Hommage à une grande figure du CBL, Henry Bulawko, un Mensch

Henry Bulawko

Henry Bulawko (1918-2011)


  • La Ville de Grenoble
  • Le Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère - Maison des Droits de l'Homme
  • Le Cercle Bernard Lazare - Grenoble
  • Le B'naï B'rith - Grenoble

vous invitent à l'hommage à Henry Bulawko
Le mercredi 23 janvier 2013 à 18h30 dans les salons de l'Hôtel de Ville, 11 boulevard Jean Pain, Grenoble


  • L'homme : par Roger Herman (Union des Déportés d'Auschwitz)
  • Le militant, l'écrivain : par David Fuchs (Cercle Bernard Lazare Paris)
  • L'ami d'Israël : par Dov Puder (Kibboutz Hatzor)
  • Musique : Michèle Tauber, chant et Misha Nisimov, accordéon

portrait

Henry Bulawko a fondé en 1954, avec ses amis, le Cercle Bernard Lazare et, en 1957, sa revue, « Les Cahiers du Cercle Bernard Lazare », doublée d'une revue en yiddish, langue qui lui était si chère. Il était un fin connaisseur de la littérature de cette langue menacée par l'anéantissement du yiddishland, auteur notamment d'une biographie de l’écrivain Shalom Aleichem. Agnostique, Henri Bulawko avait conservé l'esprit des hassidim du monde perdu de sa jeunesse. Rescapé d’Auschwitz, il était habité par une grande joie de vivre qui se manifestait par son sens de l'humour (il fut également l'auteur d'une « Anthologie de l'humour juif et israélien »).

Journaliste, écrivain, traducteur, Henry Bulawko a été sur tous les fronts de la mémoire mais aussi du temps présent pour bâtir un monde plus juste, plus fraternel, avec pour ligne d'horizon la paix au Proche-Orient. Avec un remarquable esprit synthétique, il savait résumer et conclure une discussion. Et aussi, il était toujours capable de trouver le « witz » (le mot d’esprit) qui soulignait son propos.

Ses liens avec Grenoble furent nombreux et justifient l'hommage qui lui est rendu en Mairie. Pendant des décennies, dès le début des années 1960, il ne se passait pas une saison sans une visite de Henry Bulawko dans notre ville. Il nous rejoignait à chaque commémoration, célébration, événement politique. Il analysait l'actualité d'une manière non conformiste, sans manichéisme. C'est à cet homme que le Cercle Bernard Lazare – Grenoble doit son existence. Mais Henry Bulawko était connu ici bien avant la naissance du Cbl-Grenoble. Nous espérons que cette soirée sera l'occasion d'évoquer tous ces grenoblois qui, avec lui, ont fait renaître notre communauté après la seconde guerre mondiale.

Avec ses compagnons et collaborateurs nous faisons nôtre l'héritage culturel, politique et humain que nous laisse Henry Bulawko. Organisateur hors pair, tribun défendant les idées de paix et de progrès, infatigable combattant contre le racisme et l'antisémitisme, et grand défenseur de la mémoire juive, Henry Bulawko portait en lui toutes les composantes de la judéité moderne. Et il savait faire confiance aux jeunes générations pour poursuivre ses combats.

Très jeune, il s'était engagé dans la Résistance et le sauvetage d'enfants, avec le comité Amelot. Il fait partie des rares rescapés de la Shoah à avoir endossé, dès leur retour des camps nazis, le rôle de porteurs de mémoire. Et à en avoir fait l'engagement de toute une vie.

Humaniste, sioniste, Henry Bulawko était un homme de gauche toujours impliqué dans la société française, ayant gardé toute sa vie cette jeunesse d’esprit qui préservait sa capacité d’indignation.


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Brèves

J'accuse

Le Canard enchaîné, n° 5166 du 13 novembre 2019

Rubrique "Le Cinéma"

(L'Affaire dans la plaie)

Roulement de tambour : le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus est dégradé dans la cour de l'Ecole militaire, devant un parterre d'officiers et une foule antisémite haineuse qui s'accroche aux grilles. Promu à la tête du contre-espionnage à la suite de ce jugement, le lieutenat-colonel Picquart a des doutes et reprend l'enquête. quitte à se heurter au commandant Henry, son adjoint, et à une brochette de généraux plus cyniques les uns que les autres.

C'est tambour battant que Roman Polanski relate l'affaire Dreyfus, dans ce film resserré et exemplaire qui avance à marche forcée. Il décrit minutieusement la mécanique huilée par la raison d'Etat, qui broie les individus. Et peint ce monde d'hommes en noir - généraux et juges - prêts à sacrifier la vérité et la justice au non du sacro-saint honneur de l'armée. Par un juste retour des choses, et un beau renversement historique, le fil a été projeté ce 4 novembre, en avant première dans l'enceinte de l'Ecole militaire devant un parterre de hauts gradés.

Adoptant non pas le point de vue du capitaine déshonnoré mais celui du lieutenant colonel qui a contribué à lui rendre son honneur, Polanski réalise un film brillant qui met une version de cette affiare si complexe à la portée de tous ou presque. L'interprétation est impeccable. Notamment Jean Dujardin, fougueux et rigoureux en Picquart, Louis Garrrel noué et rigide en Dreyfus, et Grégory Gadebois, extraordinaire de veulerie dans le rôle de Henry.

Finalement couronné par le grand prix à Venise, le film a été difficile à monter et pas simple à promouvoir. Pas question ici de balayer les accusations de viol contre son auteur, lancées à la veille de sa sortie. Elles visent l'homme, mais il serait dommage qu'elle atteignent l'oeuvre . D'autant qu'un film, celui-ci comme un autre, est, rappelons-le, un travaiol collectif.

David Fontaine