L'accord Sari Nusseibeh - Ami Ayalon du 6 aoùt 2002

Le texte de cet accord est paru dans le quotidien israélien Ha'aretz du 3 septembre 2002.
Traduction : Chmouel Engelmayer.
Reproduit avec l'aimable permission des CAHIERS BERNARD LAZARE, n° 228 / octobre 2002

Préambule

Le peuple palestinien et le peuple juif reconnaissent chacun les droits historiques de l'autre concernant la même terre. Durant des générations, le peuple juif a cherché à créer un Etat juif dans toute la terre d'Israël, alors que le peuple palestinien tentait lui aussi de créer son Etat dans toute la Palestine. Les deux parties consentent par la présente à un compromis historique qui sera fondé sur le principe de deux Etats souverains et viables qui existeront côte à côte.

La déclaration d'intention qui suit exprime la volonté de la majorité des deux peuples. Les deux parties estiment que cette initiative leur permettra d'influencer leurs dirigeants et d'ouvrir ainsi un nouveau chapitre dans l'histoire de la région. Ce chapitre nouveau se réalisera aussi par un appel à la communauté internationale à garantir la sécurité de la région et à contribuer à la restauration et au développement de son économie.

Déclaration d'intentions

  1. Deux Etats pour deux peuples : les deux parties déclareront que la Palestine est le seul Etat du peuple palestinien et qu'Israël est le seul Etat du peuple juif.
  2. Frontières: les deux Etats seront d'accord pour établir entre eux une frontière définitive sur la base des lignes du 4 juin 1967, des décisions de l'ONU et de l'initiative de paix arabe (appelée initiative saoudite). Des rectifications de frontières seront fondées sur des échanges égalitaires de territoires (dans une proportion de 1 pour 1) selon les besoins vitaux des deux parties, y compris la sécurité, la continuité territoriale et des considérations démographiques. Les deux zones géographiques qui constitueront l'Etat palestinien (la Rive Occidentale et la Bande de Gaza) seront reliées entre elles. Après l'établissement de frontières agréées, il ne restera pas de colons juifs dans l'Etat palestinien.
  3. Jérusalem : Jérusalem sera une ville ouverte, capitale des deux Etats. La liberté du culte et le libre accès aux Lieux Saints seront assurés à tous.
    • Les quartiers arabes de Jerusalem seront sous la souveraineté palestinienne, les quartiers juifs sous la souveraineté israélienne.
    • Aucune des deux parties ne jouira de la souveraineté sur les Lieux Saints. L'Etat palestinien sera le gardien du Haram al Sharif pour le compte des Musulmans, Israël sera le gardien du Mur des Lamentations pour le compte du peuple juif. Le statu quo ante sera maintenu en ce qui concerne les Lieux Saints chrétiens. Il n'y aura pas de fouilles archéologiques dans les Lieux Saints ni sous les Lieux Saints.
  4. Le droit au retour : reconnaissant la souffrance et la détresse des réfugiés palestiniens, Israël et l'Etat palestinien prendront l'initiative d'une contribution financière à un Fonds international d'indemnisation des réfugiés.
    • Les réfugiés palestiniens ne reviendront qu'en Palestine; les Juifs ne reviendront que dans l'Etat d'Israël.
    • La communauté internationale proposera d'accorder des indemnités pour améliorer la situation des réfugiés qui voudront rester dans le pays.
  5. L'Etat palestinien sera démilitarisé et la communauté internationale sera garante de sa sécurité et de son indépendance.
  6. Fin du conflit : la pleine application de ces principes mettra fin a toutes les revendications des deux parties, et le conflit israélo-palestinien prendra fin.

Trad. Chmouel Engelmayer.

Sari Nusseibeh a succédé à Fayçal Husseini au poste de responsable des affaires de Jérusalem au nom de l'Autorité palestinienne.
Le général de réserve Ami Ayalon est l'ancien chef des Services de Sécurité israéliens.

Le texte de cet accord est paru dans le quotidien israélien Ha'aretz du 3 septembre 2002.

CAHIERS BERNARD LAZARE n° 228, octobre 2002

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Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.