[{"data":1,"prerenderedAt":53},["ShallowReactive",2],{"article-tribune-par-elie-barnavi-la-guerre-inevitable":3},{"article":4,"related":19},{"id":5,"slug":6,"title":7,"excerpt":8,"content":9,"author":10,"date":12,"category":13,"image":-1,"tags":16,"createdAt":17,"updatedAt":18},"znrb7egayefxktnbhshf0f8q","tribune-par-elie-barnavi-la-guerre-inevitable","Tribune par Elie Barnavi : La guerre inévitable","La conjonction de l'agressivité iranienne, de la montée en \n      puissance du Hezbollah et de l'incapacité de la communauté internationale \n\t  à faire appliquer ses résolutions ne laissait d'autre choix à Israël \n      par Elie Barnavi","\u003Ca id=\"top\">\u003C/a> \n\u003Ch1 class=\"h1title\">Tribune par Elie Barnavi : \u003Ci>La guerre inévitable\u003C/i>\u003C/h1>\n\u003Cdiv class=\"plus\">\n \u003Cp>\u003Cb>La conjonction de l'agressivité iranienne, de la montée en \n      puissance du Hezbollah et de l'incapacité de la communauté internationale \n\t  à faire appliquer ses résolutions ne laissait d'autre choix à Israël\u003Cbr> \n      par Elie Barnavi\u003C/b>\u003C/p>\n \u003Cp>J'ai lu avec intérêt les contributions de Dominique Eddé et de mon ami Menahem Klein (« l'Obs » du 27 juillet et du 3 août). \u003Cbr>\n Elles me paraissent assez significatives du discours, disons, pour faire bref, de gauche, sur les événements du Liban. \u003Cbr>\n      Homme de gauche moi aussi, et haïssant la guerre comme eux, je n'en revendique pas moins une petite place pour les tristes réalités de la géopolitique.\u003Cbr>\n      Voici donc les faits - hard facts, comme disent nos amis anglo-saxons.\u003C/p>\n \u003Cp>1 - L'équipe au pouvoir à Jérusalem est constituée d'hommes et de femmes avec lesquels on peut avoir des divergences politiques fondamentales \n     (j'en nourris moi-même), mais qui ne sont ni des brutes sadiques ni des idéologues fanatiques. Olmert est devenu au fil des ans un centriste \n      bon teint, et plusieurs de ses ministres, notamment celui de la Défense, Amir Peretz, sont de vieux militants du mouvement La Paix maintenant. \u003Cbr>\n      Par ailleurs, alors que l'opinion publique israélienne est profondément divisée sur l'opération dite Pluies d'Eté à Gaza, plus de 80% des\n      Israéliens approuvent celle qui est en train de se dérouler au Liban.\u003Cbr>\n      Il vaut la peine de se demander pourquoi.\u003Cbr>\n      La raison en est simple. Les Israéliens sentent bien ce que les deux situations, au-delà des similitudes apparentes, \n      sont fondamentalement différentes. Je ne saurais mieux le dire que ce jeune réserviste israélien, signataire en son temps de l'appel \n      de l'organisation Yesh Gvul (« Il y a des limites ! ») contre le service dans les territoires, cité par « le Figaro » du 1er août : \n      «Les Palestiniens se battent pour une cause juste, même s'ils emploient parfois des moyens injustifiables. Le Hezbollah n'emploie \n      que des méthodes injustifiables pour une cause injuste [...].»\u003C/p>\n \u003Cp>2 - Aussi bien, Israël n'a d'intérêts au Liban que sécuritaires. Là-bas, pas de rêveries bibliques, et partant pas de revendications territoriales, et pas de colonies. \u003Cbr>\n   Ce qu'Israël ne cesse d'exiger de son voisin du nord depuis plus de trente ans - c'est-à-dire depuis que le Fatah, chassé de Jordanie par \n   la Légion arabe du roi Hussein, a installé au Sud-Liban son Etat dans l'Etat -, c'est qu'il étende son autorité sur l'ensemble de son territoire, \n   ce qui est tout de même la moindre des choses pour un Etat souverain. Et ce qu'il n'a jamais fait. Depuis que Tsahal s'est replié, en mai 2005, \n   de la zone de sécurité qu'il y avait malencontreusement conservée et que la « ligne bleue » a été vérifiée au millimètre près par l'ONU, \n   les provocations du Hezbollah, successeur du Fatah au Sud-Liban, n'ont jamais cessé. L'attaque du 12 juillet en territoire israélien a été \n   la goutte d'eau qui a fait déborder le vase. Là où le Hezbollah, du propre aveu de son dirigeant, s'attendait à une riposte molle comme à l'habitude, \n   Israël a réagi brutalement. Il était amplement temps.\u003C/p>\n \u003Cp>3 - Israël n'a pas fait le Liban tel qu'il est : une collection de communautés religieuses coiffées par un Etat confessionnel intrinsèquement faible et dont la Constitution reflète l'équilibre nécessairement instable de ces communautés. C'est la France coloniale qui l'a ainsi conçu, et les Libanais eux-mêmes qui, par leurs divisions inter et intracommunautaires, l'ont ainsi perpétué. La force du Hezbollah est le résultat de la faiblesse de l'Etat libanais, qui en est l'impuissant otage. Il faut se rappeler que le « Parti de Dieu », avec son bloc parlementaire (35 députés sur 128 depuis les élections de l'année dernière) et ses deux postes ministériels, est partie prenante de ce malheureux Etat. Cette impuissance est une explication, non une excuse. Car on peut à la rigueur comprendre que l'armée libanaise ait été à la fois incapable et peu désireuse de faire son métier dans le sud du pays. L'armée est elle-même le miroir fidèle des divisions communautaires : son commandant en chef, le maronite Michel Souleiman, est un chrétien prosyrien à l'image de son prédécesseur, le président de l'Etat Emile Lahoud, son adjoint est druze et une bonne partie de la troupe est chiite, perméable donc à l'influence du Hezbollah. En revanche, on comprend moins bien que le gouvernement central ait totalement abandonné la population du Sud-Liban, quelque 200 000 âmes gouvernées, administrées et encadrées par le parti intégriste.\u003C/p>\n \u003Cp>4 -Cependant, le Hezbollah ne serait pas grand-chose sans ses deux puissants sponsors, la Syrie et surtout l'Iran. Le régime des mollahs fournit \n   au Parti de Dieu l'essentiel de son financement - quelque 100 millions de dollars en moyenne par an -, de son armement et de son encadrement \n   (les gardiens de la révolution). Tout cela transite par Damas, autrefois le véritable patron du Hezbollah, supplanté depuis son départ forcé du pays du Cèdre par Téhéran.\u003C/p>\n \u003Cp>5 - Vue d'Israël, la situation devenait au fil des mois de plus en plus intolérable. Une milice puissamment armée, vouée ouvertement à sa destruction, a bâti le long de sa frontière un formidable dispositif d'avant-postes fortifiés et amassé un arsenal de 15 000 missiles de courte et moyenne portée capables, comme on le constate aujourd'hui, de frapper tous les centres névralgiques du pays. Cette milice est manipulée par un Etat dont le président, un énergumène messianique qui attend l'apocalypse pour demain, proclame urbi et orbi la nécessité de «rayer Israël de la carte» et s'en donne les moyens : l'arme des derniers jours. Pour tous ceux qui savent lire une carte géopolitique, la réaction israélienne n'était qu'une question de temps. Il était évident que la conjonction de l'agressivité iranienne, de la montée en puissance de sa marionnette libanaise et de l'incapacité de la communauté internationale à faire appliquer ses propres résolutions ne laissait d'autre choix à Israël que de frapper avant que l'arsenal du Hezbollah et la course de l'Iran à l'arme nucléaire n'altèrent définitivement l'équilibre stratégique dans la région. \u003Cbr>\n   La campagne israélienne au Liban n'a donc rien d'une «guerre des fous» (on a connu « l'Obs » mieux inspiré dans le choix de ses titres chocs). \n   C'est, par Hezbollah interposé, la première (et il faut l'espérer la dernière) guerre israélo-iranienne. De son issue dépendra l'avenir non seulement d'Israël au Proche-Orient mais de tout ce que cette région compte de modéré et de rationnel.\u003C/p>\n \u003Cp>6 - Il est certain que les pays arabes ont parfaitement compris cela, les encouragements discrets reçus par Jérusalem en témoignent. \n   La tragédie de Cana les a fait changer de ton mais pas de stratégie. Hassan Nasrallah a déjà remplacé Ben Laden dans l'imaginaire arabe et l'on brandit ses portraits au Caire avec ceux de feu Nasser. Que le Hezbollah sorte victorieux de cette confrontation et alors l'audace de Téhéran \n   ne connaîtra plus de limites. Libérée grâce aux Américains du contrepoids irakien et grâce aux Irakiens de la menace américaine, puissance pétrolière de surcroît et maîtresse du détroit d'Ormuz par où transite près du quart du commerce mondial d'or noir, suzeraine de la Syrie \n   et du Liban, incontournable dans l'Irak chiite et en Asie ex-soviétique, la mollarchie n'aura plus de rivaux sérieux dans la région. \n   Avant même d'accéder au feu nucléaire. Il faudra alors faire son deuil de tout désengagement » des territoires occupés, et la paix \n   entre Israël et ses voisins sera à ranger au rayon des utopies.\u003C/p>\n \u003Cp>7 - L'espace me manque pour discuter ici l'efficacité de la riposte israélienne comme sa « proportionnalité ». Mais quels que soient les doutes \n   qu'on puisse nourrir sur celle-là et les réserves qu'on est en droit d'émettre à propos de celle-ci, il devrait être évident pour tout le monde \n   que la communauté internationale doit tout faire pour empêcher un retour au statu quo ante, qui serait aussitôt interprété comme une victoire du Hezbollah et que, de toute façon, Israël n'acceptera pas. A défaut du désarmement de la milice intégriste, difficilement envisageable pour le moment, une force internationale conséquente, sous l'autorité juridique de l'ONU mais surtout pas sous son commandement \n   (l'Unifil a fait largement la preuve de son inefficacité), est la première condition d'une stabilisation de la situation sur le terrain. \n   L'occupation par Tsahal d'une bande frontalière de quelques kilomètres de large en territoire libanais n'a pas d'autre objectif que de la remettre à ladite force internationale, en évitant dans l'intervalle le retour pur et simple des terroristes du Hezbollah.\u003C/p>\n \u003Cp>8 - A plus long terme, cette crise doit déboucher sur une solution politique globale. N'en déplaise à la diplomatie française, le volet libanais \n   du règlement politique passe nécessairement par la Syrie. Il faut absolument briser l'axe Damas-Téhéran, qui repose davantage sur une alliance de proscrits que sur une réelle convergence d'intérêts. Et bien sûr il est grand temps de s'occuper sérieusement du volet palestinien. Le cadre d'un accord raisonnable est connu depuis longtemps. Là encore, à moins d'une implication forte de la communauté internationale, nous resterons avec le cadre vide, sans l'accord.\u003C/p>\n \u003Cp>\u003Cbr>\n      Professeur émérite d'histoire de l'Occident moderne à l'Université de Tel-Aviv, \u003Cbr>\n      ancien ambassadeur d'Israël à Paris de 2000 à 2002, \u003Cbr>Elie Barnavi a publié en février « Israël-Palestine, une guerre de religion ? » (Bayard).\u003C/p>\n \u003Cp>Elie Barnavi\u003C/p>\n\u003C/div>\n\u003Ca href=\"#top\">\u003Cimg class=\"arrow\" src=\"images/arrw06b.png\" alt=\"Haut de page\">\u003C/a>",{"id":11,"name":11},"","2006-08-10T15:00:00.000Z",{"id":14,"name":15,"slug":15,"description":16,"color":16},"aqpmhj0lpw1cyvyg5akol7pr","2006",null,"2026-03-07T19:48:00.157Z","2026-03-08T20:05:36.026Z",[20,31,42],{"id":21,"slug":22,"title":23,"excerpt":24,"content":25,"author":26,"date":27,"category":28,"image":-1,"tags":16,"createdAt":29,"updatedAt":30},"s8eio6ez3oikvacrep07ov5t","antoine-spire-et-cedric-porin-pourquoi-nous-quittons-la-ldh","Antoine Spire et Cédric Porin : Pourquoi nous quittons la LDH","Le Monde, 24 novembre 2006","\u003Ch1 class=\"h1title\"> Antoine Spire et Cédric Porin : \u003Cbr>\u003Ci>Pourquoi nous quittons la LDH\u003C/i>\u003C/h1>\n\u003Cp>Le Monde, 24 novembre 2006\u003C/p>\n\u003Cp>Constituée pour soutenir la défense d'Alfred Dreyfus, la Ligue des droits de l'homme fut de tous les combats du XX e siècle \net peut s'enorgueillir d'avoir porté haut les valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité pendant plus de cent ans. \nPlusieurs événements récents obligent, hélas, à constater que la Ligue a aujourd'hui bradé cet héritage. \nDe façon aussi significative que symbolique, elle s'est ainsi abstenue de participer aux récentes commémorations du centenaire \nde la réhabilitation de Dreyfus. Certes, elle organise en décembre une session de rattrapage autour de \"Dreyfus hier et aujourd'hui\", \nmais il ne s'agit que d'une réponse plus ou moins adroite aux critiques formulées à ce propos contre elle.\u003C/p>\n\n\u003Cp>La dérive vient de loin : sans doute du moment où, sous la présidence de Madeleine Rebérioux, elle décida d'épouser de façon acritique \nl'engagement aux côtés des plus démunis de nos concitoyens. La Ligue n'eut plus seulement pour ambition d'être à côté du mouvement social, \nelle se mit à en faire partie. De même, les débats, provoqués par l'arrêt du processus électoral en Algérie en 1992 ont introduit \nau sein de la LDH cette culture de la repentance postcoloniale.\u003C/p>\n\n\u003Cp>La LDH a cru pouvoir répondre au racisme dont sont victimes les jeunes issus de l'immigration en faisant preuve de complaisance \nà l'égard des organisations religieuses qui prétendent les représenter. La dérive s'amplifie. Après avoir affirmé qu'il s'agissait \nde discuter avec l'islam politique, on a insensiblement glissé vers le débat libre avec l'islamisme radical, \ncomme lors de ce colloque à l'Unesco sur le féminisme musulman coorganisé par la Ligue en septembre. \nLa Ligue donne ainsi une suite logique au fait qu'elle n'a jamais pris de position publique contre l'expression politique \nde l'intégrisme musulman. Dans le même mouvement, elle a tergiversé en hésitant à réagir lors de la recrudescence \ndes actes antisémites en 2003.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Combien de fois n'avons-nous pas entendu dans son comité central des proclamations suspicieuses, \nhostiles à d'autres organisations de défense des droits de l'homme : la Licra, SOS-Racisme, Ni putes ni soumises, \nsystématiquement taxées de communautaristes. Si la Ligue des droits de l'homme ne voit plus d'inconvénients aujourd'hui \nau dialogue avec l'extrémisme islamiste, elle se refuse à le pratiquer avec des organisations dont l'identité même \nest le combat antiraciste. La place qu'elles accordent à la lutte contre l'antisémitisme, à l'absence de complaisance \nvis-à-vis de l'islamisme, suffirait donc à en faire des adversaires\u003C/p>.\n\n\u003Cp>Mais, ces dernières semaines, deux événements sont venus s'ajouter à nos désaccords. La Ligue a créé en son sein \nl'Observatoire de la liberté d'expression. Nous lui avons soumis nos protestations contre la manière dont les organisateurs \ndes Etats généraux du documentaire de Lussas, en Ardèche avaient, cet été, censuré des cinéastes israéliens. \nCertains de ceux-ci, dont les films étaient ouvertement critiques envers la politique de leur gouvernement, étaient invités \net furent déprogrammés à la fin du mois d'août parce que, selon les organisateurs, \n/\"ils ne pouvaient être vus/ /avec la bonne distance\"/. Aussi les remplaça-t-on par des films libanais et palestiniens. \nD'une part, on excluait des Israéliens du fait de leur seule identité nationale, et non de leurs pratiques ou de leurs actions \n- cela s'appelle du racisme -, mais, plus encore, on leur substituait des films venus de pays arabes voisins d'Israël \nlaissant libre la rampe des préjugés. A ce jour, aucune protestation publique de la Ligue des droits de l'homme ou de son observatoire \ndevant cet acte de censure.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Est-ce à cause d'un engagement acritique aux côtés du peuple palestinien ? En tout cas c'est ainsi que, pendant la guerre du Liban, \nla LDH demandait légitimement que soient sanctionnés les crimes de guerre contre les populations civiles libanaises, \nmais oublia les populations civiles israéliennes victimes de bombardements. On peut aussi se demander pourquoi \nle Proche-Orient sollicite un tel engagement de la Ligue, qui ne dit presque rien à propos du Darfour ou de la Tchétchénie, \nou se tait devant les discours négationnistes et antisémites du président iranien !\u003C/p>\n\n\u003Cp>Mais la goutte d'eau qui a fait déborder le vase de nos désaccords concerne l'affaire Redeker. Au lieu de défendre avant tout \nla liberté d'expression d'un philosophe menacé de mort pour avoir critiqué l'islam, la Ligue a d'abord fait état de son rejet \nd'\"idées nauséabondes\", avant de concéder : /\"Quoi que l'on pense des écrits de M. Redeker, rien ne justifie qu'il subisse \nun tel traitement...\"/ Mais l'ambiguïté et la timidité de ce soutien s'accommodent mal avec l'intransigeance qu'exige le combat \npour la liberté d'expression. La Ligue a également refusé d'évoquer le nom de Salman Rushdie pour faire comprendre la situation \nde Robert Redeker, car elle estime que le fait d'être menacé par des organisations terroristes et non pas par des Etats change \ndu tout au tout la perspective. Pourtant, tous les observateurs sérieux s'accordent à dire que le terrorisme islamiste \nfonctionne désormais principalement en dehors des Etats. Et d'oublier évidemment le sort que d'autres islamistes firent subir \nau cinéaste Theo Van Gogh, assassiné pour ses idées /\"nauséabondes\"/.\u003C/p>\n\n\u003Cp>Sans distance à l'égard du mouvement social, trop souvent ambiguë ou même compromise à l'égard d'un intégrisme islamiste dangereux, \net en recul sur la lutte contre l'antisémitisme ou la défense de la liberté d'expression, la Ligue a perdu sa légitimité \nd'autorité morale de la République. Depuis longtemps, elle n'est plus l'organisation conçue pour défendre Dreyfus. \nJusqu'à aujourd'hui, nous pensions que, association pluraliste, elle pourrait, malgré sa dérive, entendre une minorité \nà laquelle nous participions depuis des années. Mais cette dérive continue sans garde-fous. Il ne nous reste plus qu'à la quitter.\u003C/p>\n\n\u003Cp>*Antoine Spire* et *Cédric Porin* sont ex-membres du comité central de la LDH\u003C/p>.",{"id":11,"name":11},"2006-11-23T14:00:00.000Z",{"id":14,"name":15,"slug":15,"description":16,"color":16},"2026-03-07T19:47:51.770Z","2026-03-08T20:04:57.826Z",{"id":32,"slug":33,"title":34,"excerpt":35,"content":36,"author":37,"date":38,"category":39,"image":-1,"tags":16,"createdAt":40,"updatedAt":41},"n2d46ovbdd1iuvf30qgp4mrq","marc-lefevre-une-tribune-courroucee","Marc Lefèvre : Une tribune courroucée","Proche-Orient Info, 7 septembre 2006 / 11 h 21","\u003Ca id=\"top\">\u003C/a> \n\u003Ch1 class=\"h1title\">Marc Lefèvre : \u003Ci>Une tribune courroucée\u003C/i>\u003C/h1>\n\u003Cp>Proche-Orient Info, 7 septembre 2006 / 11 h 21\u003C/p>\n\u003Cp>Une tribune courroucée de \u003Cb>Marc Lefèvre\u003C/b>, militant israélien du Camp de la paix\u003Cbr>\n \u003Ci>\u003Cb>« Je n'ai pas de leçons à recevoir des conseilleurs et des spécialistes à distance » \u003C/b>\u003C/i>\u003C/p> \n    \u003Cp>Par Marc Lefèvre\u003C/p>  \n\u003Cp>Marc Lefèvre est porte-parole pour la France du mouvement « La Paix Maintenant » \u003C/p>\n\u003Cp>Après un mois de combats et un mois de trève, les bilans et les leçons commencent à ètre tirés \npar les belligérants. Des deux côtés les échecs sont clairs, les gains fragiles et les défis patents.\u003C/p>\n\u003Cp>En décidant de kidnapper des soldats israéliens au moment où le Hamas et le Fatah se mettaient d'accord \nsur la mise en place d'un gouvernement palestinien d'union nationale, le Hezbollah empèchait les Palestiniens \nde sortir de la crise déclenchée par l'élection du Hamas, par les bombardements incessants du sud d'Israël \npar des roquettes lancées de Gaza, et par l'enlèvement du soldat Gilad Shalit.\u003C/p>\n\u003Cp>Malgré ce que pensent beaucoup de naïfs, le Hezbollah montre bien qu'il fait peu de cas de la solidarité \navec le peuple palestinien et qu'il privilégie dans ses initiatives les intérèts de ses états protecteurs, \nla Syrie et le l'Iran, qui cherchent à embraser la région à ce moment précis&nbsp;: \nIl importait à la Syrie de mettre en difficulté la communauté internationale qui l'avait contrainte \nà mettre fin à son occupation militaire du Liban. Et la priorité iranienne était de retarder les échéances \nde possibles sanctions internationales, suite à la poursuite de son programme nucléaire militaire. \u003C/p>\n\u003Cp>Du côté israélien, la mauvaise exploitation opérationnelle des informations disponibles \nsur les capacités de défense du Hezbollah, son organisation et son armement, ainsi que l'insuffisance \nde ces informations montrent bien qu'Israël ne voulait pas ce conflit à sa frontière Nord, \net ne s'y était pas préparé. La conduite hasardeuse, improvisée et irréfléchie de la riposte nécessaire \nmontre aussi que le gouvernement et Tsahal ont navigué en permanence entre la nécessité de riposter \nà une agression caractérisée, le besoin de protéger les populations civiles du nord du pays qui ont reçu \nplus de 4.000 missiles en un mois, et la conscience de s'embourber dans un conflit territorial au Liban \ndont personne ne voulait, ni l'armée ni surtout pas la population.\u003C/p>\n\u003Cp>L'année dernière, le retrait de Gaza qu'on annonçait si difficile s'était opéré sans heurts majeurs, \net avait marqué la première défaite politique majeure du camp national religieux des colons israéliens. \nLa défaite politique avait été suivie d'une défaite électorale et de la mise en place d'une nouvelle Knesset \noù, pour la première fois depuis bien longtemps, les priorités affichées étaient la poursuite d'un retrait \ndes territoires occupés depuis 1967, et la lutte contre les inégalités sociales croissantes. \nMème si on pouvait légitimement critiquer les risques d'une démarche de retraits unilatéraux sans négociations \nd'engagements et de contreparties avec les Palestiniens, on ne pouvait que constater qu'avec le nouveau gouvernement élu, \nIsraël commençait à sortir de l'engrenage occupation répression. Aux risques de guerre, on était en train de substituer, \navec l'appui des pays arabes modérés à majorité sunnite, les risques de bâtir un compromis historique \navec ceux des Palestiniens résolus à coexister avec l'Etat d'Israël. \u003C/p>\n\u003Cp>C'est dans ces moments historiques si rares depuis 40 ans qu'on peut compter sur les islamistes radicaux\n pour torpiller tout espoir de sortir de ce cercle vicieux. Ceux qui aujourd'hui dénient aux Juifs qui le souhaitent \n le droit d'avoir un Etat à eux, tel que reconnu par le droit international depuis 1947, ont une stratégie claire : \n barrer la route à toute option politique, et maintenir Israël dans le piège de l'occupation et de la seule logique militaire. \n Aujourd'hui, les extrémistes du Hamas, du Hezbollah, la Syrie et l'Iran qui sont désireux de démontrer leur pouvoir de nuisance, \n peuvent se réjouir : le piège de la provocation a fonctionné. \u003C/p>\n\u003Cp>La majorité des Israéliens est traumatisée d'avoir vu le tiers de son pays bombardé et paralysé \npendant plusieurs semaines. Le sentiment de n'ètre en sécurité nulle part, et d'ètre en but à des agressions \net des provocations sans fin prédomine. Si le gouvernement actuel ne résiste pas au mécontentement populaire \nsur la conduite de cette guerre et ses conséquences, le prochain gouvernement sera élu pour ètre encore plus ferme, \net pour privilégier la seule option militaire. \u003C/p>\n\u003Cp>Les politiques israéliens ont abdiqué leurs responsabilités devant les seuls militaires, \net ont été incapables de combiner les nécessaires répliques militaires avec des initiatives politiques audacieuses \npour isoler les islamistes radicaux au sein du monde arabe, comme une relance d'une négociation sans conditions préalables \navec les Palestiniens.\u003C/p> \n\u003Cp>Au lieu de quoi ces islamistes radicaux peuvent capitaliser sur les images de destruction \ninfligées aux populations civiles au Liban, et peuvent faire croître leur influence, en mélangeant coercition, \nmenaces et charité. \u003C/p>\n\u003Cp>Aujourd'hui la communauté internationale s'implique laborieusement et prudemment en envoyant \nquelques milliers de soldats au sud Liban pour s'interposer entre les belligérants. Ceci n'est qu'un pis-aller. \nOn ne peut s'arrèter au milieu du gué. Soit ces forces se retireront aux premiers risques d'affrontements, \nsoit la communauté internationale s'engagera plus activement dans la recherche d'une solution politique aux conflits régionaux, \nen isolant et contrecarrant les ambitions bellicistes de la Syrie et de l'Iran.\u003C/p>\n\u003Cp>Les modérés des deux camps israéliens et palestiniens ont été affaiblis et sont incapables, seuls, \nde forcer la réalité et de faire la démonstration à leurs populations respectives qu'il y a une alternative à la préparation \nd'un futur conflit, et qu'un compromis territorial et raisonnable est meilleur que la poursuite de la situation actuelle. \nLe pessimisme, le manque de confiance et le fatalisme prédominent. Si la communauté internationale ne s'implique pas \ncourageusement dans la résolution du conflit israélo-palestinien, le prochain round militaire du conflit sera encore plus violent.\u003C/p>\n\u003Cp>Il faut croire les extrémistes religieux et les dictateurs. Ils ne souhaitent qu'une chose : \nque ce qu'ils disent se réalise. L'Iran veut la destruction d'Israël, et fera tout pour en créer les conditions. \nLa poursuite de son programme nucléaire n'a pas d'autre but. Ceux qui pensent le contraire sont des naïfs, \ndes irresponsables ou des lâches. \u003C/p>\n\u003Cp>Il est de bon ton dans certains milieux de faire porter à Israël seul la responsabilité de tout ce qui se passe \nde mauvais au Moyen-Orient. En tant que militant du Camp de la Paix israélien, qui combat depuis presque 40 ans \npour que cesse l'occupation des territoires conquis en 1967 et que les droits nationaux du peuple palestinien soient reconnus, \nje pense ne pas avoir de leçons à recevoir des conseilleurs et des spécialistes à distance. \nJe sais ce que le Camp de la Paix israélien fait tous les jours avec ses partenaires palestiniens pour convaincre des mérites \nd'une solution réaliste et pragmatique, face aux extrémistes et aux irréalistes de tout bord. \nMais il faut dire aussi que si nous en sommes encore là aujourd'hui, c'est que des composantes importantes et résolues \ndu monde arabe continuent de façon opiniâtre, par l'éducation, par les médias et par le terrorisme, à créer les conditions \npour qu'un état juif ne soit jamais accepté dans la région. \u003C/p>\n\u003Cp>Il est dur de devoir riposter à ces manoeuvres et provocations en étant toujours parfait et irréprochable, \net sans jamais faire d'erreurs. Il est dur de voir la facilité et la spontanéité avec lesquelles le désir profond de paix \ndes Israéliens et aussi de la majorité des peuples arabes voisins est occulté par une fraction toujours grandissante \nde la classe médiatique et intellectuelle européenne, et plus particulièrement française. \nIl est dur de voir avec quel empressement et quelle compréhension ces spécialistes de salons et d'antichambres \ns'empressent de venir au secours et de justifier ce que font les pires crapules et les pires voyous du monde arabe, \ntout en dissertant à l'infini sur les seules turpitudes et intentions perverses des seuls juifs israéliens. \nL'empressement de ces mèmes spécialistes à ne montrer de la réalité israélienne que ce qu'elle a de critiquable, \nest le signe que la présence mème de cet état leur est difficilement supportable. Est-ce aussi un signe de leur désir \nde voir cet état gènant rayé de la carte ? \u003C/p>\n\u003Cp>Il serait temps de faire tomber les masques. En Occident, on joue avec des idées et des concepts pendant que, \nsur place au Moyen-Orient, c'est une question de vie ou de mort. Le jour où le monde occidental prendra réellement conscience \nque la Paix et la Démocratie dont il bénéficie encore, ne dureront peut-ètre pas éternellement, et que ce sont des valeurs \nsuffisamment chères pour mériter d'ètre défendues au prix de lourds sacrifices, alors leur vision d'Israël changera peut-ètre, \nmais ce sera un peu tard pour tout le monde. Je reviens d'une semaine au Moyen-Orient et je ne peux que constater une fois de plus \nla volonté farouche avec laquelle toutes et tous essayent le plus vite possible de revenir à une vie normale, \nen essayant d'oublier les angoisses et les peurs, en essayant désespérément de croire que le pire pourrait encore ètre évité. \u003C/p>\n\u003Cp>Combien de morts des deux côtés faudra t-il encore pour que les peuples de la région ne soient plus les otages \nde leurs fous de Dieu ? Peut-ètre ceux-ci seraient-ils moins virulents s'ils ne sentaient pas qu'ils pouvaient compter \nsur autant d'oreilles compatissantes et indulgentes en Occident ? \u003C/p>\n\u003Cp>Les peuples du Moyen-Orient qui en ont assez des guerres, qui veulent un avenir pour leurs enfants, \nqui n'ont pas envie d'en faire des martyrs, ont besoin que ceux qui s'érigent en donneurs de leçons et en faiseurs d'opinions, \nprennent la responsabilité de ne plus encourager les fauteurs de guerre, et acceptent plutôt d'aller écouter \net respecter les Bâtisseurs de Paix des deux camps. \u003C/p>\n\n\u003Ca href=\"#top\"> \u003Cimg class=\"arrow\" src=\"images/arrw06b.png\" alt=\"haut de page\">\u003C/a>",{"id":11,"name":11},"2006-09-06T15:00:00.000Z",{"id":14,"name":15,"slug":15,"description":16,"color":16},"2026-03-07T19:47:49.001Z","2026-03-08T20:05:28.963Z",{"id":43,"slug":44,"title":45,"excerpt":46,"content":47,"author":48,"date":49,"category":50,"image":-1,"tags":16,"createdAt":51,"updatedAt":52},"oixdubz2xflgya7o4skvqbt2","david-grossman-notre-famille-a-perdu-la-guerre","David Grossman  : Notre famille a perdu la guerre","Le Monde, 19 aout 2006","\u003Ca id=\"top\">\u003C/a> \n   \u003Ch1 class=\"h1title\">David Grossman  : \u003Ci>Notre famille a perdu la guerre\u003C/i>\u003C/h1>\n   \u003Cp>\u003Cb>Le Monde, 19 aout 2006\u003C/b>\u003C/p>\n   \u003Cdiv class=\"plus\">\n   \u003Cp>Mon cher Uri,\u003C/p> \n    \u003Cp>Voilà trois jours que presque chacune de nos pensees commence \n      par une negation. Il ne viendra plus, nous ne parlerons plus, nous \n      ne rirons plus. Il ne sera plus là, ce garçon au regard ironique \n      et à l'extraordinaire sens de l'humour. Il ne sera plus là, \n      le jeune homme à la sagesse bien plus profonde qu'elle ne l'est à \n      cet âge, au sourire chaleureux, à l'appetit plein de \n      sante. Elle ne sera plus, cette rare combinaison de determination \n      et de delicatesse. Absents desormais, son bon sens et son \n      bon coeur.\u003C/p>\n    \u003Cp>Nous n'aurons plus l'infinie tendresse d'Uri, et la tranquillite \n      avec laquelle il apaisait toutes les tempêtes. Nous ne regarderons \n      plus ensemble les Simpson ou Seinfeld, nous n'ecouterons plus avec \n      toi Johnny Cash et nous ne sentirons plus ton etreinte forte. Nous \n      ne te verrons plus marcher et parler avec ton frère aîne \n      Yonatan en gesticulant avec fougue, et nous ne te verrons plus embrasser \n      ta petite soeur Ruti que tu aimais tant.\u003C/p>\n    \u003Cp>Uri, mon amour, pendant toute ta brève existence, nous avons tous \n      appris de toi. De ta force et de ta determination à suivre \n      ta voie, même sans possibilite de reussite. Nous avons \n      suivi, stupefaits, ta lutte pour être admis à la formation \n      des chefs de char. Tu n'as pas cede à l'avis de tes \n      superieurs, car tu savais pouvoir faire un bon chef et tu n'etais \n      pas dispose à donner moins que ce dont tu etais capable. \n      Et quand tu y es arrive, j'ai pense : voilà un garçon \n      qui connaît de manière si simple et si lucide ses possibilites. \n      Sans pretention, sans arrogance. Qui ne se laisse pas influencer \n      par ce que les autres disent de lui. Qui trouve la force en lui-même.\u003C/p>\n    \u003Cp>Depuis ton enfance, tu etais dejà comme ça. \n      Tu vivais en harmonie avec toi-même et avec ceux qui t'entouraient. \n      Tu savais quelle etait ta place, tu etais conscient d'être \n      aime, tu connaissais tes limites et tes vertus. Et en verite, \n      après avoir fait plier toute l'armee et avoir ete \n      nomme chef de char, il est apparu clairement quel type de chef et \n      d'homme tu étais. Et aujourd'hui, nous écoutons tes amis et \n      tes soldats parler du chef et de l'ami, celui qui se levait le premier pour \n      tout organiser et qui n'allait se coucher que quand les autres dormaient \n      dejà.\u003C/p>\n    \u003Cp>Et hier, à minuit, j'ai contemple la maison, qui etait \n      plutôt en desordre après que des centaines de personnes \n      etaient venues nous rendre visite pour nous consoler, et j'ai dit \n      : il faudrait qu'Uri soit là pour nous aider à ranger.\u003C/p>\n    \u003Cp>Tu etais le gauchiste de ton bataillon, mais tu etais respecte, \n      parce que tu restais sur tes positions sans renoncer à aucun de tes \n      devoirs militaires. Je me souviens que tu m'avais explique ta \"politique \n      des barrages militaires\", parce que toi aussi, tu y avais passe \n      pas mal de temps, sur ces barrages. Tu disais que s'il y avait un enfant \n      dans la voiture que tu venais d'arrêter, tu cherchais avant tout à \n      le tranquilliser et à le faire rire. Et tu te rappelais ce garçonnet \n      plus ou moins de l'âge de Ruti, et la peur que tu lui faisais, et \n      combien il te detestait, avec raison. Pourtant tu faisais ton possible \n      pour lui rendre plus facile ce moment terrible, tout en accomplissant ton \n      devoir, sans compromis.\u003C/p>\n    \u003Cp>Quand tu es parti pour le Liban, ta mère a dit que la chose qu'elle \n      redoutait le plus c'etait ton \"syndrome d'Elifelet\". Nous \n      avions très peur que, comme l'Elifelet de la chanson, tu te precipites \n      au milieu de la mitraille pour sauver un blesse, que tu sois le premier \n      à te porter volontaire pour le reapprovisionnement-des-munitions-epuisees-depuis-longtemps. \n      Et que là-haut, au Liban, dans cette guerre si dure, tu ne te comportes \n      comme tu l'avais fait toute ta vie, à la maison, à l'ecole \n      et au service militaire, proposant de renoncer à une permission parce \n      qu'un autre soldat en avait plus besoin que toi, ou parce que tel autre \n      avait chez lui une situation plus difficile.\u003C/p>\n    \u003Cp>Tu etais pour moi un fils et un ami. Et c'etait la même \n      chose pour ta maman. Notre âme est liee à la tienne. \n      Tu vivais en paix avec toi-même, tu etais de ces personnes \n      auprès de qui il fait bon être. Je ne suis même pas capable \n      de dire à haute voix à quel point tu etais pour moi \n      \"quelqu'un avec qui courir\" (titre d'un des derniers romans de \n      ). \u003C/p>\n    \u003Cp>Chaque fois que tu rentrais en permission, tu disais : viens, papa, qu'on \n      parle. Habituellement, nous allions nous asseoir et discuter dans un restaurant. \n      Tu me racontais tellement de choses, Uri, et j'etais fier d'avoir \n      l'honneur d'être ton confident, que quelqu'un comme toi m'ait choisi.\u003C/p>\n    \u003Cp>Je me souviens de ton incertitude, une fois, à l'idee de \n      punir un soldat qui avait enfreint la discipline. Combien tu as souffert \n      parce que cette decision allait mettre en rage ceux qui etaient \n      sous tes ordres et les autres chefs, bien plus indulgents que toi devant \n      certaines infractions. Punir ce soldat t'a effectivement coûte \n      beaucoup du point de vue des rapports humains, mais cet episode precis \n      s'est ensuite transforme en l'une des histoires cardinales de l'ensemble \n      du bataillon, etablissant certaines normes de comportement et de \n      respect des règles. Et lors de ta dernière permission, tu \n      m'as raconte, avec une fierte timide, que le commandant du \n      bataillon, pendant une conversation avec quelques officiers nouvellement \n      arrives, avait cite ta decision en exemple de comportement \n      juste de la part d'un chef.\u003C/p>\n    \u003Cp>Tu as illumine notre vie, Uri. Ta mère et moi, nous t'avons \n      eleve avec amour. C'etait si facile de t'aimer de tout \n      notre coeur, et je sais que toi aussi tu etais bien. Que ta courte \n      vie a ete belle. J'espère avoir ete un \n      père digne d'un fils tel que toi. Mais je sais qu'être le fils \n      de Michal l'epouse de veut dire grandir avec une generosite, \n      une grâce et un amour infini, et tu as reçu tout cela. Tu l'as \n      reçu en abondance et tu as su l'apprecier, tu as su remercier, \n      et rien de ce que tu as reçu n'etait un dû à \n      tes yeux.\u003C/p>\n    \u003Cp>En ces moments, je ne dirai rien de la guerre dans laquelle tu as ete \n      tue. Nous, notre famille, nous l'avons dejà perdue. \n      Israël, à present, va faire son examen de conscience, \n      et nous nous renfermerons dans notre douleur, entoures de nos bons \n      amis, abrites par l'amour immense de tant de gens que pour la plupart \n      nous ne connaissons pas, et que je remercie pour leur soutien illimite.\u003C/p>\n    \u003Cp>Je voudrais tant que nous sachions nous donner les uns aux autres cet amour \n      et cette solidarite à d'autres moments aussi. Telle est peut-être \n      notre ressource nationale la plus particulière. C'est là notre \n      grande richesse naturelle. Je voudrais tant que nous puissions nous montrer \n      plus sensibles les uns envers les autres. Que nous puissions nous delivrer \n      de la violence et de l'inimitie qui se sont infiltrees si \n      profondement dans tous les aspects de nos vies. Que nous sachions \n      nous raviser et nous sauver maintenant, juste au dernier moment, car des \n      temps très durs nous attendent.\u003C/p>\n    \u003Cp>Je voudrais dire encore quelques mots. Uri etait un garçon \n      très israelien. Son nom même est très israelien \n      et hebreu. Uri etait un condense de l'israelianite \n      telle que j'aimerais la voir. Celle qui est desormais presque oubliee. \n      Qui est souvent consideree comme une sorte de curiosite.\u003C/p>\n    \u003Cp>Parfois, en le regardant, je pensais que c'etait un jeune homme \n      un peu anachronique. Lui, Yonatan et Ruti. Des enfants des annees \n      1950. Uri, avec son honnêtete totale et sa façon d'assumer \n      la responsabilite de tout ce qui se passait autour de lui. Uri, toujours \n      \"en première ligne\", sur qui on pouvait compter. Uri avec \n      sa profonde sensibilite envers toutes les souffrances, tous les torts. \n      Et capable de compassion. Ce mot me faisait penser à lui chaque fois \n      qu'il me venait à l'esprit.\u003C/p>\n    \u003Cp>C'etait un garçon qui avait des valeurs, terme tant galvaude \n      et tourne en derision ces dernières annees. \n      Car dans notre monde dement, cruel et cynique, il n'est pas \"cool\" \n      d'avoir des valeurs. Ou d'être humaniste. Ou sensible à la \n      detresse d'autrui, même si autrui est ton ennemi sur le champ \n      de bataille.\u003C/p>\n    \u003Cp>Mais j'ai appris d'Uri que l'on peut et l'on doit être tout cela \n      à la fois. Que nous devons certes nous defendre. Mais ceci \n      dans les deux sens : defendre nos vies, mais aussi s'obstiner à \n      proteger notre âme, s'obstiner à la preserver \n      de la tentation de la force et des pensees simplistes, de la defiguration \n      du cynisme, de la contamination du coeur et du mepris de l'individu \n      qui sont la vraie, grande malediction de ceux qui vivent dans une \n      zone de tragédie comme la nôtre.\u003C/p>\n    \u003Cp>Uri avait simplement le courage d'être lui-même, toujours, \n      quelle que soit la situation, de trouver sa voix precise en tout \n      ce qu'il disait et faisait, et c'est ce qui le protegeait de la contamination, \n      de la defiguration et de la degradation de l'âme.\u003C/p>\n    \u003Cp>Uri etait aussi un garçon amusant, d'une drôlerie et \n      d'une sagacite incroyables, et il est impossible de parler de lui \n      sans raconter certaines de ses \"trouvailles\". Par exemple, quand \n      il avait 13 ans, je lui dis : imagine que toi et tes enfants puissiez un \n      jour aller dans l'espace comme aujourd'hui nous allons en Europe. Il me \n      repondit en souriant : \"L'espace ne m'attire pas tellement, \n      on trouve tout sur la Terre.\"\u003C/p>\n    \u003Cp>Une autre fois, en voiture, Michal et moi parlions d'un nouveau livre qui \n      avait suscite un grand interêt et nous citions des ecrivains \n      et des critiques. Uri, qui devait avoir neuf ans, nous interpella de la \n      banquette arrière : \"Eh les elitistes, je vous prie de \n      noter que vous avez derrière vous un simplet qui ne comprend rien \n      à ce que vous dites !\"\u003C/p>\n    \u003Cp>Ou par exemple, Uri qui aimait beaucoup les figues, tenant une figue sèche \n      à la main : \"Dis papa, les figues sèches c'est celles \n      qui ont commis un peche dans leur vie anterieure ?\"\u003C/p>\n    \u003Cp>Ou encore, une fois que j'hesitais à accepter une invitation \n      au Japon : \"Comment pourrais-tu refuser ? Tu sais ce que ça \n      veut dire d'habiter le seul pays où il n'y a pas de touristes japonais \n      ?\"\u003C/p>\n    \u003Cp>Chers amis, dans la nuit de samedi à dimanche à trois heures \n      moins vingt, on a sonne à notre porte et dans l'interphone \n      et un officier s'est annonce. Je suis alle ouvrir et j'ai \n      pense ça y est : la vie est finie. \u003C/p>\n    \u003Cp>Mais cinq heures après, quand Michal et moi sommes rentres \n      dans la chambre de Ruti et l'avons reveillee pour lui donner \n      la terrible nouvelle, Ruti, après les premières larmes, a \n      dit : \"Mais nous vivrons n'est-ce pas ? Nous vivrons et nous nous promènerons \n      comme avant. Je veux continuer à chanter dans la chorale, à \n      rire comme toujours, à apprendre à jouer de la guitare.\" \n      Nous l'avons etreinte et nous lui avons dit que nous allions vivre \n      et Ruti a dit aussi : \"Quel trio extraordinaire nous etions \n      Yonatan, Uri et moi.\"\u003C/p>\n    \u003Cp>Et c'est vrai que vous êtes extraordinaires. Yonatan, toi et Uri \n      vous n'etiez pas seulement frères, mais amis de coeur et d'âme. \n      Vous aviez un monde à vous, un langage à vous et un humour \n      à vous. Ruti, Uri t'aimait de toute son âme. Avec quelle tendresse \n      il s'adressait à toi. Je me rappelle son dernier coup de telephone, \n      après avoir exprime son bonheur qu'un cessez-le-feu ait ete \n      proclame par l'ONU, il a insiste pour te parler. Et tu as \n      pleure, après. Comme si tu savais dejà.\u003C/p>\n    \u003Cp>Notre vie n'est pas finie. Nous avons seulement subi un coup très \n      dur. Nous trouverons la force pour le supporter, en nous-mêmes, dans \n      le fait d'être ensemble, moi, Michal et nos enfants et aussi le grand-père \n      et les grands-mères qui aimaient Uri de tout leur coeur - ils l'appelaient \n      Neshumeh (ma petite âme) - et les oncles, tantes et cousins, et ses \n      nombreux amis de l'ecole et de l'armee qui nous suivent avec \n      appréhension et affection.\u003C/p>\n    \u003Cp>Et nous trouverons la force aussi dans Uri. Il possédait des forces \n      qui nous suffiront pour de nombreuses annees. La lumière qu'il \n      projetait - de vie, de vigueur, d'innocence et d'amour - était si \n      intense qu'elle continuera à nous éclairer même après \n      que l'astre qui la produisait s'est éteint. Notre amour, nous avons \n      eu le grand privilège d'être avec toi, merci pour chaque moment \n      où tu as été avec nous.\u003C/p>\n    \u003Cp>Papa, maman, Yonatan et Ruti. \u003C/p>\n    \u003Cp> David Grossman\u003C/p>\n    \u003C/div>\n   \u003Ca href=\"#top\">\u003Cimg class=\"arrow\" src=\"images/arrw06b.png\" alt=\"Haut de page\">\u003C/a>",{"id":11,"name":11},"2006-08-18T15:00:00.000Z",{"id":14,"name":15,"slug":15,"description":16,"color":16},"2026-03-07T19:47:57.391Z","2026-03-08T20:04:59.848Z",1775484746431]