Communiqué du Cercle Bernard Lazare - Grenoble

Mardi 10 octobre 2000

Depuis quelques jours la violence qui explose entre les Palestiniens et les Israéliens nous est insupportable. Trop de médias écrits, radiophoniques et télévisuels tirent de ces événements des commentaires schématiques, voire malhonnêtes. Il est vrai que la situation paraît très déséquilibrée avec d'un côté une armée puissante et de l'autre des "lanceurs de pierres". Pour nous tous qui sommes loin du champ de confrontation, il faut savoir justement aller au-delà de toute caricature. Certains Palestiniens sont armés et les forces officielles palestiniennes interviennent dans de véritables combats de rue où se mêlent des enfants et des adolescents.

La visite mal venue de Sharon au "Mont du Temple / Esplanade des Mosquées" ne peut expliquer à elle seule l'ampleur de la réaction palestinienne et plus largement arabe. Cette réaction correspond à des frustrations réelles, anciennes et profondes, aggravées par la difficulté des négociations de paix ou par le prolongement de la présence militaire israélienne dans une partie des territoires palestiniens. Elle traduit aussi des faits moins souvent évoqués, - la haine entretenue dès l'école non seulement contre les "sionistes" mais plus largement contre les juifs, - le développement de l'intégrisme et du fanatisme religieux dans l'ensemble du Proche-Orient... Et contrairement à ce qu'affirment les médias, la violence avait commencé avant même les événements de Jérusalem : ces derniers jours, plusieurs attentats avaient été commis contre des Israéliens. Il faut aussi considérer que les événements actuels sont devenus un enjeu politique pour Yasser Arafat : c'est pour lui le moyen de se rapprocher des Palestiniens, largement déçus par la trop lente création de leur Etat, et de retrouver les soutiens internationaux qui avaient faibli après Camp David.

La tragédie actuelle pose le problème de la durée et de la dureté des pourparlers de paix, éléments déterminants dans la révolte palestinienne. La compassion générale vis-à-vis des Palestiniens ne peut suffire : elle aboutit à des propositions qui paraissent à première vue évidentes mais dont le simplisme ignore les données réelles du terrain et des populations concernées. Le problème de Jérusalem est particulièrement symptomatique. Tout y est enchevêtré : les quartiers, les populations, les itinéraires, les symboliques, les espaces sacrés... La proposition de certaines personnalités françaises de partager la ville (Le Monde du 4 octobre) pourrait paraître raisonnable mais elle témoigne d'une méconnaissance des réalités et des enjeux. La solution de ce problème très difficile ne peut venir de la passion et les donneurs de conseil qui condamnent trop vite Israël ne font que renforcer les illusions et les extrémismes.

Les Israéliens veulent avant tout vivre en sécurité et en paix avec leurs voisins Palestiniens et plus largement arabes. Pour cela ils sont acquis au processus en cours qui a prévu de très larges restitutions territoriales. La création de l'Etat palestinien est également admise par le plus grand nombre. Mais encore faut-il que les dirigeants palestiniens leur apparaissent crédibles et parlent autant pour aujourd'hui que pour demain. Le maintien de la surenchère palestinienne, l'imprécision voulue de certaines déclarations, plus antisémites qu'anti-israéliennes, ne peuvent que renforcer les appréhensions israéliennes et ralentir encore la prise de décisions difficiles et peu porteuses électoralement.

Les soulèvements et certaines formes très violentes de répression que ceux-ci entraînent sont une tragédie qui dépasse le terrible décompte des morts et des blessés. En effet, c'est tout le processus des négociations de paix qui peut être remis en cause. Même si les dirigeants arrivent à des compromis, la méfiance et l'incompréhension entre les deux peuples concernés, déjà si grandes, n'en seront que renforcées. Les accords de paix inscrits sur le papier ne pourront vivre sans une coopération entre les deux peuples, israélien et palestinien. Ces accords conditionnent aussi la paix intérieure en Israël, notamment en ce qui concerne une meilleure prise en compte des problèmes économiques, sociaux et politiques des arabes israéliens.

C'est pourquoi nous demandons à ceux qui soutiennent les Palestiniens de ne pas oublier qu'il existe aussi des Israéliens dont beaucoup oeuvrent quotidiennement à une compréhension réciproque et à une coexistence pacifique. Leur travail est aujourd'hui remis en cause et ils ont eux aussi besoin d'être soutenus. C'est le sens de l'action du Cercle Bernard Lazare de Grenoble.

Haut de page

Brèves

Joann Sfar
Affaire Sarah Halimi

OPINIONS
JOANN SFAR SUR L'AFFAIRE SARAH HALIMI : L'ANTISÉMITISME EST OBJECTIVEMENT DEVENU UNE CIRCONSTANCE ATTÉNUANTE
21 DÉCEMBRE 2019 6 MINUTES DE LECTURE

Depuis hier recircule sur Facebook un post de Joann Sfar daté de 2017, réaction de l’écrivain, auteur de bd et réalisateur, au premier jugement du meurtrier de Sarah Halimi, alors que le parquet avait choisi de ne pas retenir la motivation antisémite des motifs de mise en examen.

Contacté par Jewpop à la suite de la décision de la cour d’appel de Paris, qui a déclaré jeudi le tueur pénalement irresponsable, écartant ainsi la possibilité de le juger aux assises comme le réclamaient les proches de la victime, Joann Sfar nous a demandé de joindre à son texte de 2017 les précisions suivantes, à titre d’exergue :

Ceci est un ancien texte, publié à l’occasion du premier jugement de l’affaire Halimi. À l’époque, la justice réfutait la circonstance aggravante d’antisémitisme. Aujourd’hui, il y a du progrès, l’antisémitisme est objectivement devenu une circonstance atténuante. Un chauffard sous l’emprise du cannabis relève des tribunaux, pas un tueur de juive, semble-t-il. Le message aux juifs est limpide.

Le texte publié sur la page Facebook de Joann Sfar en 2017

Le truc, c’est que lorsque tu es juif, tu n’oses jamais dire que quoi que ce soit relève de l’antisémitisme parce que tu as peur qu’on te dise que tu pleurniches. Je ne connais l’affaire Sarah Halimi que par ce que les médias en disent. Si j’ai bien compris, un type traitait la dame juive de son immeuble de sale juive à chaque fois qu’il la voyait. Puis une nuit il pète un câble, il met la misère dans tout l’immeuble puis il s’enferme avec la dame. Il la massacre pendant des heures. La police est dans l’immeuble et n’intervient pas. Il hurle Allah hou Akbar tant qu’il peut puis il la jette par la fenêtre et elle meurt. Le type n’a jamais eu d’antécédents psychiatriques mais on le met quand même à l’asile. Si j’avais mauvais esprit, je dirais qu’en période électorale c’était peut-être une façon de s’acheter à peu de frais la paix civile.

On apprend aujourd’hui que le tribunal ne considère pas qu’il s’agit d’un crime antisémite. Finalement je ne suis pas juriste, je n’y connais rien. Il paraît que le coupable a affirmé que son motif n’était pas anti juif. C’était quoi, son motif ? Ça ne me regarde pas. Par contre, je commence à me demander ce que ça serait, un crime anti juif ? Si traiter une dame de sale juive puis la massacrer et la défenestrer ça ne suffit pas, il faut faire quoi ?

J’ai honte que ça soit toujours des juifs qui se trouvent à écrire qu’à force de vouloir éviter de faire des vagues nos forces de l’ordre nous donnent parfois l’impression qu’on gène. Je suis le moins communautaire du monde. Je suis le premier que ça énerve, quand des gens utilisent leur ethnie ou leur religion pour se faire plaindre. Mais là, c’est dur. On a un sentiment de « circulez y a rien à voir » qui me semble dangereux. À force de ne rien voir, j’ai le sentiment qu’on peut susciter des vocations. Ou alors il y a une circonstance atténuante de bêtise ? Je me souviens qu’on disait ça au moment du « gang des barbares ». On disait qu’ils étaient tellement bêtes qu’ils ne se rendaient pas compte.

Peut-être que je me trompe complètement. Qu’est ce qui se produit, en moi, lorsque j’ai honte d’écrire ces lignes ? Je déteste parler « en tant que juif ». On ne devrait pas avoir à le faire. Pour calmer les esprits, je suggère au tribunal d’édicter une jurisprudence claire et d’affirmer haut et fort qu’un crime antisémite, ça n’existe pas. Je crois que ça soulagerait beaucoup de monde. Ça nous évitera de nous creuser la tête à nous demander ce que l’assassin aurait pu faire de plus pour que le tribunal décèle dans son geste un soupçon de haine contre les juifs.

Joann Sfar