Conférence : Juifs et citoyens, histoire d'une transmission familiale

par Mireille Provansal,
le lundi 2 décembre 2019 à 19h30 au CCJ

Libre participation aux frais

Mireille Provansal est l'auteur d'un livre intitulé
Du ghetto au maquis, publié aux éditions Ovadia

Du ghetto au maquis

Descendant d’une famille de Juifs lorrains ayant choisi la France en 1871, Jean Lippmann fut un des héros de la résistance à Nice, puis dans les Alpes du Sud. Chef de maquis dans la vallée de l’Ubaye, il fut fusillé en 1944.

Sa petite fille, Mireille Provansal, a choisi de remonter le fil du temps grâce à d’abondantes archives familiales, afin d’interroger les racines de cette histoire.

Son ouvrage, intitulé Du ghetto au maquis, raconte la saga d’une famille juive sur plus de deux siècles depuis l’ancêtre médecin du ghetto de Metz au XVIIIème siècle. Il traverse ainsi les ruptures de la grande Histoire et les mutations de la société française, de la Révolution à l’Affaire Dreyfus, aux guerres de 1870 et de 1914-18, jusqu’à la seconde Guerre mondiale et la Résistance.

Mireille Provansal y débat des raisons de l’engagement d’une famille juive face aux différents visages de l’antisémitisme et au nazisme. Elle développe l’idée qu’être juif depuis 250 ans, c’est parfois et paradoxalement, être pratiquant ou libre penseur, dénier ou revendiquer sa judéité, rechercher l’intégration ou se replier sur sa famille.

C’est en tous cas toujours affirmer son patriotisme et s’engager parfois dans les combats humanitaires dans la conscience persistante d’une différence.

Au travers de quelques portraits hauts en couleurs, son livre aborde les questions de la diversité culturelle et de l’intégration dans la France moderne, de héros quotidiens qui ont collé à leur époque, tout en restant eux-mêmes.

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Mireille Provansal-Lippmann a été Professeur de Géographie à l’Université d’Aix-Marseille. La rédaction de son livre (Du ghetto au Maquis, ed. Ovadia, coll. Histoire et destinées, 2018) a bénéficié de l’appui d’historiens de la judéité et de la Résistance.

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Soirée organisée par le Cercle Bernard Lazare - Grenoble, en partenariat avec le Centre Culturel Juif

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Brèves

J'accuse

Le Canard enchaîné, n° 5166 du 13 novembre 2019

Rubrique "Le Cinéma"

(L'Affaire dans la plaie)

Roulement de tambour : le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus est dégradé dans la cour de l'Ecole militaire, devant un parterre d'officiers et une foule antisémite haineuse qui s'accroche aux grilles. Promu à la tête du contre-espionnage à la suite de ce jugement, le lieutenat-colonel Picquart a des doutes et reprend l'enquête. quitte à se heurter au commandant Henry, son adjoint, et à une brochette de généraux plus cyniques les uns que les autres.

C'est tambour battant que Roman Polanski relate l'affaire Dreyfus, dans ce film resserré et exemplaire qui avance à marche forcée. Il décrit minutieusement la mécanique huilée par la raison d'Etat, qui broie les individus. Et peint ce monde d'hommes en noir - généraux et juges - prêts à sacrifier la vérité et la justice au non du sacro-saint honneur de l'armée. Par un juste retour des choses, et un beau renversement historique, le fil a été projeté ce 4 novembre, en avant première dans l'enceinte de l'Ecole militaire devant un parterre de hauts gradés.

Adoptant non pas le point de vue du capitaine déshonnoré mais celui du lieutenant colonel qui a contribué à lui rendre son honneur, Polanski réalise un film brillant qui met une version de cette affiare si complexe à la portée de tous ou presque. L'interprétation est impeccable. Notamment Jean Dujardin, fougueux et rigoureux en Picquart, Louis Garrrel noué et rigide en Dreyfus, et Grégory Gadebois, extraordinaire de veulerie dans le rôle de Henry.

Finalement couronné par le grand prix à Venise, le film a été difficile à monter et pas simple à promouvoir. Pas question ici de balayer les accusations de viol contre son auteur, lancées à la veille de sa sortie. Elles visent l'homme, mais il serait dommage qu'elle atteignent l'oeuvre . D'autant qu'un film, celui-ci comme un autre, est, rappelons-le, un travaiol collectif.

David Fontaine