Déclaration du Fatah et du Tanzim

Le texte de cette déclaration est paru dans le quotidien israélien Ha'aretz du 12 septembre 2002.
Traduction : Chmouel Engelmayer.
Reproduit avec l'aimable permission des CAHIERS BERNARD LAZARE, n° 228 / octobre 2002

A l'occasion du 2ème anniversaire de l'Intifada, nous, la direction et les cadres du Mouvement palestinien de libération nationale, le Fatah, tenons à exprimer notre estime et notre admiration pour la force d'âme et l'héroïsme légendaires de notre peuple, pour le sacrifice de nos martyrs et pour le courage de ceux des nôtres qui ont été faits prisonniers ou qui ont été blessés au cours de l'Intifada. Nous voudrions profiter de cette occasion pour déclarer aux forces de la paix et de la coexistence dans le monde ce qui suit :

Nous persistons à affirmer notre droit légitime à nous opposer à l'occupation de notre pays depuis 1967 et nous réaffirmons nos droits légitimes, malgré tous les actes d'agression de l'occupant, les implantations dévastatrices, l'exil, la démolition de maisons, l'atteinte à des lieux qui nous sont saints, les expropriations, les arrestations, le couvre-feu, le bouclage, les assassinats et les mesures qui ont transformé nos villes, nos villages et nos camps de réfugiés en prisons. Nous nous engageons à poursuivre la résistance jusqu'à ce que notre peuple concrétise son droit national et légal au retour et à l'autodétermination et jusqu'à la création d'un Etat palestinien indépendant, conformément aux décisions internationales pertinentes. Conformément à notre droit légitime à la liberté et à l'indépendance, nous poursuivrons notre résistance à l'occupation par tous les moyens légitimes.

Et conformément aux intérêts supérieurs du peuple palestinien, à nos valeurs morales, à nos religions et à notre foi tolérantes, nous, le Mouvement du Fatah, nous rejetons les attaques contre des civils israéliens et nous agirons en vue d'empêcher ces attaques. Nous sommes conscients du fait que la poursuite de l'occupation et de l'agression israélienne et de l'atteinte à nos femmes, à nos enfants et à nos maisons provoqueront des réactions individuelles. Mais malgré tout, nous devons adopter cette ligne politique et nous agirons en vue d'empêcher toutes les attaques contre des civils, conformément à nos valeurs et à cet important principe humain.

Au nom de l'organisation du Fatah, au nom de ses dirigeants et de ses cadres, ici, dans notre patrie, et au nom des Palestiniens en exil et en diaspora, nous réaffirmons notre soutien à notre chef élu, Yasser Arafat, symbole du patriotisme palestinien.

Nous choisissons la paix. Nous appelons la société israélienne à agir avec nous pour mettre fin à la longue souffrance des deux peuples. Nous pensons qu'il importe de poursuivre le dialogue entre Palestiniens et Israéliens. Nous nous efforçons d'aboutir rapidement à la paix, et nous sommes prêts à accepter les exigences qu'elle implique, dès qu'il y aura un partenaire israélien. La seule possibilité qui s'offre à nous est de vivre côte à côte, dans deux Etats voisins, dans la sécurité et dans la paix, loin de la haine, de la violence et de la guerre.

Veiller à l'union des organisations politiques palestiniennes est un impératif vital pour conserver nos acquis nationaux, renforcer notre résistance légitime à l'occupation et concrétiser nos droits nationaux. Cette union doit être fondée sur l'existence de l'Autorité palestinienne et sur la participation de tous aux institutions démocratiques. Nous poursuivrons le dialogue national et nos efforts en vue de convaincre notre peuple et ses forces politiques de la sagesse de cette voie et de son importance. Conformément aux intérêts de notre peuple nous appelons toutes les organisations palestiniennes à cesser de porter atteinte à des civils israéliens.

Nous bâtirons une Palestine indépendante et un régime politique conforme aux principes démocratiques et à la suprématie de la loi, avec un pouvoir judiciaire indépendant, avec la séparation des pouvoirs, dans le respect des droits de l'homme, des libertés du citoyen, et avec une économie de libre marché. Nous bâtirons un Etat dont les institutions fonctionneront sous le signe de la transparence administrative et financière et seront pures de toute corruption. Nous bâtirons un Etat pour tous les Palestiniens, avec un seul gouvernement qui veillera à l'héritage du peuple palestinien, sur son honneur, sa liberté et sa sécurité.

Nous appelons à la reprise immédiate des négociations afin de résoudre le problème palestinien conformément aux normes internationales dans le cadre d'un calendrier clair, spécifique et réalisable. Nous pensons que c'est là le vrai moyen d'aboutir à la stabilité dans cette région précaire du monde. Oeuvrons ensemble, Palestiniens, Israéliens et tous les partisans de la paix dans le monde pour aboutir à la paix dans la Terre de la Paix.

Le Fatah et son organisation du Tanzim.

Trad. Chrnouel Engelmayer.

* Déclaration parue dans le quotidien israélien Ha'aretz du 12 septembre 2002.

CAHIERS BERNARD LAZARE n° 228 / octobre 2002

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Brèves

Joann Sfar
Affaire Sarah Halimi

OPINIONS
JOANN SFAR SUR L'AFFAIRE SARAH HALIMI : L'ANTISÉMITISME EST OBJECTIVEMENT DEVENU UNE CIRCONSTANCE ATTÉNUANTE
21 DÉCEMBRE 2019 6 MINUTES DE LECTURE

Depuis hier recircule sur Facebook un post de Joann Sfar daté de 2017, réaction de l’écrivain, auteur de bd et réalisateur, au premier jugement du meurtrier de Sarah Halimi, alors que le parquet avait choisi de ne pas retenir la motivation antisémite des motifs de mise en examen.

Contacté par Jewpop à la suite de la décision de la cour d’appel de Paris, qui a déclaré jeudi le tueur pénalement irresponsable, écartant ainsi la possibilité de le juger aux assises comme le réclamaient les proches de la victime, Joann Sfar nous a demandé de joindre à son texte de 2017 les précisions suivantes, à titre d’exergue :

Ceci est un ancien texte, publié à l’occasion du premier jugement de l’affaire Halimi. À l’époque, la justice réfutait la circonstance aggravante d’antisémitisme. Aujourd’hui, il y a du progrès, l’antisémitisme est objectivement devenu une circonstance atténuante. Un chauffard sous l’emprise du cannabis relève des tribunaux, pas un tueur de juive, semble-t-il. Le message aux juifs est limpide.

Le texte publié sur la page Facebook de Joann Sfar en 2017

Le truc, c’est que lorsque tu es juif, tu n’oses jamais dire que quoi que ce soit relève de l’antisémitisme parce que tu as peur qu’on te dise que tu pleurniches. Je ne connais l’affaire Sarah Halimi que par ce que les médias en disent. Si j’ai bien compris, un type traitait la dame juive de son immeuble de sale juive à chaque fois qu’il la voyait. Puis une nuit il pète un câble, il met la misère dans tout l’immeuble puis il s’enferme avec la dame. Il la massacre pendant des heures. La police est dans l’immeuble et n’intervient pas. Il hurle Allah hou Akbar tant qu’il peut puis il la jette par la fenêtre et elle meurt. Le type n’a jamais eu d’antécédents psychiatriques mais on le met quand même à l’asile. Si j’avais mauvais esprit, je dirais qu’en période électorale c’était peut-être une façon de s’acheter à peu de frais la paix civile.

On apprend aujourd’hui que le tribunal ne considère pas qu’il s’agit d’un crime antisémite. Finalement je ne suis pas juriste, je n’y connais rien. Il paraît que le coupable a affirmé que son motif n’était pas anti juif. C’était quoi, son motif ? Ça ne me regarde pas. Par contre, je commence à me demander ce que ça serait, un crime anti juif ? Si traiter une dame de sale juive puis la massacrer et la défenestrer ça ne suffit pas, il faut faire quoi ?

J’ai honte que ça soit toujours des juifs qui se trouvent à écrire qu’à force de vouloir éviter de faire des vagues nos forces de l’ordre nous donnent parfois l’impression qu’on gène. Je suis le moins communautaire du monde. Je suis le premier que ça énerve, quand des gens utilisent leur ethnie ou leur religion pour se faire plaindre. Mais là, c’est dur. On a un sentiment de « circulez y a rien à voir » qui me semble dangereux. À force de ne rien voir, j’ai le sentiment qu’on peut susciter des vocations. Ou alors il y a une circonstance atténuante de bêtise ? Je me souviens qu’on disait ça au moment du « gang des barbares ». On disait qu’ils étaient tellement bêtes qu’ils ne se rendaient pas compte.

Peut-être que je me trompe complètement. Qu’est ce qui se produit, en moi, lorsque j’ai honte d’écrire ces lignes ? Je déteste parler « en tant que juif ». On ne devrait pas avoir à le faire. Pour calmer les esprits, je suggère au tribunal d’édicter une jurisprudence claire et d’affirmer haut et fort qu’un crime antisémite, ça n’existe pas. Je crois que ça soulagerait beaucoup de monde. Ça nous évitera de nous creuser la tête à nous demander ce que l’assassin aurait pu faire de plus pour que le tribunal décèle dans son geste un soupçon de haine contre les juifs.

Joann Sfar