un homme qui espère. Et l’intérêt de la République, c’est qu’il y ait beaucoup d’hommes et de femmes qui espèrent.» M. le président de la République, il n’est pas nécessaire d’être croyant pour espérer. Si c'était le cas, nous ne serions pas nombreux, à La Paix Maintenant, à espérer et à lutter pour l’avènement de la paix au Proche-Orient. Un mot encore, Monsieur le Président. Espérer, c’est bien, mais encore faut-il s’entendre sur le contenu de cette espérance. Nous croyons devoir vous rappeler qu’au Proche-Orient, par exemple, l'espérance de nombreux hommes qui croient n'est pas la nôtre. En revanche, de nombreux hommes qui, eux, ne croient pas, partagent avec nous la même espérance. La Paix Maintenant |
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| D'Annapolis à Har Homa. (posté par aberdam le 13.12.2007) |
| [Au moment même où les négociations israélo-palestiniennes devaient débuter, Israël annonce un plan de construction de 300 logements à Har Homa, quartier de Jérusalem Est. Peu conciliable avec les positions affichées à Annapolis.] Ha'aretz, 12 décembre 2007 http://www.haaretz.com/hasen/spages/933625.html D'Annapolis à Har Homa. Editorial de la rédaction Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant La semaine dernière, la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice a exigé de son homologue Tzipi Livni des explications au sujet du plan de construction de 300 appartements dans le quartier de Har Homa, à Jérusalem Est. Rice ne s'est pas contentée de poser la question à Livni, elle s'est hâtée de rendre publique l'opposition de l'administration Bush à ce plan. Les membres de l'administration américaine, en général, s'opposent à tout geste susceptible de nuire aux négociations israélo-palestiniennes en l'occurrence, les colonies. Mais cette fois, Rice a également exprimé sa crainte que les constructions à Har Homa soient un obstacle au processus d'Annapolis. Olmert et Abbas déclarent poursuivre l'objectif de Bush (conclure les négociations et créer un Etat palestinien en une année), mais les pourparlers ne font que commencer, et l'hypothèse d'une conclusion rapide menace de s'écraser sur Har Homa (jeu de mot intraduisible : Har Homa signifie en hébreu « montagne de la muraille », ndt). Israël n'a aucune bonne raison à opposer aux Américains. Une affaire intérieure ? Har Homa est située à l'intérieur d'un territoire sous juridiction municipale de Jérusalem et soumise à la souveraineté israélienne ? Une question de bureaucratie ? Un appel d'offres qui n'avait pas encore été publié ? Ces arguments sont ridicules. Personne au monde ne reconnaît l'annexion par Israël de Jérusalem Est. Il suffit d'examiner les cartes officielles publiées par le secrétariat d'Etat américain et la CIA. Tout ce qui est situé au-delà des lignes du 4 juin 67 constitue un territoire occupé. C'est vrai pour le Golan, c'est vrai aussi des nouveaux quartiers construits par Israël à Jérusalem. La politique unilatérale d'Israël n'est qu'un jeu de faux-semblants qui n'oblige personne sinon lui-même, et certainement pas les Etats-Unis, qui se trouve être aussi le seul pays à aider Israël sur les plans militaire et diplomatique. Israël ne peut pas non plus s'appuyer sur la lettre adressée par Bush en avril 2004 à Ariel Sharon, dans laquelle le président américain affirmait que la situation créée par les colonies dans les territoires palestiniens devait être prise en considération. Cette déclaration de Bush ne constituait pas un engagement à empêcher d'évacuer des colonies, elle n'oblige pas ses successeurs, et d'ailleurs, elle a disparu ostensiblement d'autres documents officiels, dont une lettre quasi identique adressée dans le même temps au roi Abdallah de Jordanie. Dans tous les cas, tout ce qui s'est produit depuis ces derniers trois ans et demi n'est pas concerné par la déclaration de Bush. Il n'est pas surprenant que cette affaire de Har Homa ait été interprétée comme une provocation, ou au mieux comme une stupidité, car elle intervient à un moment où l'on se trouve au seuil d'une percée diplomatique décisive à laquelle, en apparence du moins, Israël est heureux de participer sans se faire tirer l'oreille. Les trucs habituels (l'extension des limites des colonies, la construction de nouvelles colonies sous le couvert de quartiers de colonies déjà existantes, ou, prétexte favori, la « croissance naturelle ») ne trompent personne. Les festivités d'Annapolis sont terminées. Le test sera dans l'application des accords, beaucoup moins festive. Pour le moment, pas une seule colonie sauvage n'a été évacuée, aucun progrès diplomatique n'a été enregistré, pas même le plus léger, et Israël se met dans la pire des positions : être la cible d'attaques terroristes que les Palestiniens ne tentent pas réellement de stopper, et se mettre tout seul en position défensive sur le plan diplomatique. A ce rythme, et compte tenu de tout ce qui précède, la conférence d'Annapolis ne sera rien de plus qu'une simple note de bas de page. |
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| Les Lieux Saints (posté par aberdam le 11.10.2007) |
| [Ce genre d'information, qui ne peut être qu'un ballon d'essai, doit être prise avec toutes les précautions qui s'imposent] Yediot Aharonot, 8 octobre 2007 La Jordanie gardienne des lieux saints de Jérusalem ? Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant Israël et les Palestiniens se sont mis d¹accord pour que le Mont du Temple, ainsi que d'autres parties de la Vieille Ville de Jérusalem, passent sous contrôle jordanien dans le cadre d'un futur accord de paix, rapporte lundi un quotidien palestinien. Le quotidien londonien al-Quds al-Arabi affirme que le président Mahmoud Abbas et le premier ministre Ehoud Olmert sont parvenus à un accord lors de leur récent entretien à Jérusalem. Les habitants arabes de la Vieille Ville se verraient accorder la nationalité jordanienne. Mais le quotidien ne précise pas si Israël maintiendrait son contrôle sur les lieux saints et les quartiers juifs de la Vieille Ville. Cet accord ferait du royaume hachémite le gardien des lieux saints musulmans de Jérusalem. Selon ce quotidien, les détails du plan et son application seraient supervisés par la Jordanie, Israël, l'Egypte, l'Autorité palestinienne et les Nations unies. Cette information paraît au lendemain des déclarations du vice-premier ministre Haïm Ramon, selon lesquelles Abbas et Olmert discuteront du statut de Jérusalem lors du sommet de novembre organisé par les Etats-Unis. Ramon avait dit qu'il était de l'intérêt d'Israël de remettre le contrôle des quartiers arabes de Jérusalem entre les mains de l'Autorité palestinienne. |
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| La Turquie et le Japon (posté par aberdam le 11.10.2007) |
| [Depuis quelque temps, on assiste à une intense activité diplomatique autour d'une possible reprise du processus de paix. Attirés (alléchés?) par cette perspective et ses retombées potentielles, quelques acteurs dont on ne parle pas beaucoup. Ici, la Turquie et le Japon] Sources : Ha'aretz, Arab News, 16 août 2007 La Turquie et le Japon veulent leur place au chevet de la paix au Proche-Orient Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant 1. La Turquie médiatrice entre Israël et la Syrie (Ha'aretz) ANKARA - Israël ne doit pas considérer la Syrie comme une annexe de l'Iran, car Téhéran et Damas divergent sur les questions régionales, nous ont affirmé cette semaine des diplomates turcs qui tentent de relancer les pourparlers de paix entre la Syrie et Israël. En pleine tension israélo-syrienne, ces sources ont ajouté que la paix avec la Syrie était plus facile à réaliser qu'un accord avec les Palestiniens. Les représentants turcs disent avoir été encouragés par les récentes déclarations, aussi bien du côté syrien qu'israélien, et ont qualifié les récentes déclarations du président syrien Bachar Assad sur les chances de reprise des négociations comme particulièrement positives. Les diplomates turcs notent qu'Assad a évité de réitérer son ancienne exigence de les reprendre là où le dernier round de négociations s'était arrêté. Plusieurs premiers ministres israéliens ont accepté de soumettre à la condition préalable syrienne : un retrait total du Golan conquis en 1967. Ils se sont de plus sentis confortés par la déclaration, mardi, du ministre syrien des affaires étrangères Farouk al-Shara, qui a dit que son pays que ferait pas la guerre pour le Golan. Ils ont souligné les efforts de communication des deux côtés en direction de la paix et leur "rhétorique positive." Concernant les relations complexes entre la Syrie et l'Iran, les représentants turcs ont dit qu'il ne fallait pas considérer le régime d'Assad comme contrôlé par les Iraniens. Ils ont souligné que la Syrie et l'Iran étaient en désaccord sur des questions clés comme le futur Etat palestinien, le Liban et la perspective de pourparlers de paix avec Israël. Les sources turques ont avancé comme preuve le fait que la Syrie avait activement encouragé l'accord de La Mecque signé entre le Fatah et le Hamas en février dernier. Damas avait alors fait pression sur Ismaïl Haniyeh, le premier ministre Hamas d'alors, pour qu'il signe le document en dépit de l'opposition de l'Iran. L'hypothèse de travail des médiateurs turcs est que la perspective d'une reprise des négociations entre la Syrie et Israël est plus réaliste qu'un accord définitif entre Israël et les Palestiniens. Le ministère turc des affaires étrangères considère la question comme un problème tridimensionnel, chaque dimension ayant ses propres difficultés : le problème des frontières israélo-palestiniennes est un régional et multinational ; celui des réfugiés et du droit au retour est perçu par les Turcs comme étant à la fois une question nationale et arabe ; enfin, ils considèrent la question des lieux saints et celui de leur souveraineté comme un problème religieux. Les Turcs considèrent donc le conflit israélo-syrien comme beaucoup plus facilement soluble, car il ne s'agit que d'une simple question territoriale : le contrôle du plateau du Golan. En conséquence, la Turquie est opposée à la politique du "containment" imposée par les Américains contre la Syrie, le régime du Hamas à Gaza et l'Iran. Pour Ankara, le fait de lier ces trois régimes en un seul axe pourrait créer un front unifié contre les intérêts des modérés et pousser la Syrie et le Hamas à renforcer leurs relations avec l'Iran. Les diplomates turcs pensent que le conflit interne palestinien entre le Hamas et le Fatah ne peut pas encore être résolu. Toutefois, ils reconnaissent que le président Abbas ne peut pas offrir à Israël de solutions viables sans d'abord s'assurer du soutien du Hamas. C'est pourquoi la Turquie a décidé de maintenir ses relations avec le Hamas, contrairement à la position israélienne et américaine. "Les Etats-Unis pourraient finir par se rendre compte que la position turque est la bonne, de même qu'ils sont parvenus à la conclusion qu'il fallait nouer le dialogue avec l'Iran sur l'Irak", a déclaré un représentant turc. 2/ Le Japon veut jouer un rôle économique dans la perspective d'une paix future (Arab News) Le Japon a repris hier son aide directe aux Palestiniens quand le ministre japonais des affaires étrangères Taro Aso a signé un accord d'aide d'un montant de plusieurs millions de $ en faveur du gouvernement palestinien soutenu par l'Occident. Aso a signé cet accord à Ramallah avec le premier ministre palestinien Salam Fayyad au cours d'une tournée dans la région, dont Tokyo affirme qu'elle est destinée à promouvoir la paix par des moyens économiques. "Par cet accord, le Japon fournit à l'Autorité palestinienne une aide de 11,3 millions de $, affectés à son budget général, à un soutien à une projet agricole et à d'autres secteurs économiques", a déclaré un haut représentant palestinien. Le Japon, l'un des pays donateurs majeurs au Proche-Orient, offrira de surcroît une aide humanitaire de 8 millions de $. Le Japon avait suspendu son aide économique directe en 2006, après la formation d'un gouvernement par le Hamas. "Depuis la création de l'Autorité palestinienne (en 1994), le Japon a donné un milliard de $, et aujourd'hui nous le remercions pour cette nouvelle aide de 20 millions de $ », a dit Abbas à Aso. Après Ramallah, Aso a participé à une réunion quadripartite à Jéricho, avec la ministre israélienne des affaires étrangères Tzipi Livni, le ministre jordanien des affaires étrangères Abdoul Ilah Khatib et le négociateur en chef des Palestiniens Saeb Erekat, pour étudier un projet de zone agro-industrielle dans la Vallée du Jourdain, projet soutenu par le Japon. Les parties se sont mises d'accord pour mener des études de faisabilité et d'impact environnemental afin de déterminer le lieu et le mode opératoire de ce projet conjoint entre Israël, la Jordanie et les Palestiniens. "Le Japon, qui a gagné la confiance à la fois des Arabes et des Israéliens, comprend que la seule solution au Proche-Orient est l'établissement d'une paix et d'une coexistence entre les Palestiniens et l'Etat juif", a dit Aso en entamant sa tournée. "Ce projet contribuera à créer des emplois pour les Palestiniens, relancer leur économie, rebâtir la confiance avec les Israéliens et l'amitié entre les parties prenantes du processus de paix. Pour qu'un Etat palestinien soit créé, il faut qu'il soit économiquement viable, et nous proposons cette initiative de 'couloir pour la paix' (la zone agro-industrielle dans la Vallée du Jourdain, ndt) comme un moyen pour parvenir à cette viabilité économique." Au cours de conversations avec Tzipi Livni, Aso a également exhorté Israël à diminuer les restrictions de circulation imposées en Cisjordanie depuis le début de l'Intifada en 2000. "J'ai demandé à ma collègue de poursuivre les efforts de paix, en particulier en réduisant le nombre d'obstacles routiers en Cisjordanie et en démantelant les colonies sauvages", a déclaré Aso. Depuis quelque temps, le Japon tente d'acquérir une plus grande visibilité au Moyen-Orient, à la mesure de ses aspirations à un rôle d¹acteur plus important au niveau mondial. |
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| Une Palestine de PlayStation (posté par aberdam le 11.10.2007) |
| [Oui, il y a des "bruissements de paix" : déclarations diverses et variées, rencontre Abbas-Olmert lundi prochain, une conférence internationale (avec les Saoudiens?) pour cet automne. Mais attention : un optimisme, même raisonné comme celui d'Amos Oz dans son dernier article (http://www.lapaixmaintenant.org/article1660), dans une situation par ailleurs surréaliste où la "bonne" Palestine est largement fantasmée ("de PlayStation"), pourrait être plus que néfaste. Aluf Benn propose un objectif plus modeste, sans d'ailleurs beaucoup d'illusions : le "test du barrage routier"] Ha'aretz, 1er août 2007 Une Palestine de PlayStation, par Aluf Benn Traduction : Gérard pour La Paix Maintenant Bonne nouvelle: quelque chose du processus de paix est en train de mijoter. Pour la première fois depuis sept ans, un premier ministre israélien déclare qu'il y a des Palestiniens à qui parler, à savoir le président Mahmoud Abbas et le premier ministre Salam Fayyad. Le gouvernement israélien prend des initiatives de paix. Ehoud Olmert a convaincu Amos Oz, le maître à penser de la gauche sioniste, qu'il a l'intention de se retirer des territoires. Les deux parties se rencontrent et échangent des gestes de bonne volonté. Tony Blair se promène dans la région. L'administration américaine annonce uneconférence de paix pour cet automne. Mauvaise nouvelle : ces plans et initiatives se fondent sur une réalité fantasmée, et sur la création d'un Etat palestinien imaginaire. Une Palestine de Playstation. L'hypothèse de base est qu'Abbas et Fayyad sont trop faibles et ne pourront pas imposer l'ordre et la sécurité en Cisjordanie. Ou, comme un haut représentant israélien le dit, ils sont agréables et modérés, mais ils tiennent dans leurs mains des stylos et non des armes. La bande de Gaza est tombée entre les mains du Hamas et on ne sait pas quand ni comment elle fera partie de l'Etat-Fatah censé naître en Cisjordanie. Pour Israël, le problème essentiel, ce sont les tirs de Qassam. Israël ne pourra tolérer que sa population et son aéroport soient à portée des roquettes palestiniennes. Récemment, le ministre de la défense Ehoud Barak a dit lors d'une réunion qu'Israël ne pourrait pas renoncer à son contrôle sécuritaire sur la Cisjordanie, au moins jusqu'à temps qu'il obtienne les moyens d'intercepter les roquettes à courte portée. Pareil projet pourrait prendre entre trois et cinq ans. Pour Barak, il n'y a aucun doute : c'est la présence de l'armée sur les collines qui surplombent l'aéroport Ben-Gourion qui empêche qu'on tire sur lui, et non une quelconque retenue de la part d'organisations palestiniennes. Regardons la réalité en face : en l'absence d'une force de sécurité palestinienne efficace et d'un système israélien d'interception de roquettes, il ne peut y avoir de retrait significatif de la Cisjordanie, ni de remise de territoires à un Etat palestinien. Tout retrait symbolique de colonies illégales ou isolées est également improbable. L'armée arguera qu'elle est en pleine préparation en vue d'une guerre possible au Nord, et qu'elle n'a pas de temps à perdre dans des heurts avec les colons. L'état-major fera part de son inquiétude face aux conséquences sur le moral, en particulier celui des officiers religieux, très présents dans les unités-clés combattantes. Les propositions d'évacuations [de colonies] avancées par le vice-premier ministre Haïm Ramon, qui dirige la commission interministérielle chargée des colonies illégales, seront bloquées par son rival Barak, qui y verra une sorte de harcèlement politicien. Dans ces circonstances, le fossé qui sépare le discours diplomatique de la réalité s'élargit. Bien sûr, il vaut mieux parler de paix que s'écharper. Mais cela pourrait susciter des espoirs exagérés du côté palestinien, qui une fois brisés, pourraient de nouveau mener à la reprise du conflit. Olmert comprend cela et tente de combler ce fossé par le moyen d'un accord de principes ratifiable politiquement par les deux parties. Cela permettrait de gagner du temps et d'espérer qu'entre-temps, les choses s'arrangent. Mais il existe une autre manière de traduire les bonnes intentions en changements réels : alléger les restrictions imposées aux Palestiniens de Cisjordanie dans leur liberté de circulation. Il n'y a pas d'aspect plus cruel et plus douloureux que celui-ci, et pas d'obstacle plus important pour la reprise de l'économie palestinienne et l'amélioration de la vie quotidienne. A quoi sert de proposer des rencontres entre hommes d'affaires des deux côtés, comme l'a fait Blair, quand les routes de Cisjordanie sont bloquées? Echanger des cartes de visite avec des collègues israéliens ne servirait pas à grand-chose pour les commerçants et les entrepreneurs de Naplouse et de Hebron, qui veulent surtout se rendre visite entre eux. Le "test du barrage routier" est un bon indicateur du sérieux des intentions israéliennes et de la capacité d'Olmert à modifier la situation existante. Or, pour le moment, il a été mauvais : il y a plus d'un mois, Olmert avait ordonné à l'armée de démanteler des barrages routiers. Sans résultat. Ses instructions se sont perdues dans les arcanes de la bureaucratie militaire, très occupée à son "travail d'état-major". L'armée et le Shin Bet considèrent les barrages comme un outil indispensable pour lutter contre le terrorisme, et ils n'y renonceront pas. Barak, lui, est pour faciliter la vie des Palestiniens, mais il n'a pas encore trouvé le temps de se rendre en visite au commandement du front Centre pour étudier la chose en profondeur. La sombre conclusion qui s'impose est que le partenaire israélien est faible, lui aussi, et qu'en l'absence d'un leadership capable d'imposer sa politique sur le terrain, le processus de paix continuera d'être mené comme un exercice virtuel, dans des conférences diplomatiques et dans des dîners. |
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| "Bienvenue à Riyad" (posté par aberdam le 30.03.2007) |
| [Pour la première fois, l'Arabie saoudite a ouvert officiellement ses portes à un journaliste israélien, qui se trouvait, de surcroît, être une femme! Anecdotique ? Peut-être. Ou peut-être pas. En tout cas, la journaliste raconte. Nous aurons bien sûr l'occasion de revenir sur cet important sommet] Yediot Aharonot, 28 mars 2007 http://www.ynetnews.com/articles/0,7340,L-3382305,00.html "Bienvenue à Riyad" par Orly Azoulay Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant Je me couvre d'un foulard, comme toutes les autres femmes à bord de l'avion qatari qui nous conduit à Riyad. J'hésite en présentant mon passeport. "Vous êtes sur la liste", dit le fonctionnaire saoudien chargé de la presse, qui nous accueille chaleureusement. "Bienvenue au Royaume saoudien." Je marche sur le sol de marbre étincelant, et je n'arrive toujours pas à y croire. De longs jours se sont écoulés et un incident diplomatique a failli se produire avant d'avoir pu, enfin, obtenir l'autorisation d'être le seul journaliste israélien présent au sommet arabe de Riyad. Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, engagé à promouvoir l'initiative de paix saoudienne entre Israël et les pays arabes, voulait envoyer un message fort : il a pensé qu'en emmenant dans le même avion une délégation conjointe comprenant des journalistes arabes et un représentant des médias israéliens, il réussirait, au moins partiellement, à briser la glace. C'est ma seule réussite diplomatique depuis les trois mois que je suis en poste, me dit avec un grand sourire le secrétaire général, alors que nous volons vers Riyad. Il y a beaucoup de choses dont je m'occupe et qui doivent encore mûrir. Dans ce cas-ci, j'ai réussi, et je suis content. Je lui ai répondu que moi aussi. Quand j'ai appris que le secrétaire général de l'ONU prévoyait une visite au Moyen-Orient, j'ai demandé à me joindre à la délégation. Deux jours plus tard, je recevais une réponse positive. "Vous êtes dans l'avion", m'informait son bureau. Avec les autres journalistes [étrangers, ndt], j'ai remis mon passeport pour une demande de visa. Les passeports sont rendus dans les temps, sauf le mien. Ma demande est refusée. Le représentant saoudien aux Nations Unies a fait savoir au secrétaire général que ma présence n'était pas vraiment souhaitée. Le secrétaire général ne baisse pas les bras. Je suis invitée à embarquer, avec l'assurance qu'il tenterait d'exercer une pression sur les Saoudiens pendant le vol, pour que je sois autorisée à entrer. Les Saoudiens ne tardent pas à réagir. Dimanche dernier, alors qu'il se trouve encore à Jérusalem, le secrétaire général appelle le ministre saoudien des affaires étrangères, Saoud Al-Faiçal. Je lui ai demandé de vous permettre d'entrer parce que vous faites partie de la délégation, et que je viens avec plein de journalistes, me dit Ban. Le ministre lui a assuré qu'il y réfléchirait. Warren Hoge du New York Times, lui aussi membre de la délégation, publie un long papier qui décrit ces efforts pour obtenir mon visa. Au cours de sa rencontre avec Ehoud Olmert, Ban lui parle de ses efforts pour me faire venir à Riyad. Il dit qu'il a tout essayé, mais qu'il n'a reçu aucune réponse et qu'il n'est donc pas très optimiste. Quelques heures seulement avant le départ, un email arrive du ministère saoudien, qui annonce que je suis invitée au sommet. Le secrétaire général fait le "V" de la victoire. Mardi après-midi, nous atterrissons à Riyad. La route qui mène au palais des congrès est décorée de tous les drapeaux des pays arabes qui participent au sommet. 4.000 personnes, plus un millier de journalistes sont arrivés en ville, devenue complètement saturée. Le représentant du ministère saoudien de l'information, venu nous chercher en voiture, demande à l'un des journalistes s'il est au courant de quelque chose sur une journaliste israélienne censée arriver. "Elle voulait absolument venir, mais elle n'a pas eu son visa", dit-il. Le journaliste éclate de rire : "Elle a reçu un visa et une invitation du ministre saoudien des affaires étrangères." L'officiel ouvre grand les yeux et demande quand cette journaliste doit arriver et où elle se trouve. "Elle est là, dans votre voiture", dit le journaliste en me montrant du doigt. Si son siège n'avait pas été pourvu d'un dossier, il serait tombé à la renverse. Il me regarde, reste muet un moment, puis me dit : "Bienvenue à Riyad. Bienvenue, vous n'avez rien à craindre, nous veillerons sur vous. Vous êtes notre invitée." Il me montre la liste de journalistes accrédités à la conférence : mon nom et le nom du journal, Yediot Aharonot, figurent bien sur la liste. Pour la première fois, l'Arabie saoudite a officiellement ouvert ses portes à un journaliste israélien. Les Saoudiens accordent une extrême importance à ce sommet, au cours duquel leur initiative de paix doit être réaffirmée. Ils cherchent à devenir des acteurs majeurs au Moyen-Orient, et récemment, ils ont mené des pourparlers secrets avec de hauts représentants du gouvernement israélien (1). Ce mardi, ils ont seulement ouvert un petit peu plus la porte et invité un journaliste israélien à couvrir une conférence qu'ils considèrent comme un événement historique. "C'est bien que vous soyez ici", me dit un important journaliste saoudien, rencontré au centre de presse près du palais des congrès. "Quand le monde arabe aura compris que nous avons un réel désir de faire advenir la paix, cela fera avancer le processus", me dit-il, en ajoutant que le fait que je me trouve là symbolise une ère nouvelle pour beaucoup de monde. "Inch'Allah", lui dis-je. Avant de partir, il me souhaite deux fois "Salam Aleikoum". Malgré l'accueil chaleureux du premier jour à Riyad, mes hôtes m'ont fait comprendre que je devais, au début, faire profil bas. Les mesures de sécurité dans la capitale saoudienne sont sans précédent : la palais des congrès est entouré de blocs de béton, et tout véhicule pénétrant dans le parking, même porteur d'un papillon officiel, doit subir une inspection minutieuse. Car tous ceux qui participent à la conférence n'apprécient pas l'esprit d'ouverture que tentent de montrer les Saoudiens à l'égard du processus de paix, et certains éléments radicaux dans le royaume pourraient essayer de saboter ce processus par un attentat terroriste. Malgré cela, on m'a donné tous les moyens nécessaires pour envoyer mes informations depuis la conférence, et le secrétaire général des Nations Unies Ban a dit que ma présence servirait sans aucun doute à rapprocher Israël et l'Arabie saoudite. Depuis des années, il répète que les ennemis doivent discuter ensemble. Pendant ce voyage, il a prouvé qu'il est prêt à tout faire pour que cela se produise. (1) Voir http://www.lapaixmaintenant.org/article1506 où il est fait état, entre autres, d'une rencontre secrète entre Olmert et l'un des plus proches conseillers du roi Abdallah, le prince Bandar bin Sultan. |
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| Les autres victimes d'une négation (posté par aberdam le 15.12.2006) |
| Point de vue Les autres victimes d'une négation, par Mahmoud Al-Safadi LE MONDE, Edition du 5 décembre 2006 Monsieur le Président, je vous écris à la suite de votre intention annoncée d'organiser une conférence sur l'Holocauste à Téhéran, les 11 et 12 décembre, et j'espère vivement que cette lettre sera portée à votre attention. Permettez-moi tout d'abord de me présenter : Mahmoud Al-Safadi, ancien détenu originaire de Jérusalem occupé. J'ai été libéré il y a moins de trois mois de la prison israélienne où j'étais enfermé depuis dix-huit ans pour avoir appartenu au Front populaire de libération de la Palestine et pris une part active dans la résistance à l'occupation durant la première Intifada. Depuis que vous avez été élu président, j'ai suivi avec un grand intérêt vos déclarations - en particulier celles relatives à l'Holocauste. Je respecte votre opposition aux injonctions américaines et occidentales concernant le programme nucléaire iranien et estime légitime que vous vous plaigniez du double langage que le monde tient à l'égard du développement nucléaire de certains régimes. Mais j'enrage devant l'insistance que vous mettez à affirmer que l'Holocauste n'a jamais eu lieu, et devant vos doutes sur le nombre de juifs qui ont été assassinés dans les camps de concentration et d'extermination, les massacres organisés, les chambres à gaz - niant par là même la signification historique universelle de la période nazie. Permettez-moi de dire, Monsieur le Président, avec tout le respect que je vous dois, que vous avez fait ces déclarations sans vraiment connaître l'industrie de mort nazie. Avoir lu les ouvrages de quelques négationnistes semble vous suffire - un peu comme un homme qui crie au-dessus d'un puits et n'entend rien d'autre que l'écho de sa propre voix. J'estime qu'un homme dans votre position ne devrait pas commettre une erreur aussi énorme, car elle pourrait se retourner contre lui et, pis encore, contre son peuple. Comme vous-même et des millions de personnes dans le monde - parmi lesquelles, malheureusement, d'innombrables Palestiniens et Arabes -, j'étais moi aussi convaincu que les juifs exagéraient et mentaient au sujet de l'Holocauste, et ce en dehors même du fait que le mouvement sioniste et Israël se servent de l'Holocauste pour justifier leur politique, en premier lieu contre mon propre peuple. Ma longue incarcération m'a fourni l'occasion de lire des livres et des articles que notre idéologie et nos normes sociales nous rendent inaccessibles en dehors de la prison. Ces documents procurent une connaissance approfondie de l'histoire du régime nazi et du génocide qu'il a perpétré. Au début des années 1990, en lisant des articles rédigés par les intellectuels palestiniens Edward Saïd et Azmi Bishara, j'ai découvert des faits et des positions qui contredisaient les miennes et celles de nombreux Palestiniens. Leurs écrits ayant suscité ma curiosité et fait naître en moi le besoin d'en savoir plus, je me mis à lire des récits de survivants de l'Holocauste et de l'occupation nazie. Ces témoignages ont été écrits par des gens de diverses nationalités, juifs ou non juifs. Plus j'en apprenais, plus je réalisais que l'Holocauste était bien un fait historique et plus je prenais conscience de la dimension monumentale du crime commis par l'Allemagne nazie contre les juifs, contre d'autres groupes sociaux et nationaux - et contre l'humanité en général. Je découvris que l'Allemagne nazie aspirait à instaurer un "nouvel ordre mondial" dominé par la "pure race aryenne" grâce à l'annihilation physique des "races impures" et à l'asservissement des autres nations. Je découvris que différentes institutions étatiques "normales" - bureaucraties, systèmes judiciaires, autorités sanitaires et éducatives, municipalités, compagnies de chemins et fer et autres - avaient pris part et collaboré à la mise en oeuvre de ce nouvel ordre mondial. D'un point de vue théorique, cet objectif, tout comme les victoires remportées à l'époque par les armées d'occupation nazies, menaçait tout autant l'existence des Arabes et des musulmans. Quel que soit le nombre de victimes - juives et non juives -, le crime est monumental. Toute tentative de le nier prive le négateur de sa propre humanité et le renvoie directement du côté des bourreaux. Quiconque nie le fait que ce désastre humain ait réellement eu lieu ne doit pas s'étonner que d'autres nient les souffrances et les persécutions infligées à son propre peuple par des dirigeants tyranniques ou des occupants étrangers. Posez-vous, je vous prie, la question suivante : les centaines de milliers de témoignages écrits au sujet des camps de la mort, des chambres à gaz, des ghettos et des meurtres de masse commis par l'armée allemande, les dizaines de milliers de travaux de recherche basés sur les documents allemands, les nombreuses séquences filmées - dont certaines l'ont été par des soldats allemands -, toute cette masse de preuves a-t-elle été fabriquée de toutes pièces ? Tout cela se résume-t-il simplement à un complot impérialiste-sioniste ? Les aveux faits par de hauts responsables nazis sur leur rôle personnel dans le projet d'extermination de nations entières ne sont-ils que le fruit de l'imagination de quelque esprit dérangé ? Et tous ces faits héroïques accomplis par les peuples soumis à l'occupation allemande - au premier rang desquels Russes, Polonais et Yougoslaves - ne sont-ils que mensonges et exagérations grossières ? La lutte des Soviétiques contre l'Allemagne nazie ne serait-elle qu'un fantasme ? Les Russes continuent de célébrer leur victoire sur l'Allemagne nazie et de rappeler le souvenir des millions de leurs compatriotes civils et militaires qui ont perdu la vie dans cette lutte. Mentent-ils, eux aussi ? Je vous invite à lire des études historiques et des témoignages sérieux avant de faire vos déclarations publiques. Vous partagez le monde en deux camps : les impérialistes-sionistes, qui ont fabriqué le mythe de l'Holocauste, et les adversaires de l'impérialisme, qui connaissent la vérité et démasquent le complot. Vous pensez peut-être que le fait de nier l'Holocauste vous place à la pointe du monde musulman, et que ce déni constitue un outil valable dans le combat contre l'impérialisme américain et l'hégémonie occidentale. Ce faisant, vous rendez en réalité un bien mauvais service aux luttes populaires de par le monde. Au mieux, vous couvrez de ridicule votre peuple et vous-même aux yeux de forces politiques qui rejettent l'impérialisme mais ne peuvent prendre au sérieux vos conceptions et arguments, du fait que vous niez de façon obsessionnelle l'existence d'une période historique abondamment documentée et étudiée et dont les conséquences se font encore sentir et sont toujours discutées à l'heure actuelle. Au pis, vous découragez et affaiblissez les forces politiques, sociales et intellectuelles qui, en Europe et aux Etats-Unis, rejettent la politique de confrontation et de guerre menée par George Bush, mais se voient contraintes de conclure que, vous aussi, vous mettez le monde en danger par vos déclarations niant le génocide et par votre programme nucléaire. Concernant la lutte de mon peuple pour son indépendance et sa liberté : peut-être considérez-vous la négation de l'Holocauste comme une expression de soutien aux Palestiniens ? Là encore, vous vous trompez. Nous luttons pour notre existence et nos droits, et contre l'injustice historique qui nous a été faite en 1948. Nous n'obtiendrons pas notre victoire et notre indépendance en niant le génocide perpétré contre le peuple juif, même si les forces qui occupent aujourd'hui notre pays et nous en dépossèdent font partie de ce peuple. Traduit de l'anglais par Gilles Berton. Mahmoud Al-Safadi, ex-militant palestinien, a été détenu dix-huit ans en Israël, libéré en 2006. |
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| Vengeance et compassion (posté par aberdam le 28.11.2006) |
| Dans le climat du Proche-Orient, fait de violences, de vengeances ou de représailles, quand des deux côtés, des citoyens ordinaires font preuve de compassion pour l'autre, cela paraît inhabituel. Ode à la compassion et aux "belles âmes", avec l'histoire personnelle de Gershon Baskin en sus Jerusalem Post, 22 novembre 2006 Vengeance et compassion Gershon Baskin * Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant Les familles et les survivants de la tuerie tragique de Beit Hanoun ont déclaré ne pas rechercher la vengeance. Noam Shalit, le père du soldat kidnappé Gilad Shalit, a rendu visite aux familles de Beit Hanoun hospitalisées à Tel-Aviv pour leur faire part de sa sympathie dans leurs souffrances et leurs deuils. Que cette preuve de compassion est inhabituelle ! Que cette émotion est puissante, dans nos sociétés qui en manquent tant ! Quand sommes-nous devenus si insensibles à la souffrance de l'autre ? Notre propre souffrance a-t-elle tant submergé notre coeur que nous ne puissions faire de preuve de compassion pour les autres ? Dans la société israélienne, lorsqu'on évoque la compassion, on parle de "yefeh nefesh" (mot à mot : une belle âme). Cette expression, devenue péjorative, est jetée à la figure de gens divers et variés, de gauche ou pas, pour mettre en doute leurs capacités à raisonner, par ceux qui pensent avoir un meilleure compréhension de la nature humaine et du monde. Le comportement de Noam Shalit et des habitants de Beit Hanoun est si inhabituel dans le paysage politique que nous connaissons, et si inattendu, qu'ils ont été accusés de mollesse ou d'avoir capitulé devant l'ennemi. Cette semaine, je voudrais leur dédier ces mots, pour célébrer la compassion. Hassan al-Qassem a perdu son frère à Beit Hanoun. Sa mère est toujours hospitalisée, dans un état très grave. Je connais Hassan depuis plus de 10 ans. Il dirige toujours la coopérative agricole de Beit Hanoun, l'un des plus gros producteurs de fraises et de fleurs de la bande de Gaza. C'est un agriculteur, un homme d'action, et non de mots. Il a la poignée de main ferme, et sa chaleur se dégage par son regard, car il n'évite pas le votre. Partout où il va, il prend des amis dans sa voiture : il a une bonne nature, il sourit et il travaille dur. Hassan est un homme d'affaires qui travaille pour sa famille et pour sa communauté. Il y a longtemps, il a compris que cela impliquait de travailler avec les Israéliens qui partagent les mêmes intérêts que lui, par la coopération. Ces six dernières années, il a vu ces intérêts piétinés par les tanks israéliens et par les lanceurs islamistes de Qassam. L'année dernière, après le désengagement de Gaza, le passage frontalier de Karni a été fermé pendant plusieurs mois, et les agriculteurs de Beit Hanoun ont perdu une saison entière de dur labeur. Des amis de Hassan, dont moi-même, ont demandé aux autorités israéliennes de réouvrir Karni pour permettre l'exportation de fleurs, en vain. Les Qassam pleuvaient sur Israël depuis Beit Hanoun. Les habitants de Sderot souffraient, et il n'y avait pas de compassion pour ceux de Beit Hanoun. Les paysans de Beit Hanoun ont déraciné leurs champs, pleuré sur leurs pertes, et se sont mis à replanter pour la saison à venir. A leur place, je pense que j'aurais été rempli de haine. Mais les habitants de Beit Hanoun n'ont pas demandé de vengeance (pas plus qu'aujourd'hui), ils ont voulu simplement continuer à vivre, en espérant que leur prochaine récolte parviendrait au bout. J'ai rencontré Noam Shalit peu de temps après l'enlèvement de son fils Gilad. Je ne le connaissais pas alors, et je me suis profondément impliqué dans les tentatives de libération de Gilad, après qu'un Palestinien de Gaza, du Hamas, m'a demandé mon aide, convaincu qu'il était que les habitants de Gaza allaient souffrir après l'enlèvement. Bien qu'ayant parlé depuis plus de 100 fois avec Noam, je ne lui ai jamais dit pourquoi je m'étais si profondément impliqué. Sasson Nouriel, kidnappé et tué par le Hamas dans la région de Ramallah en septembre de l'année dernière, était le cousin de ma femme. Ils avaient le même âge, et ils ont grandi ensemble. Je connaissais même le ravisseur, ou plus exactement, je connaissais son père. Muhammad Salah, le père du jeune homme qui a assassiné le cousin de ma femme, commandait la police de Ramallah. En 1996, j'avais emmené en voyage d'étude en Allemagne un groupe de policiers israéliens et palestiniens. Muhammad Salah faisait partie de l'équipe palestinienne. J'ai passé là-bas 10 jours avec lui. Et son fils a tué le cousin de ma femme. Quand Sasson a été enlevé, je me trouvais à l'étranger. Sa soeur m'a appelé pour voir si, avec mes contacts palestiniens, je ne pouvais pas aider à le retrouver. J'ai demandé à mon collègue Hanna Siniora d'aller à Ramallah et de demander aux gens s'ils avaient entendu parler de quoi que ce soit concernant Sasson. Il est même allé parler à Muhammad Salah. Bien sûr, celui-ci ne savait pas que son propre fils avait enlevé et déjà tué Sasson. Quand on m'a demandé d'aider à la libération de Gilad Shalit, je me suis fait le serment de faire tout ce qui était en mon pouvoir pour que Gilad retourne dans sa famille sain et sauf. Noam Shalit et Hassan al-Qassem sont mes héros. Et ils doivent devenir les héros de nous tous. Malgré leur souffrance personnelle, ils ont su faire preuve de compassion. Ils ont montré la véritable force de l'esprit humain. Ce ne sont pas des naïfs. Ce sont des "yefei nefesh". Ils représentent l'espoir d'un avenir meilleur pour nous tous. * Gershon Baskin est le co-directeur israélien du Israel/Palestine Center for Research and Information. www.ipcri.org |
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| Le bout des ténèbres ? (posté par aberdam le 28.11.2006) |
| "De combien de temps encore, de souffrances et de sang innocent les dirigeants d'Israël et de Palestine auront-ils besoin avant de parvenir là où les deux peuples, le coeur lourd, se trouvent déjà? Le cessez-le-feu, s'il tient, pourrait être la première lumière qui vacille au bout des ténèbres." Yediot Aharonot, 27 novembre 2006 Le bout des ténèbres ? Amos Oz Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant Le cessez-le feu entre les Israéliens et les Palestiniens, s'il dure, est une première étape. Il doit être suivi d'au moins trois autres étapes : la libération de prisonniers, la création d'un nouveau gouvernement palestinien qui n'épouse pas la cause de la destruction d'Israël mais celle de la coexistence, et le commencement de négociations pour aboutir à un accord de paix global israélo-palestinien. Ces trois étapes suivront-ils la première ? Cela dépendra de la premièe : la trêve. Peut-être les Palestiniens auront-ils appris à la dure que le bombardement de villes israéliennes ne fait pas avancer l'indépendance palestinienne. Peut-être les Israéliens auront-ils appris que des opérations militaires d'envergure ne font pas taire les Palestiniens. Actuellement, nous observons des signes qui montrent que le gouvernement du Hamas est dans l'impasse parce qu'il n'a pu apporter aux Palestiniens qu'un siège de la communauté internationale et d'Israël, toujours plus de souffrances et des victimes inutiles. Il y a aussi des signes qui montrent que le gouvernement israélien se rend compte qu'il n'y a pas de solutions unilatérales et qu'il n'y a pas d'autre choix que de tenter de parvenir à un accord. D'importantes forces, celles des fanatiques des deux côtés, continuent à souffler sur les braises et à condamner tout compromis comme du défaitisme et toute négociation comme un signe de faiblesse. Les fanatiques palestiniens aspirent à la poursuite de la "lutte armée" jusqu'à l'élimination de l'Etat d'Israël. Les fanatiques israéliens exigent du gouvernement qu'il réoccupe la bande de Gaza et bannisse pour toujours toute idée d'évacuation des territoires occupés. Une atmosphère de désespoir La spirale du sang entre Israéliens et Palestiniens, et le sentiment qu'il n'y a pas moyen de sortir de cette spirale, ont mené au pessimisme chez les modérés des deux côtés. La faiblesse d'Olmert et de Mahmoud Abas renforce ce désarroi. Une atmosphère de désespoir s'est emparée du camp de la paix. Beaucoup ont le sentiment que les radicaux ont réussi à noyer dans le sang toute chance de parvenir à la paix. Et cette faiblesse, ce sentiment de désarroi, ne font que renforcer encore davantage les extrémistes des deux côtés. Mais, si l'on y pense, il y a à peine quelques années, les partisans de la paix ont rempli les places publiques. Ils ont renversé le gouvernement Shamir, puis le gouvernement Netanyahou, et ils ont permis d'ouvrir une lucarne pour avancer vers la reconnaissance mutuelle entre les deux peuples. Aux dernières élections, il y a à peine quelques mois, des partisans de la paix ont élu un gouvernement de centre gauche qui brandissait l'étendard du retrait unilatéral d'Israël de la plupart des territoires occupés. Mais, après une attaque du Hezbollah contre Israël, ce gouvernement de centre gauche a lancé une opération militaire au Liban, en faisant de ce qui aurait dû être une campagne brève, limitée et justifiée une guerre longue et pénible. Depuis, ce gouvernement a perdu le désir d'avancer vers une paix avec les Palestiniens. En fait, il a perdu tout désir sauf celui de survivre. Les Palestiniens, de leur côté, ont été conduits par le gouvernement d'un Hamas minoritaire vers des horizons de radicalisme et de belligérance, sans aucune volonté de reconnaître le droit d'Israël à l'existence. Des positions analogues ont provoqué le grand désastre palestinien en 1948. Pourtant, ces jours-ci, nous sommes peut-être témoins d'un changement qui émerge des deux côtés. Le sentiment de l'impasse et la crainte du cercle vicieux semblent être partagés. Si le cessez-le-feu prend racine et qu'il est suivi de la libération de prisonniers et de la création d'un gouvernement palestinien pragmatique, nous pourrions être à l'orée d'un nouveau développement. Nous n'avons pas besoin d'une autre conférence internationale, mais plutôt de négociations directes entre les deux parties. Deux capitales à Jérusalem Des négociations sur quoi? Pas sur une nouvelle "convergence", ni sur une nouvelle "hudna" ou une nouvelle "tahadiya", mais bien des pourparlers sur un accord bilatéral global qui résoudrait tous les aspects du conflit israélo-palestinien. De quoi cet accord sera-t-il fait? Ici, de partout, nous trouvons des raisons d'espérer. Nous les trouvons dans le fait que les Israéliens comme les Palestiniens savent, au plus profond de leur coeur, ce que comportera cet accord, et ce qu'il ne comportera pas. Même les opposants des deux côtés à cet accord le savent eux aussi, au plus profond de leur coeur. Même ceux qui, des deux côtés, considèrent cet accord comme une escroquerie et un désastre, même eux savent, au plus profond de leur coeur, que dans cet accord, il y aura deux Etats, Israël et la Palestine, sur la base des frontières de 1967, avec des ajustements mutuellement acceptés. Il y aura deux capitales à Jérusalem. Et il n'y aura pas de "droit au retour", tout comme la plupart des colonies disparaîtront. Les deux peuples savent déjà cela. Ont-ils pour cela la joie au coeur? Certainement pas. Les Israéliens et les Palestiniens danseront-ils dans les rues quand cet accord inévitable sera signé? Certainement pas. Nous parlons d'un compromis fait de douleur et de grincements de dents. Pourtant, la bonne nouvelle, c'est que les deux peuples savent que ce compromis les attend au bout du chemin. De combien de temps encore, de souffrances et de sang innocent les dirigeants d'Israël et de Palestine auront-ils besoin avant de parvenir là où les deux peuples, le coeur lourd, se trouvent déjà? Le cessez-le-feu, s'il tient, pourrait être la première petite lumière qui vacille au bout des ténèbres. |
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| La colonisation : un Etat mafieux (posté par aberdam le 24.11.2006) |
| [hier (mardi), Shalom Arshav a publié un rapport qui montre pour la première fois, chiffres à l'appui, que 40% au moins des terres sur lesquelles sont bâties les colonies, même les plus anciennes, appartiennent à des personnes palestiniennes privées. En attendant de traduire ce rapport, voici la tribune publiée ce jour dans Ha'aretz par Dror Etkes, responsable de l'Observatoire de la colonisation de Shalom Arshav et auteur de ce rapport] Ha'aretz, 22 novembre 2006 La colonisation : un Etat mafieux par Dror Etkes * Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant Les chiffres qu'a publiés hier l'Observatoire de la colonisation de Shalom Arshav (La Paix Maintenant) à propos des terres privées sur lesquelles sont bâties les colonies, montrent une image effrayante du comportement de l'Etat d'Israël dans les territoires. Environ 40% des terres occupées par les colonies sont des terres qui appartiennent à des personnes privées palestiniennes, chiffres de l'Administration civile. Pour le dire plus simplement : pendant des dizaines d'années, Israël a étendu et renforcé l'entreprise de colonisation en dépossédant des propriétaires palestiniens de leurs terres, propriété que même l'Etat d'Israël ne conteste pas. A rapprocher de l'argument, souvent invoqué par les colons ou par les représentants de l'Etat, selon lequel "les colonies sont établies sur des terres d'Etat." (1) Quelles ont été les méthodes utilisées? De 1967 à 1979, l'administration militaire israélienne (connue sous le nom d'Administration civile) en Cisjordanie a fait un usage intensif de la procédure d'"acquisition de terres pour raisons de sécurité" pour s'emparer de milliers d'hectares de terres palestiniennes privées. En pratique, ces terres ont servi à l'extension des colonies. Bien que "l'acquisition de terres pour raisons de sécurité" dans une zone occupée soit permise par le droit international, elle est également limitée dans le temps. La Haute cour de Justice a ainsi rejeté les recours déposés par les propriétaires contre ces acquisitions, en se fondant sur l'argument que les colonies avaient bien une valeur ajoutée en termes de sécurité, étant situées au coeur de zones dont la population est hostile. Ce qui signifie qu'au départ, ces colonies destinées à durer ont été établies sur des terres dont l'acquisition devait être temporaire. Or, à ce jour, des dizaines de colonies doivent leur existence juridique à un rituel absurde : le Commandement central signait une extension du décret d'acquisition des terres sur lesquelles elles sont bâties, tout en déclarant qu'il était convaincu que la terre en question était "nécessaire à la sécurité". Ironie de l'histoire : cette méthode s'est heurtée à un problème à cause du refus des colons de continuer à coopérer avec cette mascarade, au coeur de toutes ces déclarations fournies par l'armée à la Haute cour de Justice. Dans une réponse donnée à la Haute cour par les colons en 1979, alors qu'elle examinait les acquisitions de terres pour la colonie d'Elon Moreh, ce furent les colons eux-mêmes qui refusèrent de reconnaître la nature provisoire de la colonie qu'ils allaient créer, en disant qu'elle n'était pas créée pour des raisons temporaires de sécurité, mais pour répondre à "un ordre divin suprême et moral". La Haute cour n'eut plus d'autre choix que d'annuler ses décisions précédentes et d'ordonner à l'Etat de s'abstenir d'acquérir des terres destinées à accueillir des colonies. Elon Moreh a dû déménager sur un autre site, mais toutes les colonies qui avaient été créées de cette manière demeurent en place jusqu'à ce jour. Suite au cas Elon Moreh, la construction de colonies dans les territoires, qui n'a fait que s'accélérer durant cette période, a opté pour deux techniques parallèles. La première, pseudo-légale, où le gouvernement a déclaré terres d'Etat d'immenses portions de Cisjordanie. De cette manière, sans même que les gouvernements israéliens aient eu à rendre quelque compte que ce soit, ni pour la façon contestable dont ces terres ont été déclarées terres d'Etat, ni pour le fait même que ces terres n'ont été allouées qu'à des Juifs (bien qu'ils fussent et restent une petite minorité au sein de la population de Cisjordanie), l'entreprise de colonisation a pu se renforcer. La deuxième technique utilisée par Israël constitue une étape plus avancée encore du mépris qu'a le gouvernement pour l'état de droit, dont l'application, comme on le pense souvent, est censée être de son ressort : les gouvernements successifs d'Israël ont continué à initier, ou "seulement" à permettre la construction de colonies, de quartiers ou d'avant-postes sur des terres privées sans même prendre la peine de publier des décrets d'acquisition, puisque de toute manière, il était probable que la Haute cour de Justice les annulerait. Comme cela a été mentionné plus haut, tout cela s'est produit alors que l'Administration civile avait une pleine connaissance de ces faits. Celle-ci n'est d'ailleurs pas restée les bras croisés, et à pris soin de documenter ce phénomène et ses dimensions, tout en soulignant avec insolence son droit de les cacher au grand public. Voici ce qu'a écrit à la cour le bureau du procureur du district de Jérusalem pour motiver son refus de communiquer ses informations : "le sujet de cette procédure est très sensible. Il implique, entre autres, des considérations liées à la sécurité de l'Etat d'Israël et à ses relations internationales." S'il est difficile de comprendre de quelles "considérations pour la sécurité" il est question, il est facile en revanche de deviner en quoi les relations internationales d'Israël auraient pu être affectées par ces informations. Malheureusement, il faut en conclure qu'en ce qui concerne sa politique de gestion de la terre, l'Etat d'Israël agit en Cisjordanie comme un Etat mafieux. (1) Le rapport de Shalom Arshav détaille avec précision la notion de "terre d'Etat", héritée du droit ottoman, ainsi que le statut juridique de "terre privée". En attendant sa traduction en français, on peut consulter ce rapport en anglais à : http://www.peacenow.org.il/site/en/peace.asp?pi=61&fld=191&docid=2024 * Dror Etkes est responsable de l'Observatoire de la colonisation de Shalom Arshav. Pour mieux le connaître, lui et son action, voir par exemple "Portrait d'un patriote" : http://www.lapaixmaintenant.org/article467. Pour voir ses articles, taper "Dror Etkes" dans le moteur de recherche de notre site, accessible en bas à gauche dans la page d'accueil : http://www.lapaixmaintenant.org/ |
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| Bombes à sous-munitions (posté par aberdam le 24.11.2006) |
| Ha'aretz, 19 novembre 2006 Enquête de l'armée israélienne sur l'usage de bombes à sous-munitions pendant la guerre du Liban Le chef d'état-major israélien Dan Haloutz est sur le point de nommer un général qui dirigera une enquête sur l'usage de bombes à sous-munitions pendant la guerre du Liban. Haloutz avait ordonné à l'armée d'utiliser ces bombes avec une extrême prudence, et en aucun cas de les tirer sur des zones peuplées. Or, il y a eu des tirs sur des zones peuplées, à l'aide de batteries d'artillerie et de systèmes de lancement multiple de roquettes (MLRS). Le procureur général de l'armée va lui aussi ouvrir une enquête sur cette question, pour déterminer si des officiers ont désobéi de manière flagrante aux ordres de l'état-major, et si le cas relève d'une procédure criminelle. Depuis l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, le 14 août, au moins 22 civils, dont de nombreux enfants, ont été tués par les petites bombes qui n'avaient pas explosé. Une roquette ou un obus peut contenir jusqu'à plusieurs centaines de petites bombes, qui se dispersent et couvrent une surface de plusieurs centaines de mètres, et qui explosent en touchant le sol. D'après le témoignage d'un officier d'un MLRS publié par Ha'aretz (1), Israël a tiré au moins 1.800 bombes à sous-munitions, contenant plus 1,2 million de petites bombes, par des MLRS, capables de tirer jusqu'à 12 roquettes à la seconde. Les Nations Unies estiment que 3 millions de ces petites bombes ont été tirées au Liban pendant la guerre. Selon l'unité de déminage des Nations Unies, il pourrait y avoir au Liban Sud des centaines de milliers de petites bombes n'ayant pas encore explosé, ce qui menace la vie des agriculteurs et les empêche de cultiver leur terre. Selon le témoignage de cet officier, il y a eu un usage intensif de roquettes tirées par des MLRS, malgré le fait qu'elles soient connues pour être très imprécises (leur déviation par rapport à leur cible atteint environ 1.200 m), et un nombre conséquent de ces bombes n'ont pas explosé et sont devenues des mines. Pour ces raisons, la plupart des experts considèrent les bombes à sous-munitions comme des "armes non discriminantes", dont l'usage est interdit dans un environnement civil. D'après l'officier, pour compenser l'imprécision de ces roquettes, l'ordre a été donné d'"inonder" la zone. "Nous ne pouvions pas frapper une cible isolée, et les officiers [supérieurs] le savent très bien", a-t-il déclaré. |
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| Le discours de David Grossman (posté par aberdam le 06.11.2006) |
| Le discours de David Grossman lors de la cérémonie à la mémoire de Rabin mis en ligne le lundi 6 novembre 2006 par David Grossman depuis quelques années, les commémorations de l’assassinat de Rabin étaient consensuelles. Cette année, les proches de Rabin ne l’ont pas voulu ainsi. Ils n’ont pas voulu de politiciens à la tribune. David Grossman, orateur principal, est écrivain, mais son discours a été, lui, très très politique (les intertitres sont ceux de la version d’Ha’aretz en hébreu) http://www.haaretz.com/hasen/spages... Ha’aretz, 5 novembre 2006 Trad. : Gérard Eizenberg pour La Paix Maintenant Tous les ans, la cérémonie à la mémoire d’Itzhak Rabin est un moment où nous faisons une pause, où nous nous souvenons de Rabin, l’homme, le dirigeant, et aussi où nous regardons à l’intérieur de nous-mêmes, où nous regardons la société israélienne, ses dirigeants, l’humeur de la nation, l’état du processus de paix, et aussi notre place en tant qu’individus face aux grands événements de l’Histoire. Cette année, il n’est pas facile de nous regarder nous-mêmes. Il y a eu une guerre, Israël a fait jouer d’énormes muscles militaires, mais cette guerre a justement montré la fragilité d’Israël. Il nous a été démontré que la force militaire dont nous disposons ne peut, au bout du compte, garantir toute seule notre existence. Nous avons surtout découvert qu’Israël connaît une crise plus profonde que nous le craignions, dans presque tous les domaines. Je m’exprime ici ce soir en tant qu’homme pour qui l’amour pour ce pays est difficile et complexe, mais en même temps sans aucune équivoque, et pour qui le pacte qu’il a toujours eu avec avec Israël est devenu, sur le plan personnel, un pacte de sang. Je suis un homme totalement laïque, et malgré cela, la création de l’Etat d’Israël est à mes yeux une sorte de miracle qui nous est arrivé en tant que peuple, un miracle politique, national et humain. Je ne l’oublie jamais, même un instant. Quand bien même de nombreuses choses me révoltent et me dépriment dans la situation que nous vivons, même quand le miracle devient routine et abandon, corruption et cynisme, même quand la réalité paraît une mauvaise parodie de ce miracle, je m’en souviens toujours. Je pars de ce sentiment-là pour vous parler ce soir. "La mort de jeunes gens est un gâchis épouvantable, et elle hurle" “Regarde la terre, car nous l’avons gâchée”, écrivait le poète Shaul Tchernikhovski à Tel-Aviv en 1938. Il voulait dire par là que dans le sol d’Israël, nous déposons sans cesse de jeunes gens dans la fleur de l’âge. La mort de jeunes gens est un gâchis épouvantable, et elle hurle. Mais pas moins terrible est le sentiment que depuis de nombreuses années, l’Etat d’Israël gâche non seulement les vies de ses fils, mais aussi le miracle qu’il a connu : cette occasion immense et rare que lui a donnée l’Histoire, l’occasion de créer ici un Etat juste, éclairé, démocratique, qui respecterait les valeurs juives et universelles. Un Etat qui serait un foyer national et un refuge, et pas seulement un refuge, mais un endroit qui donnerait un sens nouveau à l’existence juive. Un Etat où une partie essentielle de l’identité, de l’éthos juif, serait un rapport de pleine égalité et de respect à l’égard de ses citoyens non-juifs. Et voyez ce qui est arrivé. Ce qui est arrivé à ce pays jeune, audacieux et plein d’enthousiasme, et comment, comme par un processus de vieillissement accéléré, il est passé directement de l’enfance et de l’adolescence au stade du vieillard acariâtre, mou et aigri. Comment est-ce arrivé ? Quand avons-nous perdu même l’espérance d’une une vie différente, meilleure ? Plus encore, comment pouvons-nous continuer à contempler sans réagir, comme hypnotisés, la folie, la vulgarité, la violence et le racisme qui s’emparent de notre maison ? Et je vous pose la question : Comment un peuple aussi créatif et capable de renouvellement que le nôtre, un peuple qui a su à chaque fois se relever de ses cendres, se retrouve-t-il aujourd’hui, alors qu’il dispose d’une aussi grande force militaire, dans un tel état de faiblesse et d’impuissance, victime, mais cette fois victime avant tout de lui-même, de ses angoisses et de son aveuglement ? “En ce moment, Israël n’a pas de roi [1]. Nos dirigeants sont creux” L’un des sentiments les plus terribles qui nous ait taraudés pendant la dernière guerre a été que, ces jours-là, il n’y avait pas de roi en Israël, que nos dirigeants sont creux. Nos dirigeants, militaires et politiques, sont creux. Je ne parle même pas des fautes évidentes commises dans la gestion de cette guerre, de l’abandon de l’arrière, et même pas de la corruption, petite et grande. Je parle du fait que les gens qui dirigent aujourd’hui le pays sont incapables de relier les Israéliens à leur identité. Encore moins à la partie saine, vivante et féconde de cette identité, à ces parties de notre identité, de notre mémoire et de nos valeurs qui nous donneraient l’espoir et la force, qui nous vaccineraient contre l’affaiblissement de la solidarité, de l’amour du pays, qui donneraient un sens quelconque à notre lutte usante et désespérante pour la survie. L’essentiel dont usent les dirigeants d’Israël de ce qui leur reste de pouvoir, ce sont les angoisses et les peurs, la fascination pour la force, les combines et le galvaudage de tout ce qui nous est cher. En ce sens, ce ne sont pas de véritables dirigeants, et sûrement pas les dirigeants d’un pays qui se trouve dans une situation si difficile et qui cherche sa voie. Parfois, il semble que la chambre d’écho de leur pensée, de leur mémoire de l’Histoire, de leur vision, de ce qui les concerne vraiment, ne se trouve que dans l’espace minuscule qui sépare deux titres de journaux ou deux enquêtes commanditées par le procureur de l’Etat. Contemplez ceux qui nous dirigent. Pas tous, bien sûr, mais ceux, trop nombreux, qui parmi eux agissent dans l’affolement, le soupçon et la crainte. Voyez leurs manières d’agir, procédurières et perfides. Combien il est ridicule d’attendre d’eux une sagesse, une vision ou ne serait-ce qu’une idée originale, vraiment créatrice ou audacieuse ! Quand, pour la dernière fois, un Premier ministre a-t-il imaginé ou fait un geste qui aurait pu ouvrir aux Israéliens un horizon nouveau, un avenir meilleur ? Quand, pour la dernière fois, a-t-il pris une initiative sociale, culturelle, ou qui ait trait aux valeurs, et quand n’a-t-il pas seulement réagi avec précipitation à des initiatives prises par d’autres ? Monsieur le Premier ministre, je ne dis pas cela par colère ou par esprit de vengeance. J’ai assez attendu pour ne pas réagir sous l’impulsion de l’instant. Vous ne pourrez pas faire fi de mes paroles sous prétexte qu’un homme n’est pas responsable quand il est sous l’emprise du chagrin. Bien sûr, j’ai du chagrin, mais par-dessus tout, je suis en colère, et j’ai mal : j’ai mal à ce pays, et à ce que vous et vos collègues lui faites subir. Croyez-moi, il m’importe que vous réussissiez, car notre avenir à tous dépend de notre capacité à nous lever et à agir. Itzhak Rabin a pris le chemin de la paix avec les Palestiniens, non par amour pour eux ou pour leur dirigeant. Alors aussi, souvenons-nous en, l’opinion générale était que nous n’avions pas de partenaire et que nous ne pouvions discuter de rien avec eux. Rabin a décidé d’agir, car il avait compris, avec une grande intelligence et bien avant beaucoup d’autres, que la société israélienne ne pourrait continuer à subsister sur le long terme dans une situation de conflit insoluble. Il avait compris que vivre dans un climat de violence, d’occupation, de terreur, d’angoisse et de manque d’espoir exige davantage que ce qu’Israël était capable de supporter. Ceci est aussi valable aujourd’hui, avec encore plus d’acuité. Je vais parler du partenaire que nous avons ou que nous n’avons pas, mais d’abord, regardons en nous-mêmes. “Nous sommes nés dans la guerre et avons été élevés pour elle” Depuis plus de 100 ans, nous vivons dans ce conflit. Nous, les citoyens de ce conflit, sommes nés dans la guerre et avons été élevés pour elle. En un certain sens, on pourrait dire que nous avons été programmés pour elle. Peut-être est-ce la raison pour laquelle nous pensons parfois que cette folie que nous vivons est la seule chose de réelle, la seule vie possible, et que nous n’avons pas le choix, ni même le droit, d’aspirer à une vie meilleure. Par le glaive nous vivrons, par le glaive nous mourrons, et le glaive nous dévorera pour toujours. Peut-être cela explique-t-il l’indifférence avec laquelle nous acceptons l’échec total du processus de paix, échec qui dure depuis des années et fait de plus en plus de victimes. Cela explique peut-être aussi le manque de réaction de la plupart d’entre nous au coup porté à la démocratie causé par la nomination d’Avigdor Lieberman à un poste de ministre important, avec le soutien du Parti travailliste : un pyromane compulsif nommé chef des pompiers de la nation. Et tout cela est en partie la cause de cette dérive rapide d’Israël en direction d’un traitement brutal des pauvres et de ceux qui souffrent. Cette indifférence au sort de ceux qui ont faim, des personnes âgées, des malades et des handicapés, des faibles, cette équanimité de l’Etat d’Israël face au trafic d’êtres humains, ou aux conditions de travail insupportables de ses travailleurs étrangers, qui frisent l’esclavage, au racisme enraciné, institutionnalisé, à l’égard de la minorité arabe. Quand cela se passe chez nous de manière si naturelle, sans provoquer ni choc ni protestation, comme si tout cela était évident, lorsqu’on a le sentiment de ne plus pouvoir inverser le sens dans lequel la roue tourne, quand tout cela se passe, je commence à craindre que même si la paix advenait demain, et même si nous arrivions jamais à revenir à une sorte de normalité, nous ayions perdu toute chance de guérir complètement. "Toute personne sensée en Israël et en Palestine connaît exactement les contours d’une solution possible’ La calamité qui a frappé ma famille et moi-même avec la mort de notre fils Uri ne me donne aucun droit particulier à tenir un discours public, mais je crois que l’expérience de la mort et de la perte apporte avec elle la lucidité, et au moins la faculté de distinguer l’important de ce qui ne l’est pas, ce qui peut être atteint de ce qui ne le peut pas. Toute personne sensée en Israël, et je dirais aussi en Palestine, connaît exactement les contours d’une solution possible au conflit entre nos deux peuples. Toute personne sensée, là-bas comme ici, connaît intimement la différence entre les rêves, les désirs de son coeur, et ce à quoi il est possible de parvenir par la négociation. Quiconque ne le sait pas, refuse de l’admettre, n’est déjà plus un partenaire, qu’il soit juif ou arabe. Il est pris au piège dans un fanatisme hermétique : il n’est donc plus un partenaire. Jetons un coup d’oeil un instant à ceux qui sont destinés à être nos partenaires. Les Palestiniens ont élu le Hamas pour les diriger. Le Hamas qui refuse de négocier avec nous, qui refuse même de nous reconnaître. Que peut-on faire dans une telle situation ? Continuer à les étrangler encore et encore, continuer à tuer des centaines de Palestiniens à Gaza, la plupart civils innocents comme nous ? Les tuer et se faire tuer pour l’éternité ? “Monsieur Olmert, adressez-vous aux Palestiniens par dessus la tête du Hamas” Monsieur Olmert, adressez-vous aux Palestiniens, par dessus la tête du Hamas, à leurs modérés qui, comme vous et moi, s’opposent au Hamas et à ses actes. Adressez-vous au peuple palestinien, parlez de leurs chagrins et de leurs blessures, reconnaissez les souffrances qu’ils endurent. Ni votre position, ni celle d’Israël, n’y perdraient dans de futures négociations. Nos coeurs s’ouvriraient un peu les uns aux autres, et cela, c’est une force considérable. La force de la simple compassion humaine, en particulier dans la situation de terreur et d’impasse où nous nous trouvons. Juste une fois, regardez-les, non pas à travers le viseur d’un fusil, ni de derrière un check point. Vous verrez un peuple pas moins torturé que nous. Un peuple opprimé, occupé, dénué d’espoir. Bien sûr, les Palestiniens sont également responsables de cette impasse. Bien sûr, ils ont eu leur rôle dans l’échec du processus de paix. Mais regardez-les d’un autre angle, pas seulement les extrémistes en leur sein, qui partagent les mêmes intérêts que nos extrémistes à nous. Regardez l’immense majorité de ce peuple malheureux, dont le sort est lié au nôtre, que nous le voulions ou pas. Monsieur Olmert, ne cherchez pas constamment des raisons pour ne pas leur parler. Vous avez retiré votre plan de retrait unilatéral de “convergence”, et c’est une bonne chose, mais ne laissez pas un vide, car il sera immédiatement rempli par la violence et la destruction. Parlez-leur, faites-leur une offre que leurs modérés puissent accepter. Ils discutent entre eux bien plus que ce que nous en montrent les médias. Faites-leur une offre pour les forcer à choisir entre l’accepter et demeurer otages de l’islamisme fanatique. Approchez-les avec le plan le plus courageux et le plus sérieux qu’Israël puisse offrir. Avec une offre dont tout Palestinien raisonnable et tout Israélien raisonnable sait qu’il constitue la limite entre leur refus et nos concessions. Le temps presse. Si vous tardez, nous nous souviendrons avec nostalgie de l’amateurisme du terrorisme palestinien. Nous nous frapperons la tête contre le mur et hurlerons à la pensée que nous n’avons pas fait preuve de toute la souplesse possible, de toute la sincérité possible, pour faire sortir nos ennemis du piège qu’ils se sont tendu eux-mêmes. Ni eux ni nous n’avons le choix. Et il faut aborder une paix obligée avec la même détermination et la même créativité que celles avec lesquelles on aborde une guerre imposée. Et ceux qui pensent que nous avons le choix, ou que le temps joue pour nous, ne mesurent pas les dangers profonds des processus déjà en marche. “Monsieur le Premier ministre, si un dirigeant arabe envoie un signal de paix, il faut lui répondre” Peut-être, Monsieur le Premier Ministre, faut-il vous rappeler que si un dirigeant arabe envoie un signal de paix, aussi léger et hésitant soit-il, il faut lui répondre, il faut immédiatement éprouver sa sincérité et son sérieux. Vous n’avez aucun droit moral de ne pas réagir. Vous le devez à ceux dont demanderiez de risquer leur vie si une autre guerre éclatait. Donc, si le Président Assad déclare que la Syrie veut la paix, même si vous ne le croyez pas, même si nous sommes tous méfiants à son égard, vous devez lui proposer une rencontre, et le jour même. N’attendez pas, même un seul jour. Quand vous avez lancé la dernière guerre, vous n’avez pas même attendu une heure. Vous avez chargé avec toutes vos forces, votre arsenal complet, toute votre puissance de destruction. Alors, quand une lueur de paix apparaît, pourquoi devez-vous la rejeter immédiatement ? Qu’avez-vous à perdre ? Vous vous méfiez de lui ? Offrez-lui des conditions qui révéleraient sa fourberie. Offrez-lui un processus de paix qui s’étalerait sur plusieurs années, et où seulement lors de sa conclusion, à condition qu’il respecte conditions et restrictions, il récupérerait le plateau du Golan. Engagez-le dans un long processus, agissez de telle sorte que son peuple sache aussi que cette possibilité existe. Aidez les modérés qui, là-bas aussi, doivent exister. Essayez de changer le réel au lieu d’en être le serviteur. C’est ce pour quoi vous avez été élu. Bien sûr, tout ne dépend pas de vos actes. De grandes puissances sont actrices dans notre région et dans le monde. Certaines, comme l’Iran et l’islam radical, souhaitent notre destruction. Et pourtant, tant de choses dépendent de ce que nous faisons, de ce que nous devenons. Aujourd’hui, les désaccords entre droite et gauche ne sont pas si importants. La grande majorité des Israéliens le comprend déjà, et sait à quoi ressemblera la solution du conflit. Ainsi, la plupart d’entre nous comprennent que la terre doit être partagée et qu’un Etat palestinien doit être créé. Alors, pourquoi nous épuiser dans des querelles internes qui durent depuis 40 ans ? Pourquoi notre direction politique ne reflète-t-elle pas la position de la majorité des citoyens, mais celle des extrémistes ? Il vaut mieux parvenir à un consensus national avant que les circonstances ou, Dieu nous en préserve, une autre guerre, ne nous forcent à y parvenir. Nous nous épargnerions ainsi des années de déclin et d’errements, années où nous pleurerons encore et encore : “Regarde la terre, car nous l’avons gâchée.” De là où je me trouve en cet instant, j’implore. J’appelle tous ceux qui écoutent, les jeunes qui sont revenus de la guerre et qui savent que ce seront eux qui seront appelés pour la prochaine guerre, les citoyens, juifs et arabes, les personnes de droite et de gauche, les religieux et les laïques : arrêtez-vous un moment et jetez un coup d’oeil à l’abîme. Pensez à combien nous sommes près de perdre tout ce que nous avons créé ici. Demandez-vous s’il n’est pas temps de prendre les choses en main, de sortir de cette paralysie, et de réclamer, enfin, la vie qui nous est dûe. [1] Avant d’être baptisée (malheureusement) place Rabin, cette place où parle Grossman s’appelait “place des Rois d’Israël”. |
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| Itzhak, tes braises sont mortes depuis longtemps (posté par aberdam le 02.11.2006) |
| [mémoire et vigilance pour Itzhak Rabin] Ha'aretz, 1er novembre 2006 Itzhak, tes braises sont mortes depuis longtemps par Yossi Sarid Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant Demain, nous serons le 11 du mois de Heshvan dans le calendrier hébraïque, le jour où Israël pleure l'assassinat d'Itzhak Rabin. Après 11 ans, tout le monde le sait : non seulement Rabin a été assassiné, mais son héritage est enterré avec lui. Pour l'essentiel, cet héritage a consisté à rechercher avec obstination toute brèche dans le mur d'hostilité qui entoure Israël et de s'y engouffrer, avec l'espoir de trouver, derrière ce mur, des signes d'acceptation de l'existence d'Israël. Rabin était déterminé à ce que la force à la fois d'Israël et de son armée ne soit mise à l'épreuve que lorsque cela était absolument nécessaire. Général, expert en sécurité d'Israël, en uniforme comme en civil, il avait compris ce que Ehoud Olmert, Amir Peretz et Dan Haloutz (chef d'état-major) ne saisiront jamais : on ne part en guerre que si l'on n'a pas d'autre choix, et après avoir recherché et épuisé toutes les autres options. Une fois, dans un moment de franchise, il m'a dit : "Yossi, même la meilleure armée du monde ne peut frapper au-delà de sa capacité. Même une nation forte ne peut bander ses muscles sans les relâcher, parce qu'à la longue, elle finira par s'épuiser." Rabin savait quelle responsabilité pesait sur ses épaules. Et il les avait larges, ses épaules, qui devaient porter tout le poids de l'avenir d'Israël. Ce sentiment de responsabilité l'a poursuivi sans cesse, et il ne s'est jamais soustrait à ses devoirs. Ainsi, il a été prêt à faire des choses qu'il n'a pas aimé faire, ou même exécré, parce qu'il se sentait obligé de les faire. Demain, lors de la cérémonie officielle de l'Etat, les yeux de la nation seront tournés vers le Mont Hertzl [où il est enterré]. Olmert, Shimon Peres, Avigdor Lieberman et Benjamin Netanyahou siègeront solennellement au premier rang. A côté d'eux siègeront les gardiens des braises mourantes du parti de Rabin, le Parti travailliste, qu'il repose en paix (ou en guerre), de Peretz à Binyamin Ben-Eliezer et Isaac Herzog. Belle brochette de travaillistes. Mais les braises de Rabin sont mortes depuis longtemps. Entre les oraisons funèbres, lorsque le silence des tombes et des cyprès le silence de la mort s'étendra momentanément sur la scène, il se pourrait bien qu'on entende Rabin se lamenter sur ses successeurs. Vendredi dernier, le quotidien Yediot Aharonot rapportait qu'un tiers des Israéliens souhaitait que l'assassin de Rabin soit gracié, et que la moitié des Israéliens de la droite religieuse était en faveur de sa libération conditionnelle. Les yeux brûlent dans leurs orbites à la lecture de cette information, et l'on refuse de croire ce qu'on lit. Et pourtant, qu'y a-t-il de si surprenant ? Un esprit d'amnistie sez diffuse depuis les échelons supérieurs de la société israélienne vers ses échelons inférieurs. Les rabbins qui encouragé l'assassin, explicitement ou implicitement, ont été depuis longtemps pardonnés. Et ceux qui se trouvaient sur un balcon de la place de Sion à Jérusalem, cette nuit-là où le crime a été autorisé (1), ont hérité de la place de Rabin. On les a même déclarés ses successeurs idéologiques : les derniers "Mapaïniks" (2). L'assassin a bien été appréhendé et mis en prison, car c'est lui qui avait tiré les trois balles. Mais ceux qui ont tracé une cible sur le dos de Rabin et qui lui ont dit que le premier ministre était une cible autorisée n'ont jamais eu (quelle idée !) à rendre compte de leurs actes. C'est vrai, il est dégoûtant de se vautrer dans les draps souillés de l'assassin et de sa petite Tembovler (3). Qui voudrait réellement s'approcher du lit où ils ont fait l'amour ? Qui se préoccupe vraiment de savoir si un enfant naîtra de cette union ? Pourtant, nous sommes nombreux à penser que l'autorisation de "visite conjugale" qui leur a été accordée, dans une auberge meublée avec raffinement, fait partie d'un schéma de pardon qui mène inévitablement à la grâce. C'est écrit sur le mur, même si le texte est caché par de la mousse. "Un juif, même pécheur, ne cesse jamais d'être juif." Aujourd'hui, il faudrait ajouter : "un juif, même après avoir assassiné un premier ministre, ne cesse jamais d'être juif." Bien plus, il est important qu'il accomplisse ses mitzvot (commandements de la loi juive) et que ses droits soient protégés. Notre Shin Bet est bien connu pour son hypersensibilité à l'égard du respect des droits de l'homme et du citoyen, en particulier ceux des terroristes. Nous ne devons jamais oublier que la liquidation ciblée de Rabin a été un acte de terrorisme et non un assassinat. Ni que le terrorisme juif qui a poussé en notre sein est beaucoup plus dangereux que le terrorisme perpétré par des agents extérieurs. Il a été rapporté que le Shin Bet avait soumis au procureur de l'Etat une opinion d'expert où il est écrit que l'assassin victorieux "ne constitue plus une menace pour la sécurité." On m'a dit que cette information avait mis très en colère le Shin Bet, qui a prétendu que les faits avaient été déformés. Pour éviter toute injustice supplémentaire envers nos "braves jeunes gars", j'ai téléphoné au bureau de Youval Diskin, chef du Shin Bet, pour demander le texte de cet avis d'expert. Dix jours ont passé, et je n'ai toujours pas reçu ce texte. Toutefois, une aimable porte-parole m'a bien appelé, et quand j'ai demandé le document, elle s'est contentée de me fournir des explications. Elle a promis de me rappeler le lendemain, mais depuis, je n'ai plus jamais eu de ses nouvelles. Je dois donc me fonder sur ce qui a été publié, car il semble que pour l'essentiel, tout se passe dans les coulisses. L'assassin "ne représente plus une menace pour la sécurité" : le Shin Bet a parfaitement raison. Itzhak Rabin a déjà été assassiné, et l'on ne peut assassiner deux fois la même personne. Ou peut-être que si. (1) allusion à une manifestation de la droite contre les accords d'Oslo au cours de laquelle des slogans "Mort à Rabin", "Rabin traître" n'ont suscité aucune réaction de la part des organisateurs. (2) Mapaï : acronyme de "mifleget poalei Israel", Parti des travailleurs d'Israël. Ancêtre du Parti travailliste. Le suffixe "nik" (hérité du russe), indique l'appartenance, comme "kibboutznik" signifie membre d'un kibboutz. (3) Larissa Trembovler a épousé Ygal Amir en prison. La permission qui leur a été accordée de se marier, puis d'avoir des relations conjugales, a fait les titres des médias israéliens. |
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