Conférence de Nicole Lapierre :
Causes communes, des Juifs et des Noirs

Le mercredi 14 mars à 20h30 au Centre Culturel Juif de Grenoble

Dans Causes communes. Des Juifs et des Noirs , la sociologue Nicole Lapierre croise histoire, anthropologie, philosophie et poétique pour une analyse vivifiante de deux mémoires tragiques.
Retraçant avec mille histoires inédites les relations nouées par des Juifs et des Noirs autour d’idéaux de liberté et de dignité durant le XXème siècle, Nicole Lapierre nous emmène dans un vaste voyage, de New-York à Varsovie, du Mississippi à l’Ouzbékistan, de la Lituanie à l’Afrique du Sud, de Harlem à Paris, en passant par les Antilles. En chemin, elle nous convie à rencontrer de grandes figures au parcours souvent exceptionnel, tels Martin Luther King, Paul Robeson, Léopold Sédar Senghor, André Schwarz-Bart, Aimé Césaire ou Frantz Fanon.
Nourri par l’enquête, son propos prend résolument le contre-pied de cette triste dérive appelée « concurrence des victimes » qui renvoie dos à dos deux communautés de souffrance. Les tensions qui parfois les opposent nous concernent tous tant elles résultent de la reconnaissance variable, et souvent inégale, accordée aux destins des opprimés ou des persécutés. Quels qu’ils soient. Juifs ou Noirs.
Vigoureux éloge de l’empathie, Causes communes offre une perspective nouvelle et passionnante sur l’histoire partagée des uns et des autres. Plutôt que d’attiser la rivalité, ce livre prend le parti d’une solidarité fondée sur le respect et la réciprocité.

A l’initiative de l'AJP
En partenariat avec
Le Centre Culturel Juif de Grenoble
Le Cercle Bernard Lazare - Grenoble



Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.