Moïse Ibn Maïmoun, le "Rambam", dit Maïmonide, 1135-1204, théologien, philosophe, médecin

Maïmonide est la plus grande figure intellectuelle du judaïsme méditerranéen médiéval

"Que la Lumière des Sages Brille et Nous Guide"

Moïse Ben Maïmon - de la dynastie des Maïmonides, (1135-1204) ou Mosche Ben Maïmon en hébreu (le Rambam) ou Mousa Ibn Maymoun en arabe, dit Maïmonide est sans doute la plus haute figure juive du Moyen Age.

Talmudiste, philosophe, juriste et médecin, juif espagnol de culture arabe, Mosche Ben Maïmon est né dans l'Espagne islamisée à Cordoue le 30 mars 1135. Le fait que la date précise de sa naissance ait été conservée, témoigne de la renommée du personnage.

Issu d'une longue lignée de rabbins et de hauts dignitaires juifs, il reçut, dès son enfance et selon l'usage de sa communauté, une vaste culture théologique, philosophique et scientifique.

En 1148, l'intolérance et les persécutions des nouveaux princes Almohades, au pouvoir en Espagne, contraignent le groupe familial à fuir. C'est ainsi qu'il erra pendant 10 ans dans différentes villes au sud de l'Espagne, avant de gagner la ville de Fès au Maroc et de s'embarquer pour la "Terre d'Israël" en 1165, Maïmonide a trente ans.

Après la mort de son père, Moïse Maimonide qui n'était pas encore médecin, fut aidé par son frère David qui faisait le commerce de pierres précieuses. La famille décida finalement de se rendre au Caire en Egypte. Au cours de ce voyage en barque, dangereux, son frère David périt noyé, et Moïse et sa mère se retrouvèrent démunis. C'est ainsi que Maïmonide commença à gagner sa vie en prodiguant des soins, grâce à ce qu'il avait appris de son père, de ses maîtres et de la Torah.

Bien vite médecin émérite, il fut un des plus célèbres herboristes et phytothérapeutes, et reste une référence jusqu'à nos jours. Maïmonide vécut auprès du sultan Saladin (Salah-al-Din) dont il sera le médecin personnel. Nommé chef de la communauté juive d'Egypte, il était son représentant auprès du souverain et à ce titre responsable de l'organisation intérieure et des règlements judiciaires. Il eut de ce fait de nombreuses correspondances avec les représentants de différentes communautés y compris en dehors de l'Egypte ("Lettre aux érudits de Marseille").

Sa réputation comme philosophe talmudiste et comme médecin sera telle que le Sultan Saladin, conquérant de l'Egypte, en fit le médecin de sa cour. On venait aussi le consulter depuis la Syrie, la Palestine, et encore de plus loin. On dit même qu'au cours de la troisième croisade, Richard Coeur de Lion s'efforça, en vain, de l'attirer auprès de lui à Ashkelon en Palestine.

Le talmudiste

Maïmonide est un véritable guide spirituel pour sa propre génération comme pour les générations suivantes.
Dans le "Sefer Hamitzvot", composé initialement en arabe, il présente les 613 commandements de la Loi écrite qui constitue l'armature de la Loi juive.

Le "Michné Torah" est le seul traité religieux qu'il rédige en hébreu dans lequel il aborde les différents aspects de la Législation juive. Le but de Rambam était de mettre la connaissance de toute la Loi orale à la portée du peuple, afin qu'elle ne fut pas seulement le domaine d'une élite d'érudits.

On peut y lire de nombreux commentaires relatifs à la médecine: l'anatomie, la physiologie, la pathologie humaine et animal, l'obstétrique, la vocation divine du médecin, la diététique, les relations sexuelles permises ou interdites, la circoncision, la mort, la génération spontanée, l'alcoolisme...il explique la manière dont la Torah envisage l'idéal de paix :
"Les Sages et les Prophètes n'attendent pas de l'ère messianique qu'elle leur permette de gouverner le monde ou d'asservir les nations, mais qu'elle nous rende libres de rechercher la Tora et sa sagesse. En ce temps-là, il n'y aura ni faim ni guerre, ni jalousie ni dissension. Le monde entier sera occupé à acquérir la connaissance de Hachem ainsi qu'il est écrit : "Le monde sera rempli de la connaissance de Hachem comme les eaux couvrent la mer"

Le "Perouch Hamichna" est un commentaire de la Michna, sans passer par la Guemara.
Esprit rationaliste, il s'élève contre les pratiques de magie et de sorcellerie fréquemment pratiquées à son époque. Il eut à faire face à une violente opposition.
Son influence a été déterminante sur le développement du judaïsme.

Le philosophe

Son "Moré Névoukhim"- ("Guide des égarés"), écrit en arabe, est tout à la fois un recueil religieux qu'un traité pour conserver une bonne santé. écrit pour des intellectuels partagés entre la tradition religieuse et la pensée scientifique, cet ouvrage tente de mettre en accord l'enseignement de la Torah et de ses commentaires avec la philosophie d'Aristote. A propos des lois juives sur l'alimentation (Cacherout), il dit dans le Guide Des Egarés III 35 :
" ... Les lois alimentaires nous éduquent à la maîtrise de nos instincts. Elles nous habituent à contenir l'avidité et la faiblesse qu'on éprouve de rechercher ce qu'il y a de plus doux et d'adopter comme but, la passion de manger et de boire... "

Ainsi, pour Maïmonide, ces lois alimentaires de la Torah sont, entre autres significations, un exercice d'auto-discipline pour aider l'homme à réprimer son instinct animal à l'égard de la nourriture. Maïmonide poursuit : "... Quant à ce qui est indispensable, comme de manger et de boire, l'homme doit se borner à ce qui est le plus utile et avoir en vue le seul besoin de se nourrir et non la jouissance, il faut se borner au nécessaire et s'abstenir du superflu". De portée universelle, le Guide constitue une analyse approfondie du judaïsme, dans le domaine des croyances comme dans ses aspects rituels. Il y est question de Dieu, de la Création, de la Prophétie.
Il influença, sans aucun doute, de manière décisive la pensée monothéiste.
Sa "Lettre sur l'Astrologie", répond à une interrogation des rabbins de France et conclut en faveur d'une indiscutable responsabilité de l'homme, en dressant une synthèse des connaissances cosmologiques de l'époque.

Le médecin

La médecine de Maimonide puisait à trois sources :

  • les notions de santé dans la tradition hébraïque
  • la médecine pratiquée à son époque
  • ses propres recherches et analyses liées à des expérimentations personnelles

Une dizaine de livres de médecine lui sont attribués qui ont été écrits en arabe avant d'être traduit en hébreu, en particulier par son disciple Samuel ibn Tibbon de Montpellier. On peut citer entre autres:

Le "Traité des aphorismes" divisé en 25 chapitres il constitue une somme des connaissances médicales de l'époque, depuis les apports antiques de la Médecine Hippocratique jusqu'aux pratiques du XIIème siècle. Y sont abordés: l'anatomie et la physiologie, les humeurs, la déontologie, la symptomatologie, les troubles de la parole, la thérapeutique générale, les maladies "spéciales", les fièvres, les périodes d'incubation, les saignées, les purgatifs et les vomissements, la chirurgie, la gynécologie, l'hygiène, la condition physique et le sport, la balnéation, les aliments et les boissons, les drogues, les médicaments, la physio-pathologie, les cas rares. Un grand nombre de spécialités sont traitées depuis les troubles cardio-vasculaires, le diabète sucré, les tumeurs, la psychosomatique, les nerfs, le tube digestif, les troubles respiratoires, les maladies infectieuses et parasitaires, l'anatomie, l'embryologie, la gynécologie-obstétrique, le sport, l'anesthésie. Ce traité a été la source médicale la plus consultée du Moyen Age.

Dans son "Traité des poisons" et leurs antidotes, il décrit les symptômes de l'empoisonnement et sait distinguer les différents venins de serpents.

"Aussi ne faut-il pas trop y penser, ni trop se réjouir ni trop s'attrister, car bonheur et malheur ne sont grands que dans notre imaginaire." Un "Traité sur l'asthme" Il y traite des troubles psychosomatiques, de thérapeutique, d'expérimentations personnelles, de l'alimentation : en quantité et en qualité, des horaires des repas, de l'environnement. Maimonide considère que la maladie résulte de la rupture d'un équilibre. Cet équilibre, physique et mental, sera maintenu chez celui qui saura s'en tenir au juste milieu. Le corps et l'esprit, bien que réalités distinctes, entretiennent chez l'être humain des relations d'interdépendances. Tout déséquilibre dans l'un se répercute sur l'autre, compromettant ainsi l'harmonie de l'être humain: "Il est clair pour les médecins, que l'on ne peut parvenir à la thérapeutique des maladies de manière directe ; il faut s'efforcer avant tout de bien connaître le tempérament du malade..."
" Quant aux émotions, leur importance nous est connue ; c'est à dire que l'action de la souffrance morale et de l'oppression, que nous constatons, affaiblit les fonctions psychiques et physiques à tel point qu'au cours des repas, l'appétit disparaît à cause de la douleur, de l'angoisse, de la tristesse ou des soucis. Si l'homme veut alors élever la voix, cela lui sera impossible, car son émotion affaiblit ses organes respiratoires dont il ne pourra se servir convenablement... Il n'a même pas de force pour lever ou déplacer ses membres. Si cet état persiste, il tombera obligatoirement malade et si cela se prolonge, il mourra... La joie et le plaisir provoquent l'état contraire et renforcent le moral et les mouvements du sang et de l'esprit. Ainsi, l'organisme verra s'accomplir ses fonctions aussi complètement que possible".

Dans son "Traité de la vie conjugale", il aborde les facteurs psychologiques, le nombre des partenaires, les aliments et boissons intervenants dans la sexualité, les aliments contre-indiqués, les mets cuisinés, recettes et aphrodisiaques et l'hygiène de vie à suivre.

Dans le "Traité des hémorroïdes" on peut lire des des conseils sur les mets bénéfiques et ceux à éviter pour qui souffre d'hémorroïdes, des mesures de prophylaxie et de thérapeutique générale et locale.

"L'essentiel pour l'alimentation (comme dans tous les domaines) est de parvenir à un équilibre et de s'y tenir..." Le "Traité de conservation de la Santé", donne des règles pour maintenir la santé physique, mentale, sociale. Il reprend les recommandations de la Tradition Hébraïque (Talmud Berah'ot 62 b) : "On ne mangera jamais que l'on ait faim et l'on ne boira jamais que l'on ait soif"-. -"On ne se retiendra jamais pour satisfaire ses besoins naturels même un instant tant pour uriner que pour aller à la selle" (Chabbat 82a).

Maimonide ajoute cette notion d'hygiène alimentaire: "... Lorsque l'homme travaille, se fatigue suffisamment, se nourrit modérément et lorsque ses intestins se vident facilement : ses forces se raffermissent..."
Par contre, qui mène une vie tranquille sans exercice physique, qui tarde à satisfaire ses besoins naturels,... mangerait-il des aliments sains... que, sa vie durant, il serait sujet à des affections diverses.."

Maimonide apparaît même prémonitoire lorsqu'il écrit: "La gloutonnerie est comme un poison mortel pour le corps humain et la véritable cause de toutes les affections... dont la plupart ont pour origine les aliments nuisibles, une alimentation trop abondante, même lorsqu'il s'agit d'aliments sains".

Dans ses "Commentaires des aphorismes d'Hippocrate " il considère les aphorismes d' Hippocrate comme l'oeuvre la plus utile pour un médecin tout en estimant utile d'en clarifier certains points. Il commente également l'oeuvre de Galien. Il éclaircit certains points obscurs, en réfute d'autres, son but étant de faciliter l'acquisition des connaissances.

Son "Traité des réponses médicales" contient des études sur la personnalité du Vizir Al Afdal et des conseils sur son emploi du temps, des aperçus sur les problèmes de déontologie, et enfin une mise en relation de la médecine et de la religion.

- En 1932, on a retrouvé un "glossaire de phytothérapie", de 350 remèdes à base de plantes, classées par ordre alphabétique avec leurs noms populaires (en arabe, grec, persan et en dialecte berbère, marocain, égyptien).

A la différence de ses confrères juifs, son oeuvre conseille la modération dans les prescriptions, associant les remèdes au soutien psychologique. C'est ainsi qu'il considère que les "médicaments ne servent qu'à soutenir la nature dans sa tâche, mais ne peuvent se substituer à elle." Pour lui, la guérison est synonyme du retour à un équilibre antérieur (à la nature), momentanément perturbé par la maladie. Cette réflexion est un exemple accompli de médecine orientale et qui plus est en accord avec la Torah, dans laquelle la maladie est le contraire du bien-être.
Pour y parvenir, il conseille d'utiliser autant,
- les ressources du corps, que l'on pourrait appeler "l'hygiène de vie",
- que les facultés de l'esprit mobilisées dans le cadre d'une dynamique pré-dictée par le Créateur. Il faut que l'homme fasse le bilan de ses actes par rapport à ce qu'il doit ou aurait dû faire et remédie à son grief ou à celui d'autrui, en réparant sa ou ses fautes.
Ce compromis peut laisser entrevoir, pour la médecine occidentale, les ressources de ce que l'on appelle aujourd'hui la médecine psycho-somatique.

La "Prière Médicale" qui lui est attribuée est un acte de foi professionnelle, aussi noble que le Serment d'Hippocrate, qui inspire encore aujourd'hui de nombreux médecins juifs:
"Mon Dieu, remplis mon âme d'amour pour l'art (médical) et pour toutes les créatures. N'admets pas que la soif du gain et la recherche de la gloire m'influencent dans l'exercice de mon Art, car les ennemis de la vérité et de l'amour des hommes pourraient facilement m'abuser et m'éloigner du noble devoir de faire du bien à tes enfants. Soutiens la force de mon coeur pour qu'il soit toujours prêt à servir le pauvre et le riche, l'ami et l'ennemi, le bon et le mauvais.
Fais que je ne vois que l'homme dans celui qui souffre. Fais que mon esprit reste clair auprès du lit du malade et qu'il ne soit distrait par aucune chose étrangère afin qu'il ait présent tout ce que l'expérience et la science lui ont enseigné, car grandes et sublimes sont les recherches scientifiques qui ont pour but de conserver la santé et la vie de toutes les créatures.
Fais que mes malades aient confiance en moi et mon Art pour qu'ils suivent mes conseils et mes prescriptions. Eloigne de leur lit les charlatans, l'armée des parents aux mille conseils, et les gardes qui savent toujours tout : car c'est une engeance dangereuse qui, par vanité, fait échouer les meilleures intentions de l'Art et conduit souvent les créatures à la mort. Si les ignorants me blâment et me raillent, fais que l'amour de mon Art, comme une cuirasse, me rende invulnérable, pour que je puisse persévérer dans le vrai, sans égard au prestige, au renom et à l'âge de mes ennemis. Prête-moi, mon Dieu, l'indulgence et la patience auprès des malades entêtés et grossiers.
Fais que je sois modéré en tout, mais insatiable dans mon amour de la science. Eloigne de moi l'idée que je peux tout. Donne-moi la force, la volonté et l'occasion d'élargir de plus en plus mes connaissances. Je peux aujourd'hui découvrir dans mon savoir des choses que je ne soupçonnais pas hier, car l'Art est grand mais l'esprit de l'homme pénètre toujours plus avant."
(Traduction tirée de : Soulier, Du Serment d'Hippocrate à l'éthique médicale, Thèse médecine, Marseille, 1985)

Le vieux sage meurt à Foustat (le vieux Caire) en Egypte en 1204 et sera inhumé à Tibériade. Rabbi Moshe ben Maimon dit le "Rambam"est enterré aux cotés de son père, dont le caveau est parallèle au sien. Sur sa tombe est inscrit en Hébreu "Mi Moshé ad Moshé, Lo Kam ké Moshé" ("De Moïse à Moïse, il n'y eut personne comme Moïse). Dans ce cimetière se trouvent les caveaux de très grands rabbins et de très grandes figures du judaïsme.

L'ensemble de l'oeuvre de Maïmonide est profonde, claire et concise. "Pilier universel de la connaissance" pour l'ensemble de l'Humanité. Il est "Prince des Médecins" pour le monde médical, il est "l'Aigle de la Synagogue" pour les juifs. Toute conception rationaliste du judaïsme, jusqu'à ce jour, se réclame de Maïmonide.

Le texte de cette page a été repris sur le site medarus.org/Medecins/MedecinsTextes/maimonide. Il a été écrit avec le concours de Jacques Allouche.

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