Film et débat sur Céline
Le dimanche 28 janvier à 18 h précises.

Céline en 1937, ennemi du Front populaire, et partisan d’une alliance avec Hitler,
choisit de devenir un écrivain anti juif. Il s’engouffre opportunément dans la vague antisémite,
bataillant sans relâche contre le « péril rouge » et le « péril juif ».
Pendant l’occupation, il fait figure de prophète et de pape de l’antisémitisme.

Récemment l’éditeur Gallimard a voulu rééditer Bagatelles pour un massacre ,
L'école des cadavres et Les Beaux draps avec les réactions et la suite que l’on sait.

Certains alors pouvaient se dire que, si Céline était un salaud de par ses écrits,
il n’en demeurait pas moins un des plus écrivains du 20ème siècle et qu’il fallait
en quelque sorte ne pas le prendre au sérieux, mettre de côté ses écrits antisémites
et ne pas y attacher plus d’importance que cela, écrits mis sur le compte d’une sorte de folie,
d’une hystérie irresponsable.

D’où les questions d’actualité : Céline le grand écrivain était-il un salaud ?
Le génie de l’écriture peut-il tout pardonner ?

La légende d’un Céline qui n’aurait collaboré que par des mots et non par des actes a perdu toute crédibilité suite à la brillante analyse de Pierre André Taguiev et Annick Duffour, Céline, la race, le Juif (Fayard). On apprend dans cet ouvrage de 1200 pages qu’en vérité Céline a participé à des réunions ou des meetings organisés par les milieux pro-nazis. Il a fréquenté des hauts responsables de la Gestapo, il a dénoncé, fait déporter et mourir des personnes juives et non juives, dont le poète Robert Desnos.
D’où l’affirmation des auteurs de cette enquête :
Ce qui nous sépare des célinistes cultivés, universitaires ou non, c’est d’abord que nous inscrivons le pamphlétaire Céline dans l’histoire de l’antisémitisme moderne.
Ensuite que nous lui accordons une importance majeure en tant que propagandiste antijuif charismatique. Son antisémitisme démonologique et apocalyptique par sa virulence et son caractère délirant reste sans équivalent dans le monde littéraire au 20ème siècle.

Taguiev fait le constat que les spécialistes de Céline, à quelques exceptions près, ne possèdent pas les connaissances requises pour commenter avec rigueur les écrits, les pamphlets, leur culture en la matière étant fragmentaire et de seconde main et surtout leurs intérêts étant ailleurs.

Ce sont ces constats cumulés qui nous ont conduits au projet de rédiger le présent ouvrage. Ce livre de 1200 pages, fruit d’un travail de recherche de quinze années, est une somme, le livre de référence que l’on attendait sur le cas Céline. Il croise la lecture des textes avec l’histoire intellectuelle et politique.

C’est de ce livre, de la lecture d’extraits de Bagatelles pour un massacre , de la polémique récente avec Gallimard, dont nous allons discuter après avoir visionné un film réalisé par Emmanuel Bourdieu avec Denis Lavant et Géraldine Pailhas.


Brèves

Denis Peschanski

Facebook, 9 novembre, 12 h

Le président s'est abimé.

Il est étonnant qu'un président qui a accompagné Ricoeur dans son ouvrage sur l'histoire et la mémoire ait pu ainsi se tromper sur la bonne attitude à tenir. Je m'y attarde car ce qu'il a fait il y a deux jours était déjà dans le programme initial des commémorations et des hommages annoncé à la mi-octobre avant qu'une première intervention ait permis d'en faire un quasi non événement puisqu'il n'existait plus. Puis il a remis le couvert. Avec des conséquences qui, pourtant, se sont fait sentir immédiatement et qui ont été exactement celles qui étaient annoncées.

Reprenons quelques arguments :

Mais l'essentiel est ailleurs. On en trouve trace dans la référence qui est faite par De Gaulle lui-même en 1966 à Pétain, lors d'une cérémonie à Douaumont, et en 1968 aux 8 maréchaux, dont Pétain lui-même. Déjà De Gaulle est De Gaulle et, justement, il a construit sa légitimité contre celle affirmée de Pétain en 1940. En outre il faut écouter ces discours qui ne se résument pas à cela. Mais surtout il y a un point de politique publique et un autre de politique mémorielle à retenir :

Pour avoir oublié curieusement la singularité des mécanismes mémoriels et pour avoir cédé à des hiérarques militaires qu'il avait souhaité, dans un premier temps, remettre à leur place, le président a fauté.