Quinzaine : La France de Vichy ou Vichy à l'heure allemande

du 11 au 24 mai 1992

Arc de triomphe

Programme de la quinzaine La France de Vichy

  1. 11 mai-24 mai : Exposition : la France de Vichy, à la Bibliothèque du Centre Ville, Grenoble.
  2. 11 mai 12h-14h : Ouverture de la Quinzaine - Club de la Presse, Bibliothèque du Centre Ville avec Jean Dujardin, supérieur général de l'Oratoire, co-auteur du rapport Decourtray Touvier et l'Eglise
  3. 11 mai 20h30 : Grenoble entre Histoire et Mémoire, au Centre Culturel Juif, Grenoble, avec Philippe Barrière, étudiant en histoire, Grenoble. Intervention de témoins.
  4. 12 mai 17h30 : Ouverture de l'exposition Enfants et adolescents dans l'Europe nazie de 1939 à 1945, au collège Lionel Terray à Meylan.
  5. 13 mai 20h30 : Table Ronde Propagande et Presse de Vichy : Réflexion sur l'actualité,
    • organisée par Interpeller la Presse, à la bibliothèque du Centre Ville, Grenoble
    • présidée par Pierre Frappat, enseignant à l'université Stendhal, Grenoble, avec :
    • Laurent Gervereau, conservateur du musée d'Histoire Contemporaine, Paris
    • Jean-Pierre Bertin Maghit, enseignant à l'université Stendhal, Grenoble, et
    • Joseph Pinard, historien, conseiller général du Doubs.
  6. 14 mai 20h30 Théâtre : La Minute de Silence, au lycée Stendhal, Grenoble, en collaboration avec Le Cargo. Mise en scène par Moïse Touré, Grenoble.
  7. 17 mai Journée dans le Vercors à Vassieux, avec Georges Liéber et Liliane Klein
  8. 18 mai 20h00 : Cinéma : Dieu ne croit plus en nous (trilogie Vienne pour Mémoire) d'Axel Corti, (Vienne, Autriche), au cinéma MonCiné à Saint Martin d'Hères. Débat avec Claude Delpla, spécialiste de l'histoire des camps français, Foix
  9. 19 mai 18h00 : Video Stirn et Stern, à l'auditorium de Grand'Place, Grenoble
  10. 19 mai 20h30 : Table ronde sur la Résistance au Centre Régional de Documentation Pédagogique, Grenoble, présidée par
    • Henri Morsel, professeur d'histoire à l'université de Lyon III, avec :
    • Lucie et Raymond Aubrac
    • Henry et Dina Krischer anciens résistants,
    • Philippe Boukara, historien, Paris
    • Claude Collin, enseignant à l'université Stendhal, Grenoble
  11. 20 mai 18h00 : Table ronde La grande rafle du Vel d'Hiv, à la FNAC, Grenoble présidée par
    • Henri Morsel, professeur d'histoire à l'université de Lyon III, avec :
    • Jacques Delarue (auteur de Histoire de la Gestapo), Paris, et
    • Annette Muller (auteur de La petite fille du Vel d'Hiv), Paris
  12. 21 mai : Colloque sur les lois de Vichy, à l'université Pierre Mendès France, Grenoble présidé par
    • Bernard Pouyet, président de l'université Pierre Mendès France, avec :
    • Michel Benichou, avocat, Grenoble
    • Jacques Delarue, historien, Paris
    • Etienne Fouilloux, professeur d'histoire l'université de Lyon III
    • Jean Marcou, professeur de droit à l'université de Marmara, Istambul
    • Gustave Peiser, professeur de droit à l'université Pierre Mendès France
    • Denis Peschanski, chercheur à l'Institut d'Histoire du Temps Présent, CNRS Paris et
    • Philippe Salvage, professeur de droit à l'université Pierre Mendès France.
  13. 21 mai 20h30 : Table ronde La Collaboration, à la Bibliothèque du Centre Ville, Grenoble présidée par
    • Hubert Desvages, maître de conférences à l'université Pierre Mendès France, Grenoble, avec :
    • Daniel Lindenberg, maître de conférences à l'université Paris VIII
    • Jacques Delarue, historien, Paris.
  14. 22 mai 18h00 : Vidéo Cité de la Muette, à l'auditorium de Grand'Place, Grenoble
  15. 24 mai 20h30 : Clôture, Théâtre Les lettres de Louise Jacobson au Centre Culturel Juif, à Grenoble, mise en scène de Alain Gintzburger, interprétées par Juliette Batlle.

Programme du colloque Les lois de Vichy

Université Pierre Mendès France Grenoble 21 mai 1992, salle Doyen Jean Maillet, Université Pierre Mendès France, 151 rue des universités domaine universitaire St Martin d'Hères

  1. 10 h 30 : Ouverture par Bernard Pouyet, Président de l'Université Pierre Mendès France
  2. 10 h 45 : Denis Peschanski, Institut d'Histoire du Temps Présent, Vichy et les lois de Vichy
  3. 11 h 15 : Michel Benichou, avocat, Grenoble, Qui est juif ?
  4. 11 h 45 : Philippe Salvage, professeur à la faculté de Droit, Grenoble, Les juridictions d'exception
  5. 12 h 15 : Débat
  6. 14 h 30 : Gustave Peiser, professeur à la faculté de Droit, Grenoble, la fonction publique : le statut des fonctionnaires
  7. 15 h 00 : Jacques Delarue, historien, Paris, la police
  8. 15 h 30 : Jean Marcou, professeur de Droit, université de Marmara, Istambul, Les juridictions administratives
  9. 16 h 00 : Etienne Fouilloux, professeur d'Histoire, université Lyon II, l'Eglise
  10. 16 h 30 : Débat
  11. 17 h 15 : Clôture

Contexte : L'histoire de la France des années 1940

L'histoire de la France des années quarante est présente dans nos mémoires d'une manière tronquée et fallacieuse. Même les manuels d'histoire ne transmettent qu'une version officielle et somme toute confortable selon laquelle c'est l'occupant qui porte toutes les responsabilités.
L'occultation apparaît par exemple pour les victimes de la milice française comme Jean Zay, Victor Basch, Georges Mandel. Sur un monument élevé à la mémoire de ce dernier en 1946, on peut lire : "En ce lieu, Georges Mandel est mort assassiné par les ennemis de la France". Les travaux récents des historiens remettent en question ce modèle simplificateur. C'est le principal enseignement de la quinzaine :

La France de Vichy ou Vichy à l'heure allemande

(Grenoble, 11-24 mai 1992)

organisée à Grenoble à l'initiative du Cercle Bernard Lazare-Grenoble (1), et dont l'impact a été amplifié par le non-lieu consenti peu auparavant à Paul Touvier. Avoir une vision claire et plus objective de l'histoire, avoir une mémoire vivante, grâce aux historiens, et aussi aux témoins, aux artistes, nous permet d'être mieux armés pour affronter la période troublée d'aujourd'hui.

* * * Les historiens en effet, (et en premier lieu des américains, tels Marrus et Paxton), nous permettent de mesurer l'importance des décisions purement françaises prises dans le processus d'exclusion, voire d'extermination. C'est ainsi que plus de 160 lois et décrets parmi les 184 qui ont été édictés par le gouvernement de Vichy l'ont été à sa seule initiative, et non pas pour satisfaire aux exigences de l'occupant.
C'est le gouvernement français qui le premier a substitué la notion de race juive à celle de religion juive longtemps utilisée par les allemands dans leur politique d'exclusion.
Loin d'essayer de sauver les enfants des juifs qu'elles avaient livrés aux Allemands, les autorités françaises proposèrent leur déportation. Vichy suggéra que les enfants partent avec les adultes avant même que les nazis ne soient prêts à les accepter.

* * * Une histoire vivante qui se re-formule et s'affine montre que la période de Vichy a été également l'occasion de règlements de comptes franco-français.
Il restait à rendre la France aux Français, à savoir reprendre avec vigueur la chasse aux communistes - moscoutaires et apatrides -, s'attaquer aussi aux pires des métèques, les juifs. C'était l'occasion de se venger des Dreyfus, des Blum, des Mandel, tout en se posant sans peine en parangons de vertu publique, et en trouvant des boucs émissaires commodes pour un bon peuple sevré de succès nationalistes. (2)

L'affaire du Massilia est aussi significative à cet égard. Les partisans de la simple capitulation militaire, qui excluait l'idée de collaboration, furent dans un premier temps mis à l'écart grâce au stratagème du paquebot Massilia, puis accusés de défaitisme et de trahison.
Ce sont toutes les valeurs républicaines de la IIIe République, enracinées dans les principes de 1789 que les maréchalistes cherchaient ainsi à détruire. Sachons aussi que Vichy n'a pas bâti sa politique xénophobe et antisémite sur un terrain vierge.

"Le programme antijuif de Vichy n'était pas nouveau ; il n'était pas non plus limité à une petite minorité d'extrême droite. Il s'alimentait à l'obsession, exprimée tout au long de la décennie, de la menace étrangère. Même les modérés avaient appris, pendant les années trente, à penser aux réfugiés étrangers - et parmi eux d'abord aux Juifs - comme à une menace pour l'emploi, pour la pureté de la culture française et pour la paix". (3) L'histoire ne se répète pas, mais...

* * * Les journées La France de Vichy ou Vichy à l'heure allemande ont été l'occasion de rencontres entre d'une part une génération qui cherche à écrire l'histoire, et d'autre part des témoins : acteurs, victimes, résistants. Les personnes qui ont vécu cette période avaient un besoin impérieux de raconter, comme si, jusqu'à présent, leur témoignage n'avait pu être entendu.
Catholiques, protestants, ou juifs cherchaient à dire ce que pendant si longtemps ils n'avaient pu dire, ce qui était resté inaudible, et même parfois ce qui était refoulé. Pour nous, resteront significatifs les témoignages de ceux qui racontaient, par exemple - que sur leurs images pieuses de communiants, le Saint-Esprit avait le visage du Maréchal.

Le témoignage d'Annette Muller, 10 ans lorsqu'elle fut arrêtée, parquée au vel d'hiv puis à Beaune-la-Rolande, est exemplaire par sa force d'évocation de la vie dans un camp où il n'y avait que des enfants.
Important également le témoignage de patriotes juifs, qui avaient identifié, même après la guerre, leur combat pour la patrie républicaine à celui de leurs camarades non juifs, et qui, plus tard, ont refusé le mythe de la "résignation juive" et revendiqué leur identité de juifs dans le combat.
Par ailleurs la résistance elle-même, dans des mouvements comme les FTP-MOI, a eu du mal à intégrer la contribution apportée par les étrangers et les apatrides. Des plaques commémoratives érigées par les résistants à la mémoire de leurs camarades tombés au combat occultent leur véritable identité en n'utilisant que leur pseudonyme de combattant.

"Le colonel Gilles, ou Joseph Epstein, fut enterré au cimetière parisien d'Ivry sous le nom de Joseph André qu'il avait adopté en 1936, quand commençait pour lui la guerre contre le fascisme et le nazisme en Espagne. Récemment, sa femme a réalisé qu'il était important pour l'histoire que sur sa tombe soit inscrit son vrai nom de famille comme preuve indéniable de la participation juive à la résistance en France" (4)

* * * Les historiens et les témoins n'étaient pas seuls chargés, lors de la quinzaine La France de Vichy ou Vichy à l'heure allemande, d'éclairer le passé sous un nouveau jour. C'est à travers la création artistique que l'on parvient à dire l'indicible. La parole a été donnée au cinéma, à la video, au théâtre.
Le film d'Axel Corti Dieu ne croit plus en nous, premier volet de la trilogie Vienne pour mé-moire montre que la xénophobie d'Etat se mettait en place dès 1938, et que la France allait devenir une souricière pour beaucoup de ceux qui avaient cru en son hospitalité.

Le téléfilm Stirn et Stern évoque avec un certain humour les diverses attitudes populaires devant les lois d'exclusion.

Le reportage télévisuel Cité de la Muette, grâce aux témoignages croisés de rescapés nous présente la vie quotidienne dans un camp français près de Paris. Drancy, camp d'internement et lieu de triage pour le départ vers les camps de la mort, se trouve banalisée aujourd'hui sous la forme d'une cité HLM dont les habitants ignorent le passé. Encore une page d'histoire occultée.

La minute de silence, de Claude Henri Buffard, mise en scène par Moïse Touré, nous fait partager l'angoisse d'un être malmené par la persécution devant la crainte d'un recommencement.

Quelle description digne et poignante de la vie quotidienne à Fresne et à Drancy, jusqu'à la déportation, que la lecture théâtrale, par Juliette Batlle, des Lettres de Louise Jacobson, recueil de lettres authentiques d'une jeune fille de 19 ans à ses proches.

L'investissement des gens de théâtre dans ces deux spectacles, le talent et la conviction avec lesquels ils se sont adressés au public méritent d'être salués. Les artistes qui cherchent à parler de cette époque rencontrent d'immenses difficultés, car ils se heurtent, eux aussi, à la volonté d'occultation du passé. Il leur est difficile de trouver les financements, et lorsque ce problème est résolu, ils ne peuvent pas diffuser, soit par interdiction de salle de cinéma ou d'antenne (par ex. Le chagrin et la pitié), soit par ignorance et désaffection du public.

Dieu ne croit plus en nous, le film d'Axel Corti évoquant les camps français, a été produit par les télévisions suisse et autrichienne, et réalisé par un Autrichien. Il n'a été diffusé en France que par le circuit Art et Essai. La création artistique qui fait revivre la mémoire mérite d'être encouragée par la présence du public. C'est lui en effet qui en fin de compte, permet à cette création d'exister.

* * * L'épisode de Vichy montre que l'effondrement des valeurs républicaines débouche sur la violence et la barbarie. La crise actuelle, - crise des idéologies, perte de confiance dans le politique, désengagement, montée de l'individualisme et de l'intolérance, crise économique, chômage, problème de l'immigration mal posé, - recèle les germes de nouveaux dangers.
C'est pourquoi l'engagement des historiens au service de la vérité nous parait essentiel. Leurs travaux ne doivent pas rester confidentiels. Ils doivent eux-mêmes les diffuser largement, et ne pas laisser journalistes, politiciens ou magistrats parler à leur place en les trahissant. L'affaire Touvier montre ce qu'il advient de l'histoire placée entre les mains de la seule justice.

L'un des premiers devoirs dans le judaïsme est de se souvenir et de transmettre. "Car demande à la génération précédente, et sois attentif à l'expérience de leurs pères puisque nous sommes d'hier et ne savons pas, puisque nos jours sur terre sont une ombre, n'est-ce pas eux qui t'instruiront, qui te parleront, et qui de leur coeur extrairont des mots ?"

Chacun de nous était esclave en Egypte, chacun de nous était emprisonné au Vel. d'hiv.

(1) Organisée par le Collectif Elisha des Institutions Juives de Grenoble, en collaboration avec : Amitiés Juifs-Chrétiens, Bibliothèques Municipales de Grenoble, FNAC, Interpeller la Presse, L.I.C.R.A., Université Pierre Mendès France, et avec le soutien du M.R.A.P., et des municipalités de Gières, Grenoble, et Saint-Egrève.

(2) Jean Pierre Azéma : De Munich à la Libération, Points-Seuil, 1979.

(3) Michaël R. Marrus, Robert O. Paxton : Vichy et les Juifs, Calmann-Lévy, 1981.

(4) Moshé Zalcman : Joseph Epstein, Colonel Gilles, La Digitale, 1984.

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Brèves

Joann Sfar
Affaire Sarah Halimi

OPINIONS
JOANN SFAR SUR L'AFFAIRE SARAH HALIMI : L'ANTISÉMITISME EST OBJECTIVEMENT DEVENU UNE CIRCONSTANCE ATTÉNUANTE
21 DÉCEMBRE 2019 6 MINUTES DE LECTURE

Depuis hier recircule sur Facebook un post de Joann Sfar daté de 2017, réaction de l’écrivain, auteur de bd et réalisateur, au premier jugement du meurtrier de Sarah Halimi, alors que le parquet avait choisi de ne pas retenir la motivation antisémite des motifs de mise en examen.

Contacté par Jewpop à la suite de la décision de la cour d’appel de Paris, qui a déclaré jeudi le tueur pénalement irresponsable, écartant ainsi la possibilité de le juger aux assises comme le réclamaient les proches de la victime, Joann Sfar nous a demandé de joindre à son texte de 2017 les précisions suivantes, à titre d’exergue :

Ceci est un ancien texte, publié à l’occasion du premier jugement de l’affaire Halimi. À l’époque, la justice réfutait la circonstance aggravante d’antisémitisme. Aujourd’hui, il y a du progrès, l’antisémitisme est objectivement devenu une circonstance atténuante. Un chauffard sous l’emprise du cannabis relève des tribunaux, pas un tueur de juive, semble-t-il. Le message aux juifs est limpide.

Le texte publié sur la page Facebook de Joann Sfar en 2017

Le truc, c’est que lorsque tu es juif, tu n’oses jamais dire que quoi que ce soit relève de l’antisémitisme parce que tu as peur qu’on te dise que tu pleurniches. Je ne connais l’affaire Sarah Halimi que par ce que les médias en disent. Si j’ai bien compris, un type traitait la dame juive de son immeuble de sale juive à chaque fois qu’il la voyait. Puis une nuit il pète un câble, il met la misère dans tout l’immeuble puis il s’enferme avec la dame. Il la massacre pendant des heures. La police est dans l’immeuble et n’intervient pas. Il hurle Allah hou Akbar tant qu’il peut puis il la jette par la fenêtre et elle meurt. Le type n’a jamais eu d’antécédents psychiatriques mais on le met quand même à l’asile. Si j’avais mauvais esprit, je dirais qu’en période électorale c’était peut-être une façon de s’acheter à peu de frais la paix civile.

On apprend aujourd’hui que le tribunal ne considère pas qu’il s’agit d’un crime antisémite. Finalement je ne suis pas juriste, je n’y connais rien. Il paraît que le coupable a affirmé que son motif n’était pas anti juif. C’était quoi, son motif ? Ça ne me regarde pas. Par contre, je commence à me demander ce que ça serait, un crime anti juif ? Si traiter une dame de sale juive puis la massacrer et la défenestrer ça ne suffit pas, il faut faire quoi ?

J’ai honte que ça soit toujours des juifs qui se trouvent à écrire qu’à force de vouloir éviter de faire des vagues nos forces de l’ordre nous donnent parfois l’impression qu’on gène. Je suis le moins communautaire du monde. Je suis le premier que ça énerve, quand des gens utilisent leur ethnie ou leur religion pour se faire plaindre. Mais là, c’est dur. On a un sentiment de « circulez y a rien à voir » qui me semble dangereux. À force de ne rien voir, j’ai le sentiment qu’on peut susciter des vocations. Ou alors il y a une circonstance atténuante de bêtise ? Je me souviens qu’on disait ça au moment du « gang des barbares ». On disait qu’ils étaient tellement bêtes qu’ils ne se rendaient pas compte.

Peut-être que je me trompe complètement. Qu’est ce qui se produit, en moi, lorsque j’ai honte d’écrire ces lignes ? Je déteste parler « en tant que juif ». On ne devrait pas avoir à le faire. Pour calmer les esprits, je suggère au tribunal d’édicter une jurisprudence claire et d’affirmer haut et fort qu’un crime antisémite, ça n’existe pas. Je crois que ça soulagerait beaucoup de monde. Ça nous évitera de nous creuser la tête à nous demander ce que l’assassin aurait pu faire de plus pour que le tribunal décèle dans son geste un soupçon de haine contre les juifs.

Joann Sfar