Concert Yiddishland, cycle Grands interprètes, ensemble Musique Oblique

Ensemble musique oblique

Jeudi 26 janvier 2012 à 19h30
à l'Auditorium du Musée, Grenoble

Programme

  • PROKOFIEV : Ouverture sur des thèmes juifs
  • BRUCH : Kol nidre
  • CHOSTAKOVITCH : Trio avec piano n°67
  • BLOCH : Nigun
  • GOLIJOV : The Dreams and Prayers of Isaac the Blind

Tarifs

Plein tarif 30 € , adhérents et Cbl : 25 €, réduit / clé 20 €


L'ensemble Musique Oblique

  • Richard Schmoucler et Martial Gauthier, violons
  • Silvia Simionescu, alto
  • Diana Ligeti, violoncelle
  • Maria Belooussova, piano
  • Rémi Lerner, clarinette

Bienvenue au Yiddishland

La composition comme territoire de l’imaginaire, voilà la certitude qui traverse ce concert original que l’ensemble Musique Oblique interprétera prochainement à l’auditorium. A partir du méconnu Osvaldo Golijov, de son poème épique « Rêves et Prières d’Isaac l’Aveugle » et d’œuvres de Prokofiev, Bruch, Chostakovitch et Bloch, six musiciens hors normes cartographient les six mille années du judaïsme en Europe.

Peu de formations classiques pensent leurs programmes autrement que par l’enchaînement chronologique des compositions : si parfois elles y glissent une gradation dans l’émotion, « construire » le concert est plus rare. Depuis sa création, l’ensemble instrumental se tient à la croisée des chemins : se saisissant des œuvres du répertoire, Musique Oblique les fait résonner d’une idée nouvelle, celle du parallèle.

Pour imaginer le Yiddishland, territoire à la culture en ruine depuis la tragédie du XXe siècle, ces géomètres prennent la mesure de l’étrange Dreams and Prayers of Isaac the Blind d’Osvaldo Golijov en reliant ce compositeur argentin contemporain à ses inspirateurs. L’Ouverture sur des thèmes juifs de Prokofiev trouve ainsi toute sa place en début de concert, s’en suit Kol nidre de Bruch, le Trio avec piano op. 67 de Chostakovitch et Nigun d’Ernest Bloch. Ces frontières musicales habilement réunies par la virtuosité des musiciens expliquent le poème de Golijov, mélange de chants et de prières Yiddish qui évoquent la figure mystique d’Isaac.
Une démarche sans travers à découvrir jeudi 26 janvier à l’auditorium.


Une initiative Musée en Musique,
en partenariat avec le Cercle Bernard Lazare - Grenoble


Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.