Colloque : Comment devient-on dreyfusard ?


Colloque Comment devient-on dreyfusard ?

Organisé par le Cercle Bernard Lazare - Grenoble

En partenariat avec l'université Pierre Mendès france
jeudi 8 décembre 1994 Université Pierre Mendès France, Bâtiment Sciences de l'Homme et Mathématiques
Salle des colloques Domaine Universitaire

Quatrieme de couverture de Comment devient-on dreyfusard ? Quatrième de couvertures actes

 

Les Actes sont publiés sous le titre :
Comment devient-on dreyfusard ?
Editions L'Harmattan, Paris 1997, ISBN 2-7384-6016-X
collection La philosophie en commun



Il y a cent ans, le 22 décembre 1894, on condamnait Alfred Dreyfus pour un crime qu'il n'avait pas commis. Au-delà  des anniversaires et des commémorations présentes, en quoi l'Affaire Dreyfus nous concerne-t-elle encore ? En quoi ces passions politiques du siècle dernier, ces idéologies et ces personnages peuvent-ils éclairer notre présent ? La critique historique contemporaine a déjà  montré combien cette Affaire a divisé, à  l'époque, l'opinion française, comment elle fut un des grands traumatismes de la IIIème république. Ce drame national en a constitué la crise majeure, autour de laquelle les forces politiques du pays se sont reconstituées.

Mais ces événements ont surtout permis de reformuler quelques grandes idées et principes républicains tels que : Etat de droit, justice, rôle et place de la nation et des étrangers, etc., thèmes récurrents, et qui sont encore pour le citoyen de notre temps, fondateurs et porteurs d'espoir et d'interrogation. "Cette histoire centenaire n'est pas close" disait récemment Jean Pierre Rioux, et pour cause : elle illustre de façon exemplaire les quelques catégories essentielles autour desquelles, aujourd'hui comme hier, se joue le combat pour la démocratie. La question autour de laquelle nous voulons réfléchir : "Comment devient-on dreyfusard?" peut sans doute se décliner d'autant de façons qu'il y a eu d'acteurs qui se sont ralliés à  la cause du capitaine Dreyfus.

Cette approche permet néanmoins d'envisager la dimension collective autant qu'individuelle de ce ralliement. Nous nous situons dans la perspective de ce que Jacques Julliard a appelé la "micro-histoire", dimension originale de "l'histoire culturelle", avec l'étude des grands courants politiques issus de l'Affaire Dreyfus. Nul doute que les réponses apportées ici jetteront une lumière nouvelle sur nos débats contemporains. Les nombreuses publications récentes montrent l'intérêt renouvelé pour cette Affaire.

Une référence majeure : "l'Affaire", de Jean Denis Bredin, qui introduira ce colloque et lui apportera une contribution essentielle

Programme du colloque

Matinée, président de séance : Guy Romier, président de l'université Pierre Mendès France Grenoble II.

9 h 15 Guy Romier, président de l'université Pierre Mendès France Grenoble II,
accueil.
9 h 30 Jean-Denis Bredin, avocat à  la Cour d'Appel de Paris, écrivain,
introduction au colloque.
9 h 45 Nicolas Weill, historien, chroniqueur au Monde des Livres,
l'historiographie de l'Affaire Dreyfus.
10 h 30 Jean-Denis Bredin,
Emile Zola, la vérité en marche
11 h 15 Jean-Marie Mayeur, professeur d'Histoire à  l'université Paris Sorbonne,
les catholiques et l'affaire Dreyfus.
12 h 00 Jean-Dominique Durand, professeur d'Histoire à  l'université Jean Moulin, Lyon III,
le Vatican et l'Affaire Dreyfus.

Après-midi, président de séance : Paul Leroy, professeur de Droit à  l'université Pierre Mendès France Grenoble II

14 h 15 Danièle Delmer Maître de Conférences en Histoire à  l'université Charles de Gaulle, Lille III,
Les Juifs et l'Affaire Dreyfus.
15 h 00 M. Daniel Lindenberg Maître de Conférences, Sciences Politiques à  l'université Paris VIII,
L'improbable ralliement de Jaurès.
15 h 45 Christophe Prochasson, Maître de Conférences, Histoire Contemporaine, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Georges Sorel, l'antisémitisme et l'Affaire.
16 h 30 Table ronde, modérateur Paul Leroy, L'actualité de l'Affaire.
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Table ronde

Bernard Lazare, le premier des dreyfusards.

Jeudi 8 décembre 1994 à  20 h 30 Bibliothèque du Centre Ville, 6 rue de la République Grenoble

avec

  • Henri Bulawko, président fondateur du Cercle Bernard Lazare-Paris.
  • Daniel Lindenberg, Maître de Conférences, Paris VIII.
  • Claude Sahel, enseignant de Philosophie, Paris I.
  • Edith Aberdam, Cercle Bernard Lazare Grenoble, modérateur.

Bernard Lazare, connu aujourd'hui comme le premier des intellectuels à avoir dénoncé le procès fait à  Dreyfus, nous semble exemplaire d'une pensée critique et intransigeante. "Autrefois, on admettait que de prétendues raisons d'Etat pouvaient être supérieures aux droits de l'individu, à  la justice même, et la fiction du salut de tous servait à  cacher les abus du pouvoir comme l'ignominie des juges. Il est permis désormais de dire qu'on a laissé ceux qui dirigent la république faire de même. Cependant il s'agissait là  des garanties qui sont dues à  la liberté de chacun, et non pas seulement du capitaine Dreyfus; mais la force du préjugé était si grande, si forte la crainte de paraître l'ami des Juifs, que nul n'a osé être l'ami de la vérité et de la justice. Bernard Lazare.

Avec son intuition prodigieuse, Péguy l'avait appelé "cet athée ruisselant de la parole de Dieu"


Exposition : l'affaire Dreyfus

L'Affaire Dreyfus, vue à travers cartes postales, journaux, affiches, et livres.

Du 5 au 9 décembre 1994, Centre Régional de Documentation Pédagogique, 11 avenue du Général Champon Grenoble

Lectures

L'affaire Dreyfus racontée par Roger Martin du Gard

dans Jean Barois, avec textes de

  • Charles Péguy,
  • Emile Zola,
  • Léon Blum,
  • Alfred Dreyfus,
  • Shalom Aleicheim,
  • Bernard Lazare.

par Zvi Brojtman

Emile Zola : La Vérité est en marche, rien ne l'arrêtera !
Bernard Lazare : Resterai-je seul à  parler au nom du droit ? Je ne le crois pas. La presse a pu être trompée, égarée, mais elle saura, mieux informée, se ressaisir et, une fois encore, elle ne permettra pas qu'une monstrueuse iniquité continue à  être commise. (La vérité sur l'affaire Dreyfus)

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Brèves

Joann Sfar
Affaire Sarah Halimi

OPINIONS
JOANN SFAR SUR L'AFFAIRE SARAH HALIMI : L'ANTISÉMITISME EST OBJECTIVEMENT DEVENU UNE CIRCONSTANCE ATTÉNUANTE
21 DÉCEMBRE 2019 6 MINUTES DE LECTURE

Depuis hier recircule sur Facebook un post de Joann Sfar daté de 2017, réaction de l’écrivain, auteur de bd et réalisateur, au premier jugement du meurtrier de Sarah Halimi, alors que le parquet avait choisi de ne pas retenir la motivation antisémite des motifs de mise en examen.

Contacté par Jewpop à la suite de la décision de la cour d’appel de Paris, qui a déclaré jeudi le tueur pénalement irresponsable, écartant ainsi la possibilité de le juger aux assises comme le réclamaient les proches de la victime, Joann Sfar nous a demandé de joindre à son texte de 2017 les précisions suivantes, à titre d’exergue :

Ceci est un ancien texte, publié à l’occasion du premier jugement de l’affaire Halimi. À l’époque, la justice réfutait la circonstance aggravante d’antisémitisme. Aujourd’hui, il y a du progrès, l’antisémitisme est objectivement devenu une circonstance atténuante. Un chauffard sous l’emprise du cannabis relève des tribunaux, pas un tueur de juive, semble-t-il. Le message aux juifs est limpide.

Le texte publié sur la page Facebook de Joann Sfar en 2017

Le truc, c’est que lorsque tu es juif, tu n’oses jamais dire que quoi que ce soit relève de l’antisémitisme parce que tu as peur qu’on te dise que tu pleurniches. Je ne connais l’affaire Sarah Halimi que par ce que les médias en disent. Si j’ai bien compris, un type traitait la dame juive de son immeuble de sale juive à chaque fois qu’il la voyait. Puis une nuit il pète un câble, il met la misère dans tout l’immeuble puis il s’enferme avec la dame. Il la massacre pendant des heures. La police est dans l’immeuble et n’intervient pas. Il hurle Allah hou Akbar tant qu’il peut puis il la jette par la fenêtre et elle meurt. Le type n’a jamais eu d’antécédents psychiatriques mais on le met quand même à l’asile. Si j’avais mauvais esprit, je dirais qu’en période électorale c’était peut-être une façon de s’acheter à peu de frais la paix civile.

On apprend aujourd’hui que le tribunal ne considère pas qu’il s’agit d’un crime antisémite. Finalement je ne suis pas juriste, je n’y connais rien. Il paraît que le coupable a affirmé que son motif n’était pas anti juif. C’était quoi, son motif ? Ça ne me regarde pas. Par contre, je commence à me demander ce que ça serait, un crime anti juif ? Si traiter une dame de sale juive puis la massacrer et la défenestrer ça ne suffit pas, il faut faire quoi ?

J’ai honte que ça soit toujours des juifs qui se trouvent à écrire qu’à force de vouloir éviter de faire des vagues nos forces de l’ordre nous donnent parfois l’impression qu’on gène. Je suis le moins communautaire du monde. Je suis le premier que ça énerve, quand des gens utilisent leur ethnie ou leur religion pour se faire plaindre. Mais là, c’est dur. On a un sentiment de « circulez y a rien à voir » qui me semble dangereux. À force de ne rien voir, j’ai le sentiment qu’on peut susciter des vocations. Ou alors il y a une circonstance atténuante de bêtise ? Je me souviens qu’on disait ça au moment du « gang des barbares ». On disait qu’ils étaient tellement bêtes qu’ils ne se rendaient pas compte.

Peut-être que je me trompe complètement. Qu’est ce qui se produit, en moi, lorsque j’ai honte d’écrire ces lignes ? Je déteste parler « en tant que juif ». On ne devrait pas avoir à le faire. Pour calmer les esprits, je suggère au tribunal d’édicter une jurisprudence claire et d’affirmer haut et fort qu’un crime antisémite, ça n’existe pas. Je crois que ça soulagerait beaucoup de monde. Ça nous évitera de nous creuser la tête à nous demander ce que l’assassin aurait pu faire de plus pour que le tribunal décèle dans son geste un soupçon de haine contre les juifs.

Joann Sfar