Récital de chant : par Léa Sarfati

Femmes de désir. Désirs de femmes


Que font les héroïnes d’opéra ?
Elles aiment, passionnément, follement, d'homme en homme, de fête en fête. Elles aiment à en mourir.
Tout cela serait très triste si elles ne se lançaient dans l'amour et dans la mort avec une fougue sauvage et belle.
Et leur désir flambe jusqu'au dernier instant.

Mais pourquoi meurent-elles si souvent sur les scènes d’opéra, les héroïnes ? Pourquoi succombent-elles à leur désir ? Pourquoi connaissent-elles toujours la maladie, la prison, la prostitution, l'assassinat ? Le plaisir leur serait-il interdit ?
Est-ce que les héros meurent autant ?

Nous avons eu envie de poser la question sur scène avec légèreté et humour. Nous avons eu envie de retrouver les héroïnes les plus bouleversantes, leurs joies inoubliables et leurs douleurs tout aussi puissantes. Elles nous fascinent.

Léa Sarfati dialogue avec ces femmes auxquelles elle donne sa voix. La pianiste, Aline Bartissol, elle est femme aussi, dialogue avec le piano... Une grande histoire d’amour. Pur plaisir du chant et du jeu. Un plaisir inusité. Une liberté inusitée. Une joie sans limite. Car la chanteuse adore mourir. En scène.

Avec Puccini, Verdi, Massenet, Mozart, Wagner.

Concert de Léa

Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.