Appel de Théo Klein à Ariel Sharon : Vos réactions

Si vous souhaitez réagir à l'appel de Théo Klein, envoyez un texte de cent à cent-vingt mots à l'adresse du cbl-grenoble.
Quelques réactions, parmi celles jugées les plus pertinentes, seront publiées ici.

Remarque préalable d'ordre général : lire attentivement avant de réagir

On August 20, HonestReporting issued a communique, "How I Spent My Summer Vacation" The communique criticized an article by Kathryn Kingsbury, "Brutal Israeli terrorism subsidized by U.S.," published in the Madison (Wisconsin) Capital Times. In response, Kingsbury wrote a message to HonestReporting members.

While we maintain our objections to the horrendous content of Kingsbury's original article, she does offer some general points to consider when responding to future examples of media bias.

From: Kathryn Kingsbury - The Capital Times Please inform subscribers to the HonestReporting listserv that they should read articles before they write complaints about them. The Capital Times received several intelligent, well thought-out letters presenting different perspectives than the piece I wrote for August 14. But an even larger number came from people who obviously hadn't taken time to read my article... Your readers may not agree that "Middle East terrorism goes both ways," but the fact that I wrote that statement would lead any reasonable person to the conclusion that I believe that Palestinians, as one of the parties in the conflict, have been guilty of terrorist actions. When your readers choose not to actually read the pieces they are responding to, or when they read the pieces but ignore the points they don't like rather than engaging with them, they discredit their own efforts. [...]

Kathryn Kingsbury The Capital Times

HonestReporting was founded by a group of individuals that affiliates neither to the right nor to the left. We are only interested in ensuring that Israel receives fair coverage in the media. We scrutinize the media for examples of blatant bias, and then inform our subscribers of any offending articles, asking to complain directly to the news organization concerned. © 2001 HonestReporting - All rights reserved. E-mail: acte@honestreporting.com

L'appel de Théo Klein à Ariel Sharon est une bouffée d'oxygène dans le contexte turpide des accusations sans limites dont Israël est l'objet.

Bien plus, c'est un appel qui se situe également sur le plan moral et sur le plan du réalisme politique. Israël ne peut ni négocier ni se défendre face à un adversaire qui n'a ni identité, ni existence reconnue, ni territoire, ni liberté d'organiser son état, sa politique, sa défense.

Pousser à la création au plus vite de l'Etat palestinien, voilà l'urgence réaliste et morale. Il n'y a pas de mauvais moment pour l'affirmer. Loin de nuire à Israël, cet appel, bien au contraire, permet de relever le défi quand Israël est attaqué de toutes parts.

Edith aberdam

Bonjour.

Je suis très choqué à la lecture de la déclaration de Théo Klein. Je veux bien accepter le côté moraliste que prend cette déclaration et mettre en avant les qualités morales du peuple juif.

Par contre je suis tout à fait contre le fait que ces "conseils" que Théo Klein adressent à Ariel Sharon aient été signés avec la qualité de président d'honneur du crif ( ce qui laisserait à penser que le crif serait d'accord avec cette déclaration) et surtout que ce "moralisateur" ait utilisé les colonnes du journal Le Monde.

Je réagis régulièrement face à la désinformation des médias concernant le conflit israelo palestinien et le parti pris islamiste de la presse non juive pour ne pas trouver une personnalité juive donnant du crédit à nos ennemis. Je pense que Monsieur Klein pouvait s'adresser directement au Premier Ministre d'Israël sans apporter de l'eau au moulin de nos ennemis. Je trouve cette démarche d'une impudeur révoltante.

Je vous adresse mes meilleures salutations. Shana Tova.

Alain Mayer

Bonjour.

L'article de Théo Klein est un article majeur pour les raisons suivantes :

  1. Il vient du président d'honneur du CRIF et même s'il n'engage pas le CRIF, cet article, qui sort de la tonalité habituelle du CRIF, ne saurait être considéré comme provenant des critiqueurs habituels de la politique d'Israël.
  2. Il dit l'essentiel :
    • la politique de réplique à atteint son point extrême d'absurdité car elle n'implique pas une pensée et un objectif reconnus possibles
    • avec cette politique toutes nos valeurs morales sont en train de sombrer
    • c'est la répression et l'humiliation qui fait lever chaque jour une volonté encore plus exacerbée de combat et de sacrifice et qui fait qu'un peuple ne se courbe jamais sans avoir combattu.
  3. Il propose une ligne réaliste:
    • c'est au plus fort de faire le geste politique qui mette fin à l'engrenage de la violence.
    • il est illusoire d'attendre le retour au calme pendant sept jours.

Jacques Schweizer

Bonjour.

Pourquoi, informé comme il doit l'être, Théo Klein, ainsi que l'ont signalé MM. Barnavi, Tarnéro ou Cuckierman dans Le Monde, demande t-il soudain à Israël de reconnaître « la légitimité de l'Etat de Palestine » ? M. Barak était prêt à le faire, à rendre la majeure partie des territoires, et cela Théo Klein le savait bien. Même la droite israélienne, si l'occasion s'en présentait, rendrait aux Palestiniens ces territoires qui ont fait tant de mal.

Mais la position des arabes n'a pas changé d'un iota : ils ne semblent pas accepter pour l'heure l'existence d'un Etat juif en Palestine. Dante déjà disait "L'enfer est pavé de bonnes intentions". Théo Klein, voulant bien faire, a porté du tort à la cause de la paix qu'il croyait défendre.

Jean Sarfati

Bonjour.

S'il est vrai que Théo Klein a été une personnalité importante de la Communauté juive française, cela ne lui évite pas de faire des erreurs. Son texte paru dans le Monde me paraît totalement déplacé par rapport aux évènements actuels. D'une part, supposer que le retrait volontaire des territoires par les Israéliens pourrait faire cesser le délire de haine est illusoire. Il apparaîtrait aussi comme une marque de faiblesse qui renforcerait les revendications déjà très présentes du type disparition de l'Etat hébreux, ou demande encore plus forte d'une exigence du retour des « réfugiés ».

D'autre part, cette publication, par des mots très forts (« politique absurde ») a donné lieu à une exploitation démesurée par les médias français, trop contents de trouver des arguments critiques d'Israël chez un ancien notable de la Communauté juive journal. Puisque Théo Klein a le privilège d'être aussi citoyen israélien, il aurait pu se contenter de faire paraître son texte dans la presse israélienne. Enfin, pour un futur que nous espérons le plus proche possible (mais sans illusion), il faudra bien que la Paix règne entre un Etat Hébreu (en sureté) et un Etat Palestinien (viable) mais cela exige une démarche de négociations.

En attendant, la Judée, la Samarie et Gaza sont des gages pour Israël qui lui évitera de se voir dicter des conditions inacceptables. La folie terroriste aux USA après le délire verbal de Durban me persuade plus que jamais que nous devons rester totalement solidaires d'Israël.

Jean David

Bonjour.

La "solidarité avec Israël" des juifs de France est une notion aussi floue qu'élastique.

  • Certains pensent qu'elle doit consister le plus souvent à se taire, et parfois, à affirmer "son soutien total et inconditionnel"
  • D'autre pensent qu'elle doit consister en un dialogue, plus ou moins public selon les circonstances, ou dans une capacité d'interpellation, dans lesquels sont évoquées les difficultés, pour tenter d'apporter une contribution, fut-elle réaliste, ou seulement intellectuelle ou morale, à la recherche de solutions.
  • D'autres enfin pensent qu'elle doit être une vigilance de tous les instants contre tous écarts de conduite d'Israël, ou actions présumées telles, par rapport à un code moral (judéo-chrétien ?) auquel Israël serait en pratique le seul état à devoir se soumettre.
Clairement, je classe l'appel de Théo Klein dans la catégorie du milieu.

Daniel aberdam

Bonjour.

La lettre ouverte de Théo Klein à Ariel Sharon est une lettre de bon sens et de raison. Elle dit que face aux aspirations d'un peuple, ce ne sera jamais la force qui ramènera la paix, mais seulement la reconnaissance de l'état palestinien et le partage équitable des terres.

C'est une lettre courageuse. Théo Klein va à l'encontre de l'opinion défendue quasi unanimement par les institutions juives de notre pays, et il sait qu'il suscitera des critiques violentes à son égard. C'est une lettre rassurante. Les Français sauront que la communauté juive de France n'est pas unanimement rangée en ordre derrière Ariel Sharon, et que des Français de confession juive, même haut placés dans les organes communautaires (*), peuvent souhaiter ardemment qu'Israël fasse le premier les gestes indispensables à la recherche de la paix.

Rien de ce qui précède n'est modifié par le crime du 11 septembre.

(*) Nota : D'autres Français juifs se sont déjà exprimés publiquement dans le même sens ; mais ils n'étaient pas aussi représentatifs.

Jacques Schmidt

Bonjour.

Ma position n'a pas changé après les attentats effroyables de New-York : je trouve que le texte de Theo Klein est remarquable de sagesse et de conscience politique. J'y adhère totalement. Que ce message vienne en plus du président d'honneur du CRIF me fait d'autant plus chaud au coeur.

Parmi les éléments de son message les plus intéressants, je relève

  • les citations des prophètes,
  • le rappel que la nation palestinienne est née du même élan que la nation israélienne,
  • la demande qu'Israël ait le "privilège" d'être le premier état qui reconnaisse la légitilité de cet état de la Palestine,
  • l'appel à Ariel Sharon à "offrir" au peuple palestinien le pain et le sel de la paix et du bon voisinage.

Puisse son appel être entendu d'autant plus maintenant !

Etienne Spanjaard

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Brèves

Ce que disait Amos Os deux mois avant sa mort

Le 30 octobre 2018, la chaîne publique de télévision israélienne a diffusé une longue interview d’Amos Oz. J’en traduis ici les passages essentiels.

M. W.

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SUR LA HAINE

La leçon des dernières années est que le “cadeau” fait par Hitler et Staline, il y a quatre-vingt ans, est périmé. Hitler et Staline n’avaient pas l’intention de nous faire un cadeau, mais sans le vouloir ils ont légué au monde un certain sentiment de honte face au racisme et à la xénophobie. Or les gens redécouvrent la haine. Ils se lèvent le matin, et se mettent à haïr tous ceux qui ne leur ressemblent pas. C’est effrayant. Je ne crois pas qu’un homme qui pratique chaque jour la haine puisse être un homme heureux.

SUR SON MESSAGE

Je ne suis pas un retraité qui passe la journée sur son balcon et boit un verre de vin chaque soir; j’écris, je parle, je donne des conférences, je m’exprime. Mais je comprends parfaitement que le porteur d’un nouveau message ne doit pas être un mâle ashkénaze nanti et âgé. Je crois que le message doit venir de femmes et d’hommes plus jeunes, issus d’horizons très différents du mien. Cela fait des dizaines d’années que je parle, il est temps que d’autres prennent la parole.

SUR LA SOLUTION À DEUX ÉTATS

Il est intéressant de voir la droite colonisatrice et la gauche post-sioniste se mettre d’accord pour nous dire que la situation dans les territoires serait irréversible. Je crois que le seul fait irréversible est la mort (et je dois en faire personnellement l’expérience avant d’en être tout à fait certain). L’histoire, telle qu’elle s’est déroulée sous mes yeux, regorgeait de bouleversements imprévus. L’avenir tel que je le prévois, c’est-à-dire la solution à deux États, se réalisera-t-il à coup sûr? Non. Cet avenir est-il possible? Selon moi, il n’est pas seulement possible, il est absolument nécessaire.

Les gens qui déclarent: “Mettez-vous tous les deux dans le même lit, commencez à faire l’amour et non la guerre”, ces gens-là disent n’importe quoi. Après un siècle de violence et de haine, il est impossible de faire lit commun et d’entamer la lune de miel de l’État binational. Nous devons diviser la maison en deux appartements, devenir voisins; et peut-être, un jour, deviendrons-nous des amis. C’est ainsi que les choses se passent entre les humains.

SUR LA DÉMOCRATIE EN ISRAËL

Je suis inquiet quant à l’avenir de la démocratie en Israël, en raison des lois récentes dont beaucoup, sans être nécessairement fascistes, sont inutiles. Il est inutile d’édicter des lois pour nous faire aimer notre pays. Nous n’avons pas besoin d’une loi sur la fidélité [à l’État d’Israël] ni d’une loi définissant la nature [juive] de l’État.

Ayez un peu confiance. La plupart des Israéliens aiment Israël, bien que ce ne soit pas toujours facile. J’aime Israël, bien que souvent Israël fasse tout pour que je ne l’aime pas. Il ne faut pas édicter des lois sur la fidélité et l’amour, il faut être digne de fidélité et d’amour.

SUR SON STATUT D’ÉTERNEL MINORITAIRE

Je vais vous révéler un secret: de toute ma vie, je n’ai jamais été dans le camp majoritaire. J’ai grandi dans une famille appartenant au parti Hérout [de Menahem Begin]. Nous étions minoritaires. Durant de longues années j’ai été un ami proche de [Shimon] Pérès, et un peu aussi de [Yitzhak] Rabin. Mais ce n’est pas un secret que je n’ai jamais voté pour eux, et ils le savaient. Ma vie durant, j’ai fait partie de la minorité.

SUR LA RÉVOLUTION FÉMINISTE

La révolution féministe rend le monde meilleur. Elle corrige un mal qui dure depuis des millénaires. Comme dans tout mouvement qui aspire à la justice, on y trouve des éléments marginaux qui ne recherchent plus la justice mais la vengeance. Ce sont ces éléments marginaux que je crains, et non le mouvement dans son ensemble.

Entre l’aspiration à la justice et la soif de vengeance, la frontière est très mince. Aucun mouvement n’est vacciné contre le fanatisme – ni le mouvement politique auquel j’appartiens moi-même, ni le mouvement féministe.

SUR LE BILAN DE SA VIE

Bien sûr, j’ai peur de la mort. J’y pense souvent. Au cours de ma vie j’ai reçu beaucoup de coups, dans le domaine privé comme dans le domaine public. Mais, durant les dizaines d’années de mon existence, j’ai reçu tant de cadeaux: l’amour, les livres, la musique, les lieux… Rien de tout cela ne m’était dû, personne n’a signé de contrat en ma faveur. Je suis éternellement reconnaissant. Je voudrais partir avec le sentiment de n’avoir délibérément blessé personne. J’aimerais croire, en quittant ce monde, que certaines de mes paroles ont pu réconforter des personnes, en déranger ou en ébranler d’autres. Si je sais qu’une petite partie des dizaines de milliers de mots que j’ai écrits a eu une influence sur la vie de quelques personnes, cela me suffit: j’aurai quelque chose à montrer, là-haut, à la porte d’entrée.