Théâtre filmé : Vers toi, terre promise : tragédie dentaire
de Jean Claude Grumberg

Projection le 1er avril 2017 à 19h30

C’est ça, c’est ça, l’hébreu… Va falloir qu’ils m’apprennent d’urgence à gémir en hébreu !
Que reste-t-il quand il n’y a plus rien ? Quand on perd une dent soit elle repousse, soit on la remplace.
Mais on ne remplace pas un être cher lorsqu’il a disparu. On ne remplace pas un pays par un autre quand on n’a plus de patrie.
Dans Vers toi terre promise, Jean-Claude Grumberg s’interroge sur ce que cela signifie d’être dépossédé de tout ce qui constituait une vie.
En 1942, Charles Spodek, victime des lois anti-juives, doit abandonner son cabinet de dentiste. Il le récupérera en 1945. Mais entre temps une de ses filles a disparu en déportation tandis que l’autre, placée pendant la guerre dans un couvent, a choisi de rentrer dans les ordres.
Charles et Clara, son épouse, ne la reverront plus. Pour eux qui sont athées, la nouvelle est un choc.
Progressivement s’insinue en eux le sentiment de ne plus avoir de pays. Et aussi, sans grande conviction, le besoin de partir ailleurs.
En Israël ? Pourquoi pas ?

Samedi 1er avril à 19h30 chez Sarfati.
Chacun apporte selon son goût (sucré, salé, ...)


Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.