Théâtre : Représentation de Nathan le sage
une pièce de Gotthold Ephraïm Lessing (1779)

Qu'est-ce que Nathan le sage ?

Nous sommes en 1187 à Jérusalem. Saladin vient de reconquérir la ville occupée depuis 88 ans par les croisés. Les trois personnages centraux sont un musulman, un chrétien, et un riche négociant juif. Ce conte philosophique aux accents orientaux, par la chaleur humaine et la fraternité qui l’animent, reste vivant et terriblement actuel. Une parabole du vivre ensemble.

Jérusalem, cœur du chaudron brûlant allumé par les Croisades. Le sultan Saladin, nouveau maître de la ville, respectueux de la foi de chacun, musulmans, juifs et chrétiens, combat les Templiers qui tuent en invoquant Dieu, mais en épargne un : le jeune Templier erre, mélancolique, et sauve des flammes, fait inouï, une jeune fille juive, fille du marchand Nathan le Sage. En réunissant les destins séparés de ces trois hommes, Lessing, en 1779, élève la tolérance religieuse et l’amour du prochain au rang de suprême vertu.

« Cette pièce a l’immense intérêt d’aller au-delà de la protestation contre la cruauté et l’absurdité du monde. Elle prône la tolérance, l’ouverture, l’intelligence et la bonté sans jamais tomber dans l’impasse des bons sentiments, dont on sait à quel point ils ne suffisent pas à faire de bonnes pièces.

Mais «Nathan le Sage » est aussi une comédie trépidante. Et même si presque toutes les scènes sont des disputes philosophiques et politiques sur fond de retournements et de révélations spectaculaires, les ingrédients de la comédie sont là, à chaque réplique : humour, suspense, idylles amoureuses, ruses brechtiennes, coups de théâtre, en constituent la moelle.
La “bonté” est ici le fruit d’une victoire sur la bêtise, l’inculture, l’aveuglement et la rigidité. [...]

Bernard Bloch

Mise en scène par Philippe Garin, avec la troupe Atheca,
Cette pièce, qui dure 135 minutes, sera jouée au CCJ
le 20 novembre 2019 à 19h30
Le prix des places est fixé à 10 €
Une fois représentation commencée, la porte sera fermée

Personnages et distribution, par ordre d’apparition :

  • La NARRATRICE : Lisa Prayer
  • NATHAN, riche marchand : Charles Tordjman
  • DAJA, sa servante chrétienne : Violette Ballot
  • RÉCHA, fille de NATHAN : Thaïs Ballot
  • LE TEMPLIER : Michel Avédikian
  • FRÈRE BONIFADÈS : Philippe Garin
  • SALADIN, le sultan : Patrick Ballot
  • SITTAH, la sœur du Sultan : Anne Pommeray
  • Le PATRIARCHE de Jérusalem : Charles Tordjman

Durée : 2h15

Photo de la troupe

Soirée organisée par le Cercle Bernard Lazare - Grenoble, en partenariat avec le Centre Culturel Juif

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Brèves

J'accuse

Le Canard enchaîné, n° 5166 du 13 novembre 2019

Rubrique "Le Cinéma"

(L'Affaire dans la plaie)

Roulement de tambour : le 5 janvier 1895, le capitaine Alfred Dreyfus est dégradé dans la cour de l'Ecole militaire, devant un parterre d'officiers et une foule antisémite haineuse qui s'accroche aux grilles. Promu à la tête du contre-espionnage à la suite de ce jugement, le lieutenat-colonel Picquart a des doutes et reprend l'enquête. quitte à se heurter au commandant Henry, son adjoint, et à une brochette de généraux plus cyniques les uns que les autres.

C'est tambour battant que Roman Polanski relate l'affaire Dreyfus, dans ce film resserré et exemplaire qui avance à marche forcée. Il décrit minutieusement la mécanique huilée par la raison d'Etat, qui broie les individus. Et peint ce monde d'hommes en noir - généraux et juges - prêts à sacrifier la vérité et la justice au non du sacro-saint honneur de l'armée. Par un juste retour des choses, et un beau renversement historique, le fil a été projeté ce 4 novembre, en avant première dans l'enceinte de l'Ecole militaire devant un parterre de hauts gradés.

Adoptant non pas le point de vue du capitaine déshonnoré mais celui du lieutenant colonel qui a contribué à lui rendre son honneur, Polanski réalise un film brillant qui met une version de cette affiare si complexe à la portée de tous ou presque. L'interprétation est impeccable. Notamment Jean Dujardin, fougueux et rigoureux en Picquart, Louis Garrrel noué et rigide en Dreyfus, et Grégory Gadebois, extraordinaire de veulerie dans le rôle de Henry.

Finalement couronné par le grand prix à Venise, le film a été difficile à monter et pas simple à promouvoir. Pas question ici de balayer les accusations de viol contre son auteur, lancées à la veille de sa sortie. Elles visent l'homme, mais il serait dommage qu'elle atteignent l'oeuvre . D'autant qu'un film, celui-ci comme un autre, est, rappelons-le, un travaiol collectif.

David Fontaine