Table ronde : Les communautarismes

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Compte-rendu de la table ronde organisée par

Le Cercle Bernard Lazare-Grenoble et SOS-Racisme

dans le cadre de la semaine

Grenoble contre le racisme et pour l'égalité

initiée par la Ville de Grenoble

Maison des Associations, samedi 18 mars 2006

Entre la communauté politique et ses membres individuels, il y a toujours eu des communautés intermédiaires structurant le tissu social : familles, ethnies, syndicats, communautés confessionnelles, partis politiques... Le communautarisme, c'est la tendance à privilégier l'appartenance à l'une ou l'autre de ces communautés au détriment de l'appartenance à la communauté politique globale. La remise en cause du rôle social de l'Etat et la dégradation des services publics constituent un terrain favorable au développement des communautarismes.

Mohamed-Shérif Ferjani, professeur à l'U2 de Lyon


Une cinquantaine parmi les 35 000 manifestants anti-CPE a rejoint le public de la table ronde organisée par le Cercle Bernard Lazare-Grenoble et SOS-Racisme sur Les communautarismes
avec

  • Dominique Sopo, Président de SOS-Racisme
  • Saïd Bouaïssi, membre du bureau de « La paix maintenant » et signataire du Manifeste des Libertés
  • Joëlle Bordet, psychosociologue
  • Alain Geismar, conseiller à la mairie de Paris

L'expression des communautarismes trouve aujourd'hui son terreau et son alibi dans la violence des rapports sociaux et politiques, de plus en plus manifeste depuis le début des années 2000.
André Malraux nous promettait un XXIème siècle dominé par la spiritualité.
La réalité d'aujourd'hui est celle des intégrismes.
Le choix de nos invités a été motivé par la volonté d'analyser cette situation dans un esprit militant.

Des différentes interventions, nous avons retenu les points suivants :
  • Dominique Sopo, président de SOS-racisme, a expliqué que l'appartenance, fondamentalement citoyenne, à une ou plusieurs communautés est à la fois un fait, un droit et vraisemblablement une nécessité. Cette appartenance, ou ces appartenances, comme le précisera Saïd Bouaïssi, doivent être distinguées absolument du communautarisme, dérive qui consiste à donner la priorité à l'appartenance communautaire sur l'appartenance républicaine.

    Ce communautarisme s'exprime

    • soit par la séparation et l'enfermement, en considérant l'ensemble du monde extérieur à la communauté comme hostile, voire dangereux.
    • soit par la volonté d'imposer à tous les règles, lois et modes de contrôle communautaires. Ce communautarisme alors se caractérise par la désignation d'un ennemi extérieur, et pour le combattre, il forme des « alliances de haine » et non de fraternité.

    Ces dérives communautaires sont en contradiction absolue avec la laïcité

  • Saïd Bouaïssi a voulu rappeler le contexte historique du communautarisme arabo-musulman : dès la fin du XIXème siècle, l'idéologie panarabe a inventé l'anti-occidentalisme, relayé au milieu du XXème siècle par les Etats arabes qui venaient d'acquérir leur indépendance. Cette idéologie a trouvé, dans une France ressentie à la fois comme généreuse et raciste, un terrain favorable auprès des courants anti-impérialistes et anticolonialistes. Ceci produit un mélange détonant que nous pouvons observer aujourd'hui, par exemple sur le terrain antiraciste où, à un antiracisme généreux se mêlent des manifestations racistes les plus variées, comme le racisme à rebours, la judéophobie etc.

    La discussion s'est ensuite déplacée vers la « révolte », les « émeutes », la « crise », les « événements » des banlieues, chacun avec son vocabulaire orientant de manière différente le regard sur le sujet.

  • Alain Geismar a rappelé que dans les années 60, les banlieues étaient encadrées par le PCF, la CGT et les services sociaux. Aujourd'hui, avec la perte d'influence du PCF, ce maillage social s'est délité, et il ne reste plus de la République que des élus. Dans le vide laissé par les services sociaux laïques et la République, les mouvements islamistes ont pu s'introduire et proposer une identité de substitution, religieuse et offensive. L'épisode de novembre 2005 devrait plutôt être compris comme une demande désespérée pour « plus de République » et non pas tant comme un rejet de la République.

  • Joëlle Bordet a parlé de son travail, dans les banlieues, depuis 30 ans, en France et dans le monde. Elle a expliqué qu'il y avait des réalités très diverses, mais que la première demande des jeunes était celle d'un statut social autonome. Elle a pointé le dramatique déficit de prise en compte de la réalité de terrain, et le cumul des histoires familiales, sociales, personnelles. Elle a travaillé sur le phénomène de repli, en relation avec la crise d'identité à l'adolescence et l'image que le jeune reçoit de lui-même. Elle a également indiqué qu'il n'y avait pratiquement plus aucune écoute concernant les travaux des chercheurs dans les cabinets politiques, et que, quand c'était le cas, ce n'était en rien pour servir la compréhension, mais uniquement la communication. Avec de nouveaux moyens, le pouvoir politique pourrait mobiliser les forces politiques et culturelles afin de combler le déficit de « République »

La diversité des approches du phénomène communautariste a été particulièrement manifeste à l'occasion de la discussion ouverte avec Dominique Sopo, sur la liberté d'expression et de publication de caricatures.
« S'il n'y a pas de blasphème, il n'y a pas de critique, et s'il n'y a pas de critique, il n'y a pas de progrès ».
Un représentant du courant écologiste a témoigné des hésitations entre des conceptions contradictoires de la laïcité au sein des Verts. C'est un débat qui agite la gauche tout entière. Un exemple de ces confusions est la surdité collective des participants au Forum Social Européen de Londres, subjugués par Tariq Ramadan.
Alain Geismar a rappelé l'anathème lancé par certains courants catholiques intégristes contre une affiche de film jugée blasphématoire. Il a dit qu'il serait descendu dans la rue si on avait voulu interdire la publication des caricatures. Il a cependant estimé que dans le climat actuel, il ne les aurait peut-être pas publiées s'il avait été un responsable de presse, car elles servaient plutôt la cause des islamistes. Plusieurs semaines après la publication de ces caricatures au Danemark, les islamistes s'en sont en effet emparés comme prétexte pour brandir les drapeaux de guerre de leur cause.

Ce qui apparaît finalement, c'est la nécessité de construire des ponts entre communautés, et l'affirmation sur le terrain d'une présence républicaine positive, et pas seulement répressive.
Selon Alain Geismar, « Les tensions et le communautarisme sont solubles dans la démocratie française. »

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Brèves

Concert "Mémoire et Cinéma"

le 14 mai 2018, Chapelle Sainte Marie d'en Haut, Musée Dauphinois

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La Tribune de Nahum Barnea, éditorialiste à © Yedioth A’haronoth [DR], jeudi 5 avril 2018, traduit par Danièle Kriegel

La question des demandeurs d’asile n’aurait pas dû séparer gauche et droite. Après tout, les 35 000 Africains qui se sont infiltrés en Israël n’ont pas réclamé un droit de propriété sur notre terre sainte. Ils ne menacent ni la majorité juive, ni l’ordre social, ni la paix de nos enfants, filles et garçons, ni le gouvernement de droite. Tout ce qu’ils demandent, c’est de s’éloigner de régimes assassins et de vivre, ici, d’un travail exténuant, payé le minimum.

La barrière électronique située le long de la frontière israélo-égyptienne, dont la construction a commencé sous le gouvernement Olmert et s’est achevée sous le précédent mandat de Nétanyahou, a totalement stoppé le flot des arrivées depuis le Sinaï. Aujourd’hui, ils représentent moins de 0,5% de la population du pays. Israël sait et a su faire face à des défis bien plus difficiles et complexes. [….]

Non ! Le problème, ce ne sont pas ces 35 000 Africains. Ceux-là ne sont que les outils au service d’une révolution en cours dans la société israélienne : celle des valeurs fondamentales du pays. « Lorsqu’on coupe des arbres, disait le maître de l’Union Soviétique Joseph Staline, cela projette des éclats de bois. » Les Africains sont ces éclats de bois. Les valeurs sur lesquelles l’État d’Israël a été fondé sont les arbres sur le point d’être coupés.

Il faut dire la vérité. L’actuel gouvernement israélien n’est pas très différent de la série de gouvernements de droite en Europe centrale, en Europe orientale et de l’administration Trump aux États-Unis. Leur dénominateur commun, c’est la xénophobie. On hait l’étranger en raison de sa religion et de sa couleur de peau. En Europe et en Amérique, cette évolution s’accompagne d’échos antisémites. Non pas parce que les Juifs sont un problème, mais par habitude.

La haine de l’étranger est un élément commode pour tout pouvoir. Elle renforce l’identité commune, le sentiment de supériorité de la majorité blanche, et fait oublier les complications liées aux affaires de corruption. À cette haine là, s’ajoute celle dirigée contre l’ordre actuel : l’establishment judiciaire, médiatique et les valeurs libérales. L’étranger n’est pas le seul ennemi, mais aussi la gauche. Quiconque critique le pouvoir est un étranger, un gauchiste, un ennemi.

Ôtez la dimension antisémite, et vous avez la nouvelle droite israélienne ; celle de Naphtali Bennett, d’Ayeleth Shaked et de Benyamin Nétanyahou dans son 4e mandat.[…] Naphtali Bennett, le ministre de l’Éducation, qui œuvre pour annexer 4 millions de Palestiniens, ne peut pas accepter 16 000 travailleurs étrangers africains. Ayeleth Shaked, la ministre de la Justice, ne peut accepter les valeurs représentées par la Cour Suprême. Elle se doit de la détruire. La loi de contournement de cette cour que la Knesseth, le parlement, s’apprête à voter cette semaine est une première étape sur la route empruntée par la ministre en vue de détruire la Haute Cour.

Moshé Kahlon, non plus, ne peut pas vivre avec 16 000 Africains. Il lit les posts sur les réseaux sociaux, et il prend peur. À tel point qu’il trahit le seul principe qui fonde sa prétention à être le dirigeant d’un parti du centre: la défense de la Haute Cour. Cette trahison est le prix qu’il est prêt à payer afin de survivre. Ce tarif est fixé par le gouvernement pour faire partie de la coalition au pouvoir.

Il est facile de haïr les Arabes : entre eux et nous, la comptabilité sanglante est longue. Eux et nous, nous nous battons pour la même terre. La question des demandeurs d’asile, c’est le test de vérité ultime, le polygraphe de nos valeurs. Ben-Gourion aspirait à créer ici une société en forme d’exemple pour les Nations. C’était autrefois.