Déclaration du Comité épiscopal français pour les Relations avec le Judaïsme

lue par Mgr. Frikart, évêque auxiliaire de Paris au Vélodrome d'Hiver
le 24 juin 2001 lors de la manifestation de protestation contre l'antisémitisme du Président syrien Assad.

Ici, au Vel-d'Hiv, à Paris, nous, Comité Episcopal pour les Relations avec le Judaïsme sommes réunis avec vous, amis juifs.

En ce lieu de sinistre mémoire, après avoir été fichés, furent raflés, parqués, femmes, hommes, enfants, vieillards, afin d'être livrés à la Gestapo puis envoyés dans les camps de concentration et d'extermination du Reich, pour le simple fait d'être nés juifs.

Nous nous souvenons de tous les moments où ont été utilisés les arguments pseudo-religieux, surtout lorsque l'on a accusé les Juifs d'avoir tué Jésus.

Nous nous souvenons de tous les pogroms et de toutes les violences que des propos de ce genre ont engendré.

Nous sommes ici, pour rappeler que si Mr Bachar El Assad, par ses propos tenus à Madrid et à Damas concernant les Juifs et Jésus, croit rallier l'Eglise catholique à sa cause, il se trompe. Nous tenons à exprimer, ici, publiquement, notre désaveu quant à l'utilisation de tous slogans prétendument chrétiens antisémites pour des intérêts politiques, quels qu'ils soient. Non seulement ces propos n'ont soulevé au cours de l'histoire que des passions meurtrières, mais plus profondément ils ne correspondent ni à notre foi, ni à notre éthique, ni à la vérité, et, dans ce sens, ils ne peuvent que desservir la paix, ici et à Jérusalem.

Mgr Gaston POULAIN, Père Patrick DESBOIS, Président du C.E.R.J.


Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.