Rencontre avec Sarah et Adolfo Kaminsky : Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire

(voir aussi rencontre 2006)

Dans le cadre du Festival du Film sur la Résistance

mardi 23 mars 2010 à 18h30, Bibliothèque du Centre Ville, rue de la République, Grenoble

Partenariat : Bibliothèques de Grenoble, Cercle Bernard Lazare - Grenoble, Festival du Film sur la Résistance, librairie Le Square.


Compte-rendu de Jean Marie Delthil

Adolfo et Sarah Kaminsky

Adolfo et Sarah ; tous deux sont vaillants, exceptionnels, magnifiquement liés l'un à l'autre (ils vont rougir !!). Je vous explique : ils ont été invités à Grenoble dans le cadre du 9ème Festival isérois du Film sur la Résistance, par le Printemps du livre également... la Librairie Le Square..., et par le Cercle Bernard Lazare -

Sarah et Adolfo à Grenoble

Je suis allé assister hier soir à la projection du film «Faux et usage de faux», de Jacques Falck et Jérôme Neutres, consacré à Adolfo Kaminsky. Adolfo Kaminsky, spécialiste dans la fabrication des faux papiers, a donc été faussaire et Résistant durant la dernière guerre. Il l'a été aussi après, en vue d'aider les Juifs à l'émigration vers la Palestine de 1946 à 1948, il a soutenu également le FLN algérien, les mouvements de libérations en Amérique du Sud, les opposants à Franco... à Salazar... aux colonels grecs... la liste n'est pas close..., dans le but à chaque fois de défendre la justice, la vérité - la dignité humaine. Adolfo n'a pas hésité un seul instant à franchir la ligne blanche de la légalité (jaune, jadis) pour libérer ou pour sauver ceux qui devaient mourir ou être emprisonnés - ces innocents qui devaient mourir ou être emprisonnés.

J'aurai l'occasion de revenir sur tout cela plus en détail dans un autre texte, plus complet et documenté - mais ce qui m'a, je dirai, peut-être le plus surpris, émerveillé, hier, en ce qui concerne Adolfo et sa fille Sarah : c'est leur complicité, l'amitié qui les lie et les unit très fortement... La projection du film était suivie naturellement d'un moment d'échange entre la salle et les deux invités. Sarah a recueilli les mémoires de son père, ses souvenirs de combats et de guerres, et Sarah en a fait un livre : «Adolfo Kaminsky, Une vie de faussaire» aux éditions Calmann-Lévy (que je viens juste d'acquérir et que je n'ai pas encore lu bien entendu)... certainement un très très bel hommage... ;

Et c'est précisément là où je voudrais en venir, ou revenir... ils étaient là, tous deux, hier, devant une salle comble et archi-comble, et vous pouviez - nous pouvions - voir et palper cette profonde affection qui les liait, cette grande admiration d'une fille pour son père, mais aussi celle d'un père pour sa fille - c'est beau ça, c'est magnifique même ! surtout quand le père s'est comporté de manière aussi admirable et discrète tout au long de sa vie... on imagine alors la valeur de sa fille... Il y avait les gestes de l'un pour l'autre, les mains, les regards, les attentions : une complicité, un véritable échange... on peut aussi appeler cela : Communion, un mot que l'on trouve sous toutes les latitudes, sur tous les continents, dans toutes les cultures et dans toutes les religions également ; j'ai rarement vu cela de manière aussi claire chez des personnes, et poussé à un degré tel - mais dans une simplicité, et une accessibilité si je puis dire, que vous auriez peine à imaginer. C'était vraiment très beau, et cela se communiquait, oui, cela nous était communiqué à nous qui étions dans la salle - d'où cette réelle beauté... et cette Communion... Leur vécus respectifs, leur amour réciproque : il débordait, et nous le recevions avec grâce sans bien même le comprendre - et qui comprend l'amour ?...

Jean-Marie Delthil. 24 mars 2010.

Sarah Kaminsky, fille d'Adolfo Kaminsky, raconte la vie de "faussaire" de son père dans un livre publié récemment : Adolfo Kaminsky, une vie de faussaire, Calman-Lévy, 258 pages, 16 euros

Sarah et Adolfo

Sarah Kaminsky est née en 1979 à Sidi M'hamed, en Algérie. Elle a raconté, lors des conférences TEDx, samedi 30 janvier à Paris, l'histoire extraordinaire de son père, Adolfo Kaminsky. " Rester éveillé. Le plus longtemps possible. Lutter contre le sommeil. Le calcul est simple. En une heure, je fabrique trente faux papiers. Si je dors une heure, trente personnes mourront..." Quand, à 17 ans, Adolfo Kaminsky devient l'expert en faux papiers de la Résistance à Paris, il ne sait pas encore qu'il est pris dans un engrenage infernal, dans une course contre la montre, contre la mort, où chaque minute a la valeur d'une vie.


«Mon activité de "faussaire" : j'ai tout appris à Vire »

Ouest-France / Basse-Normandie / Vire / Archives du mercredi 28 octobre 2009

Adolfo Kaminsky, 84 ans, a fait de faux papiers pour sauver des enfants juifs. Une technique apprise à Vire, chez un teinturier. Sa fille vient de publier son histoire.

On s'est installés à Vire en 1938, chez mon oncle Léon, le frère de ma mère. Il faisait les marchés. Je me souviens très bien de ceux de Vire, de Condé-sur-Noireau, de Saint-Lô. La population nous a accueillis avec gentillesse. J'étais à l'école municipale, place du champ de foire. Avec la classe, nous avons fabriqué un journal, qui a eu beaucoup de succès.

Puis mon oncle m'a retiré de l'école pour travailler avec lui. Mais j'avais horreur de ça, alors il fallait que je me débrouille par moi-même. J'ai d'abord été embauché à la Société générale électrique dans les Vaux-de-Vire. Et je me suis hâté de répondre à une annonce d'apprenti teinturier. L'atelier se trouvait sur les bords de la Vire et la boutique, à côté de la Porte-Horloge. La chimie a été une révélation pour moi. J'avalais des livres entiers de formules chimiques. J'ai même réussi à mettre la main sur un traité de Marcellin Berthelot, un des pères de la chimie, aux puces de Vire.

Même maison que les Drucker.

Pour parfaire mes connaissances, j'allais tous les week-ends aider bénévolement le chimiste d'une beurrerie, qui, en échange, me transmettait son savoir théorique. C'est à Vire que j'ai tout appris. J'avais un laboratoire secret chez mon oncle. C'était magique, je faisais plein d'expériences. J'ai d'ailleurs commencé par fabriquer du savon, du cirage, des bougies, que l'on distribuait dans la ville.

Le père de Michel Drucker, nous l'avons connu. Nous avons même été logés dans la même maison que lui, près de la gare, après la réquisition de la nôtre par les Allemands. Je me souviens, je comptais les trains et les wagons par la fenêtre. Mais après notre déportation et notre libération grâce au consulat argentin, on ne pouvait pas revenir à Vire. On s'est retrouvés à Paris sans rien. C'est de là que mon activité de faussaire a démarré.

Après la Libération, je suis revenu en Normandie. Beaucoup de mes amis étaient morts. La ville était complètement détruite. C'était très impressionnant. Aujourd'hui, je voudrais revenir et y retrouver mes anciens copains. Comme Bragantti, mon camarade de classe.

Propos recueillis par Linda BENOTMANE.

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