Des berges du Rhin aux rives du Mississipi

Conférence par Anny Bloch-Raymond

Le jeudi 4 février 2010 à 20 heures au CCJ, Grenoble

Entrée libre
Partenariat AJP, CBL et CCJ

Anny Bloch-Raymond, CNRS, LISST-Centre d'Anthropologie sociale CNRS, EHESS,UTM Université Toulouse Le Mirail
Maison de la Recherche, 5 allées Antonio Machado 31058 Toulouse CEDEX 09

Anny Bloch-Raymond

La quatrième de couverture

Les émigrants juifs rhénans installés le long du Mississippi depuis quatre générations, ont laissé des traces de leurs déplacements et de leur inscription dans la culture du Sud des Etats-Unis : enseignes de magasins, petites villes qui portent leurs noms, habitations et plantations, auberges et musées, synagogues et cimetières ruraux

Les jeunes pionniers s'initient, dès leur arrivée, au commerce le long du Mississippi pour rejoindre, une fois prospères, La Nouvelle Orléans. Ils font fortune dans l'industrie du sucre, du coton, du papier et du tabac. Quelques synagogues existent, créées préalablement par de riches marchands venus des Antilles. Cependant, jaloux de leurs origines et de leurs rites, les Alsaciens et les Palatins bâtissent leurs temples et adoptent, dès les années 1870, un judaïsme libéral proche du modèle protestant qui les environne.

Comment caractériser les juifs du Sud ?
Une manière d'être dans le monde rural ?
Une capacité à se conformer aux usages locaux ?
Un art du « Laissez le bon temps rouler » ?
L'invention d'une cuisine cacher créole ?
Une proximité avec le monde noir ?
Les pionniers ont rêvé de liberté et d'égalité. Des premiers pas dans leur nouveau pays à leur engagement dans l'armée confédérée, ils n'épargnent pas leur peine pour être reconnus pleinement citoyens.
Mais sont-ils réellement partie intégrante du Sud ?

Résultat d'une collecte de récits oraux auprès d'une centaine de familles et de l'exploration des archives, cet ouvrage restitue la parole et l'expérience singulières de ces aventuriers au plus près de la vie de tous les jours, soulignant leur vaillance, leurs exploits et leurs illusions.



Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.