Conférence d'Alain Finkielkraut : "L'imparfait du présent", la vérité en face.

Rencontre animée par Jean Caune, professeur à l'université Stendhal

Lundi 10 juin à 20 h 30
à l'amphithéâtre de la Maison du Tourisme
14 rue de la République, Grenoble.

Accès par l'escalier extérieur et la terrasse

Organisée par le Cercle Bernard Lazare - Grenoble
avec le soutien

  • des Bibliothèques de Grenoble
  • de l'association AMAL
  • de SOS-Racisme
  • et de l'UEJF-section de Grenoble.

Participation aux frais : 5 euros.
Tarif réduit jeunes, étudiants, chômeurs : 2 euros.

L'imparfait du présent, Gallimard, 2002.

Pour penser notre présent, il nous faut à la fois le temps et la passion. Il nous faut " réfléchir, ralentir, mettre pied à terre et retrouver avec la réalité le contact perdu à force de grandes envolées ou de démagogie morale ".

Il nous faut aussi laisser se déployer 1'intensité du regard, se tenir entre conviction et vigilance, risquer une parole solitaire.
C'est avec le souci permanent de s'arracher à la paresse ambiante et à " l'illusion de la clarté " qu'Alain Finkielkraut nous propose, dans " L'imparfait du présent ", soixante-dix courts textes qui prélèvent des fragments de l'actualité de notre monde chaotique et nous invitent à nous adonner à ce difficile et salutaire exercice : penser par soi-même.

Au fil des pages, il revient sur certains événements de l'année écoulée, mais aussi sur ses lectures, qui lui permettent de nous replonger dans l'histoire en compagnie de Camus, de Mitterrand ou de Mauriac, de Lévinas et de Kundera, de Paul Celan et de Martin Heidegger.

Se retournant sur l'année 2001, c'est aussi sur le vingtième siècle qu'il jette un regard, mettant en évidence l'aveuglement des dirigeants de nos sociétés modernes comme l'arrogance bien-pensante de ses intellectuels. Il met en lumière ces grilles de lecture du réel qui, toujours, nous soufflent ce qu'il faut penser, désignent le bien et le mal. Il décrit ainsi les conformismes d'aujourd'hui, qui ont succédé aux totalitarismes d'hier, et dont le martèlement des certitudes nous laisse bien peu l'occasion de nous ouvrir au doute, d'accepter d'être déconcerté, de reconnaître l'existence du négatif comme partie intégrante de l'humanité.

Deux visions reviennent sans cesse dans le discours d'Alain Finkielkraut, marquant son engagement singulier dans la compréhension de notre monde. La première est la place qu'il accorde à la culture et sa transmission comme socle, aujourd'hui fissuré, de l'identité politique et donc de la cohésion sociale de notre pays.

La seconde est l'engrenage de la haine à l'oeuvre dans le conflit israélo-palestinien et le trouble qu'il provoque dans la société française. Ici comme là, son projet est de regarder la vérité en face, et, s'il ne peut toujours convaincre, il dévoile, il inquiète, il argumente et laisse chacun d'entre nous face à son devoir de réflexion.

Jean-Marc Vidal

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Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.