Appel à la raison de J-Call

1. Appel à la raison, Jcall



Citoyens de pays européens, juifs, nous sommes impliqués dans la vie politique et sociale de nos pays respectifs. Quels que soient nos itinéraires personnels, le lien à l'Etat d'Israël fait partie de notre identité. L'avenir et la sécurité de cet Etat auquel nous sommes indéfectiblement attachés nous préoccupent.

Or, nous voyons que l'existence d'Israël est à nouveau en danger. Loin de sous-estimer la menace de ses ennemis extérieurs, nous savons que ce danger se trouve aussi dans l'occupation et la poursuite ininterrompue des implantations en Cisjordanie et dans les quartiers arabes de Jérusalem Est, qui sont une erreur politique et une faute morale. Et qui alimentent, en outre, un processus de délégitimation inacceptable d'Israël en tant qu'Etat.

C'est pourquoi nous avons décidé de nous mobiliser autour des principes suivants :

C'est dans cet esprit que nous appelons tous ceux qui se reconnaissent dans ces principes à signer et à faire signer cet appel.

 


2. Réaction du Crif, sous la signature de Richard Prasquier, Le Figaro, 29 avril 2010

Je ne signerai pas la pétition intitulée " Appel à la raison " que ses concepteurs, le collectif Jcall, vont présenter la semaine prochaine à Bruxelles. Je suis aussi attaché qu'eux à l'espoir que la paix, une paix authentique, puisse se frayer un chemin entre Israéliens et Palestiniens, mais je pense que leur approche partielle, sinon partiale, dessert la cause qu'ils prétendent défendre. Beaucoup des réserves et des critiques qui sont les nôtres s'expriment dans une autre pétition, intitulée " Raison garder ". Le débat d'idées est sérieux et je voudrais ici expliciter ma position qui est celle de l'unanimité du Bureau Exécutif du CRIF à qui le texte présent a été soumis.

Voici longtemps que le CRIF s'était prononcé en faveur du principe " deux peuples, deux Etats ". C'est déjà ce principe, sous-tendu par le désir de laisser à Israël son caractère démocratique que l'évolution démographique risquait de mettre en tension, qui a poussé le gouvernement Sharon à quitter complètement la bande de Gaza. La grande majorité des Israéliens y souscrivent, le chef du gouvernement Benjamin Netanyahou l'a publiquement annoncé. La majorité des Palestiniens, malheureusement n'y souscrivent pas. Le rejet est déclaré pour le Hamas : l'article 7 de sa charte annonçant un programme d'extermination devrait épouvanter les lecteurs, si la commodité de l'aveuglement et de la négligence n'était si tentatrice. Jamais le rejet forcené de l'existence d'Israël par le Hamas n'est signalé par la pétition. Doit-on comprendre que ses signataires considèrent qu'il s'agit d'un phénomène secondaire, d'une simple réaction à la poursuite de l'occupation ? Mais il n'y a justement plus d'occupation à Gaza et l'article 7 n'a pas été modifié pour autant.

Le rejet est plus subtil, mais malheureusement présent pour l'Autorité Palestinienne dont la demande sur le retour des réfugiés équivaut à une disparition programmée d'Israël et dont les choix symboliques marquent le constant désir de ne pas accepter l'existence d'un Etat du peuple Juif. C'est ce refus existentiel qui joue dans la perpétuation du conflit le rôle fondamental, refus malheureusement en voie de pérennisation par un enseignement de la haine envers les Juifs qui inonde l'esprit des enfants.

Comment faire porter sur Israël, et sur Israël seul, le poids de sa propre délégitimation en suggérant que celle-ci est la réaction à l'" occupation et de la poursuite ininterrompue des implantations " ? Cette assertion évoque douloureusement les accusations classiques qui font porter sur les Juifs la responsabilité de l'antisémitisme. C'est faire fi de la violence primaire du rejet d'Israël et de son caractère idéologique. C'est éluder par exemple les motifs de la haine contre Israël du Hezbollah libanais qui se prétend mouvement de libération alors qu'il n'a rien, strictement rien, à libérer : ni implantation, ni occupation....

Comment oser le terme de " faute morale " s'agissant des " implantations " à Jérusalem Est ? Jérusalem Est, d'où les Juifs n'ont été chassés qu'à trois moments de l'histoire : après la destruction par les Romains, après les Croisades et après la prise de la ville par l'armée jordanienne de 1948 à 1967. Car Jérusalem n'est pas une implantation ou une "colonie ". C'est le coeur vivant du judaïsme et la capitale de l'Etat d'Israël.

Il y a enfin dans la pétition une liberté de ton à l'endroit d'Israël qui s'apparente à une forme de prétention. Les israéliens ont-ils besoin de la diaspora juive pour savoir quelle est la " bonne " décision, ce que devraient être les frontières d'un pays que leurs fils et leurs filles protègent ? Vouloir faire le bonheur des gens à leur place est une tentation dangereuse. Les Israéliens devraient-ils, eux et eux seuls, rechercher à l'étranger des corrections aux décisions d'un gouvernement élu sur des fondements démocratiques irréprochables? Il y a un enseignement de la Shoah que nous ne devons pas oublier, c'est celui de l'absence des nations et de leurs représentants au moment où leur voix ou leur action aurait pu éviter, ou au moins diminuer, le macabre comptage de l'extermination. Israël revendique le droit élémentaire d'être un sujet et non un objet de l'histoire. Nous pensons que ce n'est pas un " alignement systématique sur la politique du gouvernement israélien " que de lui reconnaître ce droit.

Cela étant, il y a parmi les rédacteurs et les signataires de cette pétition des personnes qui nous sont proches et dont nous estimons le travail et la réflexion. Il en est qui sont membres du CRIF et ils y ont toute leur place. Leur engagement envers Israël n'a pas besoin de preuve tant il s'est manifesté dans le passé. Au bureau du CRIF, beaucoup partagent leurs angoisses et certains partagent une partie de leurs analyses. Notre institution est et doit rester plurielle. Les invectives, et a fortiori les menaces, n'y ont pas leur place.

Mais l'enfer étant pavé de bonnes intentions nous pensons que demain, en dépit des protestations sincères de ses auteurs, ce texte, signé par une majorité de juifs sionistes, servira de pièce à conviction dans des tribunes, des forums et des rassemblements qui ne le seront certainement pas.

Dans la nécessaire et difficile négociation que nous appelons de nos voeux, il ne suffira pas pour que la paix puisse s'espérer et perdurer qu'on mette un terme à des constructions qui ne gênent objectivement personne, ou que l'on détaille au cordeau des frontières sur des cartes géographiques. Il faudra un changement de mentalités, et pour cela que les interlocuteurs soient sincèrement convaincus de leur intérêt bien compris à l'acceptation de l'autre. Ce serait un beau signal du début de cette acceptation que de voir un texte en miroir à celui de Jcall se diffuser dans le monde arabo-musulman. Je regrette que nous n'en soyons pas là actuellement.


3. Pourquoi j'ai signé J CALL, par Georges Bensoussan

Question à Georges Bensoussan :
" Pourquoi avez-vous signé "l'appel à la raison" de JCall ? "

Pris un à un plusieurs des arguments des opposants à JCall sont recevables. Mais justement, ce n'est pas en égrenant un à un des arguments que l'on raisonne, c'est globalement. La volonté de paix ? L'enseignement d'une haine délirante ? La menace mortifère du Hamas et du Hezbollah ? Tout cela est vrai. Hélas.

Mais en quoi le statu quo amoindrirait-il ces menaces ? Attendre un interlocuteur valable ? Depuis quand choisit-on son ennemi et son partenaire pour négocier ? Si c'est le cas, c'est qu'on est déjà dans la paix et qu'il n'y a rien à négocier...

Oui, jamais depuis octobre 1973, l'Etat juif n'a été aussi près d'un danger majeur. Jamais autant qu'aujourd'hui (sauf en 1948), la question de sa pérennité ne s'est posée aussi dramatiquement. Oui, en pesant nos mots, il y a menace d'extermination. Oui, il y corrélativement menace de génocide.

C'est pourquoi l'enkystement actuel est un piège et l'appel à en sortir n'est pas animé d'une logique complotiste propre à la pensée obsidionale. Les ennemis d'Israël sont assez avérés et nombreux pour ne pas en créer d'imaginaires.

Certains se sont étonnés qu'un "historien du sionisme" (sic) ait signé ce texte... Mais c'est précisément parce que je connais le sionisme... D'autres ont mis en avant ma connaissance de l'antisémitisme arabo-musulman... Comme mon scepticisme vis à vis d'Oslo (Al Domi, 1998). La réponse est identique.

C'est à la condition de négocier en vue de séparer les deux peuples que l'on pourra mettre sur la table toutes les questions. Des plus connues aux moins dites, des manuels scolaires aux cartes des Atlas par exemple. Y compris la question des réfugiés ? Surtout celle des réfugiés, et même de tous les réfugiés.

Ceux de la Nakba palestinienne et ceux des Juifs d'Irak spoliés, des Juifs de Libye fuyant la peur au ventre (et spoliés évidemment), ceux de Syrie, traqués, etc. 750 000 Juifs du monde arabe sont arrivés en Israël, le plus souvent démunis, que l'Etat juif a intégré, soigné, logé, instruit en hébreu, etc. Sans recevoir un seul dollar d'une quelconque agence de l'ONU. C'est là l'intérêt de la négociation : parler de tout, et en bloc.

Croit-on qu'en appelant à négocier pour séparer les deux peuples on soit assez stupide pour croire à la volonté de paix arabe ?

Si paix il y a, elle sera glaciale comme avec l'Egypte, comme avec la Jordanie. La Paix des Protocoles des Sages de Sion, un énorme succès de librairie, y compris dans ces pays arabes loués pour leur modération, paradis touristiques où même les Juifs va-t-en guerre ne se privent pas d'aller...

Le propre du politique, c'est le sens du réel et l'art du compromis. C'est aussi la préhension du juste rapport de forces. Et la focalisation sur l'essentiel dont René Char disait qu'il " est sans cesse menacé par l'insignifiant ". Le reste est idéologie, c'est à dire fourvoiement par rapport à une réalité qui se vengera un jour ou l'autre.

Il faut séparer les deux peuples. Sinon, à terme (et ce terme est proche, une à deux générations alors que la guerre des Six jours est déjà deux générations derrière nous...), nous allons vers l'Etat unique de la mer au Jourdain. C'est à dire l'Etat binational.

En clair l'Etat de Palestine-Israël qui deviendra rapidement l'Etat arabe tout court.

Pourquoi ? Parce que la réalité démographique, comme la géographie, imposent les choix politiques. Si la politique d'un Etat est dans sa géographie disait, comme jadis Bonaparte, ajoutons qu'elle l'est aussi dans ses registres d'état-civil.

Et ceux du peuple juif sont mal en point ; les coupes opérées par le nazisme sont irréparables. Non par je ne sais quelle fatalité historique, mais simplement parce que l'évolution des sociétés développées auxquelles appartiennent les communautés juives est celle d'une faible natalité.

En Israël même, et a fortiori avec " les territoires ", la balance est de 1,8 pour les Juifs contre 3,4 pour les Arabes. Lesquels, en Israël en particulier, disent crûment mais en aparté à qui veut les entendre que ce sera la revanche des ventres.

"Territoires" et profondeur stratégique ?

Quand un missile SCUD syrien ou du Hezbollah mettrait une minute pour atteindre Tel-Aviv, qu'un missile Shahab 3 iranien mettrait moins de dix minutes pour atteindre Israël. La frontière à 18 km ou à 50 ? Parce qu'Israël n'a aucune profondeur stratégique (18 ou 50 km ne changent quasiment rien à l'affaire), seule compte la surveillance du territoire.

Et la négociation en position de force. Aujourd'hui, pas demain. En tenant compte du réel : Dieu reste du côté des meilleures armées jusqu'à plus ample informé.

L'environnement de l'Etat d'Israël est arabe. Arabe à l'intérieur des frontières du 4 juin 1967 (12 % de la population en 1949, 20 % aujourd'hui), arabe dans les "territoires", arabe au-delà des frontières.

Cet environnement lui commande de se resserrer sur un espace étroit mais homogène. "Abandonner" la Judée Samarie en invoquant la trahison vis à vis d'Eretz Israël, quand la Galilée est largement arabe ? Moins de 200 000 Arabes israéliens en 1949, près de 1 200 000 en 2010 : c'est du côté des frontières d'Israël, à l'intérieur de la ligne verte qu'il faut regarder.

Des régions entières de l'Etat juif sont habitées par une population qui a toutes les raisons de haïr un pays auquel elle est fidèle aujourd'hui, mais contre lequel elle se retournera demain, à la première manifestation de faiblesse.

Telle est la réalité d'Israël : pour qui voyage par exemple de Tel Aviv à Afoula en empruntant la fameuse route 6, une suite ininterrompue de peuplement arabe à l'intérieur des lignes du 4 juin 1967.

Attendre, c'est signer la disparition d'Israël comme Etat juif dans une, deux ou trois générations : ne pas bouger puisque "il n'y a pas d'interlocuteur valable", puisque les Palestiniens (essence éternelle, figée dans la pierre sans doute) "ne veulent pas d'Etat", parce que tout retrait israélien (du Liban en 2000, de Gaza en 2005) s'est traduit par la guerre.

Les détracteurs de JCall sont dans l'attentisme faute de solution.
Or, tel était le point crucial de ce texte : alerter contre l'Etat unique qui se profile parce que c'est le piège tendu par nos ennemis.

Parce que les partisans avérés de l'Etat juif, tout à leurs bons arguments pris isolément, s'y précipitent. Comme l'attendent et l'espèrent les élites arabes d'aujourd'hui : laisser s'enkyster une situation dans laquelle la démographie, demain, décidera du vainqueur. Quand mon ennemi rejoint mes vues, je commence à m'inquiéter.

L'Etat unique apparaîtra bientôt à toutes les consciences comme LA solution. Idéale de surcroît dans une époque où l'on confond la compassion et la justice, l'émotion et la pensée, le multi ethnisme et le multiculturalisme.

Après les résultats brillants de Chypre, du Liban et de quelques autres, les belles âmes applaudiront au laboratoire israélo-palestinien de l'Etat "unique et multiculturel".

Mais seuls les Israéliens, et par ricochet les dernières judaïcités de la diaspora, paieront l'addition de cette fumisterie qui a échoué partout. S'insurger contre cet Etat relèvera demain de l'"ethnisme" et probablement du "racisme".

Et à refuser l'Etat bi-national en gardant "les territoires", l'Etat juif s'exposera dans moins de vingt ans à dominer une population arabe devenue majoritaire. Qui veut de l'apartheid en Israël ?

La rêverie sur ces territoires a fait oublier l'essentiel. La victoire de 1967 fut un cadeau empoisonné offert par les armes à la nation juive. Elle permit au sionisme religieux, jusque-là minoritaire, de prendre une ampleur telle qu'il domine aujourd'hui dans une partie des rouages de l'Etat et surtout de l'armée.

En oubliant au passage que le sionisme fut d'abord l'entreprise de Juifs sécularisés et laïcisés. Que le monde orthodoxe l'avait maudit dans une quasi guerre civile juive comme dans la Russie tsariste où certains orthodoxes, qui n'ont aujourd'hui que le nom d'Israël a la bouche, ne se privaient pas de dénoncer les sionistes à la police du tsar.

La victoire de 1967 en Cisjordanie (le Sinaï et le Golan sont des réalités géopolitiques à part) a créé 43 ans plus tard une réalité éprouvante : l'Etat juif sera demain mangé par sa conquête. Il n'a pas les moyens démographiques de ses ambitions parce que la Shoah a cassé les reins du jeune Etat juif ; à l'encontre du ressassement de la doxa pour laquelle elle aurait permis la création de l'Etat d'Israël...

En 1937, devant le soulèvement arabe qui compromettait ses positions coloniales, Londres suggérait, par le biais du plan Peel, un partage de la Palestine en deux Etats. La zone dévolue à l'Etat juif était dérisoire : une bande côtière de 100 km de long - de Tel Aviv à Haïfa - et d'une dizaine de km de large.

Outre le refus arabe cramponné à la même attitude depuis un siècle, le rejet de tout compromis (qui l'a mené de faillite en faillite jusqu'en 2010), il faut rappeler que la plupart des dirigeants du Yishouv refusèrent le plan Peel. La plupart, à l'exception de Ben Gourion qui finit par convaincre les autres, lui qui disait être prêt à établir l'Etat juif "sur un coin de nappe".

C'est ce Ben Gourion-là qui a fait la force pragmatique du sionisme. Pas un idéologue. Un homme des Lumières dont il était grand lecteur. Un homme du compromis. De la réalité. L'homme du plan Peel en 1937 et de l'Altalena en 1948. C'est ce Ben Gourion-là qui a permis la naissance de l'Etat. Ce que les idéologues ont, semble-t-il, oublié.

Le monde arabe évolue lentement.

Le blocage mental y demeure considérable (mais pas inentamé comme pour toute réalité humaine). C'est l'homme malade des nations comme on le disait jadis de l'empire ottoman en Europe.

Moins de livres traduits que dans la petite Grèce rapporte le PNUD, chaque année, depuis 2002...

C'est parce qu'il s'agit d'un monde (pour partie au moins) archaïque, dangereux et violent qu'il faut s'en séparer. Parce que l'antijudaïsme qui y prospère est devenu obscène par sa bêtise, littéralement délirant. En un mot, génocidaire.

En 2004, le Mémorial de la Shoah publiait sous ma direction un numéro entier de la Revue d'histoire de la Shoah consacré à l'antisémitisme-antisionisme du monde arabe. A l'exception de dix minutes d'entretien sur France Culture, un black-out quasi complet a accompagné cet ouvrage (y compris des radios communautaires, promptes à voler au secours de la victoire et aujourd'hui si disertes sur le péril). Bref, fort classiquement, un enterrement par le silence.

Nous croit-on assez naïf pour ignorer cette réalité qu'avec d'autres, nous avons contribué à faire connaître ? Croit-on qu'en appelant au dialogue je me fasse quelque illusion sur l'adversaire ? C'est parce que je sais la profondeur du refus arabe, lequel n'a quasiment rien à voir avec les "territoires" ni même avec la cause palestinienne, que je souhaite un Etat d'Israël plus petit et plus homogène. Plus sûr de son droit et donc plus à même de se défendre.

Pour faire désarmer l'hostilité internationale ?

Que non ! Cette hostilité-là, comme le refus arabe, ne désarmera guère parce que l'Occident a besoin de voir dans l'Etat juif le Juif des nations qu'il a pourchassé jusqu'à la fin que l'on sait.

Ce n'est donc pas pour complaire aux uns ni aux autres qu'il faut dialoguer, donc être prêt à donner, à recevoir et à se séparer in fine. C'est pour la survie de l'Etat juif en tant qu'Etat juif.

Les mots "faute morale" ont beaucoup choqué. Si faute morale il y a, le curseur n'est pas où on le croit. L'occupation de territoires et la domination sur les populations qui y vivent conduit à une logique de violence. Comme toute violence, elle gangrène le corps social, elle s'étend, elle le corrompt. Il n'y a pas d'occupation innocente, non pour des raisons morales mais pour des raisons politiques. La corruption règne à un niveau inégalé en Israël depuis la fondation de l'Etat.

Croit-on qu'elle n'ait aucun rapport avec la logique de l'occupation ? Parce que le déni du droit ne s'arrête pas à la ligne verte, il gangrène les consciences et ouvre le chemin de la corruption. Et de la médiocrité, celle aujourd'hui de la classe politique.

Les objecteurs à JCall ont raison sur plusieurs points. Mais ils ont tort sur l'ensemble

Ne pas bouger en pensant que le temps entérinera les faits accomplis c'est avoir une vison à court terme de la réalité. Il faut fermer la frontière et négocier pour mieux s'ouvrir au monde. Echapper à ce qui ne fait plus consensus dans la nation israélienne, ce qui la mine, ce qui nourrit aussi la logique corruptrice dont on finit par s'accommoder.

En cessant de maquiller les mots pour maquiller les choses : l'occupation est occupation, la domination est domination (douce ?), même si chacun sait qu'il y a mille formes de domination et que dans des circonstances pareilles on ne donnerait pas cher de la vie d'un Juif en territoire occupé par une armée arabe. Tout cela est vrai. Mille fois vrai.

Et alors ? C'est du principe de domination d'un autre peuple dont il s'agit. Et ce principe-là corrompt toute la chose politique, il accoutume à des comportements qui divisent le corps social. Qui fatiguent une partie des citoyens. Qui nourrit l'émigration des élites.

Cela aussi c'est la réalité démographique : 700 000 Israéliens vivent à l'étranger... Dont une bonne partie sont d'un haut niveau professionnel : ce ne sont pas les pauvres qui partent.

S'ingérer dans les affaires israéliennes ?

L'argument est puissant, c'est entendu, mais il ne manque pas de piquant quand les jusqu'auboutistes de France, depuis leurs positions acquises et leurs enfants à l'abri, semblent prêts à se battre jusqu'au dernier Israélien. Ont-ils subi, eux, le poids d'un service militaire de trois ans ? Ont-ils connu, eux, un jour, l'angoisse des parents d'enfants versés dans des unités combattantes ? Le poids des milouim (périodes de réserve) et des carrières tard commencées ? La retenue s'impose quand l'option qu'on préconise se paiera demain du sang des autres.

Mais en un demi siècle, Israël et le sionisme ont aussi subsumé l'identité juive. Il n'est pas d'identité juive qui ne se détermine aujourd'hui, aussi, par rapport à l'Etat juif. En 1949, 10 % des Juifs avaient rejoint l'Etat d'Israël. Plus d'un Juif sur deux y réside aujourd'hui. Israël est devenu le fait cardinal de l'existence juive.

Le sionisme a embarqué dans son aventure les judaïcités du monde entier. Juste retour des choses qu'elles se préoccupent de l'avenir d'Israël quand leurs destins sont liés : l'avenir de l'Etat juif conditionne celui des rares diasporas de 2010.

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