[{"data":1,"prerenderedAt":63},["ShallowReactive",2],{"article-penser-le-devenir-de-l-etat-hebreu":3},{"article":4,"related":20},{"id":5,"slug":6,"title":7,"excerpt":8,"content":9,"author":10,"date":14,"category":15,"image":-1,"tags":13,"createdAt":18,"updatedAt":19},"h17n89mgk1qfxedqc2jvqtyw","penser-le-devenir-de-l-etat-hebreu","Penser le devenir de l'Etat hébreu","Par Gilles Bernheim, Grand Rabbin de la Synagogue de la Victoire - Paris, mars 2008","\u003Ch1 class=\"h1title\">\u003Ci>Penser le devenir de l'Etat hébreu\u003C/i>\u003C/h1>\n\u003Ch2 class=\"h2emph\">Les frontières bibliques d'Israël\u003C/h2>\n\u003Cp class=\"p18\">\u003Cb>Par Gilles Bernheim, Grand Rabbin de la Synagogue de la Victoire - Paris, mars 2008\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Caudio controls=\"controls\" preload=\"auto\">\n \u003Csource src=\"/sons/gilles-bernheim.ogg\" type=\"audio/ogg\">\n \u003Csource src=\"/sons/gilles-bernheim.mp3\" type=\"audio/mpeg\"> \n\u003C/audio>",{"id":11,"name":12,"bio":13,"avatar":-1},"k2e7i8geh4smu7d4n0ycniu2","Gilles Bernheim",null,"2008-03-01T14:00:00.000Z",{"id":16,"name":17,"slug":17,"description":13,"color":13},"zcsr510evx9k6n6w35jxetp9","2008","2026-03-07T19:47:27.576Z","2026-03-08T20:04:53.263Z",[21,34,50],{"id":22,"slug":23,"title":24,"excerpt":25,"content":26,"author":27,"date":30,"category":31,"image":-1,"tags":13,"createdAt":32,"updatedAt":33},"tc0lx5jwkpcvcg4re2wqocf6","amitai-etzioni-israel-doit-il-rester-un-etat-juif","Amitai Etzioni : Israël doit-il rester un état juif ?","LE MONDE | 13 mai 2008 | Amitai Etzioni","\u003Ca id=\"top\">\u003C/a> \n\u003Ch1 class=\"h1title\">Amitai Etzioni : \u003Ci>Israël doit-il rester un état juif ?\u003C/i>\u003C/h1> \n\u003Cp>LE MONDE | 13 mai 2008 | Amitai Etzioni \u003C/p>\n\u003Cdiv class=\"twolines\">\u003C/div>\n \n\u003Cp>Les minorités ne sont pas mieux protégées quand un pays\nn'affiche aucune valeur nationale commune. Est-il opportun qu'Israël soit un\nEtat juif ? Autant se demander s'il est bien nécessaire que le pape soit\ncatholique. Les défenseurs des droits individuels se posent tout de même la\nquestion, en s'inspirant d'arguments déjà fourbis dans certains pays où l'on\nappelle à mettre l'identité nationale en sourdine afin que les minorités se\nsentent plus à leur aise et évitent d'engendrer des terroristes. Ce type d'arguments\nrefuse de prendre en considération l'apport bénéfique de la communauté\nnationale, de ses valeurs fondamentales et de son identité, ciment qui empêche\nune nation de tomber en morceaux.\u003C/p>\n\n\u003Cp>En Israël, le plaidoyer en faveur des minorités et des\ndroits individuels s'articule autour de deux arguments. Le plus évident, si\nl'on peut dire, fait valoir qu'une occupation prolongée de la Cisjordanie\ncondamnerait Israël soit à rester une puissance coloniale, soit à renoncer à\nson identité juive au profit d'un Etat binational. Seul un retour aux\nfrontières de 1967 (légèrement rectifiées) pourrait enrayer les désastres de\nl'occupation et ses effets corrosifs sur l'âme d'Israël, en préservant par\nailleurs une base démographique essentielle à un Etat juif et démocratique.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Le second volet de l'argumentaire soulève des enjeux plus\ndélicats, qui concernent tout aussi bien d'autres nations : Israël, contenu\ndans ses frontières de 1967, devrait s'ouvrir au multiculturalisme.\nC'est-à-dire renoncer à ses valeurs juives pour devenir un Etat culturellement\nneutre, capable d'assurer l'intégration de plus d'un million de citoyens arabes\n(soit environ un cinquième de la population israélienne). Cela permettrait par\nla même occasion aux juifs laïques de s'affranchir de ce qui est perçu comme un\nrégime rabbinique oppressif. (Aujourd'hui, en Israël, on ne peut pas se marier,\ndivorcer ni être enterré sans en référer à une autorité religieuse, juive,\nmusulmane ou autre.)\u003C/p>\n\n\u003Cp>Ces considérations semblent pourtant négliger le fait que\ntoutes les nations, fussent-elles aussi vastes que les Etats-Unis ou la Chine,\nont chacune au moins quelque chose en commun : des valeurs, une histoire, une\nidentité partagée. Si l'on en faisait des Etats neutres, elles seraient\ndépossédées de la dimension positive que nous apportent les communautés. Cette\ndimension ne doit pas être sous-estimée : on peut être prêt à mourir pour sa\npatrie, s'indigner personnellement de l'entendre dénigrée ou, tout simplement,\néprouver de la fierté à voir ses compatriotes remporter une compétition\ninternationale ou une médaille aux Jeux olympiques.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Les défenseurs des droits individuels prétendent que les\nvaleurs communes des Israéliens juifs se sont de toute façon dissoutes, et que\nmême les autres nations n'ont que de vagues notions de leur culture commune :\nau Royaume-Uni, la notion de /\"britishness\"/\n(\"britannicité\") se résumerait à un goût immodéré pour la bière tiède\net le cricket. On constate néanmoins que les nations dépourvues de valeurs\nfédératrices fortes s'exposent à des sécessions (comme au Canada ou en Espagne)\net peinent à mettre en place une politique nationale qui exige des sacrifices\npour le bien commun.\u003C/p>\n\n\u003Cp>D'ailleurs, toute nation digne de ce nom a bien une certaine\norientation culturelle. Vous pouvez ricaner en entendant parler de l'Europe\ncomme d'un continent chrétien, le fait est que le repos dominical y tient lieu\nde règle (et non le shabbat juif ou le vendredi des musulmans), les vacances\nsuivent le calendrier des fêtes chrétiennes, et même les manuels scolaires ainsi\nque divers rites publics véhiculent des valeurs chrétiennes.\u003C/p>\n\n\u003Cp>En cherchant à gommer ces cultures nationales, on risque un\nappauvrissement. C'est justement la crainte d'une telle déperdition qui attire\ntant d'électeurs européens vers des partis politiques hostiles à l'immigration,\net qui alimente des sentiments antipalestiniens en Israël. La seule position\nraisonnable consiste donc à respecter la diversité au sein de l'unité : chaque\nnation définirait quelles sont les règles qui doivent être partagées par tous,\net jusqu'où chaque communauté est libre de suivre ses propres traditions.\nAinsi, au Royaume-Uni, au lieu de fusionner tous les groupes ethniques, comme\non l'a récemment suggéré, il serait préférable de les accepter en tant que\ntels, pour autant qu'ils ne menacent pas les valeurs et les institutions\nnationales communes.\u003C/p>\n\n\u003Cp>En Israël, cela impliquerait non seulement de respecter le\ndroit des juifs et des Arabes à pratiquer librement leur religion, mais aussi à\nn'en pratiquer aucune. Qui plus est, les prêcheurs de haine et apôtres de la\nviolence ne devraient bénéficier d'aucune complaisance. Il faudrait aussi lever\nles mesures discriminatoires contre les Arabes israéliens et les juifs laïques\nen matière de subsides et de privilèges alloués par l'Etat, comme c'est le cas\ndans l'attribution de bourses d'études.\u003C/p>\n\n\u003Cp>La sociologie nous enseigne que les sociétés sont des\norganismes complexes, animés de besoins et de valeurs diverses parmi lesquelles\non ne saurait en privilégier certaines qu'au détriment d'autres. Il n'est pas\npossible de ménager les susceptibilités de chacune des minorités sans risquer\nde compromettre l'essentiel : la communauté nationale.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Tout effort visant à assimiler complètement les minorités\n(au mépris de leur culture propre) ou à liquider l'ethos national (au détriment\nde la culture commune) ne servira qu'à exacerber les conflits et les tensions.\nL'intérêt général voudrait plutôt que l'on parvienne à un juste dosage entre\nles apports positifs de la diversité et les valeurs fondamentales que nous\nsommes tenus de partager, tous autant que nous sommes.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Traduit de l'anglais par Myriam Dennehy\u003C/p>\n\u003Cp>Amitai Etzioni\u003C/p>\n\u003Ca href=\"#top\"> \u003Cimg class=\"arrow\" src=\"images/arrw06b.png\" alt=\"haut de page\">\u003C/a>",{"id":28,"name":29,"bio":13,"avatar":-1},"uicr12uo7clwh5cv3nv1vis4","Amitai Etzioni","2008-05-12T15:00:00.000Z",{"id":16,"name":17,"slug":17,"description":13,"color":13},"2026-03-07T19:47:20.909Z","2026-03-08T20:04:51.010Z",{"id":35,"slug":36,"title":37,"excerpt":38,"content":39,"author":40,"date":42,"category":43,"image":44,"tags":13,"createdAt":48,"updatedAt":49},"ojkypdvbzuxsq1co94dho9s8","portrait-d-irena-sendler-juste-parmi-les-nations-le-nouvel-observateur-12-mai-2008","Portrait d'Irena Sendler (Juste parmi les nations) Le Nouvel Observateur, 12 mai 2008","Décédée lundi 12 mai 2008 à l'âge de 98 ans, Irena Sendler a sauvé 2.500 enfants juifs du ghetto de Varsovie \ndurant la seconde guerre Mondiale. Arrêtée par la Gestapo en 1943 elle fut miraculeusement sauvée \nsur le chemin de l'exécution \n\nFigure de la résistance polonaise, Irena Sendler a sauvé 2.500 enfants juifs de Varsovie au risque de sa vie \nen les faisant sortir du ghetto instauré par les nazis.\n\"On m'a éduquée dans l'idée qu'il faut sauver quelqu'un qui se noie, sans tenir compte de sa religion ou de \nsa nationalité\", aimait-elle à dire.","\u003Ch1 class=\"h1title\">Portrait d'\u003Ci>Irena Sendler\u003C/i> (Juste parmi les nations)\u003Cbr> Le Nouvel Observateur, 12 mai 2008\u003C/h1>\n\u003Cdiv class=\"oneline\">\u003C/div>\n\u003Cimg class=\"rg\" src=\"/3/11/0/images2008/sendler.jpg\" alt=\"Irena Sendler, Yad vashem\">\n\u003Cbr class=\"clearall\">\nIrena Sendler, Yad Vashem\n\u003Cp class=\"p18\">\nDécédée lundi 12 mai 2008 à l'âge de 98 ans, Irena Sendler a sauvé 2.500 enfants juifs du ghetto de Varsovie \ndurant la seconde guerre Mondiale. Arrêtée par la Gestapo en 1943 elle fut miraculeusement sauvée \nsur le chemin de l'exécution \u003Cbr>\n\nFigure de la résistance polonaise, Irena Sendler a sauvé 2.500 enfants juifs de Varsovie au risque de sa vie \nen les faisant sortir du ghetto instauré par les nazis.\n\"On m'a éduquée dans l'idée qu'il faut sauver quelqu'un qui se noie, sans tenir compte de sa religion ou de \nsa nationalité\", aimait-elle à dire.\u003C/p>\n\n\u003Ch2 class=\"h2title\">Juste parmi les Nations\u003C/h2>\n\n\u003Cp class=\"p18\">Née le 15 février 1910, Irena Sendler est longtemps restée peu connue en Pologne, \nà l'image d'Oskar Schindler, qui est mort dans la pauvreté en Allemagne, avant que son action soit immortalisée \nau cinéma par Steven Spielberg. \nIl fallut attendre mars 2007 pour que la Pologne lui rende un hommage solennel et propose son nom pour le Prix Nobel \nde la Paix.\u003Cbr>\nCependant, le mémorial israélien de l'Holocauste, le Yad Vashem, lui avait décerné dès 1965 le titre de \nJuste parmi les Nations, réservé aux non-juifs qui ont sauvé des juifs (un peu plus de 22.000 à ce jour).\u003C/p>\n\n\u003Ch2 class=\"h2title\">Première métropole juive d'Europe\u003C/h2>\n\n\u003Cp class=\"p18\">Assistante sociale, elle travaillait déjà avant la guerre auprès des familles juives pauvres \nde Varsovie, qui était alors la première métropole juive d'Europe. La capitale polonaise abritait \n400.000 des 3,5 millions de juifs de Pologne.\u003Cbr>\nDès l'automne 1940, Irena Sendler a pris des risques considérables pour apporter de la nourriture, \ndes vêtements ou des médicaments aux habitants du ghetto, que les occupants nazis avaient instauré dans un quartier \nde la capitale. Sur 4 km², ils y avaient entassé quelque 450.000 personnes.\u003Cbr>\nEn raison du manque de nourriture, beaucoup sont morts de faim ou de maladie. \nLes autres ont été gazés au camp de la mort de Treblinka. Une poignée de survivants ont mené au printemps 1943 \nune insurrection désespérée avant que l'armée nazie ne rase complètement le quartier.\u003C/p>\n\n\u003Ch2 class=\"h2title\">Enfants cachés dans des valises\u003C/h2>\n\n\u003Cp class=\"p18\">\"Lorsqu'elle marchait dans les rues du ghetto, Sendler portait un brassard avec l'Etoile de David, \nà la fois par solidarité avec les juifs et par souci de ne pas attirer l'attention sur elle\", \nsouligne le mémorial du Yad Vashem.\nA la fin de l'été 1942, elle a rejoint le mouvement de résistance Zegota, (Conseil d'aide aux juifs).\u003Cbr>\nElle a alors fait sortir clandestinement des enfants du ghetto qu'elle hébergeait dans des familles catholiques \net des couvents.\u003Cbr> \nLes enfants étaient cachés dans des valises, transportés par des pompiers ou des camions à ordures, \nou simplement dissimulés sous les manteaux des personnes qui avaient le droit d'accès au ghetto, \ncomme Irena Sendler et son équipe d'assistantes sociales. Par précaution, elle notait soigneusement \nles noms des enfants et des familles sur des papiers qu'elle enterrait dans des bouteilles.\u003C/p>\n\n\u003Ch2 class=\"h2title\">Miraculeusement libérée sur le chemin de l'exécution\u003C/h2>\n\n\u003Cp class=\"p18\">Elle fut arrêtée chez elle le 20 octobre 1943. Au quartier général de la Gestapo, \nses tortionnaires lui brisèrent les pieds et les jambes. Mais elle ne parla pas. Condamnée à mort, \nelle fut miraculeusement libérée sur le chemin de l'exécution par un officier allemand que la résistance \npolonaise avait réussi à corrompre.\u003Cbr>\nElle continua son combat clandestin sous une autre identité jusqu'à la libération. \nAprès la guerre, elle travailla dans la supervision des orphelinats et des maisons de retraite.\u003C/p>\n\n\u003Ch2 class=\"h2title\">\"Je continue d'avoir mauvaise conscience\"\u003C/h2>\n\n\u003Cp class=\"p18\">Elle a toujours pensé qu'elle n'était pas une héroïne. \"Je continue d'avoir mauvaise conscience \nd'avoir fait si peu\", disait-elle.\u003Cbr>\nDe santé fragile, Irena Sendler était restée l'an dernier à l'écart des cérémonies qui lui rendirent hommage. \nMais elle avait fait lire une lettre par une survivante, Elzbieta Ficowska, qu'elle avait sauvée tout bébé \nen 1942.\u003Cbr>\n\"J'appelle tous les gens de bonne volonté à l'amour, la tolérance et la paix, pas seulement en temps de la guerre, \nmais aussi en temps de paix\", avait-elle dit.\u003C/p>",{"id":41,"name":41},"","2008-05-11T15:00:00.000Z",{"id":16,"name":17,"slug":17,"description":13,"color":13},{"url":45,"alt":41,"width":46,"height":47},"https://res.cloudinary.com/dlnfr74w6/image/upload/v1772905500/sendler_0587be55d0.jpg",199,253,"2026-03-07T19:45:02.138Z","2026-03-08T20:08:27.921Z",{"id":51,"slug":52,"title":53,"excerpt":54,"content":55,"author":56,"date":59,"category":60,"image":-1,"tags":13,"createdAt":61,"updatedAt":62},"m2292x5vjb8pcl53jvv17iz1","ari-shavit-entretien-avec-zeev-sternhell","Ari Shavit : entretien avec Zeev Sternhell","Ze'ev Sternhell, LPM, 17 avril 2008","\u003Ca id=\"top\">\u003C/a> \n\u003Ch1 class=\"h1title\">Ari Shavit : \u003Ci>entretien avec Zeev Sternhell\u003C/i>\u003C/h1>\n\u003Cp>\u003Cb>Ze'ev Sternhell, LPM, 17 avril 2008\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cdiv class=\"twolines\">\u003C/div>\n\u003Cp>\u003Cb>Sternhell aborde ici des sujets qu'il a rarement touchés, et dans cet entretien très personnel, \n   l'émotion affleure à chaque instant. Son enfance en Pologne, la chasse aux Juifs, son attrait pour le catholicisme, \n   son rapport à la France et aux Lumières, les identités mouvantes, le nationalisme (dont il est spécialiste), \n   ce que sont pour lui Israël et le sionisme et les dangers qui les guettent, à commencer par l'occupation.\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>Ha'aretz, 7 mars 2008\u003C/b>\u003C/p>\n\n   http://www.haaretz.com/hasen/spages...\n\n\u003Cp>\u003Cb>Traduction : Gérard Eizenberg pour \u003Ci>La Paix Maintenant\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\n\u003Cp>Cet entretien avec l'historien Ze'ev Sternhell, alors que le Prix Israël venait de lui être décerné, \nétait censé porter sur les idées et avoir un caractère très politique. Quelque chose sur les Lumières et les anti-Lumières en Europe. \nSur les racines nationalistes du mouvement ouvrier israélien. Mais une question posée incidemment sur son enfance \ndans l'Europe des années 40 nous a menés sur un tout autre terrain. Dans son modeste appartement de Jérusalem, \nl'historien des idées a commencé à raconter l'histoire de sa vie, histoire dont seule une minuscule partie peut être contée ici, \ndans l'espace d'un supplément hebdomadaire.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Dans les années 70, il écrivit sa thèse de doctorat sur le nationalisme français et devint en même temps l'un des intellectuels \nles plus influents de la gauche israélienne. Dans les années 80, il provoqua un petit scandale en France en affirmant \ndans son livre Ni droite ni gauche : l'idéologie fasciste en France (Seuil, 1983) que le régime de Vichy n'avait pas été imposé \naux Français par les Allemands, mais qu'il exprimait un courant d'idées authentique en France, qui avait préparé le terrain \nà l'arrivée du fascisme.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Dans les années 90, il suscita également un débat en Israël quand il affirma dans son livre Aux origines d'Israël : \nentre nationalisme et socialisme (Gallimard, 2004) que le mouvement ouvrier historique n'était pas réellement socialiste et \nque son objectif premier était l'établissement en Palestine [1]. Ces 10 dernières années, Sternhell s'est penché \nplus particulièrement sur l'analyse des Lumières en tant qu'axe central dans l'histoire de l'Europe moderne. \nIl a également publié dans notre journal des articles furibonds contre la droite nationaliste, la droite économique, \nle capitalisme israélien et l'occupation [2]. Pour beaucoup, Sternhell est l'héritier de Jacob Talmon, Yehoshua Arieli et \nYeshayahou Leibowitz, le professeur gardien du temple, l'universitaire sûr de lui qui hurle à l'establishment les vérités \nqu'il refuse d'admettre. Aujourd'hui, pourtant, avec sa femme Ziva près de lui et sa fille Yaël qui écoute depuis la pièce d'à côté, \nSternhell n'est ni critique ni sûr de lui. Il ajuste ses lunettes et fixe un point dans l'espace, qui semble lui inspirer ses mots. \nRéfléchi, parfois ému, il tente d'être aussi précis que possible. Image après image, personnage après personnage, \npériode après période, il essaie de raconter son histoire, juive et israélienne. Cette histoire parle de faiblesse et de force, \nde croyance et d'hérésie, d'identités mouvantes. Parfois, elle prend par surprise le conteur lui-même.\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>Un monde de survie\u003C/b>\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Votre carrière universitaire, pour laquelle vous recevez cette année le Prix Israël, comprend l'étude des sources \nidéologiques du fascisme. Y a-t-il un lien avec le fait que vous-même avez été victime du fascisme quand vous aviez cinq ans ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Ze'ev Sternhell : Peut-être inconsciemment. Quand j'étais jeune, le projet était que je fasse mon droit et devienne avocat. \nMais j'ai fini par devenir historien, spécialiste de l'Europe du 20e siècle. Il n'est pas possible de déconnecter cette décision \ndu contexte de mon enfance. J'ai grandi dans un monde très civilisé, le monde hautement protégé d'une famille bourgeoise européenne. \nEt soudain, à l'âge de cinq ans, ce monde s'est écroulé. En un instant. Il est difficile de décrire cette transition, \nde la tranquillité et la sécurité à la chute, la désintégration. Quand les choses dont vous pensiez qu'elles étaient immuables \ns'écroulent instantanément. Quand ce vous croyiez être l'ordre naturel des choses est annihilé. Et très rapidement, \ndu jour au lendemain. Je ne suis pas certain de ce que j'avance, mais il est très possible qu'à un certain niveau, \ncette expérience a influencé mon travail universitaire et intellectuel. Pour moi, il a été important de comprendre comment un ordre \ndémocratique et libéral s'était effondré si rapidement dans une Europe repue et cultivée. Comment il s'est fait que tout \nse soit cassé. Comment le monde européen a sombré dans la catastrophe. Et nous aussi, notre ville, notre famille, mes parents et moi. \nMon grand-père est un gros négociant en tissus, papa est associé dans l'affaire. Maman s'occupe de moi à la maison avec l'aide \nd'une domestique et d'une nurse. Ma soeur, de 13 ans mon aînée, est une sorte de deuxième mère. Ma chambre verte, située \nentre deux étages d'une grande maison, était capitonnée de beaucoup d'amour. Jusqu'aujourd'hui, mon souvenir le plus fort \nest celui de mon père qui me serre dans ses bras, joue contre joue. La chaleur de cette joue. Et la chaleur de maman, bien sûr. \nPapa, maman et ma soeur Ada me submergent de toute la bonté du monde. Et puis, la guerre éclate, je me réveille en pleine nuit, \nles lumières sont allumées et mon père vient me dire au revoir, en uniforme de l'armée polonaise. Il part à la guerre. \nQuelques semaines après son retour de la défaite, tous ses systèmes s'effondrent, et il meurt. Heureusement pour lui, \nde mort naturelle. Mon grand-père meurt, lui aussi. Et les Russes prennent le contrôle de la Pologne orientale, et aussi \nde la moitié de notre maison. D'un seul coup, il n'y a plus, ni domestique, ni nurse, la moitié de maison est réquisitionnée. \nMaman doit se mettre à travailler. Avec beaucoup de difficultés, on se procure de la nourriture dans les villages. \nPourtant, alors qu'il n'y a plus de protection, ma mère et ma soeur tentent de me protéger du mieux qu'elles peuvent. \nDans un monde où la stabilité a disparu, elles seules sont stables. Elles sont mon unique ancre.\u003C/p>\n\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Quand les Allemands arrivent-ils ?\u003C/i>\u003C/b>\n\u003Cp>-  Z.S. : En été 1941. J'ai six ans. L'opération Barbarossa débute sous notre fenêtre, au bord de la Vistule. \nJe me souviens de nos fenêtres qui tremblent. Les tirs infernaux. La puissance incroyable des Allemands. Puis, très vite, \nles longs convois de prisonniers russes effrayés. Quelques mois plus tard, nous aussi sommes conduits au ghetto. \nTransition abrupte, de notre grande maison et ma chambre verte à un taudis dans le ghetto. La promiscuité, les maladies. \nEt puis, les Aktion.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Vous souvenez-vous des Aktion ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Le ghetto a été liquidé par étapes. Une Aktion en suivait une autre, chacune d'un type différent.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Vous rappelez-vous avoir été pourchassé ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. Oui. Et je me rappelle m'être caché avec maman et ma soeur pendant trois jours dans une espèce de fosse, sous la terre. \nC'était une sorte de grotte, il y avait là d'autres gens et nous nous cachions, alors que, dehors, on était en train de liquider \nle ghetto. Il y avait une espèce de fente à travers laquelle je regardais. Et ce que j'ai vu dehors, c'était une chasse. \nJ'ai vu comment on abattait des gens qui cherchaient à s'échapper. Comment on tirait sur des gens perchés sur des arbres. \nDes enfants aussi. Très vite, j'ai appris à discerner les soldats allemands des officiers, par leur couvre-chef. Et aussi parce que \nles officiers tiraient avec des pistolets et les soldats avec des fusils. C'était leur méthode pour dépeupler le ghetto. \nPour faire disparaître la population. A l'époque, les gens étaient tués dans le ghetto même. Et moi, petit garçon, \nje voyais à travers cette fente d'autres petits garçons cachés en haut des arbres se faire abattre et tomber.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Et que ressentiez-vous dans ce trou ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Je ne sais pas bien. J'étais déjà dans un monde où tout s'écroulait. Un monde de survie. De survie à tout prix. \nMais je sais que quand des camarades de combat sont morts à côté de moi pendant la campagne du Sinaï et la guerre des Six jours, \nj'ai pensé qu'au moins, ils mouraient en êtres humains, et non victimes d'une chasse dans une rue. En ce sens, pour moi, \nIsraël n'est pas une question politique. C'est quelque chose de beaucoup plus profond, élémentaire. C'est un retour à l'humanité. \nRevivre en êtres humains, parce que là-bas, dans le ghetto, on perdait son identité humaine. Vous n'aviez plus rien d'humain, \nvous n'étiez plus une personne. \u003C/p>`\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : La première Aktion se termine, mais une autre suit. Que se passe-t-il cette fois ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : C'était une journée d'été, et les Allemands recommençaient à chasser du Juif. Une véritable chasse. \nPuis il y a eu une proclamation : les gens sans permis de travail devaient se rassembler quelque part dans le ghetto. Ma mère \net ma soeur y sont allées. Je me souviens comme si c'était hier de ma soeur disant à ma mère : \n\"Nous sommes jeunes, nous travaillerons, nous nous en sortirons.\" Elles savent qu'elles se séparent de moi. Elles savent que \nseul Dieu sait ce qui va arriver. Mais elles ne voulaient pas me faire peur. Et elles voulaient espérer.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. Comment vous expliquez-vous qu'elles soient parties si facilement ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Parce qu'elles espéraient. Parce que quand des gens sont placés face à une réalité incompréhensible, \nils en créent une autre, faite d'illusions. Elles voulaient croire qu'elles avaient un avenir, qu'il y avait la vie, \nqu'elles me reviendraient. Moi non plus, je n'imaginais pas que je ne reverrais jamais ma mère ni Ada. Elles m'ont serré \ndans les bras, embrassé, et m'ont laissé avec ma tante. Je les vois encore partir et disparaître au loin.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Et à partir de là, vous êtes seul ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Je suis avec ma tante, qui a fait tout ce qu'elle a pu pour pallier l'absence de ma mère, je suis avec mon oncle, \nqui a fait preuve d'une imagination extraordinaire et nous a fait sortir du ghetto. Mais profondément, je suis seul. \nSeul depuis l'âge de 7 ans. Je n'ai personne à qui raconter, à qui parler. Je sais que personne ne m'aidera, \nque je dois me débrouiller seul pour survivre. Que ce que je ne ferai pas, personne ne le fera à ma place. Cette solitude, \ncette conscience que je n'ai personne sur qui compter, personne à qui demander quoi que ce soit, même si je suis encore censé \nêtre un enfant.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Après vous être évadés du ghetto, vous, votre oncle, votre tante et votre cousin vous faites passer pour catholiques.\n\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Oui. Quelque chose nous est arrivé, de l'ordre du miraculeux. Mon oncle a trouvé quelqu'un qui possédait une maison à Lvov. \nC'était un officier polonais, et non seulement il n'était pas antisémite, mais il était prêt à cacher des Juifs. \nAu milieu du terrible antisémitisme qui existait en Pologne, c'était un cas sur 100 000. Et puis, il y a eu une autre famille \nqui nous a aidés, une famille de la classe ouvrière. Grâce à ces deux familles, nous avons survécu. Il faut savoir qu'en Europe, \nil n'y a pas un seul Juif qui a pu survivre pendant ces années sans l'aide de quelqu'un. Mais l'antisémitisme était partout. \nEn particulier en Pologne. C'était un endroit où il était impossible de vivre, pendant la guerre et après. Dans un certain sens, \nle pire est arrivé après la guerre. Après tout ce qui s'était passé, alors que tout le monde savait ce qui s'était passé, \nà chaque pas dans la rue, on respirait la haine des Juifs. Je me souviens d'une femme qui hurlait à des Juifs : \n« Sales animaux, vous êtes sortis de vos trous, dommage qu'on n'ait pas fini le travail. » Et je me souviens de Juifs rescapés \ndes camps, qui cachaient leur identité. Et quand elle était découverte, ils étaient insultés et battus. Les rumeurs de pogroms \nperpétrés après la guerre étaient nombreuses. C'est précisément là, alors que les Nazis étaient partis, qu'il devient clair \nque les Juifs n'ont aucun avenir en Pologne. Après ce que nous avions vu, il fallait en finir, changer absolument d'identité, \net faire en sorte d'être rattachés à l'Eglise.\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>La nostalgie de Noël\u003C/b>\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Ce que vous êtes en train de dire, c'est que vous ne vous êtes pas seulement fait passer pour catholique, \nvous êtes réellement devenu catholique. Vous vous êtes réellement converti.\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : J'ai été officiellement baptisé. En ce qui concerne l'Eglise, je suis catholique.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Baptisé pendant la guerre ou après ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Après. Pendant la guerre, c'était trop dangereux. De toute façon, à cause des lois raciales, cela n'aurait servi à rien. \nMais à la fin de la guerre, quand nous avons constaté que les Juifs ne pouvaient plus vivre en Pologne, nous sommes devenus chrétiens. \nAvec l'eau bénite et tout. Avec mon nom polonais : Zbigniew Orolski.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Je ne comprends toujours pas. S'agissait-il d'un jeu pour la survie, comme les marranes en Espagne, ou d'un véritable acte \nde foi ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Pendant la guerre, cela a commencé par être un jeu. Nous avions de faux papiers aryens et une fausse identité catholique \npolonaise. C'est pourquoi, pour éviter que nous soyons pris, ma tante m'a enseigné les prières, les concepts et les histoires. \nIl était important que nos voisins voient que nous vivions en bons catholiques, que nous parlions comme des catholiques. \nMais, petit à petit, cela a cessé d'être un jeu. J'ai commencé à aimer cela, Pâques, Noël, les cadeaux, l'histoire de Jésus, \nl'image de la Sainte Vierge. Vous savez, le catholicisme est une religion de génie. Jésus s'est sacrifié pour l'humanité, \net pour vous aussi personnellement, Marie surveille le monde, et vous, vous priez pour elle, vous voulez qu'elle vous aide. \nOn sent là une source de salut. Vous n'êtes pas seul, comme les juifs et les protestants. On en appelle à une sorte d'entité humaine, \net non à quelque chose d'abstrait. Quand on est un petit garçon au milieu d'une guerre horrible, que tout est horreur autour, \nque le papa est mort, que la maman est partie, on se saisit facilement de cette foi religieuse, et de l'espoir qu'elle vous sauvera. \nOn n'est plus seul ni abandonné. On a quelqu'un vers qui se tourner. Alors, on regarde cet autel, on s'agenouille devant lui, \net on murmure ce qu'on est censé murmurer.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Vous aviez un autel chez vous ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Oui, j'avais un petit autel que j'avais confectionné pour moi-même.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Qu'y avait-il dessus ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Marie, le petit Jésus, une ou deux bougies, un peu de verdure. C'était comme une petite crèche de Noël.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Et vous priiez devant cet autel ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Je priais toutes les nuits. C'était bien vis-à-vis des voisins, oui, mais aussi pour moi. Vous savez, le catholicisme \nest vraiment une religion extraordinaire. Elle caresse, elle pardonne. Et ses rituels marchent. A l'église, il y a le parfum \nde l'encens, l'orgue, les choeurs, on ressent quelque chose. Une sorte d'élévation, il n'y a aucun doute. Jésus et Marie \nvous emplissent d'une sorte de sentiment qui transcende le monde cruel et terrible que l'on voit tout autour. Il y a quelque chose \nd'autre, de meilleur. En dépit de tout, il y a de l'espoir. Tout ce qu'il y a d'horrible passe, mais le bien est éternel. \nC'est consolateur. Dans un monde où tout part en morceaux, cela vous donne de la force.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Faisiez-vous le signe de croix ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Bien sûr, tous les jours. Et même plus. Après la guerre, j'ai été enfant de choeur dans la cathédrale de Cracovie. \nMon rôle était de suivre le prêtre, je portais une robe et de l'encens. Je priais avec le prêtre, m'agenouillais avec lui, \nje l'aidais à donner l'hostie. J'étais le serviteur du prêtre, qui lui-même servait Dieu. Etre le serviteur d'un serviteur de Dieu \nvous donne une certaine proximité avec Dieu.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Ce que vous dites, c'est que pendant trois ans, vous avez renié votre judéité\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Je voulais oublier que j'étais juif. Etre juif, c'était être constamment en état d'alerte, cacher des choses, mentir. \nJe me suis coupé de tout cela, pour pouvoir vivre, il me fallait être catholique. Voilà pourquoi j'ai effacé ma judéité. \nJe peux dire qu'à cette époque, pendant ces trois ans, je n'ai pas été juif.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Quand avez-vous cessé d'être catholique ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : En 1946, un train de la Croix-Rouge m'a emmené de Pologne en France. J'avais 11 ans et, de nouveau, j'étais complètement \nseul. Quand je suis arrivé en France, j'ai effacé tout ce qui avait existé en Pologne. Je ne voulais me souvenir de rien. \nJ'ai même effacé le polonais, ma langue maternelle. En effaçant tout le passé, j'ai effacé le catholicisme en même temps. \nSoudain, cela me semblait ridicule, risible, humiliant. Pendant longtemps, je n'ai pas voulu me rappeler que j'avais jamais \nfait partie de cela.\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>Le jeune homme d'Avignon\u003C/b>\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Et en France, vous avez adopté une nouvelle identité, vous êtes devenu français ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : J'ai appris le français très rapidement. Le français est devenu ma première langue. Je me suis battu pour être accepté \ndans un lycée d'Avignon et, deux ans après, j'étais déjà immergé dans la culture française. La France m'a donné un goût \nsans limites pour la liberté, les droits de l'homme et la laïcité. Jusqu'aujourd'hui, je pense que ce sont les fondamentaux \nd'une société digne de ce nom. La France m'a apporté les principes de l'universalisme et de la séparation de la religion de l'Etat. \nTrès vite, j'ai excellé dans sa langue, son histoire, sa culture. Même mon accent n'était plus celui d'un étranger. \nMais je ne me suis jamais senti Français. Je savais que je n'étais pas un Français authentique. Même si je suivais un cursus \nqui m'aurait facilement conduit à devenir avocat à Paris ou professeur à la Sorbonne, j'avais conscience de ne pas être chez moi \nen France. J'ai du mal à l'expliquer, mais c'était ainsi. Je pense que, malgré tous mes efforts pour effacer le passé, \nil y a eu des choses que je n'ai pas effacées. Je n'ai pas effacé la mémoire de mes parents ou de ma soeur. Ni le fait que ma mère \net ma soeur sont mortes parce qu'elles étaient juives. Et moi, en tant que juif, j'étais d'ailleurs. Je ne pourrais jamais être \nentier en France. Il y aurait toujours une sorte de barrière.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Quand avez-vous commencé à penser à Israël ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Avant la guerre, en Pologne, ma famille était sioniste. Et la tante qui s'occupait de moi en France était active \nau sein du Fonds National Juif. Il y avait des affiches, du militantisme, j'entendais des choses. A Avignon, je lisais \ntrois journaux par jour, et je suivais les événements en Palestine. Puis est arrivée la déclaration d'indépendance de l'Etat d'Israël, \nen mai 1948. Votre génération ne peut pas comprendre l'enthousiasme qui nous a saisis. Cela ne faisait que quatre ans que \nl'Armée Rouge nous avait libérés, six ans depuis que les Nazis avaient liquidé le ghetto. Et la transition, de cette horreur \net de cette impuissance, vers un Etat juif qui gagne une guerre. J'étais un garçon de 13 ans, j'avais très peur que les Arabes \nmassacrent les Juifs. Il semblait n'y avoir que 60.000 Juifs entourés de millions d'Arabes. Et puis, le fait que l'armée des Juifs \nait combattu, gagné, et que l'Etat soit né, pour moi, c'était quelque chose au-delà de l'imaginable. Le fait même que ces Juifs, \nqui venaient du ghetto, qui avaient été pourchassés dans les rues, tués, massacrés, se levaient et créaient un Etat pour eux, \nje voyais vraiment cela comme un miracle, un événement historique d'une dimension quasi métaphysique. \nSoudain, il y avait des Juifs ministres, officiers. Et un passeport, des uniformes, un drapeau. Maintenant, les Juifs avaient \nce qu'avaient les goyim (non juifs). Ils ne dépendaient plus des goyim. Ils pouvaient s'occuper de leurs affaires. \nLa création de l'Etat d'Israël a été pour moi comme la création du monde, cela m'a mis dans une sorte d'extase.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Ce que vous dites, c'est que cet enthousiasme était dû en partie au fait que ce que qui s'était produit dans le ghetto \nn'était pas seulement une terrible catastrophe, que c'était aussi une humiliation.\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Humiliation, c'est peu dire. Dans le ghetto, cela allait bien au-delà. C'était la transformation du Juif en un grain \nde sable. En rien. Ou en quelqu'un dont la vie ne valait absolument rien. C'était cela qui était terrible pendant ces années. \nL'enfant qui voit sa mère et sa soeur lui être prises. L'enfant qui voit les Juifs battus comme des animaux et conduits à \nl'extermination. Et soudain, là, sur la Terre d'Israël, les Juifs se battent comme les gens doivent le faire. Se battent et gagnent. \nOn les voit, sur les photos, aux actualités cinématographiques, jeunes et forts, le fusil à l'épaule. Oui, ce sont des êtres humains \ncomme les autres, capables de se battre pour leur liberté. Ce ne sont plus des créatures qu'on peut tuer, réduire en esclavage \nou chasser. Ils ne peuvent plus être traités comme des bêtes.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Vous dites quelque chose de brutal : dans le monde d'avant, le monde de la Shoah, les Juifs avaient perdu \ntoute image humaine, et seule la création de l'Etat d'Israël la leur a rendue ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Ce n'est même pas la perte de l'image humaine. Car là-bas, il n'y a jamais eu d'image humaine. Les Juifs n'étaient rien. \nRien, rien, rien. Les Juifs étaient de la poussière humaine. On les tuait comme on ne tue pas les animaux. Je veux dire que \nc'étaient des non-entités, moins que des animaux. Pour un animal, on peut ressentir de la pitié, pour les Juifs, non. \nLe Juif était un sous-homme. Et là, quelques années après seulement, d'un être défectueux, le Juif devient un être complet. \nEt cela marche. Il fait preuve de qualités humaines comme le courage et le sens du sacrifice. Pour moi, dans le sud de la France, \nil y avait là quelque chose d'extraordinaire, que je suis incapable de définir.\n\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>Le terminus\u003C/b>\u003C/p>\n\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Faites attention, vous parlez comme un sioniste.\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Je ne suis pas seulement sioniste, je suis super sioniste. Pour moi, le sionisme a été et demeure le droit pour les Juifs \nd'avoir leur destin et leur avenir entre leurs mains. Je considère le droit des hommes à être maîtres de leur destin \ncomme un droit naturel. Un droit dont les Juifs ont été privés par l'histoire, et que le sionisme leur a rendu. \nC'est son sens profond. En cela, c'est réellement une révolution qui retentit sur la vie de chacun d'entre nous. \nJ'ai ressenti cette révolution quand j'ai immigré en Israël, seul, à l'âge de 16 ans. Alors seulement, quand j'ai débarqué à Haïfa, \nj'ai cessé d'être objet de l'action d'autres et je suis devenu sujet.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Vous arrivez en Israël à l'hiver 1951. C'est l'austérité et vous êtes seul. N'était-ce pas déprimant ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Dans le bateau, il y avait de nombreux enfants de Marseille. C'était surpeuplé, mais heureux. Je me souviens de nous \ndebout sur le pont regarder s'approcher le Mont Carmel. Et le sol de la Terre d'Israël. Quand nous avons débarqué, \nquelques-uns ont réellement embrassé le quai. Moi non. Mais il y avait le sentiment étrange que j'étais arrivé, \nque c'était le terminus.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Dans quel sens était-ce le terminus ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Le terminus de l'errance, des changements d'identité. D'une certaine fausseté qui faisait partie intégrante de tout cela. \nDe ne pas être soi. Et ici, cette fausseté disparaissait soudain. Quelque chose d'artificiel se défait, quelque chose qui, \nparfois, pouvait être effrayant, qui avait à voir avec le besoin constant de se justifier, d'expliquer que vous vous trouviez \nlà où vous vous trouviez. Mais ici, en Israël, il n'était plus nécessaire d'expliquer ou de justifier quoi que ce soit, et \nc'était un énorme soulagement. Vous ne parlez pas encore hébreu, vous ne savez pas ce que vous allez devenir, et vous êtes seul, \nsans rien. Mais ce que vous avez, c'est le sentiment très fort que le parcours intolérable que vous avez accompli est arrivé \nà son terme.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Vous êtes un homme de gauche célèbre, un historien critique, et aujourd'hui, vous sortez du placard et devenez \nun sioniste de la vieille école, un véritable nationaliste israélien.\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Je suis un sioniste de l'ancienne gauche, à la fois sur le plan national et social. Si vous voulez, je suis un Israélien \nnationaliste. Il est probable que certains de mes amis dans le monde n'apprécieront pas, mais je ne leur ai jamais demandé \nde m'apprécier. Je suis quelqu'un qui a passé la 2e Guerre Mondiale, qui a vu la création de l'Etat, qui a immigré seul \navant l'âge de 16 ans, avec pour seul but de vivre dans un Etat-nation juif. Il y a deux dimensions. L'une est que je ne crois pas \npossible de défendre notre existence ici sans Etat-nation. Je ne me fais aucune illusion. Je pense que si les Arabes pouvaient \nnous annihiler, ils le feraient avec joie. Si les Palestiniens, les Egyptiens et tous ceux qui ont signé avec nous des accords \nde paix pouvaient faire en sorte que nous disparaissions, ils en seraient ravis. Nous faisons encore face à un danger existentiel, \net la force est toujours notre police d'assurance pour notre survie. Même si je suis contre l'occupation, et même si je souhaite \nque les Palestiniens aient les mêmes droits que nous, je comprends que j'ai besoin du cadre d'un Etat-nation pour me défendre. \nMais il y a une autre dimension. Je suis sans religion. Je n'ai ni la sécurité ni l'arme qu'offre la religion. \nAinsi, sans le cadre d'un Etat-nation, je demeurerais une personne détachée, sans lien. C'est un paradoxe. \nAujourd'hui, les religieux sont ceux qui parlent au nom d'un nationalisme que je n'admets pas parce qu'il n'accepte pas \nle nationalisme de l'autre, le nationalisme palestinien. Mais, à vrai dire, notre besoin, celui des Israéliens laïques, \ndu cadre d'un Etat-nation est beaucoup plus grand que celui des religieux. Si on m'enlève Israël, il ne me reste rien, \nje suis complètement nu. Voilà pourquoi Israël est si important pour moi. Et je ne peux pas traiter son existence comme \nun simple fait accompli, normal, mais comme quelque chose qui doit être constamment sauvegardé, dont nous nous assurions \nqu'il ne disparaisse pas. Car les choses disparaissent aisément, nous sommes instruits par l'expérience. \nEt parfois très vite, du jour au lendemain.\u003C/p>\n\u003Cp>\u003Cb>\u003Ci>-  Q. : Vous recevez le Prix Israël l'année des 60 ans de l'Etat. Tout pousse partout, Israël prospère. 57 ans après que \nvous avez débarqué, de quelle menace de disparition parlez-vous ?\u003C/i>\u003C/b>\u003C/p>\n\u003Cp>-  Z.S. : Je ne pense pas que le sionisme ait été un mouvement colonial, il n'est pas né pour prendre le contrôle d'une population, \nde ses ressources naturelles ni de la route vers l'Inde. Pour garantir le droit des Juifs à la liberté et à la sécurité, \nil avait besoin d'un bout de terre où se poser. Mais le danger est qu'à cause de l'occupation de 1967, le sionisme ne devienne \nrétrospectivement un mouvement colonial. Aujourd'hui déjà, nous connaissons une situation semi coloniale dont nous ne parvenons \npas à nous libérer. Si nous ne trouvons pas l'énergie nécessaire pour évacuer au moins une partie de ce qui existe de l'autre côté \nde la ligne Verte, nous courons à la catastrophe. Nous devrons choisir entre un colonialisme au sens propre et un bi-nationalisme. \nChacune de ces situations signifie pour moi la liquidation du sionisme. Un Etat colonial finira par provoquer une révolte terrible \nde la part de la population occupée, et un Etat binational ne mènera nulle part et débouchera sur un bain de sang. \nJe ne suis pas venu en Israël pour vivre dans un Etat binational. Si j'avais voulu vivre en minorité, j'aurais pu choisir \ndes endroits plus agréables et plus en sécurité. Mais je ne suis pas venu non plus en Israël pour être un colonialiste. \nA mes yeux, un nationalisme qui n'est pas universaliste, qui ne respecte pas les droits nationaux des autres, \nest un nationalisme dangereux. C'est pourquoi je pense que le temps presse. Nous n'avons plus le temps. Ce qui m'inquiète, \nc'est que la vie facile que nous avons ici, l'argent, la bourse, l'immobilier à Manhattan, tout cela ne produise \nune terrible illusion. Après tout, il est clair que les choses ne peuvent pas durer ainsi pendant 100 ans - \nje ne suis pas sûr qu'elles puissent durer 10 ans. Ma génération, la génération des premières années de l'existence de l'Etat, \npour qui l'existence même de cet Etat est un miracle, est en train de disparaître lentement. Pour nous, voir ce qui arrive \nest une tragédie. Pour moi, c'est réellement la fin du monde. Chacun veut assurer l'avenir de ses enfants et de ses petits-enfants. \nEn tant que citoyen, je veux assurer l'avenir de la société dans laquelle je vis. Et en tant que personne, \nj'aspire à laisser quelque chose, une trace. Je veux être sûr que, quand je viendrai vérifier, mes filles et mes petites-filles \ncontinueront à mener ici une vie normale. C'est tout ce que je souhaite. Mais aujourd'hui, il ne me semble pas que \ncette vie normale soit assurée, ni l'avenir de mes filles et petites-filles. Et cela me hante véritablement. Ce qui me hante, \nc'est de savoir que ce qui existe aujourd'hui pourrait disparaître demain.\u003C/p>\n\n\u003Cp>[1] Ce qui occasionna un débat, intellectuel mais d'une violence inouïe, en particulier avec l'historienne Anita Shapira, \n    sorte de «gardienne du temple» du mouvement ouvrier israélien (ndt).\u003C/p>\n\u003Cp>[2] Voir (entre autres) : « Sionisme ou colonialisme ? » , « L'impasse comme solution idéale » , « Il est temps d'agir » \n    (appel à la révolte) , « Une colonisation post-sioniste » , ou encore « La culture du factionnalisme »\u003C/p>\n\u003Ca href=\"#top\"> \u003Cimg class=\"arrow\" src=\"images/arrw06b.png\" alt=\"haut de page\">\u003C/a>",{"id":57,"name":58,"bio":13,"avatar":-1},"qzfp62hqu8odcpqgx0l0w68w","Ari Shavit","2008-04-16T15:00:00.000Z",{"id":16,"name":17,"slug":17,"description":13,"color":13},"2026-03-07T19:47:33.634Z","2026-03-08T20:04:55.581Z",1775484744986]