Pétition des réservistes israéliens refusant de servir dans les territoires occupés

A la mi-avril, ils étaient 427 officiers et soldats, réservistes de l'armée israélienne, refusant de servir dans les territoires occupés et des dizaines d'entre eux sont emprisonnés. Tous ont signé le texte qui suit :

"Nous, officiers et soldats combattants de réserve de Tsahal, qui avons grandi dans le berceau du sionisme et du sacrifice pour l'état d'Israël, qui avons toujours servi en première ligne, qui avons été les premiers, en toute mission, qu'elle soit facile ou difficile, à défendre l'état d'Israël et à le renforcer.

Nous, officiers et soldats combattants qui servons l'état d'Israël pendant de longues semaines chaque année, malgré le prix personnel élevé que nous avons payé.

Nous qui avons été en service de réserve dans tous les territoires et qui avons reçu des ordres et des instructions qui n'ont rien à voir avec la sécurité de l'état, mais dont le seul objectif est la domination du peuple palestinien.

Nous qui avons vu de nos yeux le prix sanglant que l'occupation impose aux deux parties en présence.

Nous qui avons senti comment les ordres que nous recevions détruisaient toutes les valeurs de ce pays.

Nous qui avons compris que le prix de l'occupation était la perte de l'image humaine de Tsahal et la corruption de toute la société israélienne.

Nous qui savons que les territoires occupés ne sont pas Israël, et que toutes les colonies sont destinées à être supprimées...

Nous déclarons que nous ne continuerons pas à combattre dans cette guerre pour la paix des colonies, que nous ne continuerons pas à combattre au-delà de la ligne verte pour dominer, expulser, affamer et humilier tout un peuple.

Nous déclarons que nous continuerons à servir Tsahal en toute occasion qui servira la défense de l'état d'Israël. L'occupation et la répression n'ont pas cet objectif. Et nous n'y participerons pas."


Brèves

Notre-Dame de Paris, vaisseau amiral des humanités

Par Catherine Kintzler, Mezetullele, 16 avril 2019

L’un des premiers articles de ce site (Mezetullele) fut consacré au glas qui résonna à la cathédrale de Paris, après l’attentat meurtrier contre Charlie-Hebdo en janvier 2015. Je n’oublierai jamais que le sombre et puissant bourdon sonna, oui, pour des « mécréants », signant ainsi, une nouvelle fois, l’inscription de Notre-Dame de Paris dans l’histoire nationale et universelle : ce monument au sens plein du terme appartient à tous. Il appartient à tous dorénavant de le célébrer et d’en prendre la relève.

Je n’oublie pas non plus que, quand j’entre dans une église de mon pays pour y voir quelque merveille, pour y goûter l’invitation à la sérénité, pour y vibrer à l’harmonie que de grands musiciens ont su faire entendre aussi bien à l’autel qu’au théâtre, personne ne me surveille pour voir si je me signe, personne ne me demande une quelconque génuflexion. Et cela est juste, car les œuvres, dans leur superbe auto-suffisance, n’ont pas besoin d’un directeur de conscience qui mette leur contemplation sous condition. Pour que chacun les admire, les inscrive aux humanités, les œuvres réclament quelques lumières, un peu d’attention et d’instruction. Alors, je m’incline librement et mentalement devant des siècles de pensée, de savoir, de savoir-faire offerts par ce trésor, cette « âme résumée » de civilisation dans un grandiose tracé de pierre, de bois et de verre rythmé par le nombre d’or.

Maintes fois, empruntant une ligne de métro qui, depuis un viaduc sur la Seine à l’Est de Paris, offre une vue sur l’élégante pointe orientale de l’île de la Cité, avec l’abside et le chevet de la cathédrale apparaissant alors comme un vaisseau, j’en ai voulu à mes compagnons éphémères de trajet de regarder ailleurs ou, pire, de rester les yeux rivés sur l’écran d’un candy crush. Je me retenais de leur crier : ouvrez les yeux, relevez la tête et tournez-la de ce côté !

Peut-être quelques-uns ce matin, en jetant un œil effaré sur le tableau encore fumant, auront-ils regret de n’avoir pas conservé en eux, pour redonner à Paris la gracieuse poupe de son vaisseau, le souvenir vivant de ce qu’ils avaient tous les jours sous les yeux. Et que ce vaisseau amiral des humanités, entamé par les flammes et battu par les flots, avec tout ce qu’il embarque et représente, ne sombre pas : c’est leur affaire, c’est notre affaire.