Chmouel Engelmayer : Ensemble : pour faire quoi ?

Article paru dans Cahiers Bernard Lazare, mensuel du Cercle Bernard Lazare (Paris), publié avec le concours du Centre National du Livre. n° 213, avril 2001.

La Halakha (loi religieuse juive) interdit de tisser un vêtement à la fois avec de la laine et du lin. Par extension, on peut se demander si le nouveau gouvernement d'Israël est Kasher - bien que les ultra-orthodoxes du Shas y soient en position de force. Mais il n'est pas sûr que cela assurera sa longévité : ce n'est pas seulement le gouvernement le plus nombreux de l'histoire de ce pays (26 ministres et 12 vice-ministres), mais c'est surtout le plus disparate. A se demander comment Ariel Sharon va faire coopérer Shimon Pérès, artisan d'Oslo et Prix Nobel de la Paix, avec Rehavam Zeevi, partisan du transfert des Arabes hors d'Israël et Avidgor Lieberman, fervent adepte de la manière forte. Cette situation acrobatique est à mettre aussi au crédit de Yasser Arafat : c'est surtout l'union sacrée du Fatah, du Tanzim et du Hamas qui a engendré des attentats en Israël, créé un sentiment d'insécurité et convaincu une forte majorité d'Israéliens de l'urgence d'un gouvernement d'union nationale.

Ainsi fin février, un sondage de l'Institut Steinmetz de l'Université de Tel-Aviv indiquait que 70,5 % des personnes interrogées préféraient que le Parti Travailliste se joigne au Likoud dans un gouvernement d'union nationale (contre 18 % qui s'y opposaient et 11,5 % qui hésitaient). En conséquence, l'objectif prioritaire déclaré du Premier ministre Ariel Sharon est de faire cesser les tirs et les attentats et de ramener la sécurité. Alors seulement, il reprendrait les négociations avec l'Autorité palestinienne en vue d'accords intérimaires à long terme, assortis d'un état de non-belligérance. D'ici là, outre les problèmes de la cohabitation à l'intérieur du gouvernement, il devra faire face à des perspectives économiques plutôt sombres. Quant au Parti Travailliste, il entame sa traversée du désert et il n'est pas sûr qu'il verra la Terre promise. **

Outre la réhabilitation politique de Sharon, le premier acquis du gouvernement d'union nationale est d'avoir fait adopter haut la main l'abolition de la loi électorale de 1992. Désormais, le chef du gouvernement ne sera plus désigné au suffrage universel par un deuxième bulletin, en plus du vote pour un parti. Le retour à la proportionnelle avec un seul bulletin, le Premier ministre étant choisi par une coalition de partis, comporte des modifications qui mériteraient d'être analysées par un spécialiste. Dans le contexte qui nous occupe, la nouvelle loi électorale votée à la Knesseth le 7 mars constitue une assurance-vie pour le gouvernement de Sharon : un vote de défiance exigera non seulement la majorité absolue de la Knesseth (61 voix), mais aussi la présentation d'un gouvernement de rechange et surtout, à partir des prochaines élections, tout électeur désireux d'influencer le choix d'un Premier ministre devra voter pour un parti qui présente un candidat plausible, et non pour un parti sectoriel comme le Shas, le Shinouï ou un parti russe - à moins que ce parti ne s'engage d'avance pour l'un des candidats.

Selon le Professeur Arik Carmon, Président de l'Institut israélien pour la démocratie, cela laisse prévoir un renforcement des grands partis qui vont entrer en compétition pour une vingtaine de mandats à conquérir. Pour sa part, la spécialiste des sondages Mina Tsemah estime que la représentation du Shas à la Knesseth se réduira à 10-11 députés aux prochaines élections. En conséquence, ni le Shas ni les partis russes n'ont désormais intérêt à renverser Sharon. En outre, dès lors que c'est le parti qui désigne le candidat au poste de Premier ministre, Netanyahou sera moins à craindre pour Sharon qui contrôle bien l'appareil du Likoud. En attendant d'affronter le Likoud aux élections de 2003, le Shas peut fêter "sa splendeur ancienne enfin restaurée", et il a tout ce qu'il faut pour se préparer aux prochaines échéances :

trois ministères à gros budgets (Intérieur, Travail et Affaires Sociales, Santé), plus celui des Cultes, un ministère spécial concernant Jérusa-lem et un vice-ministre de l'Education. Si le parti "Judaïsme de la Torah" persiste dans son refus d'entrer au gouvernement (parce que ses trois vice-ministres pressentis n'ont pas obtenu des ministres concernés des prérogatives suffisantes à leurs yeux), le Shas aura la haute main sur les institutions religieuses du parti ultra-orthodoxe ashkénaze - dont certaines limitaient à dix pour cent le nombre d'élèves séfarades admis. Quelle revanche!

Mais le Shas risque alors de se retrouver dans la position inconfortable de seul parti religieux au gouvernement. En effet, Sharon a estimé que le Parti National Religieux ferait un parti nationaliste de trop à côté de celui de Rehavam Zeevi et Lieberman. Le Shas apparait donc comme le seul parti religieux prêt à coopérer avec un gouvernement laïque. Mais de là à sortir du gouvernement... Un compromis semble donc inéluctable.

La coopération de Sharon avec le petit parti "Am Ehad" de Amir Peretz, puissant Président de la Histadrout, risque de soulever plus de problèmes : il est le seul à avoir posé des exigences dans le domaine socio-économique. En conséquence, le Premier ministre et le Ministre des Finances se sont engagés à élaborer avec Amir Peretz, dans les cinq mois qui viennent, une politique commune sur les propositions de loi déposées par "Am Ehad" et concernant des mesures sociales importantes : augmentation substantielle du salaire minimum, retraite pour tous, égalité pour les femmes dans l'emploi, et des exemptions d'impôts pour les retraités, les locataires, les convalescents et les mères au travail. Le coût de ces propositions se monte à des milliards de shekels et l'on voit mal, dans la situation économique qui se dessine, comment le budget ferait face à des suppléments de dépenses de cette envergure.

En effet, les perspectives économiques du gouvernement d'union nationale paraissent préoccupantes. Dès la fin août 2000, les indices économiques, et en particulier celui du produit industriel, montraient un début de récession. L'Intifada armée palestinienne a accéléré cette tendance depuis octobre : le marasme du tourisme et la baisse des investissements étrangers ont contribué à ralentir la croissance, sans parler de la pénurie d'ouvriers palestiniens qui a touché particulièrement les secteurs du bâtiment et de l'agriculture.

Et voici que le contexte international se dégrade : effondrement en Bourse des actions de la technologie de pointe (principal facteur de la croissance israélienne en 2000), ralentissement de la croissance aux Etats-Unis, hausse du dollar par rapport au shekel. Il n'est pas sûr, dans ces conditions, que la baisse du taux d'intérêt par la Banque d'Israël suffise à relancer l'économie. Les prévisions de la croissance pour 2001 ont dû être révisées à la baisse, de 4,5 pour cent à 2,5 pour cent et le nouveau Ministre des Finances, Sylvain Shalom (Likoud), prévoit même une augmentation du chômage qui atteindrait 10 pour cent en 2001.

Cette récession réduira évidemment les recettes du gouvernement qui aura du mal à contenir le déficit budgétaire. Il lui faudra réduire les dépenses et, en premier lieu, abolir toute la série des 13 lois populistes votées à la veille des élections et qui impliquent une charge budgétaire astronomique de quelque 3 milliards de shekels supplémentaires. Déjà, le Ministre de la Défense, Binyamin Ben Eliezer, vient de se voir refuser une rallonge de 2 milliards de shekels pour les dépenses de sécurité. Avec quels fonds le gouvernement d'union nationale financera-t-il ses priorités déclarées: l'éducation, le développement du Neguev et de la Galilée, sans parler des "besoins de la croissance des implantations existantes" ?

La recette néo-libérale du Likoud pour relancer l'économie est connue : il approfondira les réformes structurelles telles que limitations des monopoles, suppression des barrières douanières, libéralisation du marché des capitaux et du travail et privatisations. On notera qu'à ce sujet, la plate-forme du gouvernement d'union nationale ne diffère que peu de celle du gouvernement précédent. Depuis les années 1970, la majorité au sein du Parti Travailliste a reconnu en fait l'hégémonie libérale. Dans le gouvernement d'union nationale de 1984, c'est Shimon Pérès qui a lancé la privatisation du secteur public et fait appel, pour cela, aux investisseurs juifs de la Diaspora.

Aujourd'hui, ce n'est pas un hasard si Sharon n'a confié au Parti Travailliste aucun ministère à caractère social tel que Finances, Travail et Affaires Sociales, Education, Santé, Habitat et Infrastructures: le Likoud et le Shas peaufinent déjà en vue de l'avenir leur popularité dans les villes de développement et les quartiers défavorisés. On comprend moins, en revanche, pourquoi le Parti Travailliste a si peu insisté pour obtenir au moins l'un de ces portefeuilles. Où sont le "changement de priorité", la "compassion" et la "sensibilité sociale", le rôle de l'Etat dans les objectifs nationaux (la Alyiah et son intégration, la Défense et la mise en valeur du territoire), dans la protection des plus faibles contre les excès de l'économie de marché et dans la réduction des disparités ?

En fait, lorsque Shimon Pérès parle de la nécessité d'un "nouvel agenda national", c'est surtout pour dénoncer "l'idéologie gauchiste" de Beilin qui, selon lui, n'est plus pertinente en Israël. Selon le Professeur de Sciences Politiques Gaby Schaeffer, de l'Université Hébraïque de Jérusalem, Shimon Pérès et l'actuelle direction opportuniste du Parti Travailliste se sont éloignés des idéaux social-démocrates et se révèlent peu sensibles aux problèmes sociaux.

Le Professeur Schaeffer cite une déclaration fracassante de Shimon Pérès au cours de la négociation pour l'adhésion du Parti travailliste au gouvernement d'union nationale : "Où est-ce que vous croyez ? Quand l'Irak prépare une bombe atomique, est-ce le moment de s'occuper de social-démocratie ?" Prenant acte du glissement de la majorité du Parti Travailliste vers le centre, le Professeur estime que celui-ci n'a plus de raison d'être : il faut accélérer son démembrement en créant un parti social-démocrate authentique. Et cela peut réussir : des électeurs du Parti Centriste (en voie de disparition), du Shinouï, du parti des Juifs russes de Chtcharanski et des Orientaux pourraient adhérer à cette nouvelle formation et lui assurer une assise populaire.

C'est ce que propose une résolution du Meretz au cours de son Conseil National du 25 février dernier : "Le Conseil National appelle tous ceux qui croient au combat pour la paix, la justice sociale et l'alliance entre citoyens juifs et arabes à se rassembler en une seule formation politique afin de proposer au public israélien une solution de rechange réelle et actuelle à la voie du camp nationaliste-religieux"

C'est ce que propose aussi le Dr Ouri Silberscheid, qui enseigne la philosophie politique. Selon lui, le Parti Travailliste a trahi la vision de justice sociale des pionniers du sionisme. Il faut donc créer un nouveau parti sioniste-socialiste qui rassemblera des éléments du Parti Travailliste et en particulier les cercles idéologiques qui y fonctionnent encore, des organisations ouvrières, des mouvements de jeunesse, le mouvement kibboutzique et des organisations extra-parlementaires comme "L'éventail démocratique oriental".

La vision de Yossi Beilin est différente. En premier lieu, il se défend de vouloir scinder le Parti Travailliste. Il brigue même le poste de Président temporaire jusqu'aux primaires du 4 septembre qui désigneront le nouveau président : Avram Burg ou Binyamin Ben Eliezer. Les ministres du Parti Travailliste craignent que ce soit une manoeuvre de Beilin pour faire sortir le parti du gouvernement d'union nationale. Ils craignent aussi que le président temporaire Beilin se mobilise pour faire élire Burg en septembre. Quoi qu'il en soit, Beilin appelle à l'élargissement du parti en une sorte de Parti Démocrate à l'américaine, par l'adhésion en bloc du Meretz, de "Am Ehad", du Shinouï et du Parti Centriste. Mais il semble opposé à un Etat-providence classique qui investirait massivement dans les services sociaux. Il préconise de réduire l'intervention de l'Etat dans le secteur productif et mise avant tout sur l'initiative privée.

Comme on le voit, ce débat fondamental est à l'ordre du jour en Israël, quoi qu'en dise Shimon Pérès. Il reste que la solution du conflit israélo-palestinien, quelle qu'elle soit, conditionne la réalisation de tous ces projets.

Or là encore, les perspectives du gouvernement d'union nationale concernant le processus de paix ne sont pas réjouissantes. Et d'abord à cause de la stratégie d'Arafat. Le 3 mars dernier, le Ministre des Communications de l'Autorité palestinienne, lmad el-Faloudji, dévoilait un pot aux roses : l'intifada n'était pas spontanée, elle a été planifiée et préparée à la suite de l'échec des pourparlers à Camp David, en juillet 2000. il affirme aussi que c'est une erreur de croire que l'Intifada a éclaté à la suite de la visite controversée de Sharon sur la Montagne du Temple.

Et un autre Secret de Polichinelle vient d'être éventé : Mahmoud Damra, chef de la Force 17 à Ramallah, la garde présidentielle d'Arafat, dirigeait un réseau terroriste composite (Force 17, Fatah, Hamas et Front démocratique) qui a tué des civils israéliens dans des attentats sur les routes et au Bureau de l'Assistance sociale à Jérusalem-Est, d'octobre à décembre 2000. Le siège de Ramallah, en mars, avait pour but d'arrêter les membres de ce réseau qui préparaient un attentat à l'explosif dans le quartier de Newe Yaacov, à Jérusalem.

il ne s'agit plus simplement de feu vert donné au Hamas, il s'agit de participation active au terrorisme et au plus haut niveau : 13 attentats en février dernier qui ont fait 12 morts et 60 blessés. Le choix de la violence se confirme, en vue d'obtenir coûte que coûte l'internationalisation du conflit et la délégitimation d'Israël dans l'opinion mondiale. Dans l'immédiat, Arafat veut se présenter au sommet arabe du 27 mars, à Amman, comme le défenseur héroïque des Lieux Saints de l'Islam et la victime des armes israéliennes - et obtenir enfin des fonds. Le ministre palestinien Nabil Shaath s'est plaint que sur un milliard de dollars promis par le Sommet Arabe précédent, l'Autonomie palestinienne n'en a reçu que 8 millions. Dès le 12 mars, les ministres arabes des Affaires étrangères ont appelé le Secrétaire Général de l'ONU à envoyer une force internationale dans les territoires palestiniens "afin de protéger la population contre les actes barbares d'Israël ".

L'irréalisme des exigences d'Arafat a fait échouer les négociations de Taba en janvier dernier, et les espoirs qu'il fonde sur le terrorisme à outrance pour forcer Israël à céder semblent indiquer que les Palestiniens ont mal interprété le retrait unilatéral israélien du Sud-Liban.

Le terrorisme dissuade tous les jours plus d'Israéliens, même partisans de la paix de faire des concessions douloureuses. Seules des mesures sérieuses et conséquentes d'Arafat pour faire cesser la violence dont il est l'initiateur peuvent permettre la reprise des négociations. Il est encore temps : l'opinion publique israélienne n'a pas encore basculé. Le sondage sur la paix de l'Institut Steinmetz, fin février, indique que 41 % des Juifs d'Israël estiment que la formule "Laissez Tsahal gagner la guerre" constitue la solution la plus efficace à la violence et au terrorisme palestiniens, contre 50 % qui n'y voient pas la bonne solution. Et l'on sait de longue date que la majorité des Israéliens sont prêts à des concessions pour la paix - mais pas à un suicide national.

Mais déjà 71,5 % du public juif voient en Arafat un terroriste plutôt qu'un homme d'Etat (contre 8 % d'avis contraire et 20,5 % sans opinion). Tsahal et les services de sécurité sont du même avis : l'Autonomie est en train de devenir une "entité terroriste" déclare le Chef de ces Services, Avi Dichter. Dans ce contexte explosif, Ariel Sharon joue la prudence. Il montre patte blanche en tenant à s'entourer d'un ministre des Affaires étrangères Prix Nobel de la Paix, avec son vice-ministre le Rabbin Melchior de "Meimad" ("La Paix Maintenant" des religieux), d'un Ministre de la Défense du Parti Travailliste, avec une vice-ministre, fille d'un autre Prix Nobel de la Paix, Dalia Rabin-Filosof. C'est habile mais insuffisant : cela fait plutôt l'effet d'un alibi.

Mais Sharon annonce tout de même des "concessions douloureuses" et, dans son premier discours à la Knesseth, il a supprimé la phrase qui parlait de "Jérusalem réunifiée sous la souveraineté israélienne", (mais cette phrase figure dans la lettre qu'il a rédigée à l'intention du Parti nationaliste de Zeevi et Lieberman). Dans le texte des instructions envoyées aux Ambassades d'Israël, il a modifié la clause selon laquelle "Israël ne négociera pas sous le feu", et l'a remplacée par : "La conduite de la négociation exige le calme.

Shimon Pérès affirme que cette modification vient de lui. Reste à savoir si Pérès s'avérera capable de modérer Sharon. Le Ministre des Affaires étrangères est un pragmatique. Il estime qu'il faut d'urgence améliorer la situation économique de l'Autorité palestinienne et donc alléger ou supprimer le bouclage sélectivement. Il pense qu'on peut négocier avec quiconque s'efforce de diminuer la violence. Selon lui, Ehoud Barak a commis l'erreur de dévoiler trop vite ses cartes et a fait monter les exigences palestiniennes. Il faut revenir à la réalité et peu importe si les accords conclus seront appelés définitifs ou intérimaires.

Dans ce flou artistique, Pérès rencontre Sharon et ses silences : "avance progressive vers la paix", rien sur la frontière définitive, rien sur Jérusalem ni sur les réfugiés palestiniens; sur les accords intérimaires la formule consacrée est "réciprocité", avec tout de même une allusion à la continuité territoriale du futur Etat palestinien (sur 42 % de la Rive Occidentale). Mais que deviendra cette continuité territoriale si Sharon développe toutes les implantations "selon leurs besoins" ? Et Si Israël n'en évacue aucune même dans la Bande de Gaza (Pérès prévoyait leur évacuation dès 1995) ?

Ce qu'on croit savoir actuellement, c'est que Sharon et Pérès s'opposent à un retrait unilatéral et envisagent une "paix par étapes ou par phases" : une série "d'ententes" obtenues non dans une négociation mais dans des "contacts". Redéploiement à Abou Dis, puis dans la Zone B où Israël est responsable de la sécurité, puis, si la violence palestinienne se calme, acceptation par Israël de la proclamation de l'Etat palestinien, et enfin, après une longue période de calme, reprise des négociations pour un accord définitif.

On reste quand même dans le vague et l'on peut se demander si le Parti Nationaliste de Zeevi et Lieberman s'associera à un tel programme. Dans l'incertitude et l'urgence de la situation, des propositions de solution jaillissent d'un peu partout.

Ran Cohen, du Meretz, propose un retrait immédiat de la Bande de Gaza, avec évacuation de toutes les implantations et note que, avant Oslo, "Gaza d'abord" fut le slogan de Shimon Pérès. La poursuite de la négociation concernant la Rive occidentale serait alors conditionnée par la cessation de toute violence. Chlomo Ben Ami, du Parti Travailliste, ne croit plus que Arafat veuille vraiment parvenir à un accord définitif avec Israël et regrette que la nouvelle génération de dirigeants palestiniens des territoires n'ait pas pris le relais. Pour éviter le pire, il ne reste donc plus qu'une "solution imposée de l'extérieur avec l'accord des deux parties" et fondée sur la proposition de Clinton de décembre 2000.

L'avocat Kristal, vice-président de la Commission pour le processus de paix au bureau du Premier ministre, propose de gérer le conflit à long terme - en l'absence de solution visible. Il préconise entre autres de ne pas mettre en danger le pouvoir central palestinien, dont la survie est vitale pour Israël. Il faut non seulement maintenir des contacts mais encourager le développement et la création d'emplois dans le territoire de l'Autonomie palestinienne, avec l'aide de la communauté internationale, et renouveler les échanges commerciaux israélo-palestiniens. Enfin il recommande de prendre des "initiatives territoriales", même unilatérales, de proposer des "accords transitoires" et même d'accepter la proclamation de l'Etat palestinien. Cette gestion d'un conflit appelé à durer implique, en Israël même, de se préparer à "vivre avec" pour longtemps encore, tout en faisant face aux nombreux défis de la réalité israélienne.

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