Résolution du bureau du parti Meretz, 21 octobre 2001.

Texte français, 31 octobre 2001, traduction Daniel Aberdam.

Contre la réoccupation et contre la guerre

  1. Le Meretz est profondément choqué par l'assassinat du Ministre Rehavam Ze'evi. Les idées de feu le ministre Ze'evi, et surtout la notion de transfert, étaient et restent abominables, mais aucune opinion, si déplorable soit-elle, ne justifie le meurtre. L'attentat politique est toujours intolérable et doit être condamné sans réserve. Le Meretz est déçu de ce que l'Autorité palestinienne n'ait pas jugé opportun de réagir à l'assassinat de Ze'evi par des mesures immédiates et énergiques qui auraient démontré clairement au monde entier sa position sans concessions à l'encontre de tels actions criminels ainsi que le sérieux de son engagement dans la lutte contre les organisations fondamentalistes dangereuses. Le Meretz est persuadé qu'il n'est pas encore trop tard et que l'Autorité palestinienne, sous la direction de Yasser Arafat, doit prendre conscience de la gravité de l'heure et appliquer les mesures d'urgence requises.
  2. Le Meretz pense que le gouvernement, par ses décisions et ses actions, entraîne le pays dans une sorte de deuxième guerre du Liban. Tout se passe comme si Ariel Sharon cherchait à mettre en application un plan de réoccupation - retour dans les territoires de la Rive Occidentale et de la Bande de Gaza, dans les grandes villes palestiniennes et dans les camps de réfugiés surpeuplés - l'assassinat du ministre Rehavam Ze'evi servant de prétexte à ce plan dangereux.
  3. Le Meretz appelle le gouvernement à arrêter l'engrenage de la guerre. Le Meretz met en garde : si la guerre ne s'arrête pas maintenant, Tsahal sera poussé à réoccuper tous les territoires, et, comme cela s'est produit au Liban, subira de lourdes pertes et finira par évacuer, sous la pression et les mains vides, et alors seulement les efforts diplomatiques reprendront. Il vaut bien mieux faire l'économie de ce développement tragique et prévisible en reprenant immédiatement les négociations.
  4. Le Meretz représente une fraction importante de l'opinion publique israélienne qui s'oppose à une politique de pure force, qui ne serait pas assortie d'initiatives diplomatiques. Le Meretz, en tant que représentant du camp de la paix, fera tout ce qui est en son pouvoir pour arrêter une guerre au prix exorbitant et n'aboutira à rien.
  5. Le Meretz appelle le gouvernement israélien à cesser les assassinats politiques. Cette pratique peut parfois satisfaire le besoin impérieux de revanche, mais elle ne fait qu'aggraver la situation. Un état ne peut s'engager dans des exécutions extra-judiciaires à seule fin de marquer des points au mépris de l'état de droit. Elle n'est tolérable que dans les cas de danger immédiat auxquels s'appliquent les règles internationales reconnues de légitime défense. Le Meretz s'inquiète du vent de folie qui a saisi le gouvernement depuis l'assassinat de Ze'evi et qui pousse à prendre des mesures irresponsables.
  6. Le Meretz dépose une motion de censure contre le chef du gouvernement à cause du renouvellement de l'occupation des territoires de la Rive Occidentale et de la Bande de Gaza. Le Meretz s'oppose à la « campagne internationale » menée par le gouvernement en vue de convaincre l'opinion mondiale que l'Autorité palestinienne est comme les Talibans. Cette campagne est condamnée à l'échec. C'est au contraire l'effondrement de l'Autorité palestinienne qui risque d'amener un Ben Laden comme successeur d'Arafat et des « Talibans » comme héritiers de l'Autorité palestinienne.
  7. Le Meretz craint que les activités belliqueuses du gouvernement ne proviennent entre autres de l'appréhension du Premier ministre Sharon et de la droite tout entière à retourner à la table des négociations où il faudrait prendre des décisions difficiles. Sharon tente de retarder ce moment de vérité. Il est dommage que le Parti Travailliste ne l'ait pas compris et n'en ait pas tiré les conséquences. Il est désolant de voir Shimon Pérès et ses amis continuer aujourd'hui encore à prêter main-forte à la politique d'Ariel Sharon et à la défendre. Le Parti Travailliste a déjà commis une faute dans le passé en soutenant Sharon dans la guerre du Liban. Il serait bien avisé de ne pas renouveler cette faute.
  8. Le Meretz appelle le gouvernement américain à persister dans ses efforts diplomatiques axés sur une proposition de règlement qui sera présentée aux dirigeants israéliens et palestiniens avec le soutien de la communauté internationale. Ce plan doit impliquer un retrait israélien aux frontièxes de 1967 avec des rectifications de frontières mineures, le partage de Jérusalem en deux capitales et l'évacuation de beaucoup d'implantations. Les Palestiniens, de leur côté, devront renoncer définitivement à leur revendication de réaliser le droit au retour dans le territoire d'lsraël, et devront reconnaître officiellement Israël en tant qu'Etat du peuple juif et de tous ses citoyens. Le Meretz est persuadé que seul un tel plan d'urgence peut briser le cercle vicieux de la violence.
  9. Le Meretz est très préoccupé par la dégradation de la situation économique et sociale en Israël. Cette dégradation résulte de la politique du gouvernement qui consacre des budgets colossaux au développement d'implantations anciennes et nouvelles et à l'effort de guerre, au détriment de l'éducation, de la santé et de l'aide sociale. Il augmente ainsi les disparités sociales qui constituent pour la société israélienne une menace bien plus grande que l'Intifada.
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Brèves

Joann Sfar
Affaire Sarah Halimi

OPINIONS
JOANN SFAR SUR L'AFFAIRE SARAH HALIMI : L'ANTISÉMITISME EST OBJECTIVEMENT DEVENU UNE CIRCONSTANCE ATTÉNUANTE
21 DÉCEMBRE 2019 6 MINUTES DE LECTURE

Depuis hier recircule sur Facebook un post de Joann Sfar daté de 2017, réaction de l’écrivain, auteur de bd et réalisateur, au premier jugement du meurtrier de Sarah Halimi, alors que le parquet avait choisi de ne pas retenir la motivation antisémite des motifs de mise en examen.

Contacté par Jewpop à la suite de la décision de la cour d’appel de Paris, qui a déclaré jeudi le tueur pénalement irresponsable, écartant ainsi la possibilité de le juger aux assises comme le réclamaient les proches de la victime, Joann Sfar nous a demandé de joindre à son texte de 2017 les précisions suivantes, à titre d’exergue :

Ceci est un ancien texte, publié à l’occasion du premier jugement de l’affaire Halimi. À l’époque, la justice réfutait la circonstance aggravante d’antisémitisme. Aujourd’hui, il y a du progrès, l’antisémitisme est objectivement devenu une circonstance atténuante. Un chauffard sous l’emprise du cannabis relève des tribunaux, pas un tueur de juive, semble-t-il. Le message aux juifs est limpide.

Le texte publié sur la page Facebook de Joann Sfar en 2017

Le truc, c’est que lorsque tu es juif, tu n’oses jamais dire que quoi que ce soit relève de l’antisémitisme parce que tu as peur qu’on te dise que tu pleurniches. Je ne connais l’affaire Sarah Halimi que par ce que les médias en disent. Si j’ai bien compris, un type traitait la dame juive de son immeuble de sale juive à chaque fois qu’il la voyait. Puis une nuit il pète un câble, il met la misère dans tout l’immeuble puis il s’enferme avec la dame. Il la massacre pendant des heures. La police est dans l’immeuble et n’intervient pas. Il hurle Allah hou Akbar tant qu’il peut puis il la jette par la fenêtre et elle meurt. Le type n’a jamais eu d’antécédents psychiatriques mais on le met quand même à l’asile. Si j’avais mauvais esprit, je dirais qu’en période électorale c’était peut-être une façon de s’acheter à peu de frais la paix civile.

On apprend aujourd’hui que le tribunal ne considère pas qu’il s’agit d’un crime antisémite. Finalement je ne suis pas juriste, je n’y connais rien. Il paraît que le coupable a affirmé que son motif n’était pas anti juif. C’était quoi, son motif ? Ça ne me regarde pas. Par contre, je commence à me demander ce que ça serait, un crime anti juif ? Si traiter une dame de sale juive puis la massacrer et la défenestrer ça ne suffit pas, il faut faire quoi ?

J’ai honte que ça soit toujours des juifs qui se trouvent à écrire qu’à force de vouloir éviter de faire des vagues nos forces de l’ordre nous donnent parfois l’impression qu’on gène. Je suis le moins communautaire du monde. Je suis le premier que ça énerve, quand des gens utilisent leur ethnie ou leur religion pour se faire plaindre. Mais là, c’est dur. On a un sentiment de « circulez y a rien à voir » qui me semble dangereux. À force de ne rien voir, j’ai le sentiment qu’on peut susciter des vocations. Ou alors il y a une circonstance atténuante de bêtise ? Je me souviens qu’on disait ça au moment du « gang des barbares ». On disait qu’ils étaient tellement bêtes qu’ils ne se rendaient pas compte.

Peut-être que je me trompe complètement. Qu’est ce qui se produit, en moi, lorsque j’ai honte d’écrire ces lignes ? Je déteste parler « en tant que juif ». On ne devrait pas avoir à le faire. Pour calmer les esprits, je suggère au tribunal d’édicter une jurisprudence claire et d’affirmer haut et fort qu’un crime antisémite, ça n’existe pas. Je crois que ça soulagerait beaucoup de monde. Ça nous évitera de nous creuser la tête à nous demander ce que l’assassin aurait pu faire de plus pour que le tribunal décèle dans son geste un soupçon de haine contre les juifs.

Joann Sfar