[{"data":1,"prerenderedAt":22},["ShallowReactive",2],{"story-mazel-tov-acte-i":3},{"id":4,"title":5,"slug":6,"excerpt":7,"content":8,"author":9,"publishedAt":11,"image":12,"storyCategory":16,"createdAt":20,"updatedAt":21},"wrc58ajhtyk1euqq31ghxtwz","Mazel Tov (Acte I)","mazel-tov-acte-i","Judith avait rencontré Xavier \nalors qu'elle terminait une thèse de psychologie consacrée à l'histoire de la névrose juive à l'âge classique.","\u003Ch1 class=\"h1title\"> \u003Ci>Mazel Tov (Acte&nbsp;I)\u003C/i>\u003C/h1>\n\u003Cdiv class=\"twolines\">\u003C/div>\n\u003Cimg src=\"/7/1/0/Images/dais.jpg\" alt=\"Dais\"> \n\u003Cbr class=\"clearall\">\n\u003Cp class=\"p21\">Judith avait rencontré Xavier \nalors qu'elle terminait une thèse de psychologie consacrée à l'histoire de la névrose juive à l'âge classique.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">- Un juif boche ! Après tout ce que les Boches nous ont fait, avait dit son père.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">- Papa ! Avait hurlé Judith.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">- Il est plus sportif qu'intello, avait remarqué Esther, la soeur de Judith. Et d'ajouter : \nes-tu sure d'avoir fait le bon choix ? As-tu déjà oublié tes prouesses en gym au lycée ? \u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">- Vous aviez tous peur que je fasse un mariage mixte. Cette fois vous devriez être contents.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">- Mais tu fais un mariage mixte ! C’était exclamé Esther. Les juifs allemands ont depuis longtemps oublié leurs racines. \nTu sais bien qu'en yiddish on les appelle les “jaquettes” parce qu'ils ont très tôt voulu ressembler à leurs voisins goys, \ntirés à quatre épingles, avec leur costume trois pièces plus cravate. \u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">Au moment du mariage, Judith commença à sentir que le Très Haut partageait le point de vue de son père et celui de sa soeur.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">La date du mariage avait été fixée au début du mois d'août, en accord avec le rabbin de la rue des Quatre Passeports, \nun rabbin séfarade qui débutait dans la profession (Xavier avait accepté un mariage religieux pour faire plaisir à la famille de Judith ; \nil s'était dit qu'après tout cela serait l'occasion de voir à quoi ressemble une synagogue).\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">Les faire-part était imprimés, les salons de l'hôtel “Lune de miel” retenus, la robe de dentelle blanche terminée, \nlorsque le rabbin téléphona à Judith.\u003C/p>\n \u003Cp class=\"p21\">- Je suis désolé, je n'ai pas regardé mon calendrier d'assez près. Je ne peux pas vous marier à la date prévue. \n Début août, c'est Ticha be Av. On commémore la destruction du premier et du deuxième Temple de Jérusalem. \n C'est une période de deuil. On ne célèbre pas de mariage.\u003C/p>\n \u003Cp class=\"p21\">- Tu vois, avait dit le père de Judith qui connaissait ses classiques, même s'il n'était plus très pratiquant. \n Je t'avais parlé de cela et tu n'avais pas voulu le croire. \n Ah les rabbins ! Ils étaient de meilleure qualité avant la guerre. A l'époque, c'était du sur mesure, maintenant c'est de la confection !\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">On repoussa donc la date du mariage. On fit imprimer d'autres faire-part. \nOn loua les salons de l'hôtel “Belle Epoque” car ceux de l'hôtel “Lune de miel” n'étaient pas disponsibles après le 15 août.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">Le jour du mariage, l'Eternel renouvela sans prévenir le coup du déluge. \nLa voiture de la famille, une Renault-Frégate-à-flancs-blancs, qui devait transporter la mariée ne voulut pas jouer le rôle de l'Arche : \nelle tomba en panne. Il fallut emprunter la 403 Peugeot du beau-père Jaquette.\u003C/p> \n\u003Cp class=\"p21\">Les demoiselles d'honneur, vêtues d'organdi rose, avaient bien du mal à empêcher la traîne de Judith de plonger dans les flaques d'eau.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">La mère de Judith et celle de Xavier avait commandé à leurs couturières respectives des tenues sobres et originales. \nLorsqu'elle se retrouvèrent à la synagogue, elles s'aperçurent qu'elles portaient les mêmes robes de dentelle marron glacé ; \nelle se lancèrent des regards consternés et évitèrent de s'installer trop près l'une de l'autre.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\"> - Tu ne trouves pas qu'elles font Dupont-Dupond ou plutôt Lévy-Lévi, dit Esther à l'oreille de Judith, qui était trop émue pour rire.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">Le discours du rabbin commença très bien. Les deux belles-mères oublièrent leurs problèmes et se mirent à pleurer. \nSous le dais nuptial Judith et Xavier écoutaient les paroles rabbiniques le coeur battant \n(Xavier se surprit à penser qu'une cérémonie religieuse avait tout de même une certaine allure, contrairement à ce qui se disait dans la famille Jaquette).\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">Mais, brusquement, tout dérapa. Le rabbin de confection qui avait appris son discours par coeur tomba dans un trou de mémoire. \nLe hazan (chantre) chanta quelque chose histoire de meubler le silence puis plus rien. \nLes oncles, les tantes, les cousins commencèrent à s'impatienter. Un murmure parcourut l'assistance... \nLe rabbin sépharade débutant toussota, se racla la gorge, s'excusa, et finalement retrouvera le fil de l'histoire.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">La cérémonie touchait à présent à sa fin. Xavier devait, selon la coutume, briser un verre sous la semelle de sa chaussure \n(en mémoire de la destruction du temple, disent les uns – parce ce que ça porte bonheur, disent les autres). \nAu bout du troisième essai le verre était toujours là, intact !\u003C/p>\n\n\u003Cp class=\"p21\">Le père du Judith pensa encore une fois qu'on était décidément entré dans la civilisation de la confection : \nmême les verres n'était plus de bonne qualité ; un verre, c'est fait pour se casser, non ? \u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">Mais Judith perdait son sang-froid. A sa grande stupéfaction, elle était assaillie par les vieilles superstitions d'Europe centrale : \nelle se disait qu'il devait y avoir une histoire de mauvais oeil derrière tout cela. \nC'était bien la peine d'avoir étudié la psychologie et la philosophie pour en arriver là !\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">Cette fois, la cérémonie était vraiment terminée. Le verre de confection avait fini par consentir à se briser. \nJudith avait une belle alliance d'or blanc que, selon la coutume, Xavier avait d'abord glissé sur l'index de la mariée.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">On se dirigea vers l'hôtel “Belle Epoque”. Mais là : nouvelle surprise ! \nLe piano de location qui devait permettre de faire danser la famille sur des airs nostalgiques du folklore yiddish s'était perdu dans la nature.\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">Heureusement, les tantes russes de Judith surent faire patienter l'assistance. \nElles oublièrent qu'elles n'avaient plus 20 ans, elles se mirent à chanter, puis à danser la Kazatchok, \naccroupies les bras croisés, lançant en avant tantôt une jambe tantôt l'autre. \nC'était mieux que les ballets Moïsseiev. C'était exactement comme là-bas... Mais avant la Révolution !\u003C/p>\n\u003Cp class=\"p21\">Tout est bien qui finit... mal (cf. Supra Mazel Tov - Acte II).\u003C/p>",{"id":10,"name":10},"","2026-03-09T16:34:41.133Z",{"url":13,"alt":10,"width":14,"height":15},"https://res.cloudinary.com/dlnfr74w6/image/upload/v1772905475/dais_5954dcfae1.jpg",216,336,{"id":17,"name":18,"slug":19},"cvc99wn4cvp2pn5nrw460sl7","Judith","judith","2026-03-07T19:44:36.882Z","2026-03-09T16:34:39.561Z",1775484758430]