[{"data":1,"prerenderedAt":59},["ShallowReactive",2],{"article-le-president-s-est-abime":3},{"article":4,"related":20},{"id":5,"slug":6,"title":7,"excerpt":8,"content":9,"author":10,"date":14,"category":15,"image":-1,"tags":13,"createdAt":18,"updatedAt":19},"cf39y5fggzccv0ys98pu09sc","le-president-s-est-abime","Le président s'est abimé.","Denis Peschanski, 9 novembre 2018","\u003Ch1 class=\"h1title\"> Le président s'est abimé.\u003C/h1>\n\u003Cp>Denis Peschanski, 9 novembre 2018\u003C/p>\n\u003Cdiv class=\"oneline\">\u003C/div>\n\u003Cp class=\"p21\">Le président s'est abimé.\u003C/p>\n\u003Cp>Il est étonnant qu'un président qui a accompagné Ricoeur dans son ouvrage sur l'histoire et la mémoire ait pu ainsi se tromper sur la bonne attitude à tenir. Je m'y attarde car ce qu'il a fait il y a deux jours était déjà dans le programme initial des commémorations et des hommages annoncé à la mi-octobre avant qu'une première intervention ait permis d'en faire un quasi non événement puisqu'il n'existait plus. Puis il a remis le couvert. Avec des conséquences qui, pourtant, se sont fait sentir immédiatement et qui ont été exactement celles qui étaient annoncées.\u003C/p>\n\u003Cp>Reprenons quelques arguments :\n\u003C/p>\u003Cul>\n\u003Cli> Il est toujours compliqué de faire l'impasse sur l'itinéraire complet d'un individu.\u003C/li>\n\u003Cli> A la Libération, l'individu a non seulement été condamné à mort (peine commuée) mais aussi à la dégradation nationale, dont celle de tous ses titres.\u003C/li>\n\u003Cli> Depuis très longtemps, la mémoire de la guerre de 14 c'est la mémoire des combattants. On rend hommage aux soldats de base comme aux chefs, mais dans un ensemble volontairement indifférencié. Ironiquement on rappellera que Pétain lui-même, enterré, on le sait, à l'Île d'Yeu, souhaitait rejoindre ses hommes à Douaumont.\u003C/li>\n\u003Cli> Dire qu'il fut un héros de la guerre de la Première Guerre ne peut vraiment plaider en sa faveur car c'est justement ce souvenir-là qui lui a permis de tromper largement les Français sur le sens de sa politique dite de Révolution nationale et sur le choix de la Collaboration.\u003C/li>\n\u003C/ul>\n\u003Cp>Mais l'essentiel est ailleurs. On en trouve trace dans la référence qui est faite par De Gaulle lui-même en 1966 à Pétain, lors d'une cérémonie à Douaumont, et en 1968 aux 8 maréchaux, dont Pétain lui-même. Déjà De Gaulle est De Gaulle et, justement, il a construit sa légitimité contre celle affirmée de Pétain en 1940. En outre il faut écouter ces discours qui ne se résument pas à cela. \u003C/p>\nMais surtout il y a un point de politique publique et un autre de politique mémorielle à retenir :\n\u003Cul>\n\u003Cli> Jamais De Gaulle n'aurait accepté de se faire imposer un tel hommage par une partie de la hiérarchie militaire. Or c'est à elle qu'on doit la volonté affirmée et réaffirmée d'un tel hommage.\u003C/li>\n\u003Cli> Plus encore, le président est passé à côté d'une évidence: la mémoire évolue dans l'histoire. Telle est le cas de la mémoire de la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, la figure de la victime juive et la figure du résistant sont structurantes de la mémoire collective des Français, comme l'est la figure négative de Vichy. Tel est ce que j'appelle un régime mémoriel, sorte de configuration mémorielle qui se stabilise dans une certaine durée autour d'un grand récit largement partagé. Bien évidemment, le régime mémoriel d'aujourd'hui est très éloigné du régime mémoriel à l'oeuvre dans la deuxième moitié des années 1960. Le régime de Vichy était loin d'être au coeur de la mémoire française de la Seconde Guerre mondiale et la figure de Pétain était loin d'être unanimement noire, et surtout tachée comme elle l'est aujourd'hui par le choix assumé d'exclure les Juifs par le statut des Juifs, statut durci de sa main et, plus encore, d'accepter de cogérer l'organisation de la déportation des Juifs de France à partir du printemps 1942.\u003C/li>\n\u003C/ul>\n\u003Cp>Pour avoir oublié curieusement la singularité des mécanismes mémoriels et pour avoir cédé à des hiérarques militaires qu'il avait souhaité, dans un premier temps, remettre à leur place, le président a fauté.\u003C/p>",{"id":11,"name":12,"bio":13,"avatar":-1},"t7ra9w9k26wsgmjzwkg6kjvw","Denis Peschanski",null,"2018-11-08T14:00:00.000Z",{"id":16,"name":17,"slug":17,"description":13,"color":13},"fvoj91y1qkpmjx0lqs1h2siq","2018","2026-03-07T19:45:30.960Z","2026-03-08T20:08:47.922Z",[21,33,46],{"id":22,"slug":23,"title":24,"excerpt":25,"content":26,"author":27,"date":29,"category":30,"image":-1,"tags":13,"createdAt":31,"updatedAt":32},"xdzhmb2hwczck6fy3cs0kysz","ce-que-disait-amos-oz-deux-mois-avant-sa-mort","Ce que disait Amos Oz deux mois avant sa mort","Le 30 octobre 2018, la chaîne publique de télévision israélienne a diffusé une longue interview d’Amos Oz. J’en traduis ici les passages essentiels.\nM. W.\n—————————","\u003Ch1 class=\"h1title\">Ce que disait Amos Oz deux mois avant sa mort\u003C/h1>\n\u003Cp>Le 30 octobre 2018, la chaîne publique de télévision israélienne a diffusé une longue interview d’Amos Oz. J’en traduis ici les passages essentiels.\u003Cbr>\nM. W.\u003Cbr>\n—————————\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>SUR LA HAINE\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>La leçon des dernières années est que le “cadeau” fait par Hitler et Staline, il y a quatre-vingt ans, est périmé. Hitler et Staline n’avaient pas l’intention de nous faire un cadeau, mais sans le vouloir ils ont légué au monde un certain sentiment de honte face au racisme et à la xénophobie. Or les gens redécouvrent la haine. Ils se lèvent le matin, et se mettent à haïr tous ceux qui ne leur ressemblent pas. C’est effrayant. Je ne crois pas qu’un homme qui pratique chaque jour la haine puisse être un homme heureux.\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>SUR SON MESSAGE\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>Je ne suis pas un retraité qui passe la journée sur son balcon et boit un verre de vin chaque soir; j’écris, je parle, je donne des conférences, je m’exprime. Mais je comprends parfaitement que le porteur d’un nouveau message ne doit pas être un mâle ashkénaze nanti et âgé. Je crois que le message doit venir de femmes et d’hommes plus jeunes, issus d’horizons très différents du mien. Cela fait des dizaines d’années que je parle, il est temps que d’autres prennent la parole.\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>SUR LA SOLUTION À DEUX ÉTATS\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>Il est intéressant de voir la droite colonisatrice et la gauche post-sioniste se mettre d’accord pour nous dire que la situation dans les territoires serait irréversible. Je crois que le seul fait irréversible est la mort (et je dois en faire personnellement l’expérience avant d’en être tout à fait certain). L’histoire, telle qu’elle s’est déroulée sous mes yeux, regorgeait de bouleversements imprévus. L’avenir tel que je le prévois, c’est-à-dire la solution à deux États, se réalisera-t-il à coup sûr? Non. Cet avenir est-il possible? Selon moi, il n’est pas seulement possible, il est absolument nécessaire.\u003Cbr>\nLes gens qui déclarent: “Mettez-vous tous les deux dans le même lit, commencez à faire l’amour et non la guerre”, ces gens-là disent n’importe quoi. Après un siècle de violence et de haine, il est impossible de faire lit commun et d’entamer la lune de miel de l’État binational. Nous devons diviser la maison en deux appartements, devenir voisins; et peut-être, un jour, deviendrons-nous des amis. C’est ainsi que les choses se passent entre les humains.\u003C/p>\n \n\u003Cp>\u003Cb>SUR LA DÉMOCRATIE EN ISRAËL\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>Je suis inquiet quant à l’avenir de la démocratie en Israël, en raison des lois récentes dont beaucoup, sans être nécessairement fascistes, sont inutiles. Il est inutile d’édicter des lois pour nous faire aimer notre pays. Nous n’avons pas besoin d’une loi sur la fidélité [à l’État d’Israël] ni d’une loi définissant la nature [juive] de l’État.\u003Cbr>\nAyez un peu confiance. La plupart des Israéliens aiment Israël, bien que ce ne soit pas toujours facile. J’aime Israël, bien que souvent Israël fasse tout pour que je ne l’aime pas. Il ne faut pas édicter des lois sur la fidélité et l’amour, il faut être digne de fidélité et d’amour.\u003C/p>  \n\n\u003Cp>\u003Cb>SUR SON STATUT D’ÉTERNEL MINORITAIRE\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>Je vais vous révéler un secret: de toute ma vie, je n’ai jamais été dans le camp majoritaire. J’ai grandi dans une famille appartenant au parti Hérout [de Menahem Begin]. Nous étions minoritaires. Durant de longues années j’ai été un ami proche de [Shimon] Pérès, et un peu aussi de [Yitzhak] Rabin. Mais ce n’est pas un secret que je n’ai jamais voté  pour eux, et ils le savaient. Ma vie durant, j’ai fait partie de la minorité.\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>SUR LA RÉVOLUTION FÉMINISTE\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>La révolution féministe rend le monde meilleur. Elle corrige un mal qui dure depuis des millénaires. Comme dans tout mouvement qui aspire à la justice, on y trouve des éléments marginaux qui ne recherchent plus la justice mais la vengeance. Ce sont ces éléments marginaux que je crains, et non le mouvement dans son ensemble.\u003Cbr>\nEntre l’aspiration à la justice et la soif de vengeance, la frontière est très mince. Aucun mouvement n’est vacciné contre le fanatisme – ni le mouvement politique auquel j’appartiens moi-même, ni le mouvement féministe.\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>SUR LE BILAN DE SA VIE\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>Bien sûr, j’ai peur de la mort. J’y pense souvent. Au cours de ma vie j’ai reçu beaucoup de coups, dans le domaine privé comme dans le domaine public. Mais, durant les dizaines d’années de mon existence, j’ai reçu tant de cadeaux: l’amour, les livres, la musique, les lieux… Rien de tout cela ne m’était dû, personne n’a signé de contrat en ma faveur. Je suis éternellement reconnaissant.\u003Cbr>\nJe voudrais partir avec le sentiment de n’avoir délibérément blessé personne. J’aimerais croire, en quittant ce monde, que certaines de mes paroles ont pu réconforter des personnes, en déranger ou en ébranler d’autres. Si je sais qu’une petite partie des dizaines de milliers de mots que j’ai écrits a eu une influence sur la vie de quelques personnes, cela me suffit: j’aurai quelque chose à montrer, là-haut, à la porte d’entrée.\u003C/p>",{"id":28,"name":28},"","2018-10-29T14:00:00.000Z",{"id":16,"name":17,"slug":17,"description":13,"color":13},"2026-03-07T19:45:44.069Z","2026-03-08T20:08:52.486Z",{"id":34,"slug":35,"title":36,"excerpt":37,"content":38,"author":39,"date":42,"category":43,"image":-1,"tags":13,"createdAt":44,"updatedAt":45},"ipl2rotu3rxx4mg7ibbeikqx","hommage-a-marceline-loridan-par-le-rabbin-delphine-horvilleur-lors-de-ses-funerailles-le-21-septembr","Hommage à Marceline Loridan\npar le rabbin Delphine Horvilleur \nlors de ses funérailles le 21 septembre 2018","Pour raconter Marceline, permettez-moi de commencer par la fin… par une chambre d’hôpital à Paris où, mardi soir, à la nuit tombante, résonnent ces notes, au moment même où dans toutes les synagogues du monde, on entend :\nKol Nidré… Veessarei, veh’aramei, vekounamei, vekhinouyei Vekinoussei oushevouot…","\u003Ch1 class=\"h1title\">Hommage à Marceline Loridan\u003Cbr>\npar le rabbin Delphine Horvilleur \u003Cbr>\nlors de ses funérailles le 21 septembre 2018 \u003C/h1>\n\u003Cp>Pour raconter Marceline, permettez-moi de commencer par la fin… par une chambre d’hôpital à Paris où, mardi soir, à la nuit tombante, résonnent ces notes, au moment même où dans toutes les synagogues du monde, on entend&nbsp;:\nKol Nidré… Veessarei, veh’aramei, vekounamei, vekhinouyei Vekinoussei oushevouot… \u003C/p>\n\u003Cp>Tous ces vœux, toutes ces promesses, demandent les Juifs ce soir-là, à quoi nous engagent-ils vraiment&nbsp;? \u003C/p>\n\u003Cp>Mourir à Yom Kippour, ça c’est du «&nbsp;Grand&nbsp;» Marceline&nbsp;! \u003C/p>\n\u003Cp>Ne me dites que c’est juste un hasard. Je n’en crois pas un mot.\u003C/p>\n\u003Cp>Comme beaucoup d’entre vous, j’étais convaincue que l’ange de la mort n’arriverait jamais à la retrouver. Je me suis souvent dit qu’elle avait gagné une sorte d’immunité et que, même s’il sonnait tout à coup à sa porte, elle l’engueulerait et il partirait voir ailleurs.\nJe me suis dit que de toute façon il ne pouvait rien contre elle. Et j’en reste convaincue aujourd’hui.\u003C/p>\n\u003Cp>Et je crois que ce n’est pas lui qui est venu la chercher, mardi soir&nbsp;: c’est elle qui l’a sifflé. C’est elle qui a décidé que le moment était arrivé. C’est elle qui a choisi. Parce qu’elle a toujours tout choisi et qu’il n’était pas question que quelqu’un lui vole sa sortie.\u003C/p>\n\u003Cp>Alors Yom Kippour, comme date, forcément, «&nbsp;ça a de la gueule&nbsp;». Je n’en connais pas de meilleure. C’est le jour où, selon la tradition, s’ouvrent les portes du Ciel, un jour où, dit-on, se réunit un tribunal qui décide du pardon. Dieu juge les hommes…\nÀ moins que… à moins que ce ne soit l’inverse.\u003C/p>\n\u003Cp>Une célèbre blague juive le raconte ainsi&nbsp;:\u003Cbr>\nUn jour à Yom Kippour, le rabbin se rend compte que, dans le fond de la synagogue, un homme, Yisthok, semble parler seul, s’agiter et se disputer avec quelqu’un.\u003Cbr>\nLe rabbin s’approche de lui et lui demande&nbsp;: «&nbsp;Yitshok, à qui parlais-tu&nbsp;?&nbsp;»\nEt l’homme répond&nbsp;: «&nbsp;Je parlais à Dieu. Je lui disais&nbsp;: «&nbsp;Je veux bien demander pardon pour ce que j’ai fait mais, franchement, je n’ai rien fait de si terrible. Par contre, toi, Dieu, regarde ce monde, la souffrance, la douleur, les catastrophes qui s’abattent sur nous. Toi Dieu, c’est à toi de nous demander pardon&nbsp;!&nbsp;»&nbsp;»\u003Cbr>\nAlors le rabbin demande&nbsp;: «&nbsp;Mais comment s’est finie la conversation&nbsp;?&nbsp;»\nEt Yitshok dit&nbsp;: «&nbsp;C’est simple, j’ai dit à Dieu&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Je te pardonne, tu me pardonnes, et on est quittes&nbsp;!&nbsp;»&nbsp;»\u003Cbr>\nEt c’est alors que le rabbin s’emporte contre Yitshok et lui dit&nbsp;: «&nbsp;Mais enfin, pourquoi as-tu laissé Dieu s’en tirer à si bon compte&nbsp;?&nbsp;» \u003C/p>\n\u003Cp>La tradition juive entend la rébellion et la colère, même tournée contre Dieu. Elle l’écoute et lui fait de la place. Et si l’homme peut demander à Dieu des comptes, alors je crois qu’en cet instant, face à Marceline, Dieu est en situation difficile et pourrait bien passer un sale quart d’heure.\u003C/p>\n\u003Cp>Parce que devant lui se tient une avocate féroce de l’humanité qui va plaider comme personne pour sa génération.\u003C/p>\n\u003Cp>Et pour nous qui restons ici, il va nous falloir apprendre à vivre sans elle, sans son rire et sa voix, sans ses coups de gueule et sa répartie, sans l’appartement de la rue des Saints-Pères où l’on s’installe pour refaire le monde, et sans son humour implacable et ses airs de gamine de 15 ans, qui nous rappelaient que Marceline n’avait aucun âge, en tout cas sûrement pas le sien.\u003C/p>\n\u003Cp>Et depuis deux jours, je ne compte pas le nombre de personnes qui m’ont dit&nbsp;: «&nbsp;Mais qu’est-ce qu’on va faire sans elle&nbsp;?&nbsp;»\u003Cbr>\nHier, son amie Audrey Gordon m’a fait lire une lettre qu’au bout du monde, elle a écrit à Marceline en apprenant sa mort. Elle lui dit&nbsp;:&nbsp;«&nbsp;Je regarde le ciel, je lui crie ton nom. Je lui demande comment supporter l’absence. Toi, tu m’aurais simplement répondu&nbsp;: «&nbsp;Démerdez-vous&nbsp;!&nbsp;»&nbsp; C’était ta manière à toi de transmettre. Ce «&nbsp;Démerdez-vous&nbsp;!&nbsp;&nbsp;» adressé à ma génération, cela voulait dire&nbsp;: «&nbsp;Réinventez, ne reproduisez pas à l’identique.&nbsp;»&nbsp;»\u003C/p>\n\u003Cp>Je crois qu’Audrey a raison&nbsp;: Marceline nous a dit mille fois «&nbsp;Démerdez-vous&nbsp;!&nbsp;» avec une tendresse extraordinaire qui veut dire&nbsp;: faites avec la faille, construisez-vous avec le manque. Parce que c’est ce que moi j’ai réussi à faire&nbsp;: faire de la brisure et de mon histoire, non pas un effondrement, mais le plus majestueux des édifices, une vie de femme libre, de juive debout, qui ne se laissera pas briser.\nBien sûr, ces dernières années, le corps lâchait un peu.\u003C/p>\n\u003Cp>Un soir, à Jérusalem, elle a soudain perdu la vue. Quand elle m’a raconté cela, nous avons passé un long moment toutes les deux à parler de la Bible. Je sais, c’est un peu étrange. Je lui ai raconté qu’Isaac, le fils d’Abraham, cet enfant qui fut un jour lié sur un autel et presque sacrifié, a, à la fin de sa vie, perdu la vue. Et le verset qui raconte cela dans la Torah le décrit de façon très étrange. Il est écrit&nbsp;:\nVETIK’EINA ENAV MI-R’OT\n«&nbsp;Les yeux d’Isaac s’obscurcirent d’avoir vu&nbsp;».\u003C/p>\n\u003Cp>Il n’est pas écrit qu’Isaac cessa de voir mais que son regard s’obscurcit «&nbsp;d’avoir vu&nbsp;». Mais d’avoir vu quoi, demandent les rabbins&nbsp;?\nRéponse des sages&nbsp;: d’avoir vu, bien plus tôt dans sa vie, quelque-chose qu’il n’aurait jamais dû voir. D’avoir survécu à la catastrophe, et à l’anéantissement. Isaac, dans la Torah, c’est la figure du survivant par excellence, celui qui a vu l’irreprésentable, l’irracontable et dont le regard et le cœur sont à jamais différents.\u003C/p>\n\u003Cp>Avec ses yeux obscurcis et avec son cœur brisé, Marceline a non seulement su vivre, mais elle a su voir, montrer, filmer, raconter et aimer. Et sur ce chemin brisé, elle nous a guidé comme personne.\u003C/p>\n\u003Cp>Avant de passer la parole à des proches, à de amis, j’aimerais conclure et dire un mot sur son amitié avec Simone Veil. Bien sûr, beaucoup de choses ont été dites sur le lien si particulier qui les unissait. Sur cette sororité paradoxale, ces sœurs de camp et de destin.\nMais je crois qu’au-delà de ça, pour beaucoup de femmes, Simone et Marceline ont raconté et incarné à elles deux quelque chose du destin féminin.\nSimone et Marceline, comme deux visages de ce qu’une femme rêve d’être&nbsp;: le visage de l’engagement et du devoir, le visage de la passion et de la liberté. Et la façon dont elles ont su placer en miroir ces deux visages.\u003Cbr>\nSimone dans son combat a offert aux femmes la liberté.\u003Cbr>\nEt Marceline dans sa liberté nous a appris à combattre… et rappelle à notre génération son devoir de poursuivre et d’inventer.\u003C/p>\n\u003Cp>Dans ma toute dernière conversation avec Marceline, elle m’a raconté que, plongée dans le coma, il y a quelques semaines, elle s’est retrouvée aux portes de la mort. Et alors, m’a-t-elle dit, «&nbsp;Figure-toi que Simone était là, et elle m’a pris la main et m’a raccompagnée du côté des vivants&nbsp;».\u003C/p>\n\u003Cp>Cette fois-ci, Simone l’a gardé près d’elle, et la guide.\u003C/p>\n\u003Cp>Je veux croire qu’en cet instant, tandis que, selon la tradition, s’ouvrent les portes du ciel, elles sont encore un peu là pour nous entendre leur dire merci, merci à ces «&nbsp;filles de Birkenau&nbsp;» qui nous ont appris à vivre.\u003C/p>\n\u003Cp>Que la mémoire de Marceline soit pour nous tous une bénédiction et que son âme et son souvenir soient liés à tout jamais au fil de nos existences.\u003C/p>",{"id":40,"name":41,"bio":13,"avatar":-1},"g7hnlqpj7frml7vqhnpyrmmw","Delphine Horvilleur","2018-09-20T15:00:00.000Z",{"id":16,"name":17,"slug":17,"description":13,"color":13},"2026-03-07T19:45:37.626Z","2026-03-08T20:08:50.171Z",{"id":47,"slug":48,"title":49,"excerpt":50,"content":51,"author":52,"date":55,"category":56,"image":-1,"tags":13,"createdAt":57,"updatedAt":58},"cl4l5aivgrpcl9bo31hkd9g3","l-universite-contre-l-universalisme-par-caroline-fourest","L’université contre l’universalisme, par Caroline Fourest","le 4 août 2018","\u003Ch1 class=\"h1title\">L’université contre l’universalisme, par Caroline Fourest\u003C/h1>\n\u003Cp>le 4 août 2018\u003C/p>\n\n\u003Cp>Jadis, l’université était un lieu vertical, où l’on transmettait un savoir normé que l’on confondait avec l’universel, sans même l’interroger. Aujourd’hui, l’université s’est démocratisée. Elle est horizontale, truffée de séminaires et d’enseignants qui déconstruisent tout, parfois même l’essentiel : l’esprit critique, la transmission du savoir et l’aspiration à l’universel.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Il ne se passe pas une semaine sans qu’un intervenant universaliste ne soit attaqué ou déprogrammé dans une faculté. Cette semaine, ce fut le cas de Fatiha Boudjahlat et Christine Le Doaré, invitées à débattre des « contours d’un féminisme universaliste » à Nanterre. Beau sujet. Leurs noms seront finalement rayés sur pression de membres du Conseil scientifique du congrès international des recherches féministes dans la francophonie, lancé il y a vingt-deux ans au Québec et truffé de multiculturalistes allergiques au modèle français. La conférence prévue fin août se tiendra sans elles, et à sens unique. Ainsi va la vie universitaire depuis l’OPA réussie des communautaristes sur la recherche féministe et/ou antiraciste.\u003C/p>\n\n\u003Cp>En Angleterre, les très rares représentants de la pensée universaliste, comme l’Iranienne Maryam Namazie, sont régulièrement déprogrammés ou attaqués par des étudiants et enseignants pro-intégristes, qui les insultent et les menacent. Moi-même, je ne peux plus intervenir sans prendre le risque de voir débarquer des fanatiques qui interrompent nos débats et tentent de m’agresser. Ne parlons pas des angoisses pour notre sécurité depuis le 7 janvier 2015.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Les amis de Charlie ne peuvent prendre la parole sans un impressionnant et coûteux dispositif de sécurité. Jusqu’à 20 000 dollars s’il faut sécuriser la conférence publique d’un membre du journal en Angleterre ou aux Etats-Unis, où la protection des personnes menacées de mort en raison de leurs opinions n’est pas assurée par l’Etat. Autant vous dire que les facultés préfèrent inviter des personnalités moins coûteuses et moins menacées, comme les communautaristes, qui correspondent en plus à leur modèle de pensée.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Depuis quelques années, les amphis sont devenus de tristes théâtres où l’on produit surtout les spectacles des tenants du sectarisme intellectuel, de l’intégrisme, du complotisme et de l’incitation à la haine. A l’invitation de cercles étudiants, Tariq Ramadan, Dieudonné mais aussi des négationnistes du génocide arménien ont pu faire mille claquettes sur les estrades de l’Université « libre » de Bruxelles, créée par des francs-maçons… pour défendre le libre examen ! A l’inverse, mes conférences contre l’idéologie sécuritaire ou l’extrémisme ont été violemment interrompues par des étudiants extrémistes, comme lors de l’opération « burqa bla bla », menée par un enseignant proche des Indigènes du royaume, l’équivalent belge des Indigènes de la République. Il a fini par être sanctionné. Mais d’autres professeurs, toujours en poste, se chargent de censurer tout intervenant universaliste, comme à Nanterre.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Il faut se rendre à l’évidence. Sous l’effet cumulé des menaces physiques des intégristes et du noyautage de l’enseignement et de la recherche, les universalistes ont perdu le droit de cité à l’université. Tranquillement et en coulisses, la déconstruction nécessaire a tourné à la revanche. Les réseaux des prometteuses gender studies servent moins à défaire la domination masculine qu’à importer une pensée anglo-saxonne multiculturaliste caricaturale, qui défend des quotas ethnicisants, les alliés des intégristes, et accuse de racisme toute personne ayant le malheur de défendre une vision plus laïque et universaliste. Lentement mais sûrement, ces chiens de garde du communautarisme – surreprésentés à l’EHESS, Normale sup et bien sûr à Paris-VIII – nous préparent une future élite complice de la réaction intégriste et sexiste. Elle a déjà Internet et le reste du monde pour nous empoisonner. Faut-il vraiment que ces lieux dédiés à l’éducation et à la transmission lui servent de relais ? Et censurent en prime les pensées féministes antidotes ? A ce rythme, la bataille intellectuelle est pliée. Les universalistes sont prévenus. Il faudra chercher d’autres lieux, l’art et la culture, pour la mener.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Caroline Fourest\u003Cbr>\nMarianne  le 04/08/2018 à 14:00\u003C/p>",{"id":53,"name":54,"bio":13,"avatar":-1},"s9bkboiezm0csfuyu7avegny","Caoline Fourest","2018-08-03T15:00:00.000Z",{"id":16,"name":17,"slug":17,"description":13,"color":13},"2026-03-07T19:45:27.668Z","2026-03-08T20:08:56.681Z",1775484743875]