Elisabeth Schemla : Antisémitime, attention, silence !

Elisabeth Schemla est journaliste, directrice de Culture-Décideurs

auteur de Ton rêve est mon cauchemar - Les six mois qui ont tué la paix au Proche-Orient, Flammarion, 2001.

La cause palestinienne légitime est un masque pour la propagande antijuive hors la loi. Danger!

Il faut paraît-il, se taire. Un silence salvateur qui empêcherait de transporter ici le conflit qui se déroule là-bas. Républicaine, laïque, citoyenne attachée aux valeurs humanistes, j'en suis plus que d'accord. A condition que ce principe soit respecté par tous. Or, il ne l'est pas. Profitant de ce silence consensuel du politique, de l'administratif et du médiatique qui l'enveloppe, tandis qu'on hurle de toutes parts contre Israël, le racisme anti-juif se propage insidieusement dans d'autres populations que la classique extrême droite. Alors, la parole est devoir. Comme elle l'était contre Le Pen : quel démocrate y a trouvé à redire ?

Je ne peux accepter de rester bouche cousue alors qu'en mai, à plusieurs reprises, ma mère de 93 ans a trouvé dans son jardin au coeur de Paris des petits avions en papier. Elle a d'abord cru à des jeux d'enfants. Puis elle a lu. Ces objets volants aux auteurs non identifiés et aux couleurs de " Royal Air Nazi " portaient des " Hitler avait raison ", des croix gammées, et sur le réservoir à kérosène dessiné, frappé de l'étoile jaune, un " Réservoir aux juifs ". Le commissariat alerté s'est déclaré impuissant. "

Je ne peux pas plus rester muette quand, le 3 juin, Radio - Méditerranée - 88,6 MHz sur la bande FM, théoriquement surveillée par le CSA -, dans sa ligne ouverte aux auditeurs animée par Taoufik Maklouti, s'en est prise violemment à moi-même ainsi qu'à Bernard-Henri Lévy, à Alain Finkielkraut, à Enrico Macias, à Arthur et à Jack Lang. Rien d'innocent puisque ceci était pris dans un torrent de propos incitateurs, justificateurs du dernier attentat de Tel-Aviv - un " incident " dont le terroriste kamikaze et " son courage " forcent " le respect de l'ensemble des musulmans du monde "- de propos menaçants à l'égard des juifs de France, promis au même sort que les jeunes " colons " russes de la discothèque s'ils continuent à se rendre en " Palestine occupée ", c'est-à-dire en Israël, Etat créé par les Nations-unies.

OUI, l'antisémitisme est à l'oeuvre. En particulier dans les lieux les plus libres de la République, ceux dans lesquels ne pénètrent ni les forces de l'ordre ni les censeurs de racistes : les banlieues, les associations " culturelles " et les universités. Des jumelages avec des villages palestiniens tenus par le Fatah ou le Hamas dont on connaît la propagande meurtrière et révisionniste aux colloques et conférences, des rencontres sportives aux festivals du film, la cause palestinienne légitime est un masque pour la propagande anti-juive hors la loi.

Il y a quelques jours, dernier en date des centaines d'incidents sur lesquels il faut faire silence en attendant sans doute qu'un rabbin soit abattu dans la rue, comme à Zurich la semaine passée, des cocktails Molotov ont été lancés contre la synagogue de Garges-les-Gonesses. Qui en a entendu parler ? Les pouvoirs publics ont des ordres. Les élus locaux, communistes et verts notamment, alliés sur ce terrain au mouvement d'Alain Krivine, encouragent pernicieusement ce genre d'actes. Les islamistes travaillent en toute impunité. Les chaînes diffusées par Arabsat font d'énormes dégâts. Et l'élite de la France se tait.

La paix entre Israéliens et Palestiniens n'est pas pour demain. Les responsables de la nation commettraient donc une faute majeure s'ils continuaient à ne pas traiter la gangrène qui s'empare de certains esprits et à ne pas sévir pour le respect du droit républicain. Il faut tirer les leçons et du passé français et de l'erreur de la gauche israélienne. Il n'y a qu'une façon pour un pays d'éviter la violence et la haine, sans se laisser intimider ou peser les voix électorales : les dénoncer et les refuser obstinément.

Haut de page

Brèves

Les Israéliens veulent ouvrir un nouveau chapitre de leur vie publique

Par Denis Charbit, Le Figaro, 18/09/2019.

Le verdict des urnes, en Israël, est un désaveu relatif infligé aux méthodes du premier ministre. Il exprime aussi la volonté des Arabes israéliens de participer désormais au processus de décision de l’État hébreu... explique Denis Charbit, maître de conférences en sociologie et science politique à l’université ouverte d’Israël.

... Cette révolution est la traduction politique d’un mouvement de fond qui secoue la nouvelle génération des Arabes d’Israël.

Un ultime enseignement - et non le moindre - de ce scrutin provient du secteur arabe. La première leçon à tirer est que l’unité est payante: la liste arabe unifiée, composée de communistes, d’islamistes et de nationalistes, devrait être la troisième formation politique représentée à la Knesset.

Si un gouvernement d’union Likoud-Bleu et Blanc est finalement constitué, elle sera à la tête de l’opposition, avec tous les droits associés à ce statut. Mais la révolution, de ce côté-là de l’échiquier politique, ne se réduit pas au score ou au statut acquis à la Knesset.

La révolution copernicienne qui s’opère réside dans la détermination proclamée par ses leaders de tester une alliance potentielle avec les partis du centre et de la gauche. Les partis arabes israéliens veulent peser sur les décisions, être des acteurs politiques à part entière et ne plus être voués à incarner une «fonction tribunitienne» chargée de clamer haut et fort leur dissidence politique. Pour y parvenir, ils ne sont pas devenus sionistes et ils ne s’accommodent pas plus de l’occupation de la Cisjordanie. Seulement, ils n’estiment plus devoir opposer une fin de non-recevoir à toute coopération politique.

Cette révolution est la traduction politique d’un mouvement de fond qui secoue la nouvelle génération des Arabes d’Israël. Ils veulent s’intégrer, ils veulent réussir et ils y parviennent par la méritocratie. Ils compensent leur condition de minorité ethnique par leur excellence et leur compétence.

Ils ne veulent plus être une enclave au sein d’un État juif, mais participer de plain-pied aux mutations de la société israélienne. Or, Benyamin Nétanyahou, en personne, n’a eu de cesse, durant toute la campagne, de faire de la population arabe d’Israël un bouc émissaire. Cette demande explicite d’intégrer l’arène politique fait d’une pierre deux coups: cesser cette délégitimation constante de 20 % de la population israélienne et permttre aux partis du centre et de la droite de promouvoir ouvertement une alliance électorale qui fera pendant à l’alliance du Likoud avec les partis religieux orthodoxes ...