A propos de l'anti-sionisme, par Martin Luther King

From M.L. King Jr., "Letter to an Anti-Zionist Friend,"
Saturday Review_XLVII (Aug. 1967), p. 76.
Reprinted in M.L. King Jr., This I Believe : Selections from the Writings of Dr. Martin Luther King Jr.
Traduction par N. Lipszyc.

"... Tu déclares, mon ami, que tu ne hais pas les Juifs, que tu es seulement antisioniste. A cela je dis, que la vérité sonne du sommet de la haute montagne, que ses échos résonnent dans les vallées vertes de la terre de Dieu : Quand des gens critiquent le sionisme, ils pensent Juifs, et ceci est la vérité même de Dieu.

L'antisémitisme, la haine envers le peuple juif, a été et reste une tache sur l'âme de l'humanité. Nous sommes pleinement d'accord sur ce point. Alors sache aussi cela : antisioniste signifie de manière inhérente antisémite, et il en sera toujours ainsi.

Pourquoi en est-il ainsi ? Tu sais que le Sionisme n'est rien moins que le rêve et l'idéal du peuple juif de retourner vivre sur sa propre terre. Le peuple juif, nous disent les Ecritures, vécut en union florissante sur la Terre Sainte, sa patrie. Ils en furent expulsés par le tyran de Rome, les mêmes Romains qui assassinèrent si cruellement Jésus (Notre Seigneur). Chassé de sa patrie, sa nation en cendres, le peuple juif fut forcé d'errer sur le globe. Encore et encore, le peuple juif souffrit aux mains de chaque tyran qui vint régner sur lui.

Le peuple noir, sait, mon ami, ce que signifie souffrir les tourments de la tyrannie, sous un joug que l'on n'a pas choisi. Nos frères en Afrique ont supplié, plaidé, demandé, EXIGE la reconnaissance et la réalisation de leur droit naturel de vivre en paix sous leur propre souveraineté, dans leur propre pays.

Pour quiconque chérit ce droit inaliénable de toute l'humanité, il devrait être si facile de comprendre, de soutenir le droit du Peuple Juif de vivre sur l'antique Terre d'Israël. Tous les hommes de bonne volont se réjouiront de la réalisation de la promesse de Dieu, que son Peuple retourne dans la joie sur la terre qui lui a été volée. C'est cela le Sionisme, rien de plus, rien de moins.

Et qu'est l'antisionisme ? C'est le déni au peuple juif d'un droit fondamental que nous réclamons à juste titre pour le peuple d'Afrique et accordons librement à toutes les nations de la terre. C'est de la discrimination envers les Juifs, mon ami, parce qu'ils sont Juifs. En un mot, c'est de l'antisémitisme.

L'antisémite se réjouit de chaque occasion qui lui est donnée d'exprimer sa malveillance. L'époque a rendu impopulaire, à l'Ouest, de proclamer ouvertement sa haine des Juifs. Ceci étant le cas, l'antisémite doit à chaque fois inventer de nouvelles formes et de nouveaux forums pour son poison. Combien il doit se réjouir de la nouvelle mascarade ! Il ne hait pas les Juifs, il est seulement antisioniste.

Mon ami, je ne t'accuse pas d'antisémitisme délibéré. Je sais que tu ressens, comme je le fais, un profond amour pour la vérité et la justice, et une révulsion envers le racisme, les préjugés, la discrimination. Mais je sais que tu as été trompé, comme d'autres l'ont été, en te faisant croire que tu pouvais être antisioniste tout en restant fidèle aux principes que nous partageons toi et moi du fond du coeur. Que mes paroles sonnent dans les profondeurs de ton âme : quand les gens critiquent le sionisme, ne te trompe pas, ils pensent les Juifs."

Martin Luther King

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Brèves

Concert "Mémoire et Cinéma"

le 14 mai 2018, Chapelle Sainte Marie d'en Haut, Musée Dauphinois

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La Tribune de Nahum Barnea, éditorialiste à © Yedioth A’haronoth [DR], jeudi 5 avril 2018, traduit par Danièle Kriegel

La question des demandeurs d’asile n’aurait pas dû séparer gauche et droite. Après tout, les 35 000 Africains qui se sont infiltrés en Israël n’ont pas réclamé un droit de propriété sur notre terre sainte. Ils ne menacent ni la majorité juive, ni l’ordre social, ni la paix de nos enfants, filles et garçons, ni le gouvernement de droite. Tout ce qu’ils demandent, c’est de s’éloigner de régimes assassins et de vivre, ici, d’un travail exténuant, payé le minimum.

La barrière électronique située le long de la frontière israélo-égyptienne, dont la construction a commencé sous le gouvernement Olmert et s’est achevée sous le précédent mandat de Nétanyahou, a totalement stoppé le flot des arrivées depuis le Sinaï. Aujourd’hui, ils représentent moins de 0,5% de la population du pays. Israël sait et a su faire face à des défis bien plus difficiles et complexes. [….]

Non ! Le problème, ce ne sont pas ces 35 000 Africains. Ceux-là ne sont que les outils au service d’une révolution en cours dans la société israélienne : celle des valeurs fondamentales du pays. « Lorsqu’on coupe des arbres, disait le maître de l’Union Soviétique Joseph Staline, cela projette des éclats de bois. » Les Africains sont ces éclats de bois. Les valeurs sur lesquelles l’État d’Israël a été fondé sont les arbres sur le point d’être coupés.

Il faut dire la vérité. L’actuel gouvernement israélien n’est pas très différent de la série de gouvernements de droite en Europe centrale, en Europe orientale et de l’administration Trump aux États-Unis. Leur dénominateur commun, c’est la xénophobie. On hait l’étranger en raison de sa religion et de sa couleur de peau. En Europe et en Amérique, cette évolution s’accompagne d’échos antisémites. Non pas parce que les Juifs sont un problème, mais par habitude.

La haine de l’étranger est un élément commode pour tout pouvoir. Elle renforce l’identité commune, le sentiment de supériorité de la majorité blanche, et fait oublier les complications liées aux affaires de corruption. À cette haine là, s’ajoute celle dirigée contre l’ordre actuel : l’establishment judiciaire, médiatique et les valeurs libérales. L’étranger n’est pas le seul ennemi, mais aussi la gauche. Quiconque critique le pouvoir est un étranger, un gauchiste, un ennemi.

Ôtez la dimension antisémite, et vous avez la nouvelle droite israélienne ; celle de Naphtali Bennett, d’Ayeleth Shaked et de Benyamin Nétanyahou dans son 4e mandat.[…] Naphtali Bennett, le ministre de l’Éducation, qui œuvre pour annexer 4 millions de Palestiniens, ne peut pas accepter 16 000 travailleurs étrangers africains. Ayeleth Shaked, la ministre de la Justice, ne peut accepter les valeurs représentées par la Cour Suprême. Elle se doit de la détruire. La loi de contournement de cette cour que la Knesseth, le parlement, s’apprête à voter cette semaine est une première étape sur la route empruntée par la ministre en vue de détruire la Haute Cour.

Moshé Kahlon, non plus, ne peut pas vivre avec 16 000 Africains. Il lit les posts sur les réseaux sociaux, et il prend peur. À tel point qu’il trahit le seul principe qui fonde sa prétention à être le dirigeant d’un parti du centre: la défense de la Haute Cour. Cette trahison est le prix qu’il est prêt à payer afin de survivre. Ce tarif est fixé par le gouvernement pour faire partie de la coalition au pouvoir.

Il est facile de haïr les Arabes : entre eux et nous, la comptabilité sanglante est longue. Eux et nous, nous nous battons pour la même terre. La question des demandeurs d’asile, c’est le test de vérité ultime, le polygraphe de nos valeurs. Ben-Gourion aspirait à créer ici une société en forme d’exemple pour les Nations. C’était autrefois.