Neuvième festival de culture juive du Cbl - Grenoble, automne 2003

Septembre - décembre 2003

Musicien juif persan

Programme du festival 2003


avec le soutien de


  • La Ville de Grenoble
  • Le Conseil Général de l'Isère
  • La Métro
  • la DRAC - Rhône - Alpes

en partenariat avec


  • La Ville de Fontaine
  • l'Amphithéâtre de Pont de Claix
  • Le CREARC
  • L'Oreille en Fête
  • La radio Kol Hashalom
  • Le Conservatoire National de Région

Billetterie :

Attention, les billets pris à l'avance sont moins chers que les billets pris sur place

Vous pouvez acheter vos billets
aux endroits indiqués ci-après :

  • Cbl, tél : 04 76 87 71 21
  • Fnac, 4 rue Félix Poulat, tél : 04 76 85 85 85
  • Maison de la petite annonce, 40 av. Alsace-Lorraine, tél : 04 76 43 09 09
  • Sur place.

Trio Assieme : violon, violoncelle, piano

Samedi 20 septembre 2003 à 20h25, Auditorium du Musée, 5 place Lavalette, Grenoble

La génération d'après guerre s'émancipait brutalement de toutes les valeurs précédemment établies et tournait le dos à toute tradition, résolue à prendre elle-même en main sa destinée, s'éloignant de tout le passé et se jetant d'un grand élan vers l'avenir.

Stefan Sweig, Le monde d'hier

Au programme

  • Erich KORNGOLD (1897 - 1957, Autriche) : Trio op 1
    Allegro non troppo con espressione
    Scherzo allegro
  • Paul HINDEMITH (1895 - 1963, Allemagne)
    Sonate en mi pour violon et piano
    Ruhig bewegt : calmement
    Langsam : lentement
  • Eliane ABERDAM (1964 -...Grenoble)
    Sans faiblir, la nuit attend le soleil, trio
    en création mondiale
  • Entracte
  • Anton WEBERN (1883 - 1945, Autriche)
    Quatre petites pièces pour violon et piano op. 7
  • Arnold SCHÖNBERG (1874 - 1951, Autriche)
    Six petites pièces pour piano op. 19
  • Anton WEBERN (1883 - 1945, Autriche)
    Quatre petites pièces pour violoncelle et piano op 11
  • Paul BEN HAÏM (1907 - 1984, Allemagne - Israël)
    , Six variations sur un thème hébraïque

Les interprètes

" Faire de la musique un jeu commun, un plaisir partagé, choisir ensemble les programmes, déblayer des uvres oubliées, sortir un peu des sentiers battus ", c'est ainsi que les membres de ce trio complice et joyeux envisagent leur pratique musicale.

Clara ABOU, la violoniste, après être passée de l'école Vivaldi de Grenoble à la très renommée Yéhudi Menuhin School de Londres, étudie actuellement à l' Universität für Musik und Darstellende Kunst à Vienne auprès de Dora Schwarzberg.

Arnaud ARBET, le pianiste, médaille d'or du Conservatoire National de Région de Grenoble, Premier prix du Conservatoire National Supérieur de Paris, a rejoint la Musik Hochschüle de Berlin pour se perfectionner auprès de Pascal Devoyon.

Jean-Baptiste SCHWEBEL, le violoncelliste, ancien élève de l'école Vivaldi de Grenoble et du Conservatoire National de Région de Boulogne, intégrera en octobre le Conservatoire National Supérieur de Paris dans la classe de Michel Strauss.

Tarifs

  • En prévente : 12 euros ____ Tarif réduit 8 euros
  • Sur place : 15 euros ____ Tarif réduit 10 euros
  • Renseignements Cbl : 04 76 87 71 21

Imre Kertész à troix voix

le mercredi 22 octobre 2003 au Petit Théâtre,
4 rue Pierre Duclot, Grenoble,

en coopération avec le CREARC.

Mon stylo est ma pelle

Céline Liger et Jérôme Heuzé
(Fil d'Argent, en association avec le compagnie Sept-Epées)

liront Imre Kertész (prix Nobel de littérature 2002)
autour de thèmes animés par Mireille Gansel, traductrice de Nelly Sachs

Tarifs

  • En prévente : 10 euros ____ Tarif réduit 5 euros
  • Sur place : 15 euros ____ Tarif réduit 10 euros
  • Renseignements Cbl

La dernière lettre de Vassili Grossman

Dans le cadre du festival "Hommage à l'Acteur",
en coopération avec l'amphithéâtre de Pont de Claix

le jeudi 23 octobre à 20h30 à l'amphithéâtre de Pont de Claix, place des Iles de Mars, Pont de Claix

Interprétée par Chris Sahm

  • Chris Sahm et Philippe Nesme, mise en scène
  • Jacques Pallarin et Jean Luc Brunetti, accordéons

La dernière lettre est la clef de voûte psychologique et morale de ce grand édifice romanesque et spirituel qu'est "Vie et destin" de Vassili Grossman. C'est le premier des grands livres de délivrance russe. Ce n'est pas un livre documentaire, c'est plus qu'un cri halluciné ou qu'une enquête vengeresse. C'est une grande oeuvre classique, ordonnatrice et lumineuse, avocate du bien et de la liberté, dressée contre les fabriques modernes du mal et de l'esclavage

Georges Nivat

Tarifs

  • Billetterie assurée par l'Amphithéâtre de Pont de Claix,
    tél : 04 76 99 83 77
  • Tarif normal : 14 euros ____ Tarif réduit 11 euros

Renseignements

  • Cbl : 04 76 87 71 21
  • Amphithéâtre : 04 76 99 83 77

Rencontre Avérroès-Maïmonide

le dimanche 9 novembre 2003 à 14 heures
à AMAL, 57 avenue du Maréchal Randon, Grenoble

(entrée libre)

Première partie : L'esprit de Cordoue

avec
  • Abraham Bengio, Ministère de la Culture, Paris
  • Norbert Bel Ange, Grenoble
  • Jamil Saya, Université Pierre Mendès France, Grenoble
  • Henri Cohen-Solal, psychanalyste, Paris

Les Echos du Rocher

Récital de Malouf (musique Judeo-Arabo-Andalouse)

En hommage à Cheikh Ahmed Bestandji et Cheikh Raymond Leyris

le lundi 10 novembre 2003 à 20h30,
salle Edmond Vigne, 23 rue des Alpes, Fontaine

Avec

Taoufik Bestandji

Le terme Malouf désigne la musique arabo-andalouse de Constantine (Algérie) et de Tunis (Tunisie.) Cette spécificité musicale est le résultat d'une histoire millénaire et d'une grande force des murs locales. Tel qu'il se pratique aujourd'hui, le Malouf traduit, pour qui sait l'écouter, deux thématiques essentielles. La première est une intense émotion-douleur . La deuxième donne l'impression immédiate que cette musique est la résultante vivante de deux trajectoires, deux modes de vie différents mais croisés, le sacré et le profane.
Pour bien montrer ces deux aspects de la culture judéo-arabo-musulmane, il nous paraît urgent de rendre hommage aux deux grandes figures du Malouf, celles du cheikh Ahmed Bestandji et son disciple et successeur juif le cheikh Raymond Leyris.

La vie de ces deux artistes a été double et souvent ambivalente. Maître-musicien profane de foundoq dans sa jeunesse, sid Ahmed Bestandji rompt ensuite son parcours musical dans les années vingt, pour se consacrer à une vie spirituelle plus intense. Il devient Moqadem (chef de confrérie) de la Hansalta, la plus importante confrérie de l'époque. Au sein de cette institution, il rénove la totalité du répertoire du Malouf. Cheikh Raymond, disciple de ce dernier, assura la continuité de l'expression profane du Malouf. Même s'il n'a pas eu de fonction rabbinique officielle au sein de sa communauté, il a bénéficié d'un respect quasi religieux, un homme de foi et de conviction, comme aimaient le dire ses amis juifs et musulmans

En plus de son charisme spirituel, cheikh Raymond tenait à ce que le lien communautaire entre musulmans et juifs reste l'objectif majeur de sa musique et de son art. Son orchestre, composé des meilleurs interprètes juifs et musulmans, était la meilleure représentation d'une vie commune. Sur fond des violences de la guerre d'Algérie, l'histoire en a décidé autrement et cheikh Raymond a fini par être assassiné.
En transgressant certaines règles du classicisme musical local, le répertoire du Malouf, les qassaïd-s- (musique liturgique maghrébine) et les pioutims (chant liturgique juif) se sont mutuellement enrichis. En résumé, disons qu'en s'attaquant aux dogmes religieux et musical, cheikh Bestandji et cheikh Raymond restaurèrent une tradition musicale vieille de plusieurs siècles. Cette utilisation du rationnel, le corpus profane, pour servir l'intouchable et sacrificielle liturgie, rappelle, la démarche des philosophes Maïmonide et Averroès.
La position double, sur le plan intellectuel, artistique et politique dans laquelle se sont trouvés Sid Ahmed Bestandji et cheikh Raymond Leyris, est identique à celle d'Averroès et de son disciple Maïmonide, quand il fondèrent une de leurs thèses sur le principe d'être à la fois juif ou musulman-croyants et aristotélicien, qu'il n'y ait pas de contradiction entre la philosophie et la loi divine, Le vrai ne peut contredire le vrai. Le répertoire composé par cheikh Ahmed et cheikh Raymond est une synthèse du texte sacré et de la musique festive. Comme le défendait si bien Averroès dans son traité de l'âme , il est possible d'unir le rationnel et le traditionnel.

Sid Ahmed et Raymond ont suivi la même philosophie. Tout en étant chefs spirituels, ils se produisaient, sous certaines conditions, dans les concerts profanes. Cheikh Raymond Leyris, disciple des cousins Bestandji, assura, jusqu'aux années cinquante, cette philosophie musicale en l'imprégnant de culture hébraïque.

A partir de cette grande réforme musicale, le répertoire constantinois s'est forgé une identité. Sid Ahmed Bestandji était l'oncle paternel du père de Taoufik Bestandji, Cheikh Raymond était le maître et beau-père d'Enrico Macias. La famille des Bestandji s'est nourrie de la tradition laissée par les cheikh Ahmed et Raymond. Taoufik n'a jamais cessé, depuis le début de sa carrière musicale dans les années soixante-dix, de défendre et de perpétuer, dans ses conceptions confrérique et citadine, cette forme du Malouf.

Taoufik Bestandji

Alain Chekroun

Les Juifs de Constantine, installés sur cette terre depuis les lointaines origines de l'époque romaine, et jusqu'au traumatisme de 1962 se sont imprégnés des mélodies andalouses. Ils l'ont fait sur les rythmes et les modes du Malouf, sous l'impulsion de Cheik Raymond. Alain Chekroun, né à Constantine, chante, avec une voix empreinte d'émotion, ce répertoire, fruit d'une association fascinante entre les mélodies du Malouf et les textes juifs traditionnels tirés de la Thora, des psaumes de David, ... dans un registre qui conjugue spritualité, émotion et festivité.

Tarifs

  • En prévente : 15 euros ____ Tarif réduit 10 euros
  • Sur place : 20 euros ____ Tarif réduit 15 euros
  • Renseignements Cbl : 04 76 87 71 21

Récital de guitare Liat Cohen

le dimanche 23 novembre 2003 à 11h00 au Conservatoire National de Région, 6 chemin de Gordes, Grenoble

oeuvres de

  • Jean - Sébastien Bach
  • Mauro Jiuliani
  • en création mondiale, la suite pour guitare, op. 44, d'Emmanuel Vahl

Liat Cohen est une guitariste exceptionnelle. Israélienne, elle est diplômée de l'Ecole Normale de Musique Alfred Cortot, Premier prix du Conservatoire de Paris, diplômée de la Schola Cantorum, et la seule guitariste à avoir jamais reçu le prix Nadia Boulanger.
Suite au concert qu'elle donna l'an dernier à la chapelle Sainte Marie d'en Haut à l'invitation du Cercle Bernard Lazare, elle vient assurer cette année, à la demande de professeurs de guitare, une "Master Class" au Conservatoire National de Région
.

Tarifs

  • En prévente : 12 euros ____Tarif réduit 8 euros
  • Sur place : 15 euros ____Tarif réduit 10 euros
  • Elèves du Conservatoire : 5 euros
  • Renseignements Cbl : 04 76 87 71 21

Trio Eléonore, Geneve : clarinette, violoncelle, piano

le samedi 6 décembre 2003 à 20h30 à l'auditorium du Musée, 5 place Lavalette, Grenoble

Au programme

  • Max Bruch (1838 - 1920) pièces n° 5, 2, 6 et 7 choisies parmi
    les Huit Pièces pour clarinette, violoncelle et piano, op.83, (1908)
  • Joachim Stutschewsky (1891 - 1982) Hassidic Fantasy, (1954)
  • Alexander von Zemlinsky (1871 - 1942) Trio, op. 3, en ré mineur (1895)

Les interprètes

Anat KOLODNY, clarinette, née en Israël.
Clarinette solo de l'orchestre de Jeunes d'Israël, soliste avec l'Orchestre de Chambre d'Israël et avec l'Orchestre de Tibor Varga. Elève de Thomas Friedli. Diplôme de musicien d'orchestre et premier prix de virtuosité du Conservatoire de Musique de Geneve.

Mi-Kyung KIM, violoncelle, née à Séoul (Corée du Sud).
Elle est lauréate - à 11 ans - de deux concours nationaux d'exécution musicale. Plus tard, elle entreprend des études au Conservatoire de Musique de Geneve (classe de Guy Fallot) puis se perfectionne auprès du Maître Pierre Fournier. Ces dernières années, elle se consacre avant tout à la musique de chambre et effectue des concerts et des enregistrements radiophoniques.

Kiyoko ITCHISHIMA, piano, née à Yokohama (Japon). Elle étudie le piano avec Bruno-Leonardo Gelber à Buenos Aires, Paris et Monaco, et au Conservatoire de Musique de Geneve avec Jean-Jacques Balet. Ces dernières années, elle a effectué des récitals et des concerts avec plusieurs formations, notamment en récital de piano à Tokyo, festival de Megève (France), concert à la Radio Suisse Romande etc.

Tarifs

  • En prévente : 15 ____ Tarif réduit 10
  • Sur place : 20 ____ Tarif réduit 15
  • Renseignements Cbl : 04 76 87 71 21

Duo de piano Daniel & Laurence Benzakoun

en coopération avec l'Oreille en Fête - Musée en musique
le dimanche 7 décembre à 17h30 à l'auditorium du Musée, 5 place Lavalette, Grenoble

Au programme

  • Gerschwin : Rapsodie in Blue : 18 min
  • Ravel : Rapsodie espagnole," Ma mère l'Oye " 15 min
  • Rachmaninov : suite n°2, op. 17 : 22 min
  • Poulenc : Concerto pour deux pianos : 18 min

Tarifs

  • Prix des places : voir catalogue de l'Oreille en Fête
  • Tarif normal 22 ____ Adhérents Cercle Bernard Lazare : 17
  • Renseignements Cbl : 04 76 87 71 21 ; l'Oreille en Fête : 04 76 87 77 31
  • Billetterie : l'Oreille en Fête

Jaune est la couleur des étoiles.
Contes, par Suzy Ronel

en coopération avec l'amphithéâtre de Pont de Claix
le dimanche 14 décembre 2003 à 18h
à l'amphithéâtre de Pont de Claix, place des Iles de Mars, Pont de Claix

Georges Parla, mise en scène Serge Tamas, composition, guitare et percussions Philippe Briegh, composition, violon et clarinette

La mémoire guadeloupéenne a croisé la mémoire juive.

Des paroles créoles se sont posées sur une berceuse yiddish et la musique s'est métissée : klezmer sur un rythme de jazz ou musique des Antilles sous l'influence de la clarinette juive.

Tarifs

  • Billetterie assurée par l'Amphithéâtre de Pont de Claix,
    tél : 04 76 98 40 40
  • Tarif normal : 14 ____ Tarif réduit 11
  • Renseignements Cbl : 04 76 87 71 21; Amphithéâtre : 04 76 98 40 40

Rencontre Avérroès-Maïmonide

le samedi 17 janvier 2004 à 14 heures
à AMAL, 57 avenue du Maréchal Randon, Grenoble

(entrée libre)

Seconde partie : L'actualité d'Avérroès et Maïmonide

avec

  • Fethi Benslama, psychanalyste, Paris
  • Maurice Kriegel, Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris
  • Henri Cohen-Solal, psychanalyste, Paris
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Brèves

Adieu à un grand intellectuel.
Zeev Sternhell.

Zeev Sternhell

[…] Comme on dit en yiddish, « a Mensch » - un homme véritable. Adieu, Zeev !

Zeev Sternhell, historien israélien spécialiste du fascisme, est mort

Par Nicolas Weill ; publié le 21 juin 2020

Professeur d’université à la carrière internationale, officier de réserve dans l’armée israélienne et militant pacifiste, il a consacré une part de ses travaux aux origines du fascisme dont la France de la Belle Epoque a été, selon lui, le laboratoire. Il est mort le 21 juin, à l’âge de 85 ans.
Plongé dans les livres et les archives, l’historien israélien Zeev Sternhell, mort le dimanche 21 juin, à l’âge de 85 ans, a aussi été un combattant, au sens le plus littéral du terme, un « mentsch », disaient ses amis, en yiddish : homme de valeur et d’exception. […].

Parallèlement à sa carrière universitaire internationale, Zeev Sternhell était officier réserviste dans l’armée israélienne et, à ce titre, il a participé à toutes les guerres menées par l’Etat juif, depuis la première conquête du Sinaï, « Suez », en 1956, jusqu’au Liban, en 1982. […]
Cela ne l’a pas empêché de contribuer activement à la fondation de La Paix maintenant (Shalom Akhchav), en 1978, ni de s’opposer, avec la même vigueur, à l’occupation et à la colonisation des territoires conquis pendant la guerre des Six-Jours – où il a retrouvé le champ de bataille du Sinaï.

[…] Avec […] constance, il a dénoncé dans d’innombrables tribunes publiées par le quotidien israélien libéral de gauche Haaretz ou dans la presse mondiale – Le Monde entre autres – les dérives de la politique israélienne. Pas question pour lui de double discours. Il soutenait sans sourciller la même opinion face à un public de compatriotes, fût-ce face à des salles houleuses, ou à l’étranger. Il fustigeait le déni des droits des Palestiniens, les atteintes à la liberté subies par les Arabes d’Israël, objet d’un quasi-consensus des partis au pouvoir. […]

[…] Fidèle à la « vieille gauche » sociale et socialiste, méfiant à l’égard des évolutions de celle-ci vers le multiculturalisme, il veut agir par l’écrit et l’érudition. « Ce sont les idées qui mènent le monde », aimait-il à répéter afin de justifier cette décision. Le décalage entre l’utopie sioniste et la réalité israélienne lui a inspiré un livre sans concession sur les prémices idéologiques de l’Etat juif, le seul rédigé en hébreu : Aux origines d’Israël. Entre nationalisme et socialisme (Folio « Histoire », 2004). […]

[…] Alors qu’on s’en prenait à lui pour avoir mis en évidence les origines et l’existence d’un fascisme français, alors que l’école française de sciences politiques considérait que la France avait été immunisée contre ce phénomène, lui s’étonnait qu’on lui attribue l’intention de régler des comptes avec la France. Bien loin d’avoir aucun contentieux avec elle, il l’a érigée en modèle indépassable (les Lumières franco-kantiennes) et en exemple à suivre, notamment en matière de laïcité.

Tel était moins le cas de la Pologne, son pays natal. Dans la ville moyenne de Przemysl, en Galicie, où il voit le jour le 10 avril 1935, un tiers des habitants sont juifs. Sa famille appartient à une bourgeoisie en cours d’assimilation, polonophone et sioniste. Ses premières années, qu’il jugeait heureuses, ne s’en sont pas moins déroulées sur fond d’antisémitisme, dans l’ambiance d’illusion et de déréliction si bien décrite par l’écrivain et Prix Nobel de littérature israélien Samuel-Joseph Agnon, dans son Hôte de passage (Albin Michel, 1992).

Les occupations soviétique, en 1940, puis allemande, en 1941, précipitent le monde de son enfance dans le chaos. Son père, mobilisé dans l’armée polonaise, meurt tout au début de la guerre. Enfermé dans le ghetto avec sa mère et sa sœur, qui seront assassinées au camp d’extermination de Belzec, le garçonnet a sous ses yeux le spectacle des chasses à l’homme qu’entraînent les diverses actions allemandes, liquidant progressivement la population juive. Confié en 1942 à un oncle qui réussit à gagner Lwow (Lviv), il partage la vie clandestine des siens, faisant mine d’être des réfugiés, fervents catholiques, dans une banlieue ouvrière, grâce à la protection d’un officier polonais, le capitaine Menzel. Il survit de justesse à un bombardement meurtrier.
En 1944, l’arrivée de l’armée soviétique met fin à la terreur mais pas aux tribulations de l’enfant déjà mûr, déjà passionné de politique. Il échappe au rideau de fer, grâce à un convoi de regroupement familial vers la France, en 1946, où sa tante parvient à l’intégrer. Il débarque alors, à Avignon, chez un autre oncle, dentiste de son état et ancien résistant. Cette étape, bien que n’ayant duré que quatre ans et demi, le marque pour la vie. Grâce à un instituteur zélé et compréhensif, il acquiert rapidement le français et parvient à entrer en sixième classique, au lycée Frédéric-Mistral. […].

[…] Sa mésentente avec son oncle, mais aussi l’exaltation que produit dans une diaspora meurtrie la création d’Israël (1948), expliquent son départ, en 1951. Après un passage à l’école agricole de Magdiel puis au kibboutz Ousha en Galilée, une somme d’argent inopinée, déposée par un frère de son père, lui permet d’achever ses études plutôt que de s’engouffrer dans l’armée de métier, sort des jeunes désargentés. Lui sera historien, à l’université hébraïque de Jérusalem, où, dès 1960-1961, il occupe la fonction d’assistant. […].

[…] Pourtant, à 29 ans, c’est Paris, son Institut d’études politique de la rue Saint-Guillaume, et une bourse bien moins attractive que celle des Américains ou des Anglais, que Zeev Sternhell choisit afin de travailler à un sujet de thèse insolite, sous la direction de Jean Touchard (1918-1971) : l’écrivain nationaliste et antidreyfusard Maurice Barrès (1862-1923), sujet de son premier livre, Maurice Barrès et le nationalisme français (Armand Colin, 1972). Une intuition le guide. Celle de ne pas appréhender le phénomène du fascisme seulement sous ses formes paroxystiques, l’Allemagne nazie ou l’Italie de Mussolini, mais comme une vague de fond, un mouvement social, politique et intellectuel global de contestation de la modernité démocratique dont les sources sont fort anciennes. Les élites y ont adhéré plus qu’on ne le croit et la France, à la Belle Epoque, en a été le laboratoire. Zeev Sternhell systématise et documente minutieusement cette conception dans tous ses ouvrages, depuis La Droite révolutionnaire (Seuil, 1978) jusqu’aux Anti-Lumières : du XVIIIe siècle à la guerre froide (Fayard, 2006).

Or cette thèse heurte de front une doctrine dominante dans l’historiographie française, celle de René Rémond, son ami, pourtant, malgré leurs divergences. Celle-ci ne voulait voir dans notre pays que trois droites, héritées du XIXe siècle : orléaniste, légitimiste et bonapartiste (Les Droites en France, Aubier, 1954). Pas de place pour un fascisme tricolore, donc. Sternhell traque au contraire, textes à l’appui, l’ombre du fascisme dans des cercles intellectuels français jusque-là insoupçonnables, Esprit, avec son fondateur, Emmanuel Mounier, ou les Croix-de-Feu du colonel de La Rocque (où d’autres voyaient des gaullistes avant la lettre). Pour bien des élèves de René Rémond, la charge est trop forte ou touche un nerf. […].

[…] Zeev Sternhell caressait l’idée, dans les dernières années, de consacrer une étude à la « pensée de guerre froide » et aux sources du néoconservatisme américain. La mort l’en a empêché. Sa force lui donnait l’apparence d’être inattaquable. Reste son œuvre considérable, qui, elle, continuera de tenir la position, à sa place.