La quinzaine sépharade

Le Cercle Bernard Lazare-Grenoble et ses partenaires vous invitent
à découvrir ou à retrouver les cultures judéo-arabe et judéo-espagnole,
points de rencontre entre l'Orient et l'Occident.

du 11 au 25 mai 1982


11 mai 1982

12 h - 14 h : Les témoins de la Bible, film de G. Nizan consacré aux Juifs de Djerba.

Salle des concerts : avant première - Débat avec le réalisateur (Animation théâtre S.l.C.)

21 h : Simon Elbaz : Chants et musique judéo-arabes et Jocelyne Taieb : Romances judéo-espagnoles.

au Centre Culturel Juif, diner spectacle en présence de Nessim Gaon.

12 mai 1982

13 h - 14 h : Chants et romances judéo-espagnoles, Jocelyne Taieb.

Salle des concerts, animation théâtrale S.I.C., entrée libre.

18 h : Cultures au féminin : femmes juives d'Afrique du Nord.

Auditorium Fnac. Trois voix, trois voix de femmes se répondent, avec :
Débat à trois voix
  • Annie Goldmann, sociologue, écrivain (auteur des Filles de Mardochée), assistante à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.
  • Fanny Mergui, psychologue, animatrice d'un centre de réinsertion et de formation pour jeunes migrantes, collabore à la revue Combat pour la Diaspora
  • Joëlle Bahloul, ethnologue, auteur d'une thèse d'ethnologie : Le culte de la table dressée chez les Juifs d'Algérie.collabore à la revue Combat pour la Diaspora.

20 h 30 : Albert Sasson, Juifs du Maroc

éd. la Pensée Sauvage
Salle de conférence, Maison du Tourisme.

13 mai 1982

12h - 14 h : Simon Elbaz, auteur-compositeur, musique judéo-arabe.

Accompagnement au luth. Salle des concerts. Animation théâtre S.I.C.
Simon Elbaz

21 h : Théâtre, soirée de Gala Albert de-et-avec Michel Boujenah, au théâtre municipal

A travers le personnage du jeune Albert, Michel Boujenah nous fait vivre la transplantation, l'intégration en France d'une famille juive tunisienne. Une oeuvre théâtrale de haut niveau où l'humour n'est que le paravent pudique de l'émotion et de la tendresse.
Michel Boujenah

Musique judéo-orientale avec Sylvain Ghrenassia, au théâtre municipal

Connaisseurs ou pas, vous apprécierez certainement ce qu'Enrico Macias a appelé "Le violon de mon père". Sylvain est actuellement le maître incontesté de la musique andalouse constantinoise.
Ghrenassia

14 mai 1982

12 h - 14 h : Théâtre : Mangeclous - Le gouvernement des valeureux d'Albert Cohen.

Salle des concerts, animation théâtrale S.I.C., mise en espace à partir du texte d'Albert Cohen, par G. Dombrowski, C. Tordjman, J. Caune, J. C. Naar, M. Angel et Y. Prayer.

15 mai 1982

Week-end shabbatique avec Maître Ch. Hadd class="margin:0"ad et le Professeur Abecassis

au Consistoire Israélite de Grenoble, Bar Yohaï.

16 mai 1982

Journée d'hommage à Albert Cohen

Maison de la culture, à partir de 16 h.
Ivres de soleil, celui d'Israël et celui de la Grèce, plus ivres encore de mots qui leur viennent aux lèvres. Ils ont traversé Solal, Mangeclous et Belle du Seigneur sans prendre une ride ni gagner une once de sagesse. Rien n'égale leur malice si ce n'est leur naïveté. Mais qu'on y prenne garde, ces témoins d'un peuple chassé de l'Histoire, figés dans le rire comme ils le furent dans la douleur, ont à nous enseigner une vérité essentielle. Et la voix de leur créateur, celle d'Albert Cohen, intervient pour nous le rappeler. En ce monde mortel, il n'est de grave que ce rapport tendre et heureux entre les hommes que l'on nomme Amour. Tout le reste est supercherie. (Gallimard, présentation des Valeureux).
Mangeclou
  • Film Albert Cohen pour l'éternité
  • Débat avec J. Valbert, écrivain, journaliste, auteur du livre Albert Cohen ou le pouvoir de vie (éd. Age d'Homme)
  • Mise en espace par un groupe de comédiens de Mangeclous d'Albert Cohen.

17 mai 1982

20 h 30 : Entre langues et identités, par Daniel Sibony, psychanalyste, écrivain

Confrontation des cultures minoritaires (Judéo-Espagnole, Judéo-Arabe, Yidd class="margin:0"ish)
Salle de conférences Maison du Tourisme.

18 mai 1982

12 h - 14 h : Film consacré aux Juifs de Syrie.

Salle des concerts, animation théâtre S.I.C.

21 h : Table ronde, Ecritures Sépharades

Bibliothèque du centre ville, rue de la République Le Judéo-Arabe n'a jamais quitté l'oreille d'écrivains dont il bouscule aujourd'hui la syntaxe (...)
Quelques-uns, Ben Aych, Koskas, Rubinstein, Sitbon, arrivent à trouver un ton juste qui renouvelle et enrichit le langage du roman et introduit un style à la limite de deux cultures. Ils intègrent les structures et les rythmes de la phrase orientale à la tradition littéraire française (...)
Pour ceux qui viennent d'Afrique du Nord, le déracinement est une expérience encore immédiate qu'ils doivent plus à leur condition de Français qu'à leur condition de Juifs. Parce qu'ils sont Juifs, cependant, ils le vivent différemment comme un exil de plus (Lazare Bittoun, Israélites hier, Juifs aujourd'hui, in Revue Traces n° 3)
avec
  • Gil Ben Aych, L'essuie-mains des pieds, Presses d'Aujourd'hui.

    Récit autobiographique qui retrace l'itinéraire d'un enfant. On viendrait d'Algérie et on serait en mars 56, on aurait pris le bateau, quelques bagages, le père, la mère et trois enfants.
  • Marco Koskas,Balace Bounel, Ramsay.

    En Tunisie... histoire de la tribu au quotidien - Koskas se cherche entre l'humour, la dérision et la nostalgie tendre.
  • Guy Sitbon, Gagou, Grasset.

    Roman de ces hommes qui ont quitté la Tunisie de leurs illusions. Il nous fait revrivre l'enfance, l'adolescence et la vie d'adulte de Gagou. Joies et rêves brisés de ceux qui s'engagèrent aux côtés des Tunisiens pour construire une société fraternelle par delà tout nationalisme.

19 mai 1982

20 h 30 : Film: Juifs Arabes en Israël de Igal Nidam et Monique Nizard-Florac,

Débat avec les réalisateurs. Maison de la Culture.
J'ai depuis de nombreuses années eu le désir de faire un film sur ces Juifs Orientaux dont je fais partie, dont on connait si peu l'origine, l'histoire, la culture. Je voulais aussi témoigner, pour l'avoir vécu moi-même, de leurs difficultés d'intégration en Israël mais aussi de leur attachement pour cette terre, de leur désir d'y jouer un rôle idéologique et politique important. Je veux aussi montrer qu'Israël n'est pas et ne devrait pas être un pays étranger au Moyen Orient. Nous ne pouvons pas créer un pays Occidental dans un monde Oriental. Nous, Juifs Arabes, pouvons être un pont entre les Juifs et les Arabes. Igal Nidam.

21 mai 1982

18 h. : RaphaëI Sorin présente l'oeuvre d'Elias Canetti (Prix Nobel de Littérature 1981).

Maison de la Culture.
Raphaël Sorin est écrivain et journaliste.
Un itinéraire où les lieux, les cultures, les traditions se croisent et se fondent donne à la personnalité de Canetti une attachante richesse que l'on retrouve aussi bien dans ses écrits théoriques que dans ses oeuvres romanesques.

21 & 22 mai 1982

Week-end Shabbatique : Maïmonide et les influences réciproques du Judaïsme et de l'Islam.

avec le Professeur Alfred Morabia. Synagogue Rachi.

23 mai 1982

19 h. Soirée Orientale. CIG Bar Yohai.

25 mai 1982

Soirée de cloture, animation Chants - Danses,

au Centre Culturel Juif.

Partenaires

  • Cercle Bernard Lazare-Grenoble,
  • diverses association juives de Grenoble (ACI, CIG, CCJ, Zekhout Avot, Wizo, Club Edmond Fleg),
  • Service d'Intervention Culturelle du Théâtre de Grenoble,
  • Bibliothèques de Grenoble,
  • Maison de la Culture.
Photographies Anne-Marie Louvet

Etudes - Ouvrages généraux :

Juifs d'Orient et de Méditerranée

Combat pour la Diaspora, n° spécial, 3, 1980. (disponible 9, rue de Nemours, Paris.)
M. Kriegel, Les Juifs à la fin du Moyen-Age dans l'Europe méditerranéenne, Hachette, 1979.
H. Mechoulan :
  • Le sang de l'autre ou l'honneur de Dieu, Fayard, 1979.
  • Le Second Israël - n° spécial, 394 bis, 1979.

Maghreb

R. Attal, Les Juifs d'Afrique du Nord, bibliographie, Institut Ben Zvi, Jérusalem, 1973.
R. Attal & C. Sitbon, Regards sur les Juifs de Tunisie, Albin Michel, 1979.
R. Bensimon-Donath :
  • L'évolution de la femme israélite à Fèz, Aix en Provence, la pensée universitaire, 1962.
  • Evolution du judaisme marocain sous le protectorat français (1912-1956) Mouton, Paris, 1968.
  • Immigrants d'Afrique du Nord en Israël, Anthropos, Paris, 1970.
  • L'intégration des Juifs Nord-Africains en France, Mouton, Paris, 1971.
R. Ayoun & B. Cohen, Les Juifs d'Algérie, 2000 ans d'histoire, JC Lattès, 1982.
H. Chemouilli, Une diaspora méconnue. Les Juifs d'Algérie, Paris, 1976. (disponible à l'imprimerie Paris Publ., 40 rue des Jeûneurs, Paris).
A. Chouraqui, La Saga des Juifs d'Afrique du Nord, Hachette, Paris, 1972.
C. Hadd class="margin:0"ad De Paz, Juifs et Arabes au pays de Bourguiha, Aix-en-Provence, 1977.
Bat Ye'or, Le Dhimmi - Profil de l'opprimé en Orient et Afrique du Nord depuis la conquête arabe, Anthropos, 1980.
A. Laredo :
Les noms des juifs du Maroc, CSIC, Madrid, 1978 (disponible chez Mme S. Laredo, 106 av. Félix Faure, Paris).
Les panthères noires d'Israël, présentation de M. Elkaim, Maspero 1972.
V. Malka, La mémoire brisée des juifs du Maroc, éd. Entente.
A. Serfaty, Lutte anti-sioniste et révolution arabe (essai sur le judaisme marocain et le sionisme), Les Quatre vents, Paris.
C. Tapia, Sur le judaïsme maghrébin en France, Les nouveaux cahiers, n° 20, 29,30,43, 59, n° de mars 1971 et sept. 1975.
H. Zafrani :
  • Les Juifs du Maroc. Vie sociale, économique et religieuse. Etude des Taqqanot et Responsa, Paul Geuthner, Paris, 1972.
  • Pédagogie juive en terre d'Islam. L'enseignement traditionnel juif au Maroc, Adrien Maisonneuve, Paris, 1969.
Identité et dialogue, Juifs du Maroc, La pensée sauvage, Paris, 1978.

Egypte

S. Goitein, A Mediterranean Society, 3 volumes, Univ. California Press, Los Angelès, 1961, 1971, 1979.
J. Hassoun (textes recueillis par) Juifs du Nil, Sycomore, Paris, 1981.
J. M. Landau, Jews in nineteenth century, Egypt, Univ Press, New York, 1969.
M. Mizrahi, L'Egypte et ses juifs - Le temps révolu, Impr. l'Avenir, Geneve, 1978.

Italie

L. Poliakov, Les Banquiers juifs et le Saint-Siège du XIIIe au XIXe siècles, Calmann-Lévy, 1967.

France

A. Lunel, Juifs du Languedoc, de la Provence et des Etats français du Pape, Albin Michel, 1975.
A. Mosse, Histoire des Juifs d'Avignon et du Comtat Venaissin, 1934, rééd. Laffitte Reprints, Marseille, 1976.

Judéo - Espagnol

M. Franco, Histoire des israélites de l'Empire Ottoman depuis les origines jusqu'à nos jours, Paris, 1897, réed. UISF, 1980.
(disponible chez M. Méchoulan, 34 rue du Dr. Blanche, Paris).
M. D. Gaon, A Bibliography qf the judeo-spanish press, Institut Ben-Zvi, Jérusalem, 1965.
E. Saporta y Beja, Salonique et ses Judéo-Espagnols, Vidas Largas, Paris, 1979
H. V. Sephiha, L'agonie des Judéo-Espagnols, Entente, Paris, 1979.
L. Poliakov, L'Histoire de l'antisémitisme de Mahomet aux Marranes, Calmann-Lévy, Paris, 1981.

Romans - Poésie - Essais

A. Ades & A. Josipovici, Le livre de Goha le simple, Livre de poche, 1969.
G. Bassani, Le jardin des Finzi-Contini, Gallimard, 1964.
A. Bensoussan :
  • Les Bagnoulis, Mercure de France, 1965.
  • Isbilia, Oswald, 1970.
  • Frimaldjezar, Calmann-Lévy, 1976.
  • La Brehaigne, Denoël, 1978.
  • Au Nadir, Flammarion, 1978.
Bouganim Ami, Récits du Mellah, J. C. Lattès, 1981.
E. Canetti :
  • Autodafé ou la Tour de Babel, Gallimard, 1968.
  • L'autre Procès, Gallimard, 1972.
  • Les voies de Marrakech, Albin Michel, 1980.
  • Histoire d'une jeunesse, la langue sauvée, Albin Michel, 1980.
B. Chouraqui, Le scandale juif, Hallier, 1979.
A. Cohen :
  • Solal, Gallimard, 1930/1958.
  • Mangeclous, Gallimard, 1938/1980.
  • Le livre de ma mère, Gallimard, 1954/1979.
  • Ezechiel, Gallimard.
  • Belle du Seigneur, Gallimard, 1968/1979.
  • Les Valeureux, Gallimard, 1969/1979.
  • O vous frères humains, Gallimard, 1972.
  • Carnets, Gallimard, 1979.
C. Cohen - Boulakia, L'utérus du Christ, Galilée, 1979.
P. Darmon, Baisse les yeux, Sarah, Grasset, 1980.
E. El Maleh, Parcours immobile, Maspéro, 1980.
A. Goldmann, Les filles de Mardochée, Denoël, 1979.
E. Jabès :
  • Je bâtis ma demeure, Gallimard, 1956.
  • Le livre des questions, 7 volumes, Gallimard, 1963/1973.
  • Le livre des ressemblances, 3 volumes, Gallimard, 1976/1980.
P. Jacques, Lumière de oeil, Mercure de France, 1980.
N. Kattan :
  • Adieu Babylone, Julliard 1976.
  • Le réel et le théâtral, Denoël, 1971.
  • La mémoire et la promesse, Denoël, 1979.
  • Le rivage, Gallimard, 1979.
M. Koskas, Balace Bounel, Ramsay, 1979.
A. Lunel, Nicolas Peccavi, Gallimard, 1976.
A. Memmi :
  • La statue de sel, Gallimard, 1953/1966.
  • Agar, Buchet-Chastel, 1955.
  • Portrait d'un juif, Gallimard, 1962.
  • L'homme dominé, Gallimard, 1968.
  • Anthologie des écrivains français du Maghreb, Présence africaine, 1969.
  • Juifs et Arabes, Gallimard, 1974.
  • La Terre intérieure, Gallimard, 1976.
N. Moatti :
  • Mon enfant, ma mère, Stock, 1974.
  • Le mariage de Lucie Enriquez, Pauvert, 1978.
A. Nahum :
  • Partir en Kappara, 1977;
  • Les contes de Ch 'ha, Piranhas, 1978.
C. Nicoidski, Los Ojus, Las manus, la boca, Braad, 1978.
M. Partouche, Le sud profond, Ed. des Autres, 1978.
E. Rubinstein, Mémoire illettrée d'une fillette d'Afrique du Nord à l'époque coloniale, Stock, 1979.
E. Saporta y Beja, Refranes de los Judios Sefardie, Ameller, 1978.
G. Sitbon, Gagou, Grasset, 1980.
Ryvel, L'enfant de l'Oukala et autres contes de la Hara, J. C. Lattès, 1980.
S. Trigano :
  • Le récit de la disparue, Gallimard, 1977.
  • La nouvelle question juive, Gallimard, 1979.
H. Zafrani :
  • Version berbère de la Hagadah de Pessah, Geuthner, 1970.
  • Poésie juive en Occident musulman, Geuthner, 1977.
  • Littératures dialectales et populaires juives en Occident musulman, Geuthner 1980.
E. Zeitoun, Les cadeaux de Pourim; mon enfance, La Pensée universelle, 1975.

Iconographie

A. Nahum, L'Etoile et le Jasmin, Pensée sauvage, 1979.
J. P. Allali, L'Album d'images de Gagou et Kamouna, La Terre retrouvée.

Gastronomie

I. & L. Karsenty, Cuisine Pied-noir, Denoël.
A. Laasri, 240 recettes de cuisine marocaine, J. Grancher, 1978.
E. Zeitoun, 250 recettes classiques de cuisine tunisienne, J. Grancher.

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Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.